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mercredi 25 juillet 2012

La stratégie Montebourg

Arnaud Montebourg s'est beaucoup avancé sur le dossier PSA. Il s'est mis en position de devoir réussir, ou de partir. Et je le soupçonne fort d'avoir les moyens de s'en sortir dans les deux cas, surtout en cas d'échec, qui est quand-même l'issue la plus probable. Montebourg est un tribun, un pur politique, qui n'existe que dans l'incantation. Il nous a donné pendant 10 ans toute la mesure de son talent, jusqu'à énerver son propre camp, qui l'a pris au mot sur sa dernière marotte de la "démondialisation" et l'a mis en situation d'agir. Ce n'était pas pour l'arranger, comme tout bon populiste qui se respecte, mais il n'a pas pu refuser. Et puis pouvoir mettre "ancien ministre" sur sa carte de visite, pour le restant de ses jours, c'est quand-même tentant.

Mais rapidement, l'heure de vérité va arriver, et il va falloir présenter des résultats, qui seront forcément décevants, puisque cela fait très longtemps que les politiques n'ont plus de prise sur l'économie, surtout en temps de crise. Sarkozy s'est planté, il n'y a pas de raison que Montebourg y arrive, surtout sur un dossier comme PSA. Pensez donc ! Une entreprise française (donc pas attaquable sur l'aspect expatriation) où l'Etat n'est pas présent au capital, qui ne dépend pas de commandes de l'Etat, et surtout, donc le berceau est dans la circonscription de Pierre Moscovici. Les marges de manœuvre sont étroites et si, à l'issue des imprécations médiatiques, la direction et les actionnaires répond par un bras d'honneur, que peut faire Montebourg ? Démissionner...

C'est une issue possible : la démission spectaculaire, le claquage de porte destiné à transformer Montebourg en martyr. On va avoir droit aux clichés du genre "mur de l'argent" et autres images issues du vieux fond de la gauche de la gauche, qui auront pour but de dédouaner Montebourg de toute responsabilité, en le sortant du piège mortel qu'est pour lui l'exercice du pouvoir.

S'il arrive à mener à bien cette opération délicate, il sera un poison pour le PS, qui va se retrouver avec un opposant interne, un imprécateur qui ralliera à lui tous les démagogues de gauche, à commencer par l'aile gauche du PS, qui ne va pas aimer longtemps d'être dirigé par le radical-socialiste Hollande et le MRP de Gauche Ayrault, qui sont bien trop modérés pour eux. Le Front de gauche a d'ailleurs déjà indiqué la route, en refusant d'entrer au gouvernement. Jusqu'en 2017, le gouvernement va devoir gérer un Montebourg donneur de leçons, qui ne manquera pas de devenir le point de ralliement des idéalistes de tous poils qui grouillent à gauche. Une véritable épine dans le pied qui, finalement, est inscrite dans les gènes de la gauche française, autant révolutionnaire que gestionnaire. La seule manière de neutraliser la gauche révolutionnaire est de la priver de leader charismatique.

Autant dire que le maintien ou la sortie du gouvernement de Montebourg est un enjeu politique majeur pour Hollande, qui a tout intérêt à ce que Montebourg reste ministre, alors que ce dernier a tout intérêt à quitter le gouvernement avec panache et fracas.

mardi 24 juillet 2012

Où était la France en 1942 ?

François Hollande s'est mis dans les pas de Jacques Chirac en réaffirmant que la responsabilité de l’État français est totale dans la rafle du Vel d'hiv, et plus globalement, dans les déportations de juifs. Certes, il y avait une demande allemande, mais certains pays, comme le Danemark, on dit non et ont largement sauvé leurs juifs. Si le régime de Vichy avait dit non, et refusé d'organiser matériellement les rafles et les déportations, les autorités allemandes n'auraient sans doute pas fait grand chose, vu qu'elles n'en avaient pas les moyens. La priorité des occupants allemands était la lutte contre les résistants et le ravitaillement. Le reste, et notamment les juifs, c'est si on a le temps...

Donc, oui, le gouvernement français est pleinement responsable, et n'en déplaise à certains, il n'y a pas que des belles choses dans notre histoire, il y a aussi des taches, et c'est une attitude courageuse que de les assumer. Certes, il y avait aussi des français engagés contre le nazisme, il y avait aussi des "Justes" qui ont sauvé bien des familles juives. Mais il y avait aussi des Papon, bons fonctionnaires français, capables de servir de la même manière tous les régimes politiques. Parce qu'il en a fallu du monde pour faire le recensement des juifs, mener les rafles, assurer les déportations. C'est toute la logistique administrative qui a été mise en branle, et qui a très bien fonctionné ! Il y a bien eu quelques protestations, mais elles n'ont rien empêché.

En 1940, la France réelle, peuplée de 40 millions d'habitants, était largement pétainiste, et elle l'est en grande partie restée jusqu'en juin 1944. Lorsque Pétain effectue une visite à Paris en mai 1944, il est acclamé par la population, la même qui, en août, acclamera le général de Gaulle. Dire que la "vraie" France était à Londres est un mythe politique construit par De Gaulle pour habiller sa prise de pouvoir de fait. Les résistants ont sauvé l'honneur des français, en montrant que certains d'entre eux refusaient et se battaient. Mais ils n'ont pas sauvé l'honneur de la France, car quoiqu'en pense Monsieur Guaino, la France, en 1942, était plus à Vichy qu'à Londres. Je sais, c'est dur à assumer, mais c'est pourtant la vérité historique...

Ce que je souhaite retenir de cet épisode, ce n'est pas tant l'antisémitisme, d'autres le font très bien et une voix de plus ou de moins ne changera pas grand chose au volume sonore. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que mis dans des situations extrêmes, nous pouvons soit être courageux et résister au péril de notre vie, mais nous pouvons aussi être d'une grande lâcheté, voire pire. C'est facile, 70 ans après, de se placer dans le "bon camp", mais c'est une autre histoire quand, dans le feu des évènements, nous avons à choisir, sans recul. Ce qui me fait très peur, c'est que j'en connais beaucoup qui, si on était non pas le 24 juillet 2012 mais le 24 juillet 1940, seraient en train de prêter serment au Maréchal, pour conserver leurs postes, préserver leur carrière, ne pas prendre de risque physique, ou tout simplement, pour faire comme les autres. Le 10 juillet 1940, les pleins pouvoirs sont votés à Pétain par 569 pour et 80 contre...

On se retrouverait aujourd'hui dans la situation de 1940, je crains fort que nous ne reproduisions le comportement des français de l'époque. Une poignée de résistants, autant de collabos (et on pourrait être surpris des engagements de certains) et une masse passive qui songe avant tout à son confort et qui accepte à peu près n'importe quoi, du moment qu'elle n'a pas à en subir de conséquences personnelles. Même s'il n'y aucune commune mesure, il suffit de voir notre capacité à nous voiler la face sur le sort des plus faibles, sur les sans-papiers par exemple. En 1942, nombre de français n'ont pas fait autre chose que détourner le regard, et quand ils étaient impliqués, de se justifier par les ordres des supérieurs et l'exercice de leurs fonctions.

Malheureusement, cette leçon, on ne la tire pas.

lundi 23 juillet 2012

Maljournalisme, nullité des politiques

Il n'y a pas si longtemps, la Gauche a hurlé quand Stéphane Guillon s'est fait virer de France-Inter. Tout y est passé, surtout les termes de censures. On a dénoncé l'Etat-Sarkozy, le fait du prince. Et voilà qu'arrivés au pouvoir, l'une des premières choses que cette même Gauche demande, c'est de virer des journalistes qui ont tenu des propos "inconvenants".

Stéphane Guillon était plus bête que drôle, et souvent méchant. Ce n'est pas de l'humour, c'est autre chose, qui ne mérite pas, à mon avis, d'être à l'antenne. Je n'ai donc absolument pas regretté son départ, au contraire, je me suis réjoui que ce bobo parisianiste aille chercher ailleurs des prébendes bien rémunérées dans les médias. L'interview de Fleur Pellerin par Daniel Schick est du même tonneau, bête et méchante, avec des questions affligeantes. On peut difficilement faire passer cela pour de l'humour. Comme pour Stéphane Guillon. Dans les deux cas, c'est pitoyable de débilité.

Dans le même temps, on a des interviews de personnes politiques qui sont d'une gentillesse et d'une innocuité à faire rêver les services de comm'. Les monologues télévisés de Nicolas Sarkozy, à peine interrompus par deux potiches appelés "journalistes" est le summum d'une pratique que l'on rencontre partout. Combien de journalistes "questionnent" réellement les politiques, c'est à dire vont sur les sujets qui fâchent et relancent, ou alors, posent simplement des questions de fond, celles qui demandent du temps et de la place pour répondre ? Très peu... Le journalisme en France oscille entre deux extrêmes, la servilité et l'agressivité bête et méchante. Pour l'intelligence, vous pouvez chercher longtemps, elle est rare.

Oui, le Journalisme français est malade, on le sait tous, et en tant que lecteur, je m'en désole. Et je ne vois pas tellement la porte de sortie vers le haut, car finalement, journalistes et politiques ont intérêts à ce système basé sur la paresse, le coup d'éclat et le produit light, rapide à consommer, conçu pour le zapping. La réaction de Laurence Rossignol face à l'interview de Fleur Pellerin n'est pas de demander à ce que les journalistes fassent mieux leur travail. Elle prend juste appui sur un travail minable pour faire parler d'elle en demandant que le sang coule, pour cause de "malpensance". C'est d'un niveau de paresse intellectuelle et de nullité à peu près équivalent à celui du journaliste d'Europe 1.

mardi 17 juillet 2012

Les têtes à claques

Aujourd'hui, lors des questions au gouvernement, deux ministres se sont fait chahuter, Cécile Duflot et Arnaud Montebourg. Ce n'est pas le fruit du hasard, ni du seul machisme (qui existe malheureusement), comme aimerait le faire croire Cécile Duflot, qui brandit cette accusation, comme toute femme politique qui se fait attaquer.

Ce qui unit Duflot et Montebourg, c'est que ce sont des têtes à claques. Les deux ont une arrogance dans le comportement, qui envoie à la figure de leurs adversaires une violence symbolique. Le cas le plus frappant est Montebourg, car cela tient à son tempérament seul, alors que chez Cécile Duflot, c'est à la fois la personne et le parti qui font cet effet. Les Verts ne sont pas les plus ouverts au dialogue tolérant, c'est le moins qu'on puisse dire, surtout avec les gens qui ne pensent pas comme eux. Montebourg aussi, ne respire pas la recherche du consensus et des positions médianes. Cela peut avoir son charme, mais cela a aussi son revers car ils reçoivent en boomerang la violence qu'ils projettent sur les autres.

Cela se voit particulièrement pendant la séance des questions au gouvernement, qui est le moment le plus politique des travaux parlementaires, celui de l'affrontement quasi physique, où on se bat symboliquement pour faire trébucher l'adversaire. Cette violence est inhérente à la politique, vouloir la nier et la refouler ne donne jamais de bons résultats. Il faut donc l'accepter et la ritualiser, lui permettre de s'exprimer de manière atténuée et canalisée, pendant des moments bien précis. Les questions au gouvernement font partie de ces moments. Il est donc logique que dans ce cadre, ceux qui "énervent" le plus l'autre camp s'en prennent plein la figure. C'est assez indépendant ce que peuvent faire ou dire ces cibles ambulantes, car il ne leur est rien passé, rien pardonné, tous les prétextes sont bons pour tirer à vue. D'autres peuvent porter des robes encore plus originales que Cécile Duflot (certaines l'ont fait), elles ne se feront pas traiter de la même manière.

lundi 16 juillet 2012

La commission Jospin

François Hollande a confié à Lionel Jospin la présidence d'une commission chargée de la rénovation et de la déontologie de la vie publique. La feuille de route précise est ainsi rédigée : "Cette commission aura notamment pour mission de définir les conditions d'un meilleur déroulement de l'élection présidentielle et s'interrogera sur le statut juridictionnel du président élu. Elle examinera également les voies d'une réforme des scrutins applicables aux élections législatives et sénatoriales, et formulera des propositions permettant d'assurer le non cumul des mandats de membres du parlement ou du gouvernement avec l'exercice de responsabilités exécutives locales. Elle définira des règles déontologiques de nature à garantir la transparence de la vie publique". C'est un mélange de sujets qui n'ont pas grand chose à voir, sinon qu'ils touchent tous à l'organisation de la vie politique : parrainages à la présidentielle, statut pénal du chef de l'Etat, proportionnelle aux législatives, cumul des mandats, déontologie et conflits d'intérêts...

Sur la forme, cette commission ressemble furieusement au comité Balladur de 2007. Un ancien Premier Ministre en figure du grand sage pour présider, une flopée de juristes, quelques politiques (mais pas trop), nommés en tout début de mandat, sur des sujets institutionnels. Si cette commission Jospin a le même succès que le comité Balladur, qui a été assez largement suivi dans ses préconisations, ce sera bien. Mais ce sera difficile, car les sujets sont ardus et suscitent des résistances énormes parmi le personnel politique : cumul des mandats, transparence, déontologie...

En fait, il y a des différences. Alors que le comité Balladur était chargé d'inventer et de proposer, la commission Jospin sera surtout là pour légitimer des mesures déjà décidées, et aider ainsi à faire avaler la couleuvre aux élus. Tant sur le cumul des mandats que sur les règles déontologiques, on sait ce que l'on veut. Et on sait que les élus concernés n'en veulent pas. Cette commission est là pour affiner les propositions et les couvrir de l'aura du "grand ancêtre". Cela présente un double avantage : détourner la responsabilité des mesures (c'est pas nous, c'est Jospin), et leur donner une autorité morale. Si au passage, cela peut faire l'objet d'un grand débat public, ce sera encore mieux.

La création de cette commission pourrait être vue comme un enterrement de première classe. Je crois au contraire que c'est reculer pour mieux sauter, avec plus d'élan.

samedi 14 juillet 2012

Décorations, le changement c'est maintenant

Je viens de parcourir la première promotion de légion d'honneur d'un gouvernement de gauche. Je dois dire que je suis très agréablement surpris. Tout d'abord, il y a une nette diminution du nombre de médailles distribuées. Je ne peux qu'approuver, tant j'estime qu'on donne des médailles à des gens qui ne les méritent pas plus que ça. La légion d'honneur, c'est pour des mérites vraiment exceptionnels ou des personnalités remarquables. Même si est encore loin du nombre que j'estime optimal, il y a un net progrès.

Deuxième avancée très remarquable, il n'a pas été fait usage du "décret coupe-file", mis en place par Sarkozy, permettant de faire passer directement certaines personnes de rien à officier, voire commandeur, alors que la règle impose de monter grade par grade, avec des délais entre deux promotions. Dans cette promotion du 14 juillet 2012, tout le monde a respecté les délais, même si parfois, on est juste. Il faut trois ans entre grand officier et grand croix. Les deux grand croix de cette promotion sont des grand officiers de 2009 (ce qui n'enlève rien à leurs mérites). On met fin à une dérive scandaleuse dans la course à l'échalote.

Troisième avancée, un bon nombre de ministres ont effectivement récompensé des gens qui le méritaient, et surtout, qui entraient dans le champ de leurs compétences. Trop souvent, sous l'ancien gouvernement, on avait des coucous, c'est à dire des personnes dont on se demandait bien quel lien elle avait avec les compétences du ministères qui les récompensaient. En fait, il s'agissait souvent de copinages. Il en reste encore, mais dans beaucoup de cas, ils restent marginaux.

Et puis il y a la tache sur ce beau tableau, le quota de Cécile Duflot, qui est un scorie de l'époque Sarkozy, où les décorations honorifiques servent à récompenser les copains et les obligés. Déjà, elle a eu un beau quota, 2 croix d'officier et 28 croix de chevalier. On trouve un concentré de militants verts, d'élus de la région parisienne et de responsables d'office HLM de région parisienne. Bien entendu, ce qui saute tout de suite à la figure, c'est le nom de Dominique Voynet. Mais on trouve aussi Catherine Calmet-Reberioux, secrétaire générale du groupe Vert au conseil régional d'Ile-de-France, Jean-François Caron, maire Vert de Loos-en-Gohelle dans le Nord, Jean Malet, conseiller régional vert et maire de Mezy-sur-Seine, Maryse Oudjaoudi, militante et candidate verte dans l'Isère aux dernières législatives, Michèle Rivet, vice présidente verte du conseil régional du Centre. A coté d'eux, des élus de gauche d'Ile-de-France : l'adjoint au logement de la ville de Paris, la maire de Saint-Ouen, le maire d'Arceuil, un adjoint au maire de Saint-Denis. Et puis quelques personnalités du monde du logement "social" dont la directrice générale de la SIEMP, la société d'économie mixte immobilière de la ville de Paris, mais aussi le directeur général de l'établissement foncier d'ile de France (et ancien directeur de cabinet d'un ministre socialiste du logement). Dans le lot, assez peu de provinciaux, et une bizarrerie statistique, deux personnes de Châteauroux, une conseillère générale socialiste et la présidente de la ligue des droits de l'homme. On se demande qui, dans le cabinet de Cécile Duflot, vient de l'Indre (on vient de me donner la réponse, c'est Manuel Flam, directeur de cabinet, et secrétaire fédéral du PS dans l'Indre). Inutile de vous dire qu'il n'y a pas la moindre trace de gens de droite dans l'ensemble des médaillés du quota de Cécile Duflot. Tristement révélateur de la manière de faire de la politique chez les Verts...

J'espère que le mouvement d'ensemble continuera et que les ministres qui n'ont pas compris que le changement sur l'attribution des décorations, c'est maintenant, l'auront compris pour la prochaine fois.

jeudi 12 juillet 2012

Les plic et ploc de la fiscalité numérique

Le gouvernement vient de lancer une mission sur la fiscalité du numérique. Il souhaite remédier à un problème : il n'arrive pas à taxer assez le numérique (et ça, Bercy n'aime pas du tout), ce qui entraine un problème collatéral, les entreprises française se trouvant avec une charge fiscale que ses concurrents n'ont pas. Voici la feuille de route officielle : "La mission dressera un inventaire des différents impôts et taxes qui concernent aujourd’hui ce secteur, effectuera sur ce sujet une comparaison internationale et évaluera la situation des sociétés au regard de cette fiscalité. Elle formulera des propositions visant à créer les conditions d’une contribution à l’effort fiscal du secteur mieux répartie entre ses différents acteurs et favorable à la compétitivité de la filière numérique française. La mission s’attachera notamment à dégager des propositions en matière de localisation et d’imposition des bénéfices, du chiffre d’affaires, ou, éventuellement, sur d’autres assiettes taxables."

Il faut noter que la mission est exclusivement Bercy. Nulle trace de cultureux, ce qui pour moi, est une excellente chose. La mission a pour rôle de remplir les caisses de l'Etat sans faire trop de dégâts chez les entreprises du numérique. Il n'est en aucune manière question de vampiriser l'industrie numérique pour remplir le panier percé de la "création" et pallier la mauvaise gestion des intermédiaires de l'industrie du divertissement. C'est important, car le rapport produit pourra servir de base à un certain nombre de mesures qui trouveront une application concrète. C'est important aussi que Bercy la joue solo, car on sait que c'est la crise, et que forcément, c'est le premier qui passe qui arrive à rafler le peu d'argent qu'il peut y avoir à glaner. Quitte à ce que le numérique paie, je préfère largement que cela alimente le Trésor public plutôt que la SACD ou les producteurs de cinéma. Bercy va avoir un intérêt très direct à protéger le numérique des prédateurs dont la tanière est installée rue de Valois !

Jusqu'ici, tout va bien. C'est après que ça se gâte...

D'abord le choix des missionnés. Pierre Collin, conseiller d'Etat (et excellent fiscaliste) et Nicolas Colin, inspecteur des Finances et ingénieur télécom. Je n'ai aucun doute sur les compétences techniques de ces deux magnifiques représentants de la technocratie française. Le pedigree parle pour eux. C'est bien le problème. On aura un magnifique rapport, brillant, conforme au canon de la production technocratique française. Par contre, la créativité, la vraie innovation risquent de ne pas être au rendez-vous. Ce serait une prise de risque que ces deux personnes ne peuvent pas se permettre...

Et visiblement, ce n'est pas du tout ce qu'on leur demande. En fait, quand on lit l'article du Monde, qui a fait parler Fleur Pellerin, on constate un décalage énorme entre la feuille de route officielle, et ce qui est réellement demandé aux deux rapporteurs. Fleur Pellerin vend la mèche : les solutions, elle les a déjà, ce qu'elle veut, c'est que les deux rapporteurs les expertisent et si possible les valident techniquement, en donnant la bonne recette pour contourner les obstacles, à commencer par le droit européen. Elle propose de monétiser les interconnexions, afin de pouvoir les taxer, ce qui n'est pas, fiscalement, une mauvaise idée car le problème du numérique, c'est l'absence d'assiette taxable. Mais cela pose d'autres soucis et heurte le fonctionnement "habituel" du monde du numérique. Mais la piste est à creuser, car le peering gratuit est de moins en moins la règle. Une autre piste, qui ressort de la même logique, est d'interdire les livraisons gratuites pour Amazon, ce qui permettra de mettre une taxe sur les livraisons.

On reste donc très classique, en cherchant à faire évoluer le numérique pour qu'il entre dans les cadres du droit fiscal. Il existe pourtant un autre système, plus ancien, pour remplir les caisses : la ferme générale. On peut très bien imaginer un impôt, frappant les activités de l'e-commerce, dont la perception serait confiée à l'e-commerçant, moyennant une commission. Soit un un pourcentage, soit (et là ça devient dangereux) une obligation pour ce percepteur de fournir une somme fixée à l'avance, les éventuels surplus collectés restant dans la poche du percepteur. Tout dépend de la connaissance par l'Etat de la capacité contributive (donc des chiffres de ventes) et des moyens de négocier équitablement avec le fermier général (et éventuellement de lui faire rendre gorge en cas de prédation trop forte). On finira peut-être par y arriver...

Pour l'instant, on reste encore sur les vieux schémas, ceux de la hadopi et consorts, qui consistent à croire que la technique peut se plier au droit.

mercredi 11 juillet 2012

La réforme territoriale

J'ai assisté hier soir à un diner débat sur le futur de la réforme territoriale, avec plein de gens très compétents sur cette question. J'en suis ressorti pessimiste et un peu consterné.

Il est évident que la gauche va détricoter l'espèce de réforme bâclée de la droite, en supprimant le conseiller territorial. C'est un retour à la case départ, et on aura perdu quelques années, car la réflexion n'aura quasiment pas avancé sur ce vaste problème qu'est le mille-feuille des compétences enchevêtrées. On a trop de strates, tout le monde le dit, mais personne n'arrive à en sortir. Et ce n'est pas le PS, totalement dans la main des élus locaux, qui risque d'aller bien loin dans ce domaine, bien au contraire. On devrait même aller vers davantage de complexité. J'ai en effet entendu formulée, par une personne très bien placée dans les cercles de réflexion sur la décentralisation, une proposition qui m'a fait froid dans le dos : donner une partie du pouvoir règlementaire de l'Etat aux collectivités territoriales. On ajouterait donc un deuxième maquis, juridique, à celui déjà existant autour de la répartition des compétences et des financements.

En fait, ce diner débat m'a surtout permis de me rendre compte qu'il y a un nombre non négligeable de gens qui ont intérêt à ce vaste bazar où même une chatte n'y retrouverait pas ses petits, sauf à se faire aider d'un consultant. C'est justement la première catégorie de profiteurs de la décentralisation à la française. Comme pour le droit fiscal, l'excessive complexité oblige les acteurs peu informés à se payer les services d'experts, de gens qui savent qui est qui, qui fait quoi, et qui monnayent ce savoir. Leur intérêt est clairement à ce que les choses ne se simplifient pas. Si au contraire, on peut en rajouter, comme par exemple avec la dévolution d'une partie du pouvoir règlementaire, c'est parfait. C'est d'ailleurs ce qu'ils font, organiser la complexité est encore le meilleur moyen de la maitriser et de se créer des champs d'activité. Je pense qu'avocat spécialisé en droit des collectivités locales est LE métier d'avenir. La deuxième catégorie intéressée, c'est le personnel politique, par là j'entends les élus et leurs collaborateurs directs. Leur intérêt est double. d'abord, plus il y a de strates, plus il y a de places à prendre. Ils ne seront jamais contre la création de nouvelles structures. Leur deuxième intérêt à la complexité, c'est la grande liberté et l'absence de contrôle. Si personne ou presque ne sait plus qui fait quoi, chacun fait ce qu'il veut !

Tout cela donne une gabegie formidable. Bien entendu, les services à la population sont rendus, les crèches fonctionnent, les routes sont entretenues. Mais à quel coût ? C'est tout simplement effarant, avec des investissements en dépit du bon sens (les ronds-points par exemple), des frais de fonctionnement parfois délirants (pensez aux cabinets pléthoriques...), des doublons de structures, car chacun veut s'attribuer les compétences les plus valorisantes ou offrant la possibilité de voyager et de bâfrer aux frais de la collectivité (le scandale de la coopération décentralisée). Le drame, c'est que beaucoup de gens ont intérêt à ce que ça dure, alors qu'on cherche encore le groupe de pression organisé, qui aurait intérêt à tout mettre par terre, et qui serait capable d'imposer une refonte totale du système.

A un moment, de toute manière, on ne va plus pouvoir payer. Le drame, c'est que l'on sacrifiera bien des choses avant de s'attaquer à ce cancer administratif qu'est la décentralisation à la française...

dimanche 8 juillet 2012

Un tel incident ne doit pas se reproduire

Le réseau mobile d'Orange vient de subir une importante panne, due à un problème logiciel. Le réseau ayant été remis en route rapidement, les dégâts, potentiellement importants, sont finalement limités. Orange a plutôt bien communiqué (sauf paradoxalement son directeur de la communication) et offert immédiatement une journée gratuite pour les abonnés, qui couvre largement leur préjudice. Le souci vient d'ailleurs, de toutes les infrastructures, parfois vitales, qui dépendent du réseau mobile pour bien fonctionner. Avec l'internet des objets, un bon fonctionnement du réseau, que ce soit le fixe ou le mobile, est indispensable. Et cela ne va pas aller en s'arrangeant. A coté de ça, les particuliers qui ne peuvent pas joindre leurs correspondants sur leurs portables pendant quelques heures, c'est de la rigolade.

Les deux ministres en charge du secteur, Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin ont jugé bon de se saisir du sujet. Ils ont commencé par une opération de communication, consistant à se rendre chez Orange. Cela n'a en rien fait avancer la résolution du problème, ces deux ministres n'ayant pas, à ma connaissance, de compétences techniques en logiciel de fonctionnement de réseau télécom. On est alors typiquement dans l'activisme compassionnel, comme on va voir les victimes d'un attentat à l'hôpital. Ça fait juste plaisir, mais ça ne fait pas avancer la guérison. En cela, ils sont pleinement dans le registre ordinaire d'un ministre, qui ne peut pas être "absent" d'un sujet qui touche très directement des millions de français. Il faut être "proche", du moins en convaincre les français.

Une fois la panne réparée, ce qui a été fait sans eux, commencent les choses sérieuses. Il faut tirer le bilan des problèmes graves qui auraient pu se poser si la panne avait duré quelques heures, voire quelques jours de plus. Déjà, rien qu'avec cet audit, on aura une bonne image des changements à apporter, qui peuvent très bien trouver des solutions techniquement simples. Un basculement sur un autre réseau, par exemple. C'est là, au passage, qu'on se rend compte que finalement, avoir plusieurs réseaux mobiles indépendants les uns des autres, cela peut être salvateur. A retenir pour le réseau fixe, en se disant que si un seul réseau mutualisé, ça coute moins cher dans l'absolu, en revanche, si on intègre le risque de défaillance avec toutes ses conséquences, la réponse n'est plus aussi évidente. Ce travail d'audit, c'est aux spécialistes de le mener, Orange bien entendu, mais surtout l'ARCEP, l'autorité de régulation. Sur ces questions de réseaux, on est sur des domaines qui sont très vite extrêmement techniques.

Là encore, l'intervention de la ministre ressemble à celle de la mouche du coche. Avant même d'avoir les résultats d'un audit qui n'a même pas débuté, voilà qu'elle entend imposer la solution du renforcement des investissements chez Orange. Si ça se trouve, les investissements actuellement réalisés sont suffisants, et une augmentation de ceux ci n'amènerait pas forcement une baisse du risque de défaillance. En plus, si le problème est logiciel, ce n'est pas une question de taille des tuyaux, qui est la principale source de dépenses.

Non seulement elle prétend avoir la solution, mais en plus, elle nous dit comment elle compte l'imposer : grâce à la participation de l'Etat dans le capital d'Orange. Elle semble oublier que c'est Agence des Participations de l'Etat qui gère les décisions et les prises de position des administrateurs représentant l'Etat dans ces entreprises. Elle semble aussi oublier que le récent arrêté sur la répartition des compétences sur l'APE a donné la main à Moscovici, et pas à Montebourg. Elle oublie enfin que l'Etat a beaucoup de choses à demander à Orange, et qu'il faut faire des choix. Il se trouve qu'en ce moment, l'Etat demande d'abord à Orange de cracher du dividende, et ensuite, s'il reste de l'argent, de poser de la fibre optique pour le renouvellement du réseau fixe. Vous pensez bien que si les préoccupations sur le réseau mobile remontent un peu, elles ne vont pas passer à la première place, d'autant plus que l'incident sera vite oublié pour le français moyen. Dans deux mois, on sera incapable de dire quel jour cette panne a eu lieu, si on se souvient encore qu'il y en a eu une.

Pas une seule fois dans son interview au JDD, Fleur Pellerin n'a parlé de l'acteur pertinent pour gérer cette question : l'ARCEP. C'est clairement l'autorité de régulation qui va prendre en main ce dossier, car l'outil pertinent n'est pas la participation au capital d'Orange, mais les obligations de service public et autres contraintes "de sécurité nationale" (qui existent déjà d'ailleurs). Et cela passe par l'ARCEP. La ministre s'engage dans cette voie en annonçant un décret qui "permettra au gouvernement de réaliser des audits de sécurité sur les réseaux télécoms". Au gouvernement... je dirais plutôt à l'ARCEP, car je vois mal qui au ministère, aurait la compétence technique pour comprendre l'audit, en tirer les bonnes conséquences, et assurer le contrôle de suivi des préconisations.

Tout cela va se terminer par un simple renforcement des pouvoirs de l'ARCEP sur la sécurité et la résilience des réseaux. Ce n'est pas forcement un mal, car effectivement, c'est un vrai sujet. Mais fallait-il que Fleur Pellerin fasse tout ce foin ? Sans doute pas, sauf peut être pour soigner son image auprès du grand public et des électeurs, en faisant croire qu'elle peut tout et fait tout. En cela, elle est la très digne ministre déléguée d'Arnaud Montebourg...

samedi 7 juillet 2012

Open Parliamentary

Les 6 et 7 juillet avait lieu à Paris le colloque autour du projet "La fabrique de la loi". Ce colloque présentait deux aspects très intéressants pour l'amélioration de la connaissance des parlements et de leurs travaux.

Le premier évènement est une rencontre internationale de groupes citoyens qui observent et analysent les travaux parlementaires. Regards Citoyens, qui gère nosdéputés.fr et nossénateurs.fr accueillaient leurs homologues du monde entier. Cela a donné une grande rencontre de geeks. A priori, c'est la première rencontre internationale de cette importance, avec de nombreux ateliers très techniques. Je dois avouer que j'ai très vite décroché de cet aspect, d'autant plus que tout se faisait en anglais. Mais c'est essentiel, car derrière, c'est la mise en réseau de tous ces sites qui se profile, avec des échanges d'informations de données, et donc des comparaisons internationales facilitées. On y a parlé technique informatique, formats numériques, mais aussi gouvernance des structures, levée de fonds. Les plus avancés aidant ceux qui sont plus "jeunes", on va peut être assister dans les prochains mois à des progrès spectaculaires pour certains sites.

Le deuxième évènement, c'est la rencontre de ces geeks avec des chercheurs en science politique. Monter des sites, récupérer des données, les compiler dans de magnifiques bases de données, c'est bien, mais pour en faire quoi ? C'est justement là que les chercheurs interviennent, pour apporter une vision nouvelle de ce que l'on peut faire, ou pas, avec ces données. Là encore, les échanges ont été fructueux, nombre de présentations étant de bon niveaux et ouvrant de réels chantiers. Il faudra aussi laisser maturer un peu, mais je pense que beaucoup de participants sont repartis avec des idées et des projets. Il y a eu une rencontre véritablement féconde, mais qui n'était pas évidente. Mettre ensemble des geeks et des universitaires en science politique, cela n'avait rien d'évident, tant les mondes peuvent apparaitre séparés. J'ai trop souvent constaté, à mon grand désarroi, le cloisonnement et l'isolement des chercheurs universitaires, qui restent dans leur petit pré carré, à produire des travaux qui n'intéressent qu'eux et leurs collègues universitaires. L'apparition de bases de données réellement ouvertes sur le travail parlementaire offre un nouveau matériau aux chercheurs, du moins à ceux qui s'intéressent encore aux parlements.

La dimension internationale est enfin essentielle. Tous les pays ont des parlements, qui présentent beaucoup de points communs. On ne peut pas se contenter, quand on le fait trop souvent en France, de regarder notre fonctionnement franco-français, sans la moindre perspective comparatiste. Ce colloque, vraiment international (les français étaient ultra-minoritaires et tout était en langue anglaise) est un évènement marquant. Il s'est terminé par une présentation de la déclaration "parliamentary openness", en cours de rédaction. Je ne peut que vous inviter à aller la lire, et éventuellement la commenter.

Il faut maintenant renforcer le dispositif, en utilisant les données. Le plus facile, c'est de les recueillir et d'organiser la base de données (même s'il y a parfois des difficultés techniques), mais on ne peut pas en rester là, bien au contraire. Le but de ce mouvement "open parliament" est d'instaurer un contrôle citoyen sur le fonctionnement du système politique. L'endroit idéal pour installer le point de contrôle, c'est justement le travail parlementaire. Quand on analyse le processus de décision politique dans un État démocratique, il y a des phases plus secrètes, et nécessairement, pour que ce soit démocratique, il y a une phase publique, où tous les éléments sont "mis sur la table" pendant un certain temps, avant que la décision ne soit officiellement prise. Ce moment, c'est celui de l'examen parlementaire. Il faut donc que cette phase soit réellement transparente, et que tous (pas seulement les parlementaires) aient l'information. Le débat doit se faire bien entendu dans l'enceinte parlementaire, mais ne doit pas forcement y rester cantonnée. Si les citoyens ne s'emparent pas des possibilités qui leurs sont offertes, le débat restera dans l'entre-soi parlementaire.

jeudi 5 juillet 2012

Le CNNum est mort, vive le CNNum

Le conseil national du numérique est en état de mort clinique. Le gouvernement socialiste vient de faire main basse sur cet organisme en y parachutant au poste de secrétaire général l'ancien conseiller numérique de Fleur Pellerin, la ministre en charge du secteur.

L'intérêt de cet organisme était dans le fait qu'il était une émanation de la "société civile" et qu'il pouvait servir de relais entre un milieu bien identifié, les chefs d'entreprises du web, et les politiques, qui jusque là, ne se connaissaient pas et avaient du mal à se parler. Il y avait un évident problème de confiance entre le monde du numérique et le gouvernement. Certes, on pouvait critiquer sa composition (un Medef du numérique), les conditions de sa création (par Sarkozy) mais jusqu'ici, ce conseil avait plutôt fait du bon boulot, en forçant des portes pour être saisi pour avis sur des décrets, pour faire entre une voix qui connait vraiment le numérique sur des sujets très techniques mais essentiels, sans donner l'image d'un organisme-alibi. Si le dispositif "jeune entreprise innovante" a pu être sauvé, c'est en partie grâce à l'existence du Conseil national du numérique, de sa force de frappe médiatique, mais aussi des synergies et des réseaux qu'il a permis de mettre en place. Sa force et sa crédibilité résidaient dans sa composition "non politique". La reprise en main par le pouvoir en place le prive de cet atout, et finalement de toute utilité.

Pour autant, tout le monde savait depuis le départ que ce conseil national du numérique aurait une durée de vie assez limitée, et qu'il faudrait rapidement passer à autre chose. D'abord parce que les échéances de 2012 pouvaient amener un changement de majorité, et donc un besoin de relégitimation d'un organisme très marqué "Sarkozy". Ensuite parce que cette instance n'était pas satisfaisante dans sa composition, et a suscité trop de mécontents pour pouvoir durer. Mais en même temps, il fallait bien commencer par quelque chose. Le Conseil national du numérique, dans sa mouture d'origine, avait quelque chose d'un organisme de préfiguration, qui devait amorcer des actions, des contacts, avant d'évoluer vers autre chose. La représentation du monde du numérique ne pouvait pas en rester à ce stade.

C'est d'ailleurs la mission dévolue à Jean-Baptiste Soufron : faire évoluer cette représentation du monde du numérique. Il est chargé de réfléchir à la "gouvernance" et aux évolutions. On va donc avoir une nouvelle feuille de route, une nouvelle composition, bref, de nouveaux équilibres. Cette évolution était attendue et souhaitable. Encore faut-il qu'elle soit bien menée et qu'elle aboutisse à un résultat satisfaisant pour le monde du numérique. Pour cela, il est essentiel que la "V2" du Conseil national du numérique soit plus large dans sa composition, mais sans devenir un vaste fourre-tout rassemblant des gens aux intérêts tellement opposés que l'organisme en sera neutralisé. Il faut aussi que ce nouveau CNNum conserve une légitimité auprès d'un monde du numérique très compliqué à gérer, car individualiste et plus que méfiant (et il y a des raisons) vis-à-vis des institutions gouvernementales. Si ce nouveau conseil apparait comme un faux-nez du ministère, la greffe ne prendra pas et on aura tout perdu.

La mission n'est pas évidente, loin de là. Mais il fallait qu'elle soit engagée sans tarder, et là dessus, c'est une bonne chose que les choses soient lancées avant le départ en vacances. Reste à voir ce que ça va donner.

mercredi 4 juillet 2012

Filloniste

François Fillon vient enfin de se lancer dans la campagne pour le leadership de la droite. Il l'a fait suffisamment tôt pour qu'il y ait un vrai débat entre lui et le seul autre compétiteur qui tienne la route, Jean-François Copé. Même si un certain nombre de seconds couteaux agitent leur possible candidature, qui sera soit de témoignage pour un courant d'idées, soit un moyen d'exister médiatiquement, il est clair que cela va se jouer entre ces deux-là.

Mon choix est d'ores et déjà fait. Je roule pour Fillon. C'est un choix motivé à la fois par une adhésion au personnage, et par un rejet de l'autre candidat.

François Fillon est une personnalité qui me convient. Il est calme, et après plusieurs années d'agitation perpétuelle, ça fait franchement du bien. J'en avais plus que marre des foucades de Sarkozy, du tourbillon perpétuel qu'il engendrait, et dont finalement, pas grand chose de constructif ne sortait. En même temps, François Fillon a une vraie carrure politique. Quand Sarkozy a voulu le virer, en 2010, il n'y est pas arrivé, parce que Fillon a manœuvré très finement. Après cinq ans comme premier ministre, tâche épuisante, il apparait encore comme ayant un avenir politique. Alors qu'il aurait pu être emporté dans la défaite de Sarkozy, il est toujours là. On pourrait éventuellement lui reprocher son silence sur beaucoup de sujets pendant cinq ans. Il faut quand même remarquer qu'en prenant Matignon, Fillon a signé un contrat avec Sarkozy, où il était très explicite que le patron, c'est le président. Fillon a respecté son contrat : il a fait le job qu'on lui demandait, même si ce n'était pas toujours celui dont il aurait rêvé, même s'il a fallu avaler des couleuvres. Quand on fait de la politique, qu'on est aux commandes, on est dans une équipe. On n'est pas forcement toujours d'accord avec ce qui se fait, mais on est solidaire. Cela marche comme ça partout, jusque dans les conseils municipaux. Sur le plan des idées, Fillon ne me déplait pas. Il a une véritable identité idéologique. C'est un gaulliste social, un modéré peu susceptible d'aller flatter la croupe de l'électorat FN. Tout cela est parfaitement compatible avec mon libéralisme. Avec lui, on sait où on va sur le plan de la "sensibilité politique" et on ne va pas vers la droitisation. C'est un aspect fondamental de mon choix.

Même si je reconnais d'indéniables qualités à Jean-François Copé, je ne peux pas me ranger derrière lui. A mes yeux, c'est un clone de Nicolas Sarkozy. Clivant, souvent agaçant (et apparemment content de l'être), parfois arrogant et cassant, il n'a rien pour me séduire. C'est une "machine politique", entièrement tournée vers la conquête du pouvoir, et prêt à tout pour cela, y compris vendre son âme au diable. Si son intérêt électoral est de s'allier avec Marine Le Pen, il le fera sans aucun scrupule. Avec lui, on est sur la poursuite de la course à l'extrême droite lancée par Nicolas Sarkozy, qui m'a empêché de voter pour lui au premier tour de la présidentielle. Ce que je crains avec Copé, c'est qu'il n'y ait aucune reconstruction idéologique de la droite, les "idées" étant totalement mises au service de la stratégie électorale, en l'occurrence de la sienne. C'est dommage, car Copé est quelqu'un d'efficace, qui sait s'entourer de gens très compétents et sait tisser des réseaux et être à leur écoute.

Le choix est assez limpide. Copé, c'est la poursuite du sarkozysme sans Sarkozy, alors que Fillon, c'est le recentrement de la droite. Pour moi, il n'y a pas photo !