Le gouvernement envisage d'inscrire dans la constitution la limitation des déficits publics. L'idée apparaît vertueuse, elle est en fait catastrophique. Si les politiques veulent diriger quelque chose, pour de vrai, il leur faut des instruments. Le droit et l'écriture de la loi en sont un, dont ils usent et abusent. Mais en matière économique, cela ne suffit pas toujours, et il faut parfois avoir quelques moyens financiers. Et le drame est là !

Depuis maintenant une trentaine d'années, l'Etat français se désaisit méthodiquement de tous ses leviers économiques. On privatise toutes les entreprises publiques, on renonce avec l'euro à avoir une politique monétaire autonome. Ne restait plus que l'instrument de la politique budgétaire, que l'on s'apprête à brider au point de le rendre inexistant avec cette réforme. Il faut donc bien se rendre compte que l'Etat sera définitivement hors de capacité à mener la moindre politique économique. Toutes les annonces sur l'emploi, la croissance, c'est déjà largement du pipeau et de l'esbrouffe, là, ça le sera totalement !

Politiquement, c'est un choix défendable de réduire les capacités d'action de l'Etat. Les ultra libéraux défendent cela, avec des explications parfaitement cohérentes, mais eux en tirent toutes les conséquences, notamment en terme de niveau de dépenses de fonctionnement. Ce n'est malheureusement pas le cas de notre classe politique, qui veut à la fois le beurre et l'argent du beurre. En cela, ils ne font que répondre à la demande des français qui attendent tout de l'Etat. On continuera donc à avoir de belles promesses de redistribution, de recherche de croissance économique avec les dents, et comme il faudra au moins faire semblant d'essayer, on usera des derniers leviers qui restent, à savoir la réglementation. Si vous pensez que la simplification du droit et la délégifération sont au programme, c'est que vous êtes bien naïfs. Le pire, c'est que pour produire de la réglementation et gérer les dégâts, il faut des fonctionnaires, donc de la dépense publique que l'on ne pourra plus financer par la dette, puisque ce sera constitutionnellement interdit.