La sauce Edvige est en train de monter, comme une mayonnaise que l'on bat et rebat. Les gauchistes de tous poils ont trouvé un magnifique os à ronger pour faire de l'agit-prop et ne s'en privent pas.

On trouve ainsi des aneries comme celle-ci, où on nous affirme que le simple fait de participer à une manifestation vous fera entrer dans le fichier. Si c'est théoriquement possible, en pratique, je vois mal comment les RG nouvelle formule arriveraient à mener à bien leur tâche. Pour être fiché, il faut d'abord être identifié. Certes, les moyens techniques existent (photos, films) mais demandent de toute manière un traitement humain conséquent, rien que pour entrer les données. Ensuite, il faut avoir un minimum de renseignements pour que la fiche soit utile. Un nom et une adresse, ça ne sert à rien. Ensuite, il faut tenir à jour le fichier, car ça se périme très vite un fichier nominatif.

Si les fantasmes de Madame Franco se réalisent, on aura très rapidement un fichier Edvige totalement inutilisable, car trop gros, avec une masse trop importante de fiches "non pertinentes", car contenant des informations plus à jour ou sans utilité réelle pour les tâches du service. Et de toute manière, les services de police n'ont pas les moyens matériels et humains de tenir et d'entretenir un tel fichier. Cela règle la question.

En fait, les mentions qui inquiètent (mineurs, orientation sexuelle, santé...) ne sont inscrites dans le décret que pour couvrir juridiquement ce qui existe déjà. Les fichiers de police peuvent être autorisés, par dérogation, à recueillir les données dites "sensibles", à condition de l'avoir déclaré explicitement. Cette collecte de données sensible couvre aussi bien les données directes qu'indirectes. La simple mention du militantisme d'une personne dans une association liée à une cause (genre association de lutte contre l'homophobie, association confessionnelle ou très liée à une religion) est considérée comme mention indirecte d'une orientation sexuelle ou religieuse. Mentionner dans la fiche d'un pasteur ou d'un rabbin leur profession, c'est recueillir une donnée sensible sur leur orientation religieuse. C'est donc juridiquement interdit, sauf si le décret de création a explicitement mentionné que ces mentions pouvaient être recueillies. Si le fichier est informatiquement conçu sans catégorie permettant de faire un tri par "donnée sensible", je ne vois pas où est le problème.

En s'attaquant au périmètre du fichier, ils se trompent de cible. Ce n'est pas le fichier en lui-même qui pose problème, mais l'usage qui peut en être fait !

C'est vrai que le développement des fichiers informatiques, leur facilité d'utilisation, et surtout de transmission et d'interconnexion peuvent faire peur. Cette crainte n'est pas illégitime, car ce qui est techniquement possible sera fait, forcement. La tentation est trop grande et des garanties doivent être apportées. Pour l'instant, elles ne le sont pas tellement, mais il est difficile d'en faire le reproche au gouvernement. De telles procédures ne relèvent pas du décret de création, où il est juste dit que ce beau fichier Edvige est sous le contrôle de la CNIL.

Ce qui est essentiel, c'est de savoir comment va s'opérer le contrôle par la CNIL. Sera-t-il de pure façade ? La CNIL a émis un avis favorable avec réserves, qui justement portent sur la question de la traçabilité des consultations. Normalement, toutes les consultations doivent être traçables et les interconnexions sont interdites avec d'autres fichiers. C'est là qu'il faut mettre la pression, sur le respect effectif de ces interdictions.