Le résultat du vote du Congrès du Parlement, lundi, est loin d'être acquis pour le gouvernement. Chaque voix compte et ceux qui sont opposés, voire tièdes font l'objet de toutes les attentions. On leur téléphone, on les reçoit à l'élysée, en prenant le temps qu'il faut. On leur montre alternativement la carotte et le bâton. Petit florilège des moyens dont dispose le gouvernement pour racoler.

Les carottes d'abord.

La première chose que l'on propose, c'est l'arrosoir, ouvert sur la puissance maximale. Vous avez des demandes de subventions en instance : c'est oui ! Vous avez des grands investissements en vue, c'est oui ! Un argument auquel sont particulièrement sensibles les députés d'Outre-Mer, où la réélection se joue, ne nous voilons pas la face, sur "combien tu as ramené d'argent de la métropole ?". Cela n'empêche pas des députés métropolitains de céder aux sirènes. Il y a la promesse de mise en valeur : tu veux être rapporteur sur tel texte, c'est oui (quitte à promettre le même poste à plusieurs), tu veux une mission sur quoi ? On peut même faire monter les enchères : dis Jack, un petit ministère lors du remaniement de 2009, ça te dis ? Eh, les amis communistes (qui sont 17 à l'assemblée nationale), l'abaissement de 20 à 15 députés du seuil pour former un groupe parlementaire, ça vous tente ?

Les batons

Vous savez tous, chers amis, que le redécoupage électoral va avoir lieu. Avez vous vraiment envie que votre circonscription soit redécoupée de manière à vous être sociologiquement moins favorable ? On peut le faire... Autre technique, celle de l'arrosoir inversé : si tu votes non, tu peux toujours courir pour obtenir quelque chose : plus de visites ministérielles, moins de subventions, plus de postes de rapporteur. Le régime sec ! Il y a aussi les députés qui ont des garnisons : tu sais, ami parlementaire, que le redécoupage de la carte militaire doit être annoncé fin juillet. Tant que ce n'est pas officiel, on peut encore faire quelque changement. Tu veux vraiment la garder, ta garnison (où celle de ton voisin à qui on fera connaitre ta part de responsabilité dans le départ de son régiment). Cela s'appelle du chantage, mais à la guerre comme à la guerre...

Ce qui me frappe dans tout cela, c'est que beaucoup de ces moyens, que ce soit les carottes ou les batons, auraient moins d'effets si les députés ne cumulaient pas. On tient le député en menaçant le maire, sur lequel on a plus de prise.

Je serais idéaliste, je dirais : bravo à ceux qui résistent, qui restent fidèles à leur convictions. Mais je ne suis pas idéaliste, et je constate que tous ont leur point de corruption, et que ceux qui ne cèdent pas sont ceux à qui on n'a pas proposé assez ou qui ont été insensibles aux pressions. Juste un exemple, Jacques Myard, député-maire de Maisons-Lafitte, qui campe sur le non. Quel emprise voulez vous avoir sur lui ? Il est assis sur un siège en or, qui ne risque pas de basculer à gauche, il est déjà marginalisé au sein du groupe UMP pour ses prises de positions parfois très extrémistes (il est pour la suppression de l'ISF, pour le rétablissement de la peine de mort et pas spécialement gayfriendly). Sa commune est riche, on peut lui redécouper sa circonscription sans aucun effet electoral, il n'attend rien en terme de poids parlementaire. Les quelques mésaventures qui pourraient lui arriver ne sont franchement pas de nature à le faire changer d'avis.

Quelque part, c'est rassurant. Je n'ai jamais aimé les idéologues, qui se décident uniquement en fonction de leurs convictions à eux, qui restent sourds à tous les arguments et vont jusqu'au bout des choses, en quête d'absolu et de pureté. C'est de ce bois là dont on fait les intégristes.