Versac le sentait venir. Et ça n'a pas manqué, les médias traditionnels reprennent l'initiative de Morandini et de Birenbaum de dévoiler les résultats avant 20 heures sous le titre : des blogueurs défient la loi électorale.

Morandini et Birenbaum, blogueurs ? Oui, ils tiennent un blog, mais ce n'est qu'une facette de leur activité éditorialo-médiatique. Quand on prend Birenbaum, c'est caricatural, il est à la fois journaliste, éditorialiste, éditeur, écrivain. Le type même du cumulard qui est au coeur du système médiatique français. Morandini est du même tonneau, journaliste télé, puis radio qui traite essentiellement des médias. L'initiative vient donc du coeur du système et on veut faire porter le chapeau aux blogueurs !! Belle opération de détournement et beau suivisme de la presse, une nouvelle fois à coté de la plaque.

Il faudrait peut-être un jour définir ce qu'est un blogueur, et affirmer clairement que cette dénomination doit être réservée à ceux qui n'ont pas d'autre titre à intervenir dans le débat public. Un journaliste-éditeur qui tient un blog est avant tout un journaliste éditeur, de même qu'un politique blogueur est d'abord un politique qui parle de politique. L'originalité de la blogosphère est qu'elle permet à de parfaits inconnus d'avoir enfin accès à la parole publique, par le biais d'un canal indépendant du système verrouillé de la presse (écrite et radiodiffusée). Les médias ont bien senti que quelque chose se passait et tournent autour du pot, ne sachant pas comment réagir.

Faut-il flinguer ce réseau concurrent en le discréditant, faut-il en récupérer les meilleurs éléments pour les recycler dans le circuit classique ? Les journalistes et les hommes de pouvoir des médias hésitent et mènent un peu les deux politiques à la fois, à l'exemple de Guy Birenbaum. La blogosphère peut être une pépinière de talents qui arrivent tous cuits chez les DRH, ayant fait leur preuves et acquis des compétences sans que l'entreprise médiatique n'ait eu à dépenser un sou pour les former et les faire murir. On le voit avec l'exemple de Ron l'infirmier, qui n'aurait jamais été repéré par l'éditeur Birenbaum sans son blog. Dans le même temps, Birenbaum passe son temps à tirer à vue sur les blogueurs et la blogosphère en général, histoire de ne pas laisser ce canal médiatique prendre trop d'importance et de crédit.

C'est la nouvelle étape dans le développement des blogs, son insertion dans le système médiatique. Le mouvement est déjà lancé, avec nombre de blogueurs dont le but unique est de se faire remarquer pour gagner de l'argent, se faire embaucher, dont les contenus sont dignes des meilleures émissions de télé-promo, où tout le monde est beau et gentil (sauf l'hérétique du jour que tout le monde se doit de lyncher), où les produits sont hyper-méga-géniaux et qu'il faut les acheter.

Un jour, il faudra faire le tri et éviter de mettre dans le même sac des gens qui n'ont strictement rien à voir, sinon qu'ils utilisent le même outil de communication.