La France est spécialiste pour produire des usines à gaz coûteuses et inefficaces. En 2005, nous avons lancé en grande pompe les "pôles de compétitivité". Aujourd'hui, le bilan est plus que mitigé. Certes, des résultats ont été atteints, mais pas franchement à la hauteur de ce qui était attendu.

Tous les ingrédients étaient réunis pour qu'on se plante.

Les pôles de compétitivité sont des usines à gaz administratives, avec de la paperasse (parfois pour toucher trois francs six sous), des réunions qui ne servent à rien. La bureaucratie dans toute sa splendeur. En terme d'efficacité, on fait mieux. C'est tellement complexe, que tous les crédits n'ont pas été consommés, faute de dossiers en nombre suffisant. C'est un signe qui ne trompe pas !

C'est une initiative qui venait d'en haut, une idée fumeuse des bureaux parisiens. Si dans certains endroits, cela a pu fonctionner, c'est parce que les acteurs de terrain se sont emparés des outils pour faciliter des coopérations qui existaient déjà. Ailleurs, on a monté des dossiers pour profiter de l'effet d'aubaine (la chasse à la subvention est un sport national) mais concrètement, la sauce n'a pas pris. Et c'est logique. Ce n'est pas la structure qui fait le dynamisme. Mais ça, en France, on ne comprend pas qu'il faut d'abord que les choses se fassent sur le terrain, et ensuite, on accompagne ce qui se fait en fournissant éventuellement les outils qui manquent. L'économie administrée est malheureusement encore une réalité française.

Les politiques s'en sont emparés, et c'est la pire catastrophe qui pouvait arriver ! Chacun a voulu le sien, c'est une question de fierté. Il faut montrer absolument que l'on est influent à Paris et qu'on est capable d'obtenir pour son territoire le dernier gadget à la mode (et accessoirement, les financements qui vont avec). Résultat des courses, on a tué complètement l'esprit du projet en créant bien trop de pôles de compétitivité, dont certains n'ont clairement pas leur place dans le dispositif. Mais même en sachant ça, en l'ayant écrit, les députés ne suggèrent pas d'en supprimer...

Enfin, dans la tradition française, on a rajouté des couches au mille-feuille, en créant d'autres dispositifs sur les mêmes sujets, comme le crédit impôt recherche. Sans la moindre coordination, bien évidemment ! De l'argent public est saupoudré, on attend même pas d'évaluer un dispositif qu'un autre est lancé. C'est le fonctionnement à courte vue et surtout le résultat de la complexité de l'action de l'Etat. Chaque ministère, chaque service parfois a ses projets, sa logique propre et s'emploie à les faire aboutir, sans se soucier (dans le meilleur des cas) de ce que font les autres. C'est aux politiques d'assurer, normalement, la cohérence de tout cela. Ils ont bien du mal (et ce n'est rien de le dire).

Le problème, c'est qu'on est dans le coeur du fonctionnement de notre pays. Pour faire bouger ces choses là, il faut aller profond, très profond. Et en plus, sans être sûr d'avoir mieux au final.