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samedi 30 juin 2012

La redevance sur les écrans

Aurélie Filippetti vient de commettre une nouvelle bourde, en lâchant qu'elle réfléchissait très fortement à étendre la Redevance audiovisuelle aux écrans d'ordinateurs. Elle ouvre une boite de Pandore en lançant un débat qui pourrait aller beaucoup plus loin qu'elle ne le pense.

Techniquement d'abord, ce n'est pas gagné. En apparence, c'est pourtant assez simple à mener. L'article 1605 du code général des impôts précise que la taxe est due par les personnes détenant "un appareil récepteur de télévision ou un dispositif assimilé permettant la réception de la télévision". Il suffit de considérer que l'ordinateur est un dispositif assimilé, et le tour est joué. En fait, cela pose une difficulté majeure, celle d'établir solidement le lien entre la détention de l'appareil et le fait que l'on bénéficie du "service rendu" par l'audiovisuel public. Car la base de cette taxe, qui est inscrite dans la catégorie des taxes affectées, est de faire financer un service public par ceux qui en bénéficient.

Il faut donc un lien, qui est facile à établir quand on a une télévision chez soi. Difficile de prétendre qu'on ne regarde que les chaines privées ! Par contre, un ordinateur sert à beaucoup de choses, et y regarder des programmes audiovisuels sous forme de flux linéaire en streaming n'est qu'un usage très secondaire, voire un détournement de l'appareil à une fin pour laquelle il n'a pas été conçu. Quand on veut regarder un programme audiovisuel, le plus simple est encore d'avoir un téléviseur. Avoir un écran d'ordinateur et un ordinateur ne suffisent pas, encore faut-il avoir la connexion suffisante pour regarder la télévision. De nombreux abonnés, chez tous les fournisseurs d'accès, peuvent en parler ! Il faudra donc faire la différence entre les détenteurs d'un ordinateur permettant de recevoir la télévision, et ceux qui effectivement, peuvent le faire, car ils ont le matériel, la connexion suffisante, et qu'ils ont souscrit un forfait comprenant l'accès à la télévision. Tout cela sur une base déclarative, avec la charge de la preuve contraire pour l'administration. Comment voulez-vous assurer le contrôle ?

La solution envisagée, de passer par dessus tout ces détails, en taxant la simple possession d'un écran d'ordinateur, va se heurter à d'importants contentieux et à une impossibilité de la part des services fiscaux de contrôler quoique ce soit, à moins d'imposer des déclarations obligatoires pour toute vente d'un écran d'ordinateur ou d'un portable et de se faire transmettre par les fournisseurs d'accès la liste de leurs abonnés triple-play. Absurde et hors de propos au regard du rapport de cette mesure.

Le débat pourrait aller plus loin dans deux directions.

La première consiste à se demander à quoi cela rime d'avoir un secteur audiovisuel public. On peut difficilement parler de carence de l'offre privée. En quantité du moins, parce que pour la qualité, ce n'est pas fabuleux, et ce n'est pas forcement l'audiovisuel public qui relève le niveau. Si pour Arte, qui présente une véritable différence, cela peut se comprendre, par contre, pour France 2, la question se pose très franchement. Ne faudrait-il pas revoir drastiquement le périmètre de l'audiovisuel public ? On pourrait ainsi consacrer des moyens suffisants sur de vrais projets innovants, qui comblent des vides laissés par l'offre privée. Le deuxième débat est celui de la place de la télévision dans la société française. Il y a de plus en plus de gens qui n'ont pas la télévision, par choix, et qui considèrent que les programmes audiovisuels sont inintéressants, voire culturellement nuisibles. Demander à cette frange de la population de payer pour un service public dont ils ne veulent surtout pas bénéficier, voire qu'ils rejettent violemment, est tout simplement inacceptable pour eux. c'est une question de principes et de liberté. Comme en plus, ce sont des catégories (pour faire simple : 25-40 ans, diplômés, urbains, professions intellectuelles) qui votent assez massivement à gauche, le gouvernement risque d'avoir des soucis.

En ouvrant le débat, Aurélie Filippetti prend le risque qu'il tourne autour de la légitimité même de l'existence et du périmètre du service public de l'audiovisuel, et de l'acceptabilité de son financement par une partie significative de la population. On se rendra compte à ce moment que finalement, il y en a pas mal qui ne paient pas, et que, comme d'habitude, ce sont encore les mêmes qui paient, alors qu'ils ne sont pas forcément les plus gros consommateurs. Tout ça pour aboutir à une impasse technique, l'extension projetée étant trop complexe à mettre en œuvre, surtout avec un public cible qui juge légitime de frauder cet impôt.

L'échec s'appelle Arnaud Montebourg

Arnaud Montebourg est monté dans une galère en acceptant le ministère du "Redressement productif". Il court à l'échec, et ce sera sa mort politique, sauf s'il arrive, habilement, à faire croire que d'autres (et surtout pas lui) sont responsable du bilan de son action, qui s'annonce désastreux. Deux éléments, de ce jour, suffisent à tout comprendre.

Tout d'abord l'arrêté de répartition des compétences sur l'Agence des participations de l'Etat. Il était prévu, dans les décrets d'attributions, fixant les compétences respectives de Pierre Moscovici, ministre de l'Economie, et Arnaud Montebourg, ministre de l'Industrie du Redressement productif que la tutelle sur l'APE ferait l'objet d'un arrêté distinct. Cela montre qu'il y a eu une bataille terrible entre Moscovici et Montebourg sur ce sujet, et qu'on a renvoyé l'arbitrage à plus tard. On les comprend, puisque cette agence gère les participations de l'Etat dans des entreprises, en jouant le rôle du "super-administrateur de société". C'est l'Agence qui nomme les représentants de l'Etat dans les conseils d'administrations de société où il est présent au capital. Il y en a un petit paquet, avec par exemple France-télécom, Areva ou GDF-Suez. C'est un levier de pouvoir dont Arnaud Montebourg a un besoin vital, car son job est d'empêcher les licenciements. Or, il vient de perdre la bataille contre Pierre Moscovici. L'arrêté commence par dire que l'agence est sous l'autorité conjointe des deux ministres, pour ensuite apporter un tas d'exceptions en faveur de Moscovici. Montebourg est complètement exclu pour le secteur de la banque et des assurances, et l'article 2 est un véritable assassinat politique : Moscovici décide, et pour "celles de ces positions qui sont relatives à la stratégie industrielle de l'entreprise concernée ou qui soulèvent une question liée à la conduite de la politique industrielle sont arrêtées par le ministre de l'économie et des finances en association avec le ministre du redressement productif". En bref, Montebourg est consulté, mais c'est Moscovici le patron !

Deuxième information du jour, la pitoyable lettre que Montebourg a envoyé à l'AFP en faisant croire qu'elle n'est destinée qu'au PDG de PSA. C'est à pleurer tellement cette missive suinte l'impuissance politique. En clair, le site PSA d'Aulnay-sous-bois va fermer. Plus de 5000 emplois ! C'est une bombe à fragmentation, qui va frapper directement un département qui a déjà beaucoup de difficultés, sans parler des sous-traitants qui vont aussi trinquer, avec des répercussions médiatiques énormes en cas licenciements passifs, et un possible effet d'entrainement sur d'autres entreprises, qui n'ont pas osé ouvrir le bal des plans sociaux, mais n'attendent que la fenêtre de tir. Il y a quelque part un effet "digue qui se fissure", avec un catastrophe si elle rompt. Que demande Montebourg : que le PDG lui disent rapidement ce qu'il en est, qu'il fasse ce qu'il peut pour sauver l'emploi, et qu'au moins, s'il licencie, qu'il le fasse proprement. Je ne sais pas si Montebourg se rend compte de l'impact psychologique d'une telle phrase, de la part d'un ministre à un chef d'entreprise : "Il me serait agréable en conséquence que vous précisiez rapidement votre méthode de concertation". Il y a 40 ans, le ministre de l'Industrie aurait pris son téléphone et aurait passé un savon au PDG de PSA, qui se serait excusé platement. Ce qui fait mal, c'est que toute la communication autour de ce ministère du Redressement productif est conçue autour de cette image d'un Etat tout-puissant, sur lequel nombre de français, notamment les plus modestes, s'accrochent. Sarkozy a fait la même chose, avec par exemple le triste épisode de Floranges. La gauche est dans la parfaite continuité, et a choisi en plus le chantre de la "démondialisation" pour incarner une politique de l'autruche.

Que peut donc Arnaud Montebourg ? Il n'a qu'une maitrise très partielle du levier "présence dans le capital" de grosses entreprises. C'est bien dommage, car vu la consanguinité du capitalisme français, avec des participations croisées dans tous les sens, si toutes les entreprises plus ou moins contrôlées par l'Etat (notamment les banques) lancent des actions concertées, je vois mal quel patron du CAC40 pourrait résister. Dans son courrier au patron de PSA, Montebourg dévoile quelques armes à sa disposition. Il va demander à un haut fonctionnaire de faire un audit de la situation de PSA. Et puis rien. Parce que finalement, il ne peut rien. L'Etat n'est pas actionnaire, pas créancier, et tous les initiés savent que la France a trop à perdre si un de ses deux constructeurs automobile vient à tomber. On l'a bien vu avec Arcelor, grande entreprise nationale que l'on a vendu aux étrangers, comme des cons. Résultat, le centre décisionnel a quitté la France, et Monsieur Mittal n'a eu aucun scrupule à fermer des usines en France, les gesticulations de Sarkozy l'ayant tout au plus amené à communiquer un peu. Si Montebourg veut s'amuser à engager un bras de fer avec PSA, il risque de finir comme Nicole Bricq, muté à la circulation...

Ca ne peut pas marcher. L'Etat a abandonné tous les leviers de politique économique. La politique monétaire se décide à Francfort, la politique budgétaire a besoin de l'autorisation de Bruxelles et de Berlin. Quand on n'a plus d'argent, on ne fait pas croire qu'on peut tout et qu'on détient une baguette magique qui protège des français qui ne veulent pas bosser, mais continuer à profiter tranquillement d'un système social très généreux.

samedi 23 juin 2012

L'étrange découpage de Bercy

Le gouvernement Ayrault est désormais "stabilisé" et ne devrait plus bouger avant au moins deux ans. Si globalement, c'est un gouvernement de facture classique, avec des découpages logiques et attendus, il y a, du coté de Bercy, quelques soucis. Autant il est dangereux d'avoir un unique titulaire pour l'ensemble du périmètre de Bercy (économie et finances) car c'est un rival du Premier ministre, autant il faut quand même un peu de cohérence, politique et technique, dans l'organisation et la coordination des ministres en charge de ce mastodonte ministériel.

Bercy est donc doté de quatre ministres de plein exercice : Moscovici, Montebourg, Bricq et Pinel. En plus, il y a trois ministres délégués : Cahuzac, Hamon et Pellerin. Ca fait du monde, beaucoup trop de monde, car derrière chaque ministre, il y a un cabinet, qui défend un pré carré, des compétences, et se dispute donc en permanence avec les autres dans les réunions interministérielles. La répartition des compétences est assez étrange en termes de signification politique et d'indication des priorités. On a un ministère de plein exercice pour le commerce extérieur, un autre pour l'artisanat et le Tourisme, mais par contre, le budget, c'est un ministre délégué. On marche un peu sur la tête.

Finalement, Pierre Moscovici se fait pas mal déplumer. Lui échappent l'énergie (qui est rattachée à l'écologie), l'industrie, les PME, l'économie numérique, le commerce, l'artisanat, le Tourisme et le commerce extérieur. Pour encore l'affaiblir, on lui a collé un ministre délégué au budget, Cahuzac, qui a une très forte légitimité sur ces sujets, et qui pourrait donc être tenté de se comporter en ministre de plein exercice (après tout, si le commerce extérieur est ministère de plein exercice...). On a aussi confié à Benoit Hamon, en plus du gadget de l'économie solidaire, une vraie compétence, celle de la consommation, avec de vrais services administratifs (le DGCCRF). Au cabinet du Premier ministre, qui est en charge de la coordination interministérielle, il va peut être falloir une cellule spéciale "arbitrages internes de Bercy". Ça risque d'être compliqué, car Montebourg n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds, et Sylvia Pinel étant la caution "PRG" du gouvernement, il faudra la ménager dans les arbitrages, même si elle a techniquement tort. Hamon représente l'aile gauche, et le défaut de ministre venant de la gauche radicale lui donne un poids politique plus important (ce qui explique qu'on lui ai donné la consommation).

A la sortie, on se demande s'il y a un vrai patron à Bercy. Officiellement, Pierre Moscovici est à la tête d'un grand ministère de l'économie et des Finances. Sa légitimité politique personnelle n'est pas si évidente. C'est une personnalité assez contestée et pas forcement appréciée au sein du PS. En plus, on lui a collé tellement de boulets qu'il risque de ne pas faire grand chose, passant son temps à défendre un leadership contesté par ses "collègues". Or, à Bercy, il faut des patrons politiques forts et bien identifiés, sinon, l'administration des Finances prend le pouvoir. C'est ce qui risque de d'arriver...

jeudi 21 juin 2012

Remaniement petit bras

Le remaniement, le "gouvernement Ayrault 2" vient d'être annoncé. Il est minimal et ne bouleverse aucun équilibre. C'est de l'ajustement. Il ne pouvait pas en être autrement, vu qu'aucun ministre candidat aux législatives n'a été battu, il ne pouvait pas y avoir de sortants.

Un changement interne, le départ de Delphine Batho de la Justice, où le courant ne passait pas avec Taubira. Dans ces cas là, c'est le numéro 2 qui part. Et Batho n'y perd pas au change, loin de là, puisqu'elle passe de ministre déléguée à ministre de plein exercice, avec en plus un très beau portefeuille, à la fois politiquement et techniquement. C'est clair qu'elle s'éloigne de ses "champs de compétence", mais c'est un très léger inconvénient.

Par contre, celle qui perd au change, c'est Nicole Bricq, qui se retrouve au commerce extérieur. Certes elle reste ministre de plein exercice, mais c'est bien tout ce qu'elle garde. Elle va passer son temps en déplacement à conduire des délégations d'entrepreneurs. Pas de services administratifs ou très peu, aucune possibilité d'exister médiatiquement. Par contre, elle va pouvoir se faire plein de copains en distribuant des places dans les délégations aux parlementaires. C'est quand même un camouflet, qui montre bien qu'en fait, Nicole Bricq n'est pas à sa place dans ce gouvernement. Alors qu'elle est spécialiste des finances publiques (et compétente), voilà qu'elle passe de l'écologie au commerce extérieur.

Parmi les entrées, un député, Guillaume Garot est chargé de l'agro-alimentaire. L'utilité de ce poste ne me saute pas aux yeux. Un ministre de l'agriculture semble suffire à tout faire, d'autant plus que la pêche est partie à l'écologie, alors qu'elle dépendait de l'agriculture sous le précédent gouvernement. Ca fleure bon le poste "politique" et "lobby industriel". Les écolos vont adorer... Pourquoi Garot, je n'en sais strictement rien.

Thierry Repentin, sénateur PS, se retrouve à la formation professionnelle. C'est un spécialiste du Logement. Une fois de plus, du contre-emploi. A mon avis, il est surtout là parce sénateur, et que jusqu'ici, il y avait 21 députés pour 1 sénatrice, ce qui ne pouvait que mécontenter le groupe PS au Sénat, qui peut à juste titre s'estimer mal servi.

Anne-Marie Escoffier. Elle aussi sénatrice (pour les mêmes raisons que Repentin) et PRG. C'est l'ouverture hors PS, la touche de diversité supplémentaire. Les radicaux de gauche ayant réussi à constituer un groupe à l'Assemblée nationale, il fallait leur lâcher un peu de lest. Autre détail qui compte, elle est en charge de la Décentralisation, bref, de la réforme territoriale, sujet qu'il aurait été fâcheux de ne pas confier à une personne venant du Sénat. Les sénateurs gardent donc la main sur LE sujet qui leur tient à coeur. Par contre, même si elle est très compétence, Escoffier, 70 ans cet été, n'est plus toute jeune.

Enfin, Helène Conway, sénatrice des français de l'étranger, pour s'occuper des français de l'étranger. On recommence la même erreur que celle qui a consisté à mettre un ultra-marin à l'outre-mer. On nage dans le conflit d'intérêt ! Certes elle connait sans doute très bien les problématiques des français de l'étranger, mais en même temps, elle n'ira pas contre le milieu dont elle est issue et dont elle est la représentante. C'est quelque part une démission politique sur ce sujet...

Maintenant les absents, parce que finalement, c'est ça le plus intéressant dans ce remaniement. Il n'y a pas Jean-Vincent Placé. J'ai perdu un pari... Je souhaite bien du plaisir au ministre chargé des relations avec le parlement pour traiter avec le groupe Vert au Sénat. Il va en baver. Il n'y a pas non plus les grands crocodiles du groupe PS du Sénat, hormis Repentin. Pas de Rebsamen par exemple. Pas de représentant de l'aile gauche. Le ministre le plus à Gauche, c'est Benoît Hamon. Il y a un vide, car même si le Front de Gauche annonce qu'il se situe dans la majorité, un soutien sans participation, c'est déjà prendre ses distances et se permettre le droit à la critique et par là même, à la cacophonie. La communication de la majorité, et donc du gouvernement, risque de ressembler parfois à du rodéo. Alain Vidalies a déjà anticipé, avec sa phrase malheureuse sur la "liberté de parole mais pas de vote" des Verts. Il se rend bien compte que s'il arrive à éviter les couacs dans les votes, ce sera déjà très beau et il ne faudra pas en demander plus.

Plus globalement, il y a un grand déséquilibre, avec un PS hégémonique et seulement des miettes laissées aux alliés. Pas seulement en nombre de postes, mais aussi en responsabilités réelles. C'est aussi une prééminence de l'Assemblée nationale sur le Sénat, à qui on laisse, in extremis, le conduite du dossier "collectivités locales", mais sous la tutelle d'une ancienne députée, et qu'on confie à une PRG, donc politiquement inexistante dans les arbitrages car "non PS". Un gouvernement pas si pluriel que ça...

mercredi 20 juin 2012

Le changement à droite, ce n'est pas maintenant

Christian Jacob vient d'être réélu président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. Gilles Carrez est dans le tuyau pour la présidence de la commission des finances. Ce n'est pas forcement une bonne nouvelle pour la Droite. Ces deux personnes ont les capacités pour tenir leur rôle, c'est indéniable. Gilles Carrez est un excellent technicien des finances publiques (le meilleur même), mais il est rapporteur général depuis 10 ans déjà. Christian Jacob est également le sortant. On ne peut pas dire que le renouvellement soit là.

En plus, ces deux personnages ont une caractéristique commune, ils sont médiatiquement médiocres. Ils ne crèvent pas l'écran, c'est le moins qu'on puisse dire. Au moins, ils ne feront pas d'ombre à Jean-François Copé, qui lui, est une "bête médiatique". Mis à part ces deux postes, et celui de président du groupe au Sénat, occupé par le pagnolesque (donc peu crédible politiquement) Jean-Claude Gaudin, la droite n'a plus rien ! Au passage, ce sont aussi les rares postes où une personnalité de droite peut disposer des moyens matériels et humains pour "exister". François Fillon, en tant qu'ancien premier ministre, n'a que la voiture avec chauffeur et officier de sécurité, et ses trois collaborateurs à l'Assemblée nationale. On ne va pas loin avec ça !

La grande bataille qui s'annonce, celle qui sera décisive, c'est le contrôle du parti, à l'automne. Si Copé arrive à le garder, c'est verrouillé, fini, terminé. Il aura le contrôle de tous les postes qui comptent, pour les moyens matériels et la visibilité médiatique, il aura le contrôle des investitures aux élections. La période de 2012-2017 se résumera à la préparation de sa candidature à la présidentielle de 2017.

A coté, les centristes ont réussi l'exploit de constituer un groupe où toutes les chapelles non UMP de centre-droit sont à peu près rassemblées. Mais ils auront au mieux 20 à 25 députés, ce qui est bien faible pour exister. Si le premier pas est franchi, la suite n'est pas garantie, car il va falloir faire fonctionner le groupe, et si possible lui faire produire de nouvelles idées. Vu la brochette de "stars", à commencer par son président, vu les haines cuites et recuites qui n'attendent que la première occasion pour resurgir, c'est pas gagné.

Autant dire que le renouvellement humain et idéologique de la droite est bien mal parti. Il va sans doute falloir que ça se fasse en dehors des structures partisanes...

lundi 18 juin 2012

Etat des lieux après la passage de la tornade

Le cycle électoral est clos, nous avons désormais l'état des forces en présence pour les cinq ans qui viennent. Très logiquement, la Gauche remporte une majorité confortable, mais la Droite n'est pas écrasée. Le PS a les moyens de gouverner sans les Verts et le Front de Gauche mais la majorité des trois-cinquièmes, nécessaire pour réformer la Constitution n'est pas atteinte. François Hollande va avoir les moyens de gouverner, avec une opposition suffisamment solide pour qu'elle joue le rôle qui est le sien, "surveiller et punir". Tout est en place pour un bon fonctionnement démocratique.

Comme dans toute vague, il y a une série de "cadavres", des députés battus, parfois attendus, parfois inattendus. C'est la règle, et c'est comme ça à chaque fois. Cela a au moins un mérite : purger ! Parmi les battus de droite, il y a une série de has been qui n'avaient plus rien à apporter (je ne donnerai pas de noms) et dont la circonscription sera "regagnable" en 2017, car structurellement de droite. C'est la sélection naturelle, et c'est une très bonne chose.

A gauche, beaucoup d'inconnus, de nouvelles têtes. Le renouvellement générationnel est là, avec un peu plus de femmes et de "couleur", ce qui n'est pas un luxe, vu les caractéristiques moyennes de l'assemblée sortante : homme, blanc, sexagénaire. Je compte sur la nouvelles génération pour changer un certain nombre de pratiques et de manières de faire de la politique (même si je me fais assez peu d'illusions).

On va enfin se remettre au travail, une fois passée la période de distribution des postes, de remise en route de la machinerie administrative et de reconstitution des équipes. Personnellement, je suis prêt, je vais enfin pouvoir m'amuser vraiment...

vendredi 15 juin 2012

Les lobbies en ordre de marche

Les lobbies ne sont jamais longs à s'adapter à un nouveau gouvernement. La preuve aujourd'hui même, avec deux événements totalement indépendants, mais convergents.

Maurice Levy, patron de Publicis vient de démissionner de la présidence de l'AFEP. Vous ne connaissez sans doute pas l'AFEP qui n'a pas de site internet et cultive une très grande discrétion. Il s'agit en fait de l'organe de lobbying des très grandes entreprises françaises, celles du CAC40. Un certain nombre de chargés de mission suivent tous les dossiers qui touchent de près ou de loin les grandes entreprises, et élaborent des analyses et des propositions d'amendements, en s'appuyant sur les directions juridiques des entreprises adhérentes, ce qui lui donne une force de frappe "intellectuelle" assez impressionnante. Depuis 10 ans, leur "tableau de chasse" est impressionnant, mais ils se gardent bien de s'en vanter. Inutile de vous dire que pour la Gauche, L'AFEP, c'est le diable, au même titre que l'IFRAP, Contribuables Associés au l'Institut pour la Justice. Maurice Lévy présidait l'organisme depuis 2010, mais il est beaucoup trop marqué à droite pour continuer à la présider. Il lui faut donc, rapidement, un successeur "de gauche". Plusieurs personnes ont été approchées : Un membre de la promotion "Voltaire" à l'ENA, celle de François Hollande, dans laquelle il a beaucoup pioché pour constituer sa garde rapprochée, un ancien collaborateur de Fabius à Matignon. Apparemment, c'est actuellement le directeur Général de Pernod Ricard qui tient la corde (il a été dans les cabinets ministériels de gauche). Ce n'est que le début, d'autres têtes trop marquées à droite vont tomber. Les lobbies ne font pas dans le sentiment mais cherchent avant tout l'efficacité.

Deuxième événement, une interview d'Arnaud Montebourg dans le journal Challenges, où il tire à boulets rouges sur l'ARCEP, l'autorité de régulation des télécoms. On sent à plein nez les éléments de langage d'Orange, SFR et Bouygues télécom, qui n'ont toujours pas digéré (psychologiquement et financièrement) l'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile. Pour ces opérateurs historiques, c'est l'ARCEP qui est responsable, il faut donc lui faire payer. Et ce qui est affligeant, c'est que Montebourg reprend, sans recul et sans intelligence, les éléments de langage du lobby des opérateurs historiques. Pour le lobby et son perroquet ministériel, l'ARCEP n'aurait que la concurrence pure à la bouche, et serait donc un méchant organisme libéral. Et en plus, ces méchants de l'ARCEP ont provoqué des pertes d'emplois chez les opérateurs historiques, ce qui ne peut que déplaire au ministre du Redressement Productif. Comme Montebourg ne peut pas taper sur Free, c'est l'ARCEP qui morfle. Sauf que ce cher Montebourg oublie quand même que l'arrivée de Free a provoqué une baisse sensible de la facture pour les consommateurs... Mais ça, il a l'air de s'en moquer complètement ! Ce qui compte, c'est que les industriels (dont il a la tutelle) puisse continuer à se gaver, pour créer des emplois, afin que Montebourg puisse afficher un bilan positif. De toute manière, la compétence "consommation", c'est Moscovici...

Les lobbies n'auront pas mis longtemps pour s'adapter au nouveau pouvoir et retourner comme des crêpes leurs "ministres de tutelle". Le changement, c'est pas maintenant...

mercredi 13 juin 2012

La mort rouge

Ces législatives s'annoncent comme une hécatombe pour le Front de Gauche, et notamment pour sa branche communiste. Brard, Muzeau, Gosnat, Amiable, la liste est longue de ceux qui ne retrouveront pas le chemin du Palais-Bourbon, avec personne pour les remplacer. A chaque fois, poussés dehors par un socialiste. C'est comme ça depuis 25 ans, pour les sièges parlementaires, les mairies, les conseils généraux. Sauf que là, on atteint la ligne de flottaison. Le Front de Gauche aura sans doute encore de quoi constituer un groupe à l'Assemblée cette fois-ci, en accueillant des ultra-marins de gauche (et il y en a beaucoup). Ce que je crains par contre, c'est qu'en 2017, ce soient les ultra-marins qui accueillent les derniers députés communistes au sein de leur groupe...

Les socialistes font un bien mauvais calcul en plumant ainsi les communistes. Le jour où ce parti n'aura plus d'élus en situation de gérer un exécutif, où leurs seules chances d'être élus sans être des supplétifs socialistes, ce sera à la proportionnelle (et encore, en étant tête de liste), le socialistes pleureront. Mais ce sera trop tard. Le Parti communiste est actuellement un pôle stabilisateur pour la gauche radicale. C'est un parti d'élus, de gens qui ont à gérer réellement et concrètement, bref, de gens responsables et adultes, qui savent passer des deals raisonnables et les respecter. Ils peuvent le faire car ils ont une culture gestionnaire, qu'ils vont perdre très rapidement s'ils n'ont plus de mairies, plus de conseils généraux (il ne leur en reste que deux). Le PCF vit, au sens premier du terme, de ses élus, qui apportent l'argent, qui apportent les postes de cabinet qui permettent de faire vivre les permanents du parti. Le jour où tout cela disparaît, la gauche radicale sera comme les Verts : purement protestataire et immature. Et ce sera même pire qu'avec les Verts, car eux, on peut les acheter avec des postes, de beaux portefeuilles ministériels, des places d'adjoint. Je crains fort que la gauche radicale ne s'en contente pas, voire ne soit pas intéressée, préférant retourner à ce qui fait ses délices, la surenchère idéologique entre chapelles rivales.

Malheureusement, la gauche radicale fera toujours en 5 et 10% aux élections. Ce n'est pas la groupuscularisation du PCF qui changera les choses. Par contre, au lieu de se reporter massivement, bien sagement, et finalement pour pas très cher, sur les socialistes, cet électorat retournera dans l'abstention au second tour. De temps à autres, elle fera des coups, sur une présidentielle si elle a un bon candidat, et puis plus rien. Tout cela sera stérile et ne profitera que très peu aux socialistes. Pourtant, les réserves de voix, c'est ce qu'on regarde au soir du premier tour, et c'est ce qui fait toute la différence. L'UMP l'a souvent appris dans la douleur et risque de le sentir passer une nouvelle fois dimanche prochain.

mardi 12 juin 2012

Cherchez la Femme

Valérie Treiweiler vient de commettre une énorme faute politique. Un merveilleux cadeau pour l'opposition, des ennuis à répétition pour François Hollande, avec un processus de réaction en chaîne, car on voir mal Ségolène rester les bras ballants avec un truc pareil, alors qu'elle lutte pour sa survie politique. Et le tout au pire moment, entre les deux tours des législatives...

Il est évident que Valérie règle ses comptes privés avec Ségolène. La nouvelle femme qui flingue l'ex, un grand classique. Que Ségolène Royal et Valérie Trierweiler s'expliquent vigoureusement, voire en viennent physiquement aux mains dans un cadre purement privé, c'est leur affaire. Mais que la vie privée du président et de sa famille aient des répercussions politiques, c'est autre chose. Cela révèle au grand jour ce que certains savaient, c'est que la situation "familiale" et notamment conjugale de François Hollande est compliquée. Visiblement, il aime les harpies dominatrices. Chacun ses goûts et le SM, entre adultes consentants, n'est pas illégal. On voit ici, indirectement, la psychologie profonde de François Hollande, et on se demande s'il est vraiment taillé dans l'étoffe dont on fait les grands présidents (trop tard de toute façon...). Et en plus, il semble incapable d'empêcher les deux femmes de sa vie de se crêper le chignon en public. Si en tant que président de la République, il n'a pas l'autorité pour empêcher sa compagne de sortir des trucs pareils en plein entre-deux-tours d'une élection cruciale, c'est grave et inquiétant pour la suite. A chaque visite officielle, on pourrait courir le risque de voir Valérie Trierweiler envoyer son verre à la figure de la femme d'un chef d'Etat étranger, ou quitter brusquement une manifestation officielle en claquant la porte...

Deuxième problème majeur : la "première dame" fait de la politique. Et elle n'a pas attendu longtemps ! Pourtant, l'histoire très récente comme très ancienne montre bien qu'il n'est jamais bon que la femme du chef, que ce soit la légitime ou la favorite, exerce une quelconque influence sur la conduite des affaires du pays. Valérie Trierweiler vient d'envoyer un message que même Cécilia Sarkzoy n'aurait pas osé envoyer. Après ça, on va lui prêter une influence décisive, voir sa patte dans des nominations, des renvois, des choix politiques. Elle aura beau démentir, le mal est fait, elle a ouvert la boite de Pandore. Pour François Hollande, c'est une épine dans le pied pendant 5 ans. Comme si l'exemple de son prédécesseur n'avait pas suffi...

Très immédiatement, François Hollande est devant un énorme problème. Il va devoir, publiquement, remettre de l'ordre dans sa vie privée. Ce n'est jamais agréable, mais quand en plus c'est dans l'urgence, quand tout part en vrille entre les deux tours d'une élection, c'est horrible. En plus, trancher entre les deux femmes est quelque chose devant lequel il a sans doute toujours reculé et fuit (comme tout homme normalement constitué). Il va également devoir gérer la fureur du fan-club de Ségolène. Et si par malheur pour Hollande, Ségolène est élue députée et dans la foulée présidente de l'Assemblée nationale, ça va être l'horreur s'il n'a pas purgé le problème. Déjà qu'elle est ingérable en temps normal, si en plus elle a un compte très personnel à régler, Ségolène Royal va être infecte.

Madame Trierweiler, au nom de toute l'opposition, merci de tout coeur !

Le périmètre de la Culture

Nous avons maintenant quelques indications officielles sur la manière dont le ministère de la Culture est organisé. Le décret d'attribution a été publié le 25 mai, et l'essentiel du cabinet vient de paraître au JO de ce jour.

Sur les découpages d'abord. Le décret d'attribution est très classique, le périmètre du ministère de la Culture étant connu de longue date, et peu susceptible d'évoluer. Une précision a quand même été apportée : "Il veille au développement des industries culturelles. Il contribue au développement des nouvelles technologies de diffusion de la création et du patrimoine culturels. Il veille au développement et à la valorisation des contenus et services culturels numériques". Au moins, c'est clair, le ministère de la culture est au service des industries du divertissement et devra défendre leurs intérêts sur les questions de droit de propriété intellectuelle dans le numérique. Hadopi, c'est le ministère de la Culture, ainsi que toute la question de la propriété intellectuelle numérique. Les habitués de la rue de Valois, ceux qui y ont leur rond de serviette depuis des lustres vont continuer à bénéficier du soutien sans faille du ministère, enfin politiquement, parce que techniquement, je n'appelle pas ça un soutien. Continuité totale sur les textes de loi, aucune révision à attendre de la loi sur les oeuvres orphelines, sur le livre numérique, là où se situent les vrais enjeux du partage et de la libre diffusion du savoir et de la Culture (le divertissement, on s'en fout...).

Autre découpage intéressant, au sein du cabinet. Il y a un conseiller entièrement dédié à l'audiovisuel et au cinéma, un autre qui suit le livre et un troisième qui s'occupe de la Presse et du numérique. La coordination est assurée par le conseiller Presse et numérique, qui a rang de directeur adjoint de cabinet. Le choix a été fait de conserver les anciens découpages entre "mondes culturels" qui ne se connaissent finalement pas trop les uns les autres, et d'assurer une coordination sur l'aspect qui les concernent tous, à savoir le numérique. Dernier détail qui a du sens, le directeur adjoint a personnellement en charge la Presse, signe d'une priorité politique. Pour le monde du numérique, c'est lui l'interlocuteur au ministère de la Culture.

Le choix du personnage ne doit rien au hasard. Enseignant en économie à l'école des Mines, il a beaucoup travaillé sur des thématiques extérieures au monde de la Culture (le nucléaire, l'énergie, les problèmes de concurrence). C'est un premier point qui fait sens : pour s'occuper du Numérique au ministère de la Culture, on met un économiste, qui plus est spécialiste de l'industrie et des problèmes de concurrence. Cet aspect n'est pas idiot, loin de là, c'est le signe que certains, dans les hautes sphères, ont enfin compris que dans "industrie culturelle", il y a surtout industrie et éventuellement un petit peu de culture. Il a pourtant travaillé un peu sur les questions culturelles, en 2006-2007, plus précisément sur la rencontre des industries culturelles et du numérique. Il a notamment co-écrit un ouvrage avec Olivier Bomsel, en 2007, "Modem le Maudit, économie de la distribution numérique des contenus" qui est franchement horripilant à lire pour les gens du numérique. Un vraie déclaration de guerre en fait. On voit clairement qu'en 2007, Gilles Le Blanc a compris comment fonctionne internet, et propose des solutions en faveur des seuls intérêts de l'industrie du divertissement. C'est en fait ça le problème majeur... On a un économiste, pas un cultureux, mais il est quand même au service de l'industrie du divertissement, chargé spécialement du paragraphe "industries culturelles" du décret d'attribution.

C'est à la fois bien et mal. Bien, parce qu'enfin, on va avoir au ministère de la Culture des gens qui y comprennent quelque chose. Mal, parce que malheureusement, ils y comprennent quelque chose et ne sont pas "numérique friendly"...