Authueil

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mardi 24 juin 2014

L'étrange écroulement

Je suis assez frappé de la manière dont la maison Copé s'écroule. L'intégralité des vrais comptes de Bygmalion sont dans la nature (merci les clés USB) et on en apprend des belles, les lampistes façon Lavrilleux ou Millot se rebiffent, balancent tout et annoncent que s'ils tombent, ils ne seront pas seuls dans le box, au tribunal. Quand on regarde la solidité du système Chirac, où on est loin d'avoir tout vu, et où il a été plus que difficile d'amener les coupables dans le box, on se pose des questions. A-t-on changé d'époque ou Copé, finalement, n'était qu'un amateur ? J'ai du mal à trancher...

Concernant l'UMP, c'est également sidérant de voir à quel point ce parti s'effondre. Depuis les européennes, il a fait un pas de plus vers l'auto-destruction. Le départ de Copé n'a rien réglé, et l'intérim donne lieu à des contestations. Aucun leader n'apparait, que ce soit pour présider le parti ou être le candidat en 2017. Tous sont dans les petites tactiques à courte vue, à coup de déclarations dans les médias, pour placer ses propres pions ou ceux de son camp. Je ne vois absolument pas le bout du tunnel, d'autant plus que l'image du parti en est fortement dégradée.

Plus ça, plus que je pense que l'UMP va soit exploser, soit se transformer en une vaste pétaudière où plus rien n'avance. La deuxième option apparait la plus probable, sauf si la commission des comptes de campagnes intervient pour couper les vivres à un parti qui a quand même organisé une vaste opération de maquillage du compte de Sarkozy (et l'a avoué). Pourtant, la droite à tout pour être optimiste, tellement François Hollande est au fond du trou...

Parce que l'écroulement, il est aussi à gauche. Plus on avance dans le quinquennat, plus on voit la majorité se déliter et se réduire. Il reste trois ans à tenir, je ne vois pas comment on va y arriver, car il n'y aura ni démission de Hollande, ni dissolution. Cela équivaudrait à un suicide, et s'il y a une chose que les socialistes ne feront pas, c'est bien ça. On va donc avoir une mise à l'écart de François Hollande, déjà bien complètement discrédité. Il sera remplacé par son premier ministre, ce qui donnera une configuration inédite sous la 5eme République : une pratique institutionnelle de type "cohabitation" alors que le président et son premier ministre sont de la même couleur politique. Un brouillage du message politique pas évident à gérer, car on va avoir une pratique qui diffère des messages envoyés. L'image d'un président "monarque absolu" est tellement ancrée chez les français qu'ils seront perturbés de se retrouver avec un "roi fainéant", façon mérovingiens de fin de race.

La décomposition du paysage politique est inquiétante, mais c'est en même temps une porte de sortie, car la France est un pays bloqué, et cela depuis longtemps. Il faut que cela change, et alors que tous (moi compris) ont pensé que cela finirait pas une révolution plus ou moins violente, on pourrait avoir une auto-dissolution des structures de pouvoir, qui s'écroulent sans le moindre mouvement social. Comment gérer cela ? on est dans l'inconnu et le trou noir...

vendredi 13 juin 2014

Pourquoi pas Toubon ?

François Hollande vient d'annoncer sa volonté de nommer Jacques Toubon comme défenseur des droits. Cela soulève des cris d’orfraies à gauche, tant l'homme est estampillé "RPR chiraquien". En plus, à 73 ans, on peut estimer qu'il a droit à une retraite bien méritée, même si lui, comme tout homme politique qui se respecte, préfère sans doute quitter la scène les pieds devant.

Ce sont pourtant les deux seules critiques que l'on peut adresser à Jacques Toubon, passé le moment de stupeur. Oui, 73 ans, c'est sans doute 10 ans de trop pour un poste de cette envergure. Rappelons quand même que Dominique Baudis est mort en fonctions, et qu'il n'avait que 66 ans. Le coté "grognard chiraquien", qui va jusqu'à envoyer un hélicoptère chercher un procureur pour empêcher l'ouverture d'une enquête contre son parti, fait un peu tâche, c'est vrai et crispe à gauche.

A sa décharge, Jacques Toubon a un passé d'homme d’État où il n'a pas démérité. Certes, il ne fut pas un super-ministre de la justice entre 1995 et 1997. Mais il n'a pas été un mauvais ministre de la Culture, et a gardé toute l'estime de ce secteur. Il vient de quitter ses fonctions de membre du collège de la Hadopi, et est toujours en charge de suivre les sujets relatifs à la TVA des biens culturels à Bruxelles. Le personnage n'est pas désagréable, même s'il est très bavard et s'écoute volontiers parler. En tout cas, c'est quelqu'un qui connait bien le système administratif français, de la catégorie "vieux singe à qui on n'apprend pas à faire la grimace". Sous cet angle, son passé à la ville de Paris sous Chirac sera précieux dans ses fonctions de défenseur des droits...

Les critiques que j'ai pu voir fleurir, comme quoi il est un peu rétrograde, parce que pas spécialement gay-friendly, ou parce qu'ayant pris, il y a 30 ans, certaines positions sur des sujets de sociétés ne doivent pas entrer en ligne de compte. La seule chose qu'il faut regarder, c'est la concordance entre la feuille de poste et le profil du personnage.

Qu'attendons-nous du défenseur des droits ? Pour ma part, je lui demande d'être un vrai contre-pouvoir (ce que n'a pas été Dominique Baudis) qui ait à la fois expérience et indépendance, qui soit capable de ruer dans les brancards et mettre les autorités face à leurs contradictions et leurs bévues, sans peur du scandale. Pour ça, Jacques Toubon est parfait. A 73 ans, c'est clairement son dernier poste, il n'a plus personne à ménager. Étant chiraquien et rien d'autre, il n'est pas lié aux actuels responsables de l'UMP (il est de la génération d'avant) et l'est encore moins avec la gauche. Pour l'indépendance, on peut être tranquille, c'est garanti. Pour la compétence, j'en ai parlé, il a le CV qui va bien, et malgré ses 73 ans, il a encore toute sa tête (pourvu que ça dure).

Sur le fond, Jacques Toubon n'est pas un mauvais choix. D'autres auraient été possibles. Le seul souci, une fois de plus, c'est encore la méthode. Visiblement, si la nomination a tant surpris, c'est qu'une autre personne était attendue : Noëlle Lenoir. Un magazine a même publié l'info, oubliant que François Hollande est capable de changer de pied en quelques heures (ce qui a été le cas). Attendons de voir comment il va gérer la communication autour de ce qui est un choix finalement très acceptable, quand on veut bien l'étudier rationnellement et sans passions.

jeudi 5 juin 2014

Guaino et l'immunité parlementaire

J'ai bien ri en découvrant la proposition de résolution d'Henri Guaino, visant à suspendre les poursuites engagées contre lui-même pour outrage à magistrat. J'ai pensé "les cons, ça ose tout, et c'est à ça qu'on les reconnaît". J'ai toutefois reconnu qu'elle était remarquablement bien écrite et documentée. Henri Guaino ne bosse pas beaucoup, mais quand il s'y met, il fait les choses bien.

J'étais assez inquiet du spectacle que risquait de donner un tel débat en séance publique. En cette période de crise économique, mais aussi morale, qu'un élu veuille exciper de ses privilèges pour échapper (ou donner l'impression d'échapper) à la justice, c'est un coup à nourrir l'antiparlementarisme. Tous les ingrédients étaient au rendez-vous pour que l'image de la classe politique, déjà pas brillante, en prenne un coup. Mais bon, les élus sont grands, majeurs et vaccinés, ils assument. Je ne suis pas leur nounou. M'enfin bon, ça me faisait quand même un peu peur. Et puis le débat eu lieu, et je dois reconnaître qu'il fut de qualité et de haute tenue. Ça avait de la gueule, et ça n'a pas dérapé, contrairement à mes craintes. On a vu s'affronter deux conceptions du rôle du député, avec en toile de fond, deux manières de faire de la politique.

D'un côté, Henri Guaino (UMP) et Alain Tourret (RRDP), que l'on pourrait qualifier de "parlementaires à l'ancienne", qui auraient sans doute été beaucoup plus à leur aise sous la IIIème République. Ils font complètement de la politique, en assumant totalement la rudesse, voire la violence des polémiques politiciennes. Alain Tourret évoque, dans son propos, la manière dont on réglait autrefois les querelles, le duel. Je n'ai aucune difficulté à imaginer Henri Guaino se battant en duel. C'est complètement le bonhomme ! S'en prendre violemment à la décision d'un magistrat, pour des motifs clairement politiques et partisans, cela fait partie du job du député. L'immunité parlementaire doit donc jouer pour les protéger de poursuites judiciaires. Si l'institution judiciaire fait corps avec l'un de ses membres attaqué en lançant des poursuites, pourquoi le Parlement ne ferait-il pas, lui non plus ? Entendu comme cela, la proposition de résolution d'Henri Guaino est parfaitement cohérente et compréhensible.

De l'autre côté, on avait Mathias Fekl, le président de la Commission des immunités, et Jean-Jacques Urvoas, le président de la Commission des lois. Pour eux, le député, c'est d'abord un législateur, quelqu'un qui est là pour délibérer, dans l'intérêt général, afin d'écrire la loi, contrôler l'action du gouvernement et évaluer les politiques publiques. C'est une conception beaucoup plus "moderne" de la politique, plus apaisée aussi. Les débordements de langage et les polémiques outrancières sont une manière dépassée de faire de la politique, car elles ne collent plus avec l'esprit du temps. Il faut que les représentants soient en phase avec les représentés dans la manière dont ils exercent leur mandat. Ils estiment que les citoyens attendent autre chose de leurs députés que de faire de la politique politicienne sur les plateaux de télévision. Ils pensent aussi que les écarts de langage et les outrances ne sont plus acceptables pour une majorité d'électeurs, qui ne comprendraient donc pas que l'Assemblée nationale les couvre. Ils ont pour eux le droit, qui a pris acte, par la réforme de 1995, de la modification profonde de la perception qu'ont les Français de la légitimité des immunités parlementaires. Elles peuvent encore être acceptables, mais il faut vraiment que les poursuites soient à l'évidence malveillantes ou "politiques" pour que l'usage de l'immunité parlementaire soit acceptable.

Le vote a été finalement assez serré. La droite a naturellement fait bloc autour d'un de ses membres, mais il s'est aussi trouvé des voix de gauche pour approuver la demande d'Henri Guaino. Cela montre que la vision "traditionnelle" du mandat parlementaire est encore vivace. C'est intéressant à observer, car les occasions sont rares de voir les parlementaires débattre publiquement (et avec tenue) de la nature de leur mandat et des conditions de son exercice.

Personnellement, j'aurais été bien ennuyé d'avoir à voter. Je sais que la conception "Guaino-Tourret" appartient au passé et ne colle plus aux réalités du terrain. Mais, en même temps, ça a sacrément de la gueule et, quelque part, c'est aussi ça qu'on attend des élus, qu'ils fassent de la politique au sens noble du terme, qu'ils s'insurgent et ne se comportent pas en technocrates parlementaires, pâles et aseptisés.

lundi 2 juin 2014

Le naufrage du redécoupage des régions

François Hollande est à nouveau parti pour se planter sur la réforme du redécoupage des régions. Tous les ingrédients sont là, comme si rien n'avait été appris des échecs passés. C'est presque désespérant tellement ça devient prévisible.

Pour commencer, les annonces sont cafouilleuses. Quand on prépare une telle réforme, on choisit tout de suite la ligne. Soit on passe en force, soit on laisse le dialogue se dérouler. Mais on ne change pas de pied en cours de route. Alors que Manuel Valls avait annoncé une feuille de route dans laquelle le gouvernement laissait, dans un premier temps, les mariages se faire spontanément, voilà que Hollande nous prépare, pour demain matin, une carte des nouvelles régions. On a zappé la phase de dialogue entre collectivités, pour arriver directement sur le découpage autoritaire. Non sans avoir laissé du temps à tous les fantasmes et les redécoupages. Les journaux ne se sont pas privés, d'ailleurs, avec leurs petites infographies "faites vous-même le redécoupage". Résultat, chacun a sa petite idée sur ce qu'il faut faire, ou ne pas faire. Un peu comme la composition de l'équipe de France de football, où on compte plusieurs millions de sélectionneurs...

Le déroulé est problématique, car avant même la publication officielle, au moins une fusion a fuité, celle des Pays-de-Loire et de Poitou-Charentes, qui finalement, ne s'est pas faite, mais elle donné le ton. Elle cristallise toutes les critiques qui tomberont sur cette réforme. Évidemment, tout le monde a pensé que Ségolène Royal a pesé sur ce choix, car même s'il est cohérent, il n'est pas la seule alternative. Le soupçon du copinage et du redécoupage spécialement conçu pour favoriser les intérêts de certains grands élus socialistes surgit immédiatement. Bien entendu, le reste du redécoupage va être examiné à cette aune, et on trouvera des cas où la nouvelle carte arrange bien un président de région sortant. Comme pour le repassage, s'il y a un faux pli au premier passage du fer, c'est galère à rattraper quand on est sur un tissu très froissable. La publication de la carte "officielle", a immédiatement entrainé une critique en règle de Dominique Bussereau, accusant Hollande d'avoir favorisé Sapin et Royal (de la promotion Voltaire) avec la fusion de Poitou-Charentes-Limousin-Centre. Un attelage il est vrai un peu inattendu.

Autre source d'ennuis, la Bretagne historique, les 4 départements plus la Loire-Atlantique, c'est raté, et la prochaine fenêtre de tir, c'est dans cinquante ans, au minimum. Les élus et la population bretonne ont beaucoup espéré des annonces de François Hollande sur le redécoupage régional. La déception risque d'être immense (et le mot est faible) avec une pression sur les parlementaires bretons qui risque d'être terrible. L'étiquette pèsera peu au regard des attentes du terrain. Voter contre la réunification de la Bretagne, c'est un coup à perdre sa circonscription en 2017. Un cas comme celui-là est parfait comme abcès de fixation médiatique. Le risque est grand que l'enjeu de la réforme se retrouve, sous le prisme des médias, résumée à la question de la Loire-Atlantique. Je ne parle pas de la fusion entre Alsace et Lorraine, avec un choix problématique pour la capitale régionale.

Comme il va falloir passer par une loi, qui n'est pas encore passée en conseil des ministres, il y aura un temps de latence entre les annonces de François Hollande et l'adoption définitive du texte. Le temps, pour tous les opposants à la nouvelle carte, de se répandre dans les médias. Et ils seront nombreux, y compris à gauche, car si on favorise certains barons, c'est au détriment d'autres, qui vendront chèrement leur peau. Les présidents de conseils généraux, voués à disparaitre, ont une occasion en or de casser les reins de Hollande, pour lui enlever toute velléité de proposer un autre texte de loi portant réforme des collectivités locales. Un très bon moyen pour que la question de la survie du département soit tuée dans l'oeuf.

Quand viendra le moment de l'examen au Parlement, ça va être sportif pour le gouvernement... qui risque un rejet du texte qui sera interprété comme un nouveau revers politique, enfonçant un peu plus François Hollande, déjà bien affaibli.

mardi 27 mai 2014

La chute de la maison Copé

L'histoire s'est accélérée et Jean-François Copé a finalement été contraint de quitter la présidence de l'UMP. Cela ne règle qu'une crise passagère, mais sur le fond, ça ne règle rien.

Copé est mis sur la touche parce qu'il a dépassé les limites pénales, pourtant souples, et que ça s'est vu. Ce n'est pas avec ça que la classe politique dans son ensemble va redorer son blason. J'ai même l'impression, au regard de ce qui sort sur Le Point (des rétro-commissions versées par Bygmalion à Patrick de Carolis) que les révélations ne sont pas terminées. Les dénégations de Copé ne sont pas convaincantes (c'est même du foutage de gueule intégral). On peut penser qu'il est sur la touche pour longtemps (je l'espère) même s'il ne faut préjuger de rien. Copé est un redoutable animal politique, qui n'a que 50 ans. Il peut ressurgir à tout moment... Et c'est bien cela le problème. Dans d'autres pays, cela fait longtemps que Copé aurait été viré, sans la moindre chance de retour en politique.

En attendant, c'est le vide à droite : Borloo en retraite pour raison de santé, Copé dégagé pour cause de scandale politico-financier, Sarkozy pour longtemps encore empêtré dans les affaires. Aucun leader naturel ayant l'envergure d'être candidat à la présidentielle en 2017 n'apparaît avec évidence, à part peut-être Fillon. Et encore, il est marqué par les combats passés et aura du mal à faire l'union derrière lui. Or, le succès politique repose sur un facteur : c'est le camp le moins désuni qui l'emporte. Sur ce plan, la droite est mal barrée, et même si Hollande est nul, il a encore ses chances.

Enfin, et c'est le pire, absolument aucune perspective de rénovation doctrinale à l'UMP. Le prochain congrès se concentrera sur le choix du chef, qui ne pourra être que le plus petit dénominateur commun, donc un ectoplasme intellectuel. Le départ de Copé n'entraîne pas un effrondrement de l'aile droite de l'UMP, et ne change rien aux lignes de fractures idéologiques de ce parti. On ne peut même pas parler d'occasion manquée, car il n'y a tout simplement pas eu d'occasion de rénover quoi que ce soit.

La chute de Jean-François Copé n'est qu'un épiphénomène, qui enfonce un peu plus encore l'UMP dans son marasme et sa lente auto-destruction. Il ne faut pas lui accorder plus d'importance qu'elle n'en a. C'est la chute d'un homme, pas d'un système.

vendredi 23 mai 2014

La lente auto-destruction de l'UMP

L'UMP est un parti qui se casse la figure. Ces dernières semaines, juste à la fin de la campagne des européennes, trois affaires sont sorties, et pas des moindres. A chaque fois, un rapport malsain avec l'argent.

D'abord, l'affaire "bygmalion" a ressurgit avec force. De nouveaux documents, sortis par Libé, confirment les énormes soupçons de malversation, et explosent la défense de Copé (dont on attend toujours la proposition de loi annoncée fin mars). Bastien Millot va sans doute morfler et porter le chapeau (s'il se laisse faire) mais cela n'empêchera pas que Copé en sorte encore plus abîmé. Sa légitimité à diriger l'UMP pourrait s'en trouver affectée.

Ensuite, on s'est aperçu que des sénateurs du groupe UMP ont tapé dans la caisse. Les anciens centristes et DL, ralliés à l'UMP, ont conservé un sous-groupe au Sénat, auquel étaient affectés des financements. Comme par hasard, cet argent destiné à permettre à un groupe politique de fonctionner correctement, a fini dans la poche personnelle des sénateurs. Ne soyons pas dupes, c'est un coup bas contre Raffarin dans la course à la présidence du Sénat, qui ne devrait pas échapper à la droite en octobre prochain. Mais cela donne un coup à l'image des institutions et de l'UMP.

Enfin, c'est Madame Balkany qui se retrouve en garde à vue, avec derrière une mise en examen, assortie d'un contrôle judiciaire où il lui est interdit de quitter le territoire, avec en prime une caution d'un million d'euros. Du lourd donc, pour des affaires clairement liées à l'argent. Ce n'est pas passé médiatiquement inaperçu !

Depuis 2007, l'UMP s'enfonce lentement mais sûrement. Petit à petit, les centristes sont partis, pour rejoindre l'UDI qui est apparue, sous la houlette de Borloo, comme une alternative crédible. De l'autre bord de l'échiquier, la course à l'échalote avec l'extrême droite dans le populisme et le sécuritaire montre ses limites. Le FN n'a pas reculé aux élections, loin de là même ! En interne, la guerre des chefs a été une véritable boucherie. Copé et Fillon, les deux seuls capables de porter les couleurs du parti en 2017, se sont entre-tués en novembre 2012. L'UMP n'a comme choix que l'ancien président, battu sur sa personnalité par un adversaire dont on perçoit clairement les limites, ou une série de jeunes pas encore mûrs. Je ne sais pas qui sera le candidat de l'UMP pour la présidentielle en 2017, mais il sera en difficulté. Heureusement que l'UDI est également en panne de leader, sinon, ça aurait été difficile...

Avec ces histoires d'argent, qui se surprennent personne, l'UMP va encore descendre d'un cran. On peut s'attendre à une nouvelle hémorragie de militants, ainsi qu'à une crise financière. Les campagnes d'appel aux dons rapportent de moins en moins (tu m'étonnes...) et les charges sont toujours là. Or, le recalcul des dotations, c'est en 2017, il y a encore trois ans à tenir. C'est là que le drame se noue, car l'unité d'un parti politique tient aux finances.

Dans notre système de financement des partis politiques, il n'y a que deux sources, les dons privés, minoritaires, et les dotations publiques, attribuées pour 5 ans selon les résultats des législatives. Celui qui part laisse le pognon à celui qui reste, et se retrouve sans le sou pour monter un nouveau parti. Cela dissuade clairement de claquer la porte. Sauf qu'aujourd'hui, il n'y a aucun intérêt, ou presque, à être à la tête de l'UMP : plus d'argent pour mener à bien des activités militantes, des emmerdes de gestion avec le personnel et les fournisseurs, une marque dégradée. Un député UMP a annoncé que l'UMP n'existera plus dans un mois. C'est peut-être exagéré, mais on n'a jamais été aussi proche d'une telle perspective.

Certes, il y a encore de beaux restes à l'UMP et un rebond est possible. Mais il passe par un renouvellement des cadres donc un départ de Jean-François Copé, ainsi que par un véritable travail de fond sur les idées, pour donner au parti un contenu idéologique et une ligne qui, pour l'instant, n'existent pas. Il reste deux ans avant le début de la pré-campagne présidentielle.

Mal barré...

mercredi 30 avril 2014

Les erreurs d'Olivier Schrameck

Quand Olivier Schrameck a été nommé président du CSA, j'avoue avoir eu un peu peur pour le numérique. Je savais depuis longtemps que le CSA tournait autour du pot de miel, le CV du personnage était assez impressionnant (Dir cab de Jospin entre 1997 et 2002), tout était réuni pour que le CSA étende son emprise sur la toile. Finalement après un peu plus d'un an, il se révèle que Schrameck est nettement moins bon que je ne le pensais, avec une belle série d'erreurs politiques.

La première erreur est d'avoir été trop gourmand lors de la loi audiovisuelle votée à l'automne 2013. Au départ, le texte se résumait à rendre au CSA le pouvoir de nommer les responsables de l'audiovisuel public. Au fil des amendements, à l'Assemblée puis au Sénat, le texte a grossi, donnant de nombreux pouvoirs au CSA. Une véritable orgie qui a indisposé certains parlementaires, pris de vitesse par les débats. Ils se sont rendus compte, un peu tard, que le CSA avait véritablement franchi un cap. Pour Olivier Schrameck, ce n'était qu'un rattrapage de réformes qui auraient dus être faites avant. Il ne s'est peut-être pas rendu compte, sur le moment, qu'il avait consommé une grosse partie de ses crédits.

La deuxième erreur est d'avoir raté l'assassinat de la Hadopi à l'occasion de la loi audiovisuelle. Quand on veut tuer une institution dans une guerre éclair, on évite de rater sa cible. Autant avant, un accord amiable aurait pu être trouvé pour une "fusion" CSA-Hadopi, autant après, les ponts sont rompus. Cette agressivité dans la tentative d'absorption a pu faire peur à d'autres institutions, qui se sont posées des questions sur les ambitions du CSA, qui pourrait ne pas se contenter de la Hadopi. Des organismes comme l'Arcep ou l'autorité de la concurrence ont intérêt à surveiller de près leurs compétences, surtout celles qui sont mitoyennes du CSA.

La troisième erreur est d'avoir rendu un rapport annuel comprenant 10 pages de propositions de modifications législatives. Ceux qui trouvaient que le CSA avait déjà beaucoup obtenu se sont un peu étouffés en le lisant. Mais la grosse maladresse a consisté à être trop précis et détaillé. Les propositions du CSA ce sont des amendements parlementaires clé en mains. Tous les observateurs du Parlement savent que les députés, et en particulier les rapporteurs, ne sont pas les auteurs des amendements qu'ils font adopter. Mais on s'efforce quand même de maintenir un semblant de fiction, qui peut permettre de sa pavaner devant le grand public, qui ignore tout des subtilités parlementaires.

Cette précision n'a pas plu à David Assouline, le spécialiste de l'audiovisuel au groupe PS du Sénat. Rapporteur de la loi audiovisuelle de 2013, il a de bonnes chances, si le Sénat reste à gauche (ce qui n'est pas gagné) d'être aussi le rapporteur de la future loi création. En balançant tout dans son rapport annuel, Schrameck déflore complètement ce qui aurait pu être des "amendements Assouline" et dévoile complètement que les parlementaires sont des porteurs d'eau qui ne décident de pas grand chose. Froisser la susceptibilité des parlementaires, c'est pas malin. Se fâcher avec un sénateur influent, c'est une faute politique lourde.

Olivier Schrameck paiera sans doute très cher ces erreurs au moment de la loi création. Justement celle qui est censée lui donner la main sur une partie du numérique. Dommage pour lui...

vendredi 18 avril 2014

L'abdication de François Hollande

La France a vécu une journée très étrange avec la petite phrase balancée par François Hollande, qui nous dit qu'il n'aura aucune raison d'être candidat en 2017 si le chômage ne baisse pas. Vu que la crise dure depuis 2008, et qu'aucune réforme réellement nouvelle n'est en vue, on peut raisonnablement penser que le chômage ne baissera pas d'ici 2017, Hollande vient de se suicider politiquement. Un chef qui annonce à ses troupes qu'il n'est pas celui qui pourra assurer leur réélection au prochain coup perd 95% de son pouvoir. Tous vont se tourner vers celui qui incarne l'avenir, en l'occurrence Manuel Valls.

Ce dernier a symboliquement pris le pouvoir le même jour. Même si Aquilino Morelle est proche de Manuel Valls, ce n'est pas à ce dernier de faire le ménage, mais au président lui-même. Pas bien compliqué, depuis Clermont-Ferrand, d'appeler son conseiller et de lui donner l'ordre de démissionner. Le Premier ministre n'a rien à faire dans ce processus. Or, non seulement Valls l'a fait, mais en plus, Hollande l'a laissé faire et a acquiescé. Je n'aurais pas imaginé François Fillon convoquer Patrick Buisson et le virer de cette manière.

C'est juste sidérant, car si cela se confirme, on va se retrouver avec un premier ministre qui devient réellement le chef de la majorité, alors même que le président de la République est de la même couleur politique. Si c'est le cas, et on ne va pas tarder à en avoir soit la confirmation, soit le démenti, on entre dans une pratique institutionnelle totalement inédite. Un peu comme si Jacques Chirac avait nommé Sarkozy Premier ministre en 2005, en lui laissant les rênes du pouvoir. Cela montre à quel point les institutions de la cinquième république sont robustes. Avec un même texte, on peut avoir des pratiques qui s'adaptent aux circonstances, aux personnalités des présidents, aux équilibres politiques. Un président complètement carbonisé (18% de bonnes opinions, c'est le fond du trou) peut ainsi passer la main à un nouveau leader, sans démissionner, sans dissoudre, bref, sans repasser devant les électeurs.

Que va faire Manuel Valls ? Il a un boulevard politique, mais aussi institutionnel, car si cet effacement de François Hollande se confirme, il a une feuille vierge devant lui. C'est peut-être un moment fascinant pour les constitutionnalistes et les politistes qui est en train de s'ouvrir...

dimanche 6 avril 2014

Le spectre du vide au centre

Jean-Louis Borloo vient de créer un vide politique inquiétant au centre. A la suite de problèmes de santé, il a décidé de quitter la vie politique. Il abandonne donc ses mandats parlementaires (la présidence du groupe UDI) ainsi que la tête du parti. Une zone de dangereuses turbulences s'ouvre au centre. Une succession qui s'ouvre brutalement, sans qu'on l'aie vue venir, provoque toujours des tensions. Mais en plus, elle survient alors qu'aucun dauphin ne s'impose avec évidence, dans un parti où les forces centrifuges sont importantes. L'unité retrouvée du centre peut-elle voler en éclats ?

Jean-Louis Borloo était la clé de voute du centre en France. On ne s'en rendait pas trop compte, car le personnage n'est pas flamboyant. Pourtant, c'est lui a fédéré tout le monde. Arrivé à la tête du vieux parti radical valoisien, il en a pris le contrôle alors que cela n'avait rien d'évident. Il a ensuite fédéré les autres composantes de l'ancienne UDF, les démocrates chrétiens notamment, en créant l'UDI. Dernièrement, en vue des européennes, il a commencé à ramener Bayrou dans l'orbite de l'UDI. On peut penser qu'avec le temps, il aurait réussi à le ramener complètement, achevant ainsi la résurrection de l'ancienne UDF.

Il a aussi mis en place toutes les conditions d'une candidature centriste à l'élection présidentielle de 2017. En 2012, il a hésité à y aller, et a fini par renoncer. La structure de soutien n'était pas mure. Pour faire une présidentielle, il faut un réseau militant solide, une visibilité médiatique et un logo identifié et enfin des financements. En 2012, c'est encore Bayrou qui avait encore les éléments de la candidature. En 2017, cela aurait été Borloo qui avait tout pour se porter candidat. Au sein d'un parti politique de la cinquième république, c'est cette perspective qui fédère et fait tout tenir.

L'UDI va donc devoir se trouver un chef, qui aura vocation à être le candidat à la présidentielle de 2017. Ce n'est pas chose simple car personne ne semble s'imposer. Le premier nom qui me vient à l'esprit est celui de Jean-Christophe Lagarde. Il a tous les atouts pour faire un bon candidat. Il a une présence, une maitrise des médias, une expérience comme élu local et national. Il lui manque d'avoir été ministre et devra travailler sa notoriété médiatique, encore un peu faible. Il devra aussi fédérer les différentes familles de l'UDI, et c'est là que cela va être délicat. Que vont faire les radicaux ? Que va faire Bayrou ? Les haines au sein du Nouveau Centre sont cuites et recuites. Les obstacles ne vont pas manquer...

Les choses devraient se jouer assez vite, avec le vote pour la présidence du groupe à l'Assemblée nationale. Si Jean-Christophe Lagarde échoue, la suite sera compromise pour lui et la famille centriste va entrer dans une crise de leadership qui est son vice fondamental. On n'y aime pas les chefs, chacun est viscéralement attaché à sa liberté. L'ancienne UDF, tout comme l'UDI, n'est pas un parti "positif", construit autour d'une unité doctrinale, c'est un conglomérat de personnalités et de courants idéologiquement très différents, qui cherchent en se groupant à se protéger du grand parti conservateur. L'un des ciments de l'UDI, c'est l'existence de l'UMP. Or, en ce moment, c'est le bazar à l'UMP, qui ne semble pas trop faire peur. Les municipales ont été une bonne cuvée pour le centre, estampillé UDI ou pas. La tentation peut être grande, pour certains, de flinguer celui qui apparait comme un leader trop fort et destiné à durer...

vendredi 4 avril 2014

Les bonnes résolutions de Manuel Valls

Lors du premier conseil des ministres d'un nouveau chef de gouvernement, c'est le moment des bonnes résolutions. En général, elles ne tiennent pas longtemps. Celles de Manuel Valls risquent, comme les autres, d'exploser en vol, même si sur le fond, j'aimerais me tromper, car il va dans le bon sens. Petite tournée commentées des 6 consignes.

La clarté de la chaine de décision. Rappel évident, il est chef du gouvernement. Sauf qu'on est sous la cinquième République, et que le vrai patron, c'est le président de la République. Ayrault l'a bien vu, il se faisait court-circuiter en permanence par Hollande, qui passe son temps à envoyer des textos aux uns et aux autres. Il n'y a pas de raison que ça s'arrête. Le premier couac du gouvernement Valls viendrait du fait que Hollande à promis le commerce extérieur à Fabius, alors que Valls le donnait à Montebourg. Dans les faits, c'est du président de la République et de son élection que vient la légitimité des députés. Ils savent que leur sort est lié à celui de François Hollande, pas à celui de Manuel Valls.

La collégialité et l'importance de la délibération politique. C'est beau comme de l'antique, et je suis d'accord sur le fond. La délibération est une chose essentielle dans le cadre du processus de décision politique. Sauf que la délibération, c'est très chronophage, et les ministres ont autre chose à faire. Ils doivent diriger leur département ministériel, faire de la représentation sur le terrain, assurer la solidité de leur assise politique personnelle. En pratique, la délibération au sein d'un gouvernement tel que nous le connaissons, même à 17, ça ne peut marcher que pour les décisions politiques majeures, et encore.

L'innovation annoncée, celle d'une réunion des ministres, le jeudi matin, tous les 15 jours, m'apparait très étrange. Normalement, cela ne se fait qu'en période de cohabitation, quand le gouvernement veut travailler sans la présence du président de la République, qui n'est pas de son bord. En période de concordance entre président et majorité parlementaire, on va surtout créer un doublon par rapport au conseil des ministres. Ça va mal finir, car ce n'est absolument pas la logique de fonctionnement des institutions de la 5ème République. C'est quelque part une volonté affichée de vouloir marginaliser le président de la République, ce que Hollande pourrait ne pas apprécier.

L’efficacité. En même temps, Valls veut moins de réunions interministérielles. Il demande que les ministres échangent entre eux de manière approfondie, et chercher des accords entre eux avant de venir demander l'arbitrage de Matignon. Le coeur même du rôle du Premier ministre, dans la 5ème République, c'est d'arbitrer, et les RIM, c'est une forme de délibération politique. Par contre, s'il pouvait imposer que les RIM soient mieux préparées en amont, et qu'il n'y ait pas besoin de revenir plusieurs fois sur un même sujet, il fera gagner du temps à tout le monde. Il y aura sans doute autant de RIM, car elles sont indispensables, mais elles seront moins longues et personne ne s'en plaindra.

Le principe de la solidité juridique. Valls demande qu'on évite les risques constitutionnels et qu'on fasse des textes peu nombreux, courts et clairs. Là, c'est la lettre au père Noël ! Notre société est complexe, son organisation juridique l'est aussi. On ne peut pas croire qu'on va pouvoir faire des lois de deux pages, comme au XIXème siècle. C'est juste irréaliste. Par contre, on peut réformer les processus de fabrication de la norme, afin de ne pas encombrer les ministres et parlementaires de détails sans importances, qui noient complètement la décision publique. On peut aussi faire en sorte que les textes soient plus cohérents et synthétiques, il y a effectivement une "marge de progression". Il y a toutes les compétences juridiques au sein de l'appareil d'Etat, il faut juste organiser les choses autrement. Mais croire qu'une incantation en conseil des ministres va résoudre quoi que ce soit...

Intégrer les contraintes de la communication dans le processus décisionnel. S'il n'y a qu'un principe qui sera appliqué, ce sera sans doute celui là. Pas étonnant venant de Valls, dont le métier de base, c'est quand même la communication. Le risque évident est celui d'un dérive vers des textes et des décisions dictées uniquement par le service de la communication de Matignon, qui va devenir le filtre. A terme, c'est la crédibilité de la politique et des institutions qui est en jeu, si Matignon se met à ne plus faire de la comm'. Malheureusement, c'est l'aboutissement logique de l'affaiblissement du pouvoir des politiques. Valls ne fait que tirer la conclusion qui s'impose : le gouvernement et les élus en général ne maitrisent plus grand chose, à part la communication.

Enfin, le Premier ministre entend moins légiférer et mieux associer les parlementaires de la majorité. On verra le score du vote de confiance de mardi prochain, mais il ne devrait pas être fabuleux, vu le rétrécissement de la coalition gouvernementale. Ayrault avait bénéficié du votre positif des socialistes, des verts et des radicaux, avec une "abstention bienveillante" des communistes. Valls aura droit à un vote négatif des communistes, à une abstention pas forcément toujours bienveillante des verts, et des fragilités sur l'aile gauche du PS. Avec une majorité parlementaire fragile, on ne peut pas se permettre de traiter les députés comme des valets de ferme, en leur servant plusieurs couleuvres à avaler tous les mois. D'autant plus qu'il va commencer par leur faire avaler un boa constrictor appelé "pacte de responsabilité".

mercredi 2 avril 2014

Comment planter un remaniement en 24 h

Un évènement résume, à lui seul, le plantage du remaniement : la pseudo-nomination de Fleur Pellerin à l'hypothétique secrétariat d'Etat aux affaires européennes, au commerce extérieur et au tourisme. On y trouve toutes les tares de la pratique "hollandaise" du pouvoir : les guerres intestines entre ministres, une communication pas maitrisée et l'incapacité du sommet à trancher rapidement. La crédibilité du nouveau premier ministre est remise en cause le lendemain de sa nomination, on peut dire que l'état de grâce est court.

Hollande et Valls n'ont pas nommé tout de suite les secrétaires d'Etat, ce qui à la fois une bonne et une mauvaise idée. Tactiquement, c'est très bien joué de dire aux députés que les secrétaires d'Etat seront connus après le discours de politique générale et le vote de confiance qui ne manquera pas de suivre. Je ne vois pas meilleur moyen de rendre une majorité docile que d'agiter la perspective d'un maroquin. Cela va aussi permettre d'ajuster un peu les équilibres, certaines tendances ne vont pas manquer de réclamer davantage de postes, et l'ajustement "courants du parti socialiste" se fera sur les sous-fifres, pas sur l'équipe principale. Mais cela va continuer à alimenter la machine à rumeurs et les prédictions farfelues, ce qui brouille la communication. Les journalistes se concentrent sur ce qu'ils adorent, le storytelling et les prédictions sur les nomminations. Fleur Pellerin, à son corps défendant, a ouvert le bal, avec l'attribution, non confirmée officiellement, d'un poste qui n'est pas celui où on l'attendait, à savoir le numérique.

La spectaculaire querelle entre Fabius et Montebourg pour la tutelle sur le commerce extérieur est venue se greffer là dessus. Deux grands fauves qui se disputent une carcasse de gazelle, c'est un classique de la politique. Je ne suis pas très surpris de cette dispute, car on voyait depuis longtemps le quai d'Orsay tourner autour de cette compétence, pas tant pour faire le le boulot que pour prendre le contrôle du réseau d'Ubifrance. Que ce soit Montebourg qui soit attaqué n'est pas non plus étonnant, car contrairement aux apparences, il est affaibli par ce remaniement. Il reste au même poste, où il est quand même un peu carbonisé, avec des extensions de compétences cosmétiques. Un signe qui ne trompe pas, c'est Sapin qui s'est emparé, cet après-midi, du grand bureau au 6ème étage, reléguant Montebourg au 5ème étage. Les décisions "protocolaires" en disent souvent long sur la réalité des équilibres politiques et des influences. Mais une affaire comme celle-là, ça se gère et normalement, ça ne s'étale pas ainsi sur la place publique, avec une guerre de communiqué d'agences de presse.

Cerise sur le gâteau, on retrouve l'incapacité à trancher. Le déroulement de la journée est édifiant. C'est au milieu de l'après-midi qu'on apprend, alors même que les secrétaires d'Etat ne seront nommés que la semaine prochaine, que Fleur Pellerin prendrait le maroquin du commerce extérieur, des affaires européennes et du tourisme. Aucune source sérieuse n'est nommément citée, personne ne confirme officiellement quoi que ce soit. La composition du portefeuille est ridicule et devrait alerter. Quoi de commun entre commerce extérieur, les affaires européennes et le tourisme ? Absolument rien. On nous annonce qu'elle sera sous l'autorité de Laurent Fabius. En quoi est-il compétent sur les questions de tourisme ? Ça sent l'intox à des kilomètres, probablement un coup fourré destiné à affaiblir Montebourg et à le "mater" dès le début en lui cassant politiquement les reins. Le fait que le nom de Fleur Pellerin, son ancienne ministre délégué avec laquelle il s'entendait mal, soit évoqué suffit à signer le forfait.

A l'heure où j'écris ce billet, aucune clarification officielle, dans un sens ou un autre, n'est intervenue de l'Elysée ou de Matignon. Pourtant, Manuel Valls avait une fenêtre de tir parfaite, puisqu'il est passé au JT de TF1. Or, il n'a rien dit, ratant ainsi une magnifique occasion d'établir son autorité en annonçant lui-même le résultat de l'arbitrage, quitte à dire qu'il a été pris en concertation avec le président de la République. Mais non, rien, la querelle non seulement n'est pas tranchée (donc s'envenime), mais en plus, c'est Hollande sape de fait l'autorité de son premier ministre, en montrant ainsi qu'il reste le vrai chef et où est la limite de ce que le Premier ministre peut décider seul.

lundi 31 mars 2014

Valls Premier ministre, une fuite en avant

François Hollande vient de désigner Manuel Valls comme Premier ministre. Un choix risqué, mais qui peut apporter des solutions à certains problèmes rencontrés sous le gouvernement de Jean-Marc Ayrault. A condition que les deux protagonistes arrivent à former un attelage cohérent et obtiennent des résultats tangibles. On est un peu dans la fuite en avant, mais Hollande n'avait pas vraiment le choix.

Premier avantage, la conduite de l'action du gouvernement. C'est le coeur du job du Premier ministre : trancher, arbitrer, coordonner, recadrer. Pour cela, il faut quelqu'un qui sache tailler dans le vif, quitte à faire des mécontents. Pour cela, Valls semble plus apte que ne l'était Ayrault. Valls sait être méchant, sait frapper et n'attends pas qu'on vienne le chercher pour intervenir dans les dossiers. Comme chef d'orchestre, il donnera sans doute de bien meilleurs résultats que son prédécesseur. Et ce n'est pas un luxe, tant les couacs, causés par un défaut d'anticipation et de coordination ont été nombreux depuis 2012. Si Valls arrive à mettre fin à l'amateurisme des équipes au pouvoir, ce sera un grand pas.

Deuxième avantage, la communication et le sens politique. Là encore, pas compliqué de faire mieux qu'Ayrault, grand baron de province qui n'est pas fait pour la politique nationale de haut niveau. La comm', c'est même le métier de base de Valls, qui a plutôt bien géré celle de Lionel Jospin, entre 1997 et 2001. Or, vu la relative impuissance des politiques dans nos démocraties modernes, il ne leur reste souvent que l'arme de la communication. Valls a également un vrai sens politique et un envergure intellectuelle, qualités absolument nécessaires à ce niveau.

Par contre, ça va couiner très sérieusement à la gauche de la gauche, y compris au sein du PS. On voit déjà que les Verts quittent le navire, et que s'il y a des ministres écologistes, ce seront des seconds couteaux. En matière de solidité de la majorité, ça risque de tanguer régulièrement, car le groupe PS n'est qu'à deux voix au dessus de la majorité absolue à l'Assemblée nationale, et encore, c'est en comptant aussi les apparentés et les chevènementistes. Mais heureusement pour Hollande, le système de la cinquième république permet de passer outre la mauvaise humeur du groupe parlementaire. C'est à l'extérieur que ça va brailler, mais les députés se coucheront bien gentiment et voteront ce que l'exécutif leur demandera. La Constitution est dotée de tous les outils pour tenir le Parlement en laisse...

En nommant Valls, il prend le contrepied de ce qu'il faisait jusqu'ici. Alors qu'il gérait le gouvernement comme il gérait le PS, il passe sur un mode différent. Le gouvernement, c'est une équipe qui a un job à mener, que l'on recrute sur cette base, pas pour qu'elle soit représentative d'équilibres politiques.

Nombre de socialistes ne s'y retrouverons pas. Que ce soit sur le positionnement très à droite de Valls, ou sur la déconnexion du gouvernement et du parti. Mais ils ne feront pas tomber le gouvernement avant 2017 car cela relèverait du suicide politique. C'est sur cela que repose le pari de François Hollande.

Mais tout cela reste fragile. Hollande devra traiter ses démons personnels, apprendre à trancher en temps utiles et à ne pas court-circuiter son Premier Ministre. De son coté, Manuel Valls devra être loyal et ne pas chercher à doubler Hollande, qui reste le seul patron politique de la majorité, car c'est de son élection que tout procède. Hollande se condamne aussi à obtenir des résultats concrets, qui rendront sa réélection envisageable. Sinon, ce sera l'hallali !

samedi 29 mars 2014

Faut-il avoir peur de la loi création ?

La loi création est dans les tuyaux. L'excellent Jamal Henni, de BFMbusiness, s'est procuré le texte. Il est encore au stade des arbitrages interministériels, n'est pas passé devant le Conseil d'Etat. Il peut donc encore bouger assez largement. Mais son contenu est parfaitement conforme à ce que l'on pouvait en attendre. Après DADVSI en 2005-2006, Hadopi en 2009, la troisième loi sur la régulation d'internet s'annonce pour 2015.

Le CSA étend son champ d'action au numérique. La chose était attendue, car de plus en plus, l'audiovisuel tend à déborder sur les espaces numériques. Canal+ vient d'ailleurs de se doter d'une direction OTT, et toutes les chaines font leur beurre sur les réseaux sociaux, où le CSA n'est pas en mesure d'aller voir ce qu'ils y font. Les choses ne pouvant aller qu'en s'empirant, il fallait bien que le CSA se dote de pouvoirs sur le net, sous peine de disparaitre purement et simplement. Comme on n'a jamais vu une autorité administrative se suicider, la fuite en avant était prévisible.

Ceux qui ont clairement le plus à craindre de cette extension des pouvoirs du CSA, ce sont les professionnels, ceux qui gagnent de l'argent en diffusant de la vidéo (et demain, toute sorte de produits culturels). Comme on dit en fiscalité, l'assiette sera large, du moins si le droit européen y consent. On voit aussi que le CSA restera globalement dans ses deux missions traditionnelles : alimenter les industries culturelles par des prélèvements obligatoires sur les distributeurs, et faire la police de la bienpensance. L'autre élément majeur, qui concerne vraiment uniquement le petit monde de l'audiovisuel, c'est la montée en puissance de la régulation économique a priori du secteur. En bref, le CSA fera à peu près ce que l'Arcep fait pour les petit monde des télécoms, le gendarme, avec un pouvoir de police. Typiquement, il pourrait être un arbitre entre Canal+ et Beinsport sur les attributions de droits sportifs. Mais pas trop quand même, car ça embête Canal+. C'est peut-être sur ce plan que la bataille sera la plus terrible.

A priori, les "amateurs" ne sont pas concernés. L'écrit non plus. On pourra donc écrire toutes les conneries qu'on veut sur un blog, on n'en répondra que devant les tribunaux pénaux, comme c'est le cas actuellement. Mais il faudrait que les choses soient clairement précisées, car l'intérêt du CSA est que son champ soit le plus possible, quitte à ne pas trop s'occuper de certains secteurs. Jusqu'au jour où il lui prend une envie d'aller faire la police de la bienpensance sur les blogs (et là, on va rire...). Autre point pas clair, le statut des entreprises de presse. Elles diffusent assez largement des contenus audiovisuels, et entrent déjà dans le cadre actuel, même le CSA s'est bien gardé d'aller les chatouiller. Si le CSA se met à vouloir réguler la presse en ligne, ça ne va être triste non plus. Des choses à surveiller donc, mais cette loi ne semble pas être l'attaque frontale qu'ont pu être DADVSI et Hadopi.

Cette loi marquera probablement un pas de plus dans l'aseptisation du web grand public, le fameux "internet civilisé" de Sarkozy et consorts. Personnellement, je m'en moque complètement, à partir du moment où cela ne s'accompagne pas d'une restriction du champ de l'internet collaboratif, celui du partage non commercial de la culture, de la libre diffusion de la connaissance et du débat démocratique ouvert.

mercredi 26 mars 2014

Le départ d'Ayrault ne changera rien

La chasse au vieux lion est ouverte. Jean-Marc Ayrault, politiquement très affaibli, est attaqué au sein de son propre camp, avant même le deuxième tour des municipales. La presse française, avec sa complaisance habituelle pour les récits des petites querelles politiciennes, relaye ces combats avec délectation.

François Hollande va-t-il faire partir son Premier Ministre. Personne n'en sait rien, tellement le président de la République est imprévisible. Il n'a sans doute pas encore tranché. Toute cette agitation sur les choix de personnes est un peu vain, je ne vois pas tellement en quoi il peut être utile d'avoir, avant sa désignation officielle, le nom du nouveau Premier ministre, si tant est qu'il change.

Quel que soit le Premier Ministre, sa marge de manoeuvre sera inexistante. La claque aux municipales impactera autant Ayrault qu'un autre, puisqu'en fait, c'est Hollande qui est visé. Le vice fondamental de ce quinquennat, à savoir l'incapacité du président de la République à trancher en temps utiles, ne va pas disparaitre. Or, c'est ce qui a sapé en partie l'autorité (déjà pas bien fabuleuse) de Jean-Marc Ayrault. Son successeur aura les mêmes soucis d'autorité et de coordination défaillante de l'action gouvernementale. Les meilleures années du mandat sont passées. Les réformes se lancent dans les deux premières années, car ce sont celles-là qui donneront leurs fruits en 2017, au moment de la campagne. Le nouveau Premier ministre ne lancera pas grand chose de nouveau, entre ce qui est déjà lancé, et ce qui est sur les rails. Si c'est pour gérer des queues de réforme, et porter la chapeau des coupes sombres (je rappelle qu'il y a 50 milliards d'économies à trouver, sous pression européenne).

Devenir Premier ministre maintenant, quand on est jeune et qu'on a de l'ambition, ce n'est pas un bon plan. La sagesse serait de laisser Jean-Marc Ayrault en place, car c'est la logique du quinquennat. Grillé pour grillé, autant qu'il fasse le sale boulot. Ce n'est pas son départ qui arrangera la cote de popularité de François Hollande. Il y aura peut-être un petit mieux passager, du fait de la nouveauté, du changement de têtes, mais bien vite, le pouvoir en place retombera dans ses ornières structurelles. Pour moi, l'essentiel est là. On s'en fout de savoir qui sera Premier Ministre, ça ne changera rien à la situation de la majorité et de la France.

samedi 22 mars 2014

La politique est un métier

L'activité politique consiste à conquérir le pouvoir politique et à l'exercer. C'est le coeur même de l'activité d'un parti politique, bien avant "réfléchir" et "avoir un programme". Quand on veut se lancer dans cette activité, il faut être lucide sur le fait que c'est un métier, qui nécessite des compétences et des qualités particulières, comme toute autre profession. Ceux qui prétendent partir la fleur au fusil, animée de leur bonne foi et d'un sens "rousseauiste" de l'intérêt général se font généralement démolir.

L'activité d'un parti politique est d'organiser la sélection et la formation des futurs candidats, mais aussi d'assurer la logistique des campagnes électorales. Pour être sérieux et avoir une chance d' l'emporter, il faut un maillage du territoire le plus fin possible. Tous les partis dignes de ce nom ont des sections locales, chargées de couvrir un territoire précis. Elles assurent l'animation régulière d'un réseau, qui va des sympathisants lointains (qui votent "bien" mais ne viendraient pas à une réunion) aux militants endurcis, qui sont prêts à tous les sacrifices pour le parti. Connaitre et référencer toutes ces personnes pour pouvoir, le moment venu, faire appel à eux, à bon escient, ça ne s'improvise pas (surtout avec l'obligation de parité). Ce n'est pas trois mois avant les municipales qu'il faut s'inquiéter d'avoir des candidats un peu crédibles pour la deuxième moitié de la liste.

Au niveau central, le parti a un rôle crucial, celui de façonner l'image. La plupart des électeurs ne s'intéressent qu'assez peu aux candidats en eux-mêmes, aux élections locales. Ils votent pour un parti, et avoir le "bon" logo sur son bulletin de vote est vital. Avoir l'investiture est un atout majeur pour l'emporter, cela se vérifie à chaque élection. Or, c'est au niveau national, dans les grands médias, que se joue cette image et cette adhésion (ou pas) de l'électeur. Le tractage sur le terrain, les affiches, c'est bien joli, mais ce n'est pas ça qui fait l'élection. Une gaffe en direct au 20h, et c'est l'ensemble des candidats estampillés qui morflent. Cela explique pourquoi les politiques manient si souvent la langue de bois à la télévision. Ils ne s'expriment pas pour eux-mêmes, mais en engagent d'autres.

Faire de la politique, c'est aussi maitriser des savoirs-faire. C'est connaitre la carte électorale, pour savoir où faire porter l'effort, quelles villes, quelles circonscriptions sont basculables. C'est également savoir calculer des répartitions de sièges à la proportionnelle, pour mettre les bonnes personnes aux bons endroits des listes (surtout quand il y a une fusion prévisible avec une autre liste après le premier tour). Sur le terrain, il faut avoir des fonctions support irréprochables, avec une gestion méticuleuse du fichier, un système de formation des futurs élus. Souvent, cela se fait sur le tas, par le contact avec les "vieux" militants et lors des campagnes électorales, mais au moins, ça existe. Pour cela, il faut des cadres aguerris, et là encore, ce n'est pas en trois mois qu'on monte une pareille structure.

Quand on souhaite se lancer en politique, il faut être conscient que l'on va avoir à se coltiner toute cette intendance, sans laquelle on devra se contenter de faire de la figuration, et terminer à 3% le soir du premier tour.

Etre élu, c'est également un métier. Dans le dispositif démocratique, l'élu a un rôle précis, celui d'impulser et de trancher les choix "politiques", c'est à dire ceux qui sont engageants pour la collectivité. L'élu n'est pas un chef de service administratif, qui gère le quotidien. Pour faire la comparaison avec l'entreprise, le maire, c'est le président exécutif du conseil d'administration, le directeur général étant le secrétaire général de la maire. Parfois, des élus n'arrivent pas à le comprendre (c'est le cas pour des adjoints qui se prennent pour le chef de service) et gaspillent leur temps et leur énergie pour des broutilles.

L'autre grand rôle du politique, une fois élu, c'est de faire le lien avec la population. Pour cela, il faut en permanence être en contact, sortir sur les marchés, être présents aux réunions, bref, multiplier les occasions d'interactions. C'est lourdement chronophage, mais pourtant, si l'élu ne le fait pas, personne ne le fera à sa place. Il ne faut jamais oublier qu'en démocratie, un élu est un représentant qui, s'il dispose d'une grande liberté dans l'exercice de son mandat, se doit d'écouter ce qu'on lui dit (même si c'est pour s'asseoir dessus).

Être élu, c'est différent d'un travail salarié, où en échange d'un salaire, pour accomplissez certaines tâches pendant un nombre d'heures déterminées. La politique, ce n'est pas du travail, c'est de la responsabilité. Un peu comme les médecins, qui ne "travaillent" pas beaucoup au sens de l'effort physique, mais qui supportent une lourde responsabilité, car de leur diagnostic, dépend la vie d'une personne. En politique, c'est pareil, ce qu'on demande à un élu, ce n'est pas de faire des heures et de se fatiguer physiquement (même si dans les faits, la plupart des élus ne comptent pas leurs heures), c'est de prendre les décisions les plus appropriées. Parfois, il peut y avoir des dilemmes, avec une pression énorme. On sait qu'il y aura des mécontents, quelle que soit la décision, car il faut choisir entre la peste et le choléra. Le cœur du rôle de l'élu, c'est alors de trancher et d'en assumer la responsabilité. Pas toujours évident...

Il faut donc des qualités particulières pour se lancer en politique. Pour autant, ce n'est pas un métier fermé (et il ne faudrait pas que cela le devienne). Il faut juste être conscient que cela demande un minimum de formation et d'organisation. Le simple citoyen qui quitte sa charrue pour exercer, du jour au lendemain, les plus hautes fonctions, c'est un mythe pour bisounours.