Le groupe de blogueurs "left blogs" m'a toujours fasciné, non pas que j'adhère à leurs idées, mais comme objet d'étude blogosphérique (et en plus, ceux que je connais sont sympathiques, même Martin P). Voilà un petit groupe qui a orchestré et réussi une opération collective de montée en puissance vers la visibilité. Alors qu'aucun n'aurait probablement réussi à percer et arriver seul là où il est, en chassant en meute, ils y sont arrivés.

Ils ont compris qu'être plusieurs permettait de se lier (ils ne s'en privent pas), et de former ainsi un pack qui permet, lentement mais surement, d'avancer dans les classements et d'intégrer les blogrolls. D'autres essayent sur la même voie, mais avec moins de succès, car moins soudés, moins prolifiques aussi. J'ai déjà eu l'occasion de parler de leurs petites opérations de liens systématiques. J'ai plusieurs fois picoré trollesquement sur ce terrain et à chaque fois, j'ai obtenu une réaction assez vive, avec force explication comme quoi j'avais tort. Maintenant, ils se justifient avant même que j'aille les titiller. Cela ne m'a plutôt convaincu du contraire ! On ne s'acharne pas à se justifier ainsi, aussi systématiquement, si le sujet n'en vaut pas la peine.

Petit à petit, j'ai découvert que ces braves left blogueurs ont chacun plusieurs blogs. D'abord, je leur dit bravo, car tenir un blog, ça prend du temps, mais alors plusieurs... C'est ainsi par exemple que Sarkofrance a des coulisses et des bas-fonds, que Nicolas J partage beaucoup (son avis, ses âneries et même le reste et plus encore), que Marc Vasseur a une face cachée. Et encore, j'en découvre tous les jours. Désolé pour ceux que je n'ai pas cité, vous n'avez qu'à venir troller commenter ici plus souvent. Dernièrement, ils ont découvert un nouveau système de site que l'on peut alimenter par mail. Bien entendu, chacun a créé le sien, avec comme premiers billets de paquets de liens vers les copains pour doper encore leurs classements.

A coté du blogueur individuel, qui n'a qu'un seul blog, leur méthode est une autre manière d'émerger, qui n'est finalement pas plus illégitime que cela. Ils ont créé un bel instrument, une sorte de vaste blog coopératif décentralisé, avec une forte coordination (qui doit leur bouffer du temps, ils dorment quand ?). Non seulement ils postent en choeur, mais ils viennent commenter en meute, obtenant ainsi une visibilité certaine. Dans les deux cas, difficile de les louper, Laurent en sait quelque chose.

Le résultat est toutefois là. A partir du commentaire d'actualité (sur les sujets qui font de l'audimat) ils ont réussi à squatter les classements comme Wikio, en utilisant un système de toute manière sur le déclin, car insatisfaisant pour de plus en plus de blogueurs. Cela leur a permis d'être "référencés" comme "influents" car visibles et de se voir proposer d'intervenir sur des médias plus traditionnels comme marianne2, le plus en pointe dans l'intégration des blogueurs (sans chichis et sans tapage particulier sur cette question d'ailleurs). Ils ont enfin plus ou moins réussi à faire croire que la blogosphère politique est dominée par les blogs de gauche.

Mais leur réussite n'est pas si complète. Si on enlève tous les "left blogueurs " du classement wikio, la situation est un peu différente et beaucoup plus équilibrée, notamment en faveur du Modem. Ils ont quelque peu occulté une blogosphère de gauche, parfois très à gauche, qui est surtout visible par le biais de Betapolitique et surtout de rezo, sites autrement plus "lourds" en terme de contenu et d'audience que nos amis "left blogueurs". Mais ils n'en ont pas pris réellement le leadership. Leur "influence réelle", c'est à dire leur capacité à être persuasifs, à répandre leurs idées et à changer l'opinion de leurs lecteurs, à être repris hors de leur sphère, est assez limitée. Ils débattent beaucoup, mais ne sont pas souvent eux qui posent les débats, qui décident des sujets sur lesquels on va gloser. La faute sans doute à un contenu souvent très sympathique et amusant, mais très superficiel et trop souvent dans la critique militante (c'est à dire bête, méchante et stérile). Je vais être cruel, mais ça manque quand même singulièrement de fond, de propositions solides, d'idées nouvelles et innovantes, d'analyses fulgurantes comme ici. Ca manque aussi de débats, car ils se reprennent les uns les autres, approuvant sans réserve les contenus d'un billet sans apporter quoique ce soit. C'est un peu dommage, car avec un tel outil, ils pourraient mener de vrais débats de fond et devenir un lieu où une certaine pensée de gauche se construit, par le dialogue, l'échange suivi de gens qui se connaissent, se respectent et ont un socle commun de convictions (socle qui manque singulièrement chez Lieu commun par exemple) et sont prêts à y consacrer du temps.