Les socialistes ont inscrit à l'ordre du jour une proposition de loi visant à ouvrir le mariage aux personnes du même sexe. Sujet polémique s'il en est, il a provoqué les débats attendus, du moins les expressions vigoureuses et assez intolérantes de ses partisans.

Le fait que le refus du mariage homo constitue une discrimination (dont forcement mal et intolérable) est un argument qui revient souvent. Ce n'est pas faux, mais toute la question est de savoir si c'est une discrimination acceptable ? Parce que des discriminations, il y en a plein. Cela ne choque absolument personne qu'il y ait des toilettes publiques pour les femmes, et d'autres pour les hommes. Par contre, cela poserait problème s'il y avait des toilettes réservées aux blancs et d'autres aux personnes "non blanches"...

A partir de quand une situation différente, ici l'orientation sexuelle, justifie un traitement juridique différent ? C'est une question éminemment politique, et c'est donc une solution politique qui doit être donnée. Étant dans une démocratie, c'est in fine le peuple qui doit décider, soit directement, soit par la voie de ses représentants. C'est le processus qui est en cours et ce n'est pas évident pour les parlementaires de trancher. Nombre de députés UMP auraient mieux aimé ne pas avoir à se prononcer, et si la plupart voteront contre, par discipline, pour beaucoup, ce ne sera pas sans hésitations et tiraillements.

Certains voteront pour, comme par exemple Franck Riester, qui l'a dit haut et fort à la tribune. Cette évolution est entrée dans les moeurs, lui semble majoritairement acceptée. Il faut donc franchir le pas. D'autres, comme Michel Diefenbacher, voteront contre, car ils ont une vision du mariage qui est celui d'une institution, et non d'un contrat, et qu'en acceptant le mariage homosexuel, on basculerait irrémédiablement de l'institution vers le contrat. Il y a aussi ceux qui, comme Claude Bodin, refusent en plus que l'homosexualité soit reconnue "moralement" équivalente à l'hétérosexualité.

Même si le résultat du vote sera probablement négatif (mais sans doute pas avec le plein des voix de droite...), ce débat m'apparait comme le baroud d'honneur des opposants, qui ont en fait perdu la bataille décisive au moment du PACS. Ils l'ont perdu sur les deux plans, celui du statut du mariage, et celui de la place "morale" de l'homosexualité. D'abord sur le mariage, on s'est rendu compte que le PACS a été plébiscité par les... hétérosexuels, qui voulaient organiser juridiquement leur vie de couple, mais pas plus, et qui trouvaient l'institution "mariage" inappropriée à leurs besoins. Oui, dans les faits, le mariage est un contrat juridique, c'est le cas depuis un certain temps et le succès du PACS n'a été qu'un révélateur. Sur le plan de la reconnaissance de l'homosexualité, le PACS a permis de montrer que les couples du même sexe fonctionnaient exactement de la même manière que les couples hétéros, avec pas plus de "divorces" et de problèmes. Même si les possibilités d'adopter ou d'élever des enfants leurs sont parfois refusées, ces interdictions sont contournables (et contournées). Cela a permis de voir que les homosexuels sont parfaitement capables d'élever des enfants, et que ce paramètre de l'orientation sexuelle n'avait aucune incidence sur les enfants. Mieux vaut être élevé par un couple homosexuel uni que par un couple hétérosexuel qui se déchire.

A partir de là, je ne vois aucune raison de refuser le mariage et l'adoption aux personnes homosexuelles. Ce qui compte, c'est le projet de vie, c'est la capacité (et la volonté) de respecter des engagements. Pour l'adoption, ce qui compte, c'est effectivement l'intérêt de l'enfant, et on doit continuer à refuser des demandes qui manifestement, posent problème. Mais le fait d'être homosexuel ne devrait plus être considéré comme un problème, indépendamment de tout examen du projet et de l'équilibre psychologique du ou des demandeurs. Ce qui compte, c'est la stabilité du couple, sa volonté d'élever un enfant (en étant conscient de ce que c'est) et sa capacité à le faire.

Je serais député, je voterais pour cette proposition de loi.