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lundi 8 décembre 2008

Perte d'autonomie de la pensée

Je découvre la composition de la nouvelle équipe nationale du PS. J'y vois que Monsieur Bertrand Monthubert est nommé responsable thématique "enseignement supérieur et Recherche". Accessoirement, il est aussi président de "sauvons la Recherche".

Cela me dérange beaucoup. Je crains fortement que le programme du Parti socialiste sur l'enseignement supérieur et la Recherche ne soit à l'avenir qu'un copier-coller des positions de "sauvons la recherche". Toute pensée autonome au sein du parti socialiste sur le sujet est désormais très limitée. La Recherche française a besoin de réformes, depuis 2004, l'UMP a lancé un train de réformes, qui peuvent ne pas être toutes excellentes. On a le droit d'en discuter, d'en débattre, de proposer autre chose. C'est ce que fait une large part de la "profession" à travers le collectif "sauvons la recherche". Même si je suis fortement en désaccord avec leurs propositions, leur intervention dans le débat est légitime.

Ce que je trouve regrettable, c'est qu'un grand parti de gouvernement tel que le PS s'aligne complètement sur une position qui est celle des membres de la profession concernée, qui y défendent avant tout leurs intérêts, qui peuvent très bien ne pas coïncider avec les intérêts du pays. C'est de la part du PS un signe de faiblesse que d'être ainsi incapable de s'extraire des positions d'un des piliers de son électorat pour formuler des propositions qui lui soient propres et qui aillent éventuellement dans un sens différent, décidé par l'ensemble des socialistes après un débat ouvert où toutes les parties ont pu être écoutées.

OVNI ministériel

La nomination de Patrick Devedjian au gouvernement m'a laissé perplexe. D'abord sur le positionnement : ministre auprès du premier ministre. Kezako ? Comment un ministre de plein exercice peut-il être sous l'autorité directe du premier ministre, sur un même rang protocolaire que les secrétaires d'Etat ? J'attends avec impatience de connaitre son rang protocolaire exact. En toute logique (s'il en reste une dans cette histoire), il devrait s'intercaler entre Eric Woerth, dernier ministre et Roger Karoutchi, premier secrétaire d'Etat. Mais cela poserait un vrai problème d'autorité vis-vis des ministres qu'il est censé "coordonner". Attendons donc...

Deuxième source de perplexité, la mission. Patrick Devedjian n'aura pas de département ministériel classique, mais une mission. Comment lire ce poste hybride. Jean-Pascal Picy y voit un retour du concept de "Ministre sans portefeuille". Je ne suis pas d'accord avec lui, car les ministres sans portefeuille avaient un rôle de "soutien politique" dans le cadre de gouvernements de coalition. On accordait ces places à des autorités morales ou politiques afin de donner davantage de poids et de lustre au cabinet. Ici, je ne vois pas ce qu'apporte Patrick Devedjian en terme de renforcement du poids politique pour François Fillon.

Je pense qu'il faut davantage voir ce poste comme un "super délégué interministériel". Coordonner une politique transversale à partir de Matignon, sous l'autorité et l'égide du Premier Ministre, c'est ce que font tous les délégués interministériels. Le plus qui est donné, c'est que le délégué interministériel est nommé Ministre, et bénéficie dont d'un poids politique que n'ont pas les simples délégués interministériels.

Le choix de cette formule est ma troisième source de perplexité mais aussi de curiosité. La nomination d'un délégué interministériel "ordinaire" concernant le plan de sauvetage de l'économie semblait la solution d'évidence. La direction politique est assurée depuis l'Elysée et surtout Matignon, qui se chargent d'arbitrer les querelles de pouvoirs entre ministres (Matignon ne fait que ça : arbitrer) pendant qu'un haut fonctionnaire (un inspecteur général des finances par exemple) connu, respecté, bref ayant du poids chez les hauts fonctionnaires de Bercy et d'ailleurs, se charge des arbitrages entre hauts fonctionnaires, utilisant tant que de besoin le poids politique du Premier ministre auprès de qui il a un accès direct d'autant plus grand que le sujet est politiquement sensible. Jean-Pierre Jouyet aurait été le candidat parfait, à la fois connu et respecté des hauts fonctionnaires, mais aussi des politiques. Le risque est que Devedjian se limite à être un "Monsieur plan de sauvetage" pour les besoins de la communication gouvernementale, sans aucun contrôle ou presque sur ce qui se fait dans les différents ministères.

J'attends de voir comment Patrick Devedjian va s'entourer, car il lui faut d'urgence un vrai "délégué interministériel" qui assure le coté technique pendant qu'il assure le coté politique et médiatique. De la solidité de cet "adjoint" qui aura sans doute le titre de Directeur de Cabinet, dépend la réussite de cette mission, et plus globalement, l'avenir de ce qui m'apparait comme un expérience finalement intéressante à suivre. (Edit quasi immédiat, je viens de voir, c'est un préfet, Michel Thénault, qui a fait toute sa carrière au ministère de l'intérieur. Mauvais choix à mon avis, car il aurait fallu quelqu'un de Bercy, c'est quand même de la relance de L'Economie qu'il s'agit) Si ça marche, nous avons peut-être là une solution aux problèmes que connait actuellement l'interministériel, véritable talon d'achille du travail gouvernemental, avec un duo politique-technique qui donnerait plus de place et de poids à l'interministériel et de ce fait, renforcerait le rôle du Premier ministre, seul capable de porter l'interministériel.

Parole à la défense

Dans deux affaires très médiatisées, nous avons surtout entendu une version, celle de la "victime" que l'on a eu trop tendance (certains ne se sont même pas posé la question) à prendre pour la vérité pure. J'aimerais, dans les deux cas, attirer l'attention sur la parole de l'autre intervenant, à savoir à chaque fois les forces de l'ordre. Je ne dis pas que leur version est la vérité pure, mais le recoupement des deux versions peut permettre de cerner les points qui posent problème, et éclairer ainsi le degré de "bonne foi" de chacun.

Commençons par l'affaire de Filippis, ce journaliste de Libé qui a connu les désagréments de la procédure d'arrestation. Aliocha publie le témoignage d'un commissaire, qui explique comment ça se passe dans ces cas-là. Oui, la fouille au corps est humiliante, mais nécessaire, car effectivement, s'il arrive malheur (suicide en garde à vue par exemple) c'est sur les policiers qu'on tombera à bras raccourcis ! Soit on leur donne les moyens d'exercer pleinement leurs fonctions, soit on accepte qu'ils ne soient pas responsables en cas de pépin. C'est l'un ou l'autre. Personnellement, je préfère qu'on laisse à la police les moyens de mener à bien son action, tout en surveillant et en sanctionnant les débordements. Dans cette affaire, le policier apporte des éléments qui cassent un peu la version de Monsieur de Filippis. Bien entendu que les policiers savent qui ils arrêtent, surtout si c'est un journaliste. C'est l'évidence même ! La réaction violente de Monsieur de Filippis, sans doute vexé d'être traité comme une personne ordinaire, a inutilement dramatisé la chose. Quand le ton monte, qui est responsable, difficile à dire, en général, les torts sont partagés. Sur cette affaire, il manque un témoignage, celui de la juge. Pourquoi a-t-elle utilisé ce moyen de convocation, en apparence disproportionné avec les faits reprochés ? Quelles sont ses raisons ?

L'autre affaire est celle d'un descente de police dans un établissement scolaire à la recherche de produits stupéfiants. Un épisode a eu lieu à Auch, l'autre à Marciac. Le blog Secret défense (trouvé via Rubin) publie le témoignage du responsable de gendarmerie qui a procédé à la visite à Auch. Que la police entre dans les établissements scolaires ne me choque pas, à condition que cela soit fait dans les règles, c'est à dire sur réquisition d'un juge ou d'un procureur, avec l'assentiment de la direction de l'établissement. A Auch, le but était de trouver de la drogue, et les policiers en ont trouvé. Pas beaucoup certes, mais ils ont attrapé un dealer. Cela servira de leçons pour les autres ! Que cela fasse forte impression sur des jeunes, ce n'est pas forcement mauvais. Il est bon de temps en temps de rappeler qu'il existe des lois et qu'elles sont appliquées !

Dans ces deux affaires, on retrouve le même discours anti-policier de la part des "victimes". Tout juste si on ne dit que les policiers qui ont opéré étaient semblables à ceux qui en 1942, venaient arrêter les juifs. En tout cas, tout est fait pour le suggérer. Les médias de gauche se sont jetés sur cette affaire, car l'allergie à la police est un élément de l'identité de leur lecteurs, qui ne peuvent que s'y retrouver dans un article s'indignant vertueusement de "débordements" policiers. Ces mêmes lecteurs sont pourtant bien contents de faire appel à la police quand ils en ont personnellement besoin. De gauche quand c'est pour les autres, de droite quand c'est pour sa pomme...