La polémique Hortefeux a eu un effet collatéral, celui d'effrayer le personnel politique dans son ensemble (Que ce soit Copé ou Peillon). Alors qu'ils étaient habitués à un système verouillé, où ils avaient une certaine "intimité", voilà que tout se retrouve sur la place publique. Et s'il n'y avait que ça ! Internet est outil qui peut devenir un moyen de contournement des intermédiaires politiques, le nouveau lieu du débat où les politiques n'ont plus forcément au centre.

Leur premier réflexe est de chercher à museler internet. C'est normal et logique. Ils sont entrés dans un jeu avec des règles. Un élément perturbateur vient bousculer les règles du jeu, on cherche à faire cesser cette perturbation. Les politiques sont encore largement dans cette phase (voyez les propos des pro hadopi) et sont relayés par les grands pontes des médias qui sont des acteurs du même jeu. Car les médias politiques sont eux aussi perturbés par l'arrivée d'internet, et bien plus que les politiques car les Olivennes, Duhamel et compagnie sont directement menacés dans leur existence même. Internet ne fera pas disparaitre les élus. Par contre, les journalistes politiques...

Dans le même temps, d'autres politiques, très minoritaires, se plongent dans internet et tentent de comprendre ses ressorts profonds et d'en maitriser les outils. Plus ils sont âgés, plus c'est méritoire (Alain Lambert est pour cela exemplaire). D'autres, plus jeunes, sont arrivés en politique en maitrisant déjà internet et surtout, ce que cela implique en terme de fonctionnement et de gestion du mandat. Quelques autres (dont Fillon), sans forcement pratiquer, comprennent qu'il y a des enjeux importants et que de toute manière, il n'y a pas le choix, il faudra bien s'y faire.

C'est justement ça que la grande majorité de la classe politique n'a pas compris. Certains ne comprendront jamais, mais ce n'est pas grave, dans 10 ans, ils ne seront plus dans le circuits et d'autres, plus jeunes et plus au fait des technologies les auront remplacés. Le coeur du problème, c'est le quadras, c'est Copé, c'est Peillon, qui sont encore là pour au moins 20 ans. Il va falloir qu'ils comprennent que les règles du jeu ont changé et que c'est à eux de s'adapter. Taper sur internet ne leur apportera rien, sinon une mauvaise image dans un segment de l'électorat qui n'est pas si marginal (et qui le sera de moins en moins). Si Jean-François Copé souhaite se présenter à la présidentielle de 2017, il devra faire quelques efforts de compréhension. Mais je ne me fait pas de soucis pour lui, il est intelligent et trouvera assez rapidement comment utiliser internet à son profit. Je le soupçonne même d'être plus avancé qu'il n'y parait. Ses propos anti-internet sont plus le fait de son rôle de "porte-parole" et de leader politique que le reflet de son opinion personnelle.

Cette période difficile et rugueuse qui s'est ouverte depuis DADVSI entre les politiques et internet n'est pas encore close. Pendant encore quelques années, on va s'en prendre plein la gueule. Mais cela ne durera qu'un temps, car la démographie et la technique jouent pour nous.