La nomination de Patrick Devedjian au gouvernement m'a laissé perplexe. D'abord sur le positionnement : ministre auprès du premier ministre. Kezako ? Comment un ministre de plein exercice peut-il être sous l'autorité directe du premier ministre, sur un même rang protocolaire que les secrétaires d'Etat ? J'attends avec impatience de connaitre son rang protocolaire exact. En toute logique (s'il en reste une dans cette histoire), il devrait s'intercaler entre Eric Woerth, dernier ministre et Roger Karoutchi, premier secrétaire d'Etat. Mais cela poserait un vrai problème d'autorité vis-vis des ministres qu'il est censé "coordonner". Attendons donc...

Deuxième source de perplexité, la mission. Patrick Devedjian n'aura pas de département ministériel classique, mais une mission. Comment lire ce poste hybride. Jean-Pascal Picy y voit un retour du concept de "Ministre sans portefeuille". Je ne suis pas d'accord avec lui, car les ministres sans portefeuille avaient un rôle de "soutien politique" dans le cadre de gouvernements de coalition. On accordait ces places à des autorités morales ou politiques afin de donner davantage de poids et de lustre au cabinet. Ici, je ne vois pas ce qu'apporte Patrick Devedjian en terme de renforcement du poids politique pour François Fillon.

Je pense qu'il faut davantage voir ce poste comme un "super délégué interministériel". Coordonner une politique transversale à partir de Matignon, sous l'autorité et l'égide du Premier Ministre, c'est ce que font tous les délégués interministériels. Le plus qui est donné, c'est que le délégué interministériel est nommé Ministre, et bénéficie dont d'un poids politique que n'ont pas les simples délégués interministériels.

Le choix de cette formule est ma troisième source de perplexité mais aussi de curiosité. La nomination d'un délégué interministériel "ordinaire" concernant le plan de sauvetage de l'économie semblait la solution d'évidence. La direction politique est assurée depuis l'Elysée et surtout Matignon, qui se chargent d'arbitrer les querelles de pouvoirs entre ministres (Matignon ne fait que ça : arbitrer) pendant qu'un haut fonctionnaire (un inspecteur général des finances par exemple) connu, respecté, bref ayant du poids chez les hauts fonctionnaires de Bercy et d'ailleurs, se charge des arbitrages entre hauts fonctionnaires, utilisant tant que de besoin le poids politique du Premier ministre auprès de qui il a un accès direct d'autant plus grand que le sujet est politiquement sensible. Jean-Pierre Jouyet aurait été le candidat parfait, à la fois connu et respecté des hauts fonctionnaires, mais aussi des politiques. Le risque est que Devedjian se limite à être un "Monsieur plan de sauvetage" pour les besoins de la communication gouvernementale, sans aucun contrôle ou presque sur ce qui se fait dans les différents ministères.

J'attends de voir comment Patrick Devedjian va s'entourer, car il lui faut d'urgence un vrai "délégué interministériel" qui assure le coté technique pendant qu'il assure le coté politique et médiatique. De la solidité de cet "adjoint" qui aura sans doute le titre de Directeur de Cabinet, dépend la réussite de cette mission, et plus globalement, l'avenir de ce qui m'apparait comme un expérience finalement intéressante à suivre. (Edit quasi immédiat, je viens de voir, c'est un préfet, Michel Thénault, qui a fait toute sa carrière au ministère de l'intérieur. Mauvais choix à mon avis, car il aurait fallu quelqu'un de Bercy, c'est quand même de la relance de L'Economie qu'il s'agit) Si ça marche, nous avons peut-être là une solution aux problèmes que connait actuellement l'interministériel, véritable talon d'achille du travail gouvernemental, avec un duo politique-technique qui donnerait plus de place et de poids à l'interministériel et de ce fait, renforcerait le rôle du Premier ministre, seul capable de porter l'interministériel.