En avril 2007, j'avais donné mon vote pour la présidentielle. A l'époque, c'était Sarkozy aux deux tours. En 2012, ça ne sera pas tout à fait la même chose. Ce sera Bayrou au premier tour, Sarkozy au deuxième. C'est un choix par défaut, aux deux tours.

Au premier tour, je ne peux pas voter Sarkozy. Certaines choses me sont restées en travers de la gorge : recul des libertés publiques en faveur d'un état de plus en plus policier, politique-spectacle avec lois faits-divers et coups d'éclats médiatiques. Tout est résumé, condensé au cours de l'été 2010, avec le discours de Grenoble et la chasse aux Roms. Rien que pour ça, il ne m'est pas possible de voter Sarkozy au premier tour, parce que je vois très clairement qu'il n'y a aucune intention de Sarkozy de changer là dessus. Pour le reste, j'ai des sujets de mécontentement, mais sur beaucoup de points, à commencer par hadopi et consorts, je pense qu'un gouvernement socialiste n'aurait pas fait mieux. Différent peut-être, mais pas mieux.

Les choix qui me restent sont limités. Depuis que Dupont-Aignan nous a dit pouvoir prendre Marine Le Pen comme premier ministre, c'est mort de ce coté là. Reste l'autre aile, Bayrou. J'ai longtemps espéré qu'un autre candidat puisse être présent sur ce segment du centre droit, qui est fondamentalement le mieux. Il y a suffisamment de courants idéologiques pour justifier deux candidats au centre (même si tactiquement, c'est une aberration). Finalement, il n'y aura que Bayrou, qui me pose deux problèmes. Sa personne, que je ne supporte pas, et le fait qu'il soit démocrate-chrétien, alors que je suis "libéral orléaniste". Finalement, je me suis dit que j'allais faire abstraction de la personne et voter, non pas Bayrou, mais "centre-droit", en espérant donner un petit peu plus de poids à ce centre droit afin de rééquilibrer l'UMP (sans me faire la moindre illusion). Ce sera donc Bayrou, parce que c'est la seule offre politique dans mon "segment".

Au deuxième tour, c'est différent. On est dans l'affrontement droite-gauche, là où au premier tour, on est plutôt dans l'établissement des équilibres internes de chaque camp. Je ne suis pas de gauche, mes lecteurs réguliers le savent. J'exècre le marxisme et tout ce qui en descend. La gauche français, y compris jusque très à droite du PS, est gangréné par ce surmoi marxiste de la gauche française. Ça me vaccine clairement de voter à gauche, quelque soit l'élection. Un temps, j'ai pensé rester à la maison au second tour, et puis au fil de la campagne, j'ai évolué, pris malgré moi dans l'ambiance, dans la "dramatisation" (au sens "spectacle"). Et puis il y a eu la montée de Mélenchon. Non pas qu'il soit un mauvais bougre ou un irresponsable et j'ai peur de voir arriver l'armée rouge. J'aurais plutôt confiance dans les capacités gestionnaires de Mélenchon, qui a été ministre, et connait le métier. Le problème, ce sont ses idées et surtout, ceux qui sont autour de lui. S'ils arrivent à faire un score, ils vont peser pendant 5 ans. Et pas dans le bon sens. Il faut donc être un minimum sérieux, ce sera donc Sarkozy au second tour, pour éviter Hollande.

Finalement, tout cela n'a que peu d'importance. Que ce soit Sarkozy ou Hollande, 90% des décisions seront à peu près les mêmes, avec quelques différences, mais resteront dans les mêmes limites. De toute manière, il n'y a plus d'argent, et les hauts-fonctionnaires et conseillers (ceux qui dirigent réellement le pays) qui sont dans les équipes Hollande sont des clones de ceux qui ont peuplé les cabinets ministériels depuis 10 ans. Les différences seront dans le sociétal (qui ne coute pas cher) et dans l'enrobage, la communication. La différence entre Nicolas Sarkozy et François Hollande sera donc essentiellement cosmétique.

L'important dans la vie démocratique, du moins dans la mienne, ce n'est plus tellement l'acte de voter, où ma voix n'est qu'une au milieu de plusieurs dizaines de millions. L'important, c'est dans la participation à l'élaboration de la décision, qui est de plus en plus ouverte au citoyen, pour peu qu'il en ait les compétences (ça se travaille) et surtout, la volonté d'y consacrer du temps et de l'énergie. L'open Data permet d'avoir les informations, la matière première de l'analyse. Les outils existent maintenant pour que des communautés s'emparent de ces données et produisent des analyses, des propositions, et surtout, analysent et contrôlent ce que font et décident les élus. Seule une très petite minorité de citoyens participera effectivement à ce mouvement, mais ce sera suffisant pour créer un contre-pouvoir indépendant, capable de troubler la quiétude des cabinets ministériels et des assemblées parlementaires en imposant la transparence, capable de faire un travail d'analyse de fond, de fact-checking que les journalistes ne peuvent pas faire aussi profondément qu'il le faudrait car il n'en ont pas les moyens matériels.

Le citoyen de demain, ce ne sera plus mettre son bulletin dans l'urne et se taire entre deux échéances. Ce sera aussi, et surtout, demander des comptes. On en a le droit, c'est dans la constitution, et tout législation qui se dressera comme un obstacle tombera sous le coup de l'article 15 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : "La Société a le droit de demander compte à tout Agent public de son administration". On se rendra alors compte que la désignation des représentants n'a plus une si grande importance, à partir du moment où on peut effectivement les contrôler utilement.