dimanche 31 août 2008
Les bienfaits de la colonisation italienne
Par Samuel, dimanche 31 août 2008 à :: Politique
Par une décision surprenante, l'Italie a décidé "d'indemniser" son ancienne colonie, la Libye, pour les dommages causés par la courte période coloniale. Non content verser 200 millions de dollars par an, Berlusconi restitue une oeuvre d'art, ajoutant du symbolique au financier.
Plusieurs remarques (dont les réponses ne sont même pas esquissées dans l'article du Figaro) se bousculent à mon esprit.
Il ne me semble pas que l'occupation italienne en libye, qui fut courte (1911-1943) ait été particulièrement cruelle et inhumaine. Ce ne fut certainement pas le Congo Belge ! Jusque là provinces de l'empire ottoman, la Tripolitaine et la cyrénaïque furent occupé par l'Italie pour des raisons de prestige. La résistance ne dut pas être bien farouche, car être vaincu par l'armée italienne, il fallait le faire. Même les éthiopiens ont réussi à repousser les italiens (en 1896). Pourquoi donc indemniser à part le fait même d'occuper deux provinces qui ont de tout temps été occupées par d'autres et qui n'ont jamais été une nation ?
Dans les indemnisations détaillées par l'article du Figaro, on remarque qu'il s'agit surtout d'investissements et d'infrastructures, pas de sommes versées directement. Je m'étonne un peu que la Lybie, pays producteur de pétrole, ait besoin d'aide étrangère pour financer ses infrastructures ? Le colonel Khadafi serait il un si mauvais gestionnaire ? Il me semblait pourtant que le revenu du pétrole avait recemment explosé...
Au fil de ma reflexion, l'idée me vient qu'il s'agirait surtout d'un tour de cochon joué par le colonel Khadafi aux pays européens, et notamment à la France, avec la complicité de Berlusconi, absolument pas dérangé par l'opération à partir du moment où elle lui rapporte (preuve éclatante de l'immoralité totale du personnage s'il y en avait encore besoin).
Que veut Berlusconi ? développer les entreprises italiennes et leur ouvrir davantage le très solvable marché lybien. Pour cela, il faut remettre à niveau des infrastructures que la gabegie a laissé péricliter, Khadafi préférant pendant de longues années flamber et financer les terroristes de tout poil plutôt que doter son pays d'infrastructures digne de ce nom. Et comme il n'a pas plus envie de le faire maintenant qu'auparavant, l'Italie s'en charge (ça fera tourner les grandes entreprises du BTP italien). Il faut aussi la bienveillance du dictateur local pour favoriser l'implantation des entreprises italiennes, et là c'est plus compliqué, car de l'argent, Khadafi en a. C'est autre chose qu'il veut...
Aux occidentaux, Khadafi demande de baisser le pantalon. La France l'a fait, de mauvaise grâce certes, mais l'a fait, ouvrant le bal. Berlusconi suit, sans aucune gêne ni honte. Ce bon colonel veut une restitution de statue, soit. Il veut habiller des contrats commerciaux d'un manteau "indemnisation coloniale", allons y ! De toute manière, cela ne coute rien à Berlusconi, puisqu'à part le Libye, les seules colonies italiennes étaient la Somalie (en pleine guerre civile) et l'Erythrée, en pleine guerre avec sa voisine l'Ethiopie, brièvement occupée par l'Italie de 1936 à 1941. Aucune des deux n'est en mesure de réclamer quoi que ce soit.
Ce faisant, Khadafi joue un coup magistral. Il crée un précédent, un brêche énorme dans laquelle vont s'engouffrer toutes les anciennes colonies, notamment africaines, qui ont des raisons bien plus solides que la Libye de se plaindre des méfaits de la colonisation. Les revendications existent déjà, en indemnisations financières, mais aussi symboliques. Cette opération leur donne un poids supplémentaire, ce qui procure une double avantage à Khadafi. Cela rehausse son prestige en Afrique : il est celui qui a fait plier son ancienne puissance coloniale. Cela met aussi dans l'embarras les pays européens, France et Royaume Uni au premier chef. Que du bonheur !