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samedi 20 décembre 2014

Lionel Jospin n'avait pas sa place au Conseil constitutionnel

Lionel Jospin vient d'entrer au conseil constitutionnel. A 77 ans, il y remplace un autre homme politique blanc, décédé à 77 ans, Jacques Barrot. En matière de renouvellement, on ne peut pas faire pire. Comme s'il n'y avait pas de personne plus jeune, de femmes, de profils différents ? C'est juste profondément affligeant de la part de Claude Bartolone, et plus globalement du pouvoir en place. Dire qu'initialement, c'est Jean-Marc Ayrault qu'ils souhaitait "recaser" à cette place. J'ai envie de hurler, tellement cette décision est idiote.

Premier point, je ne m'étends pas, l'absence totale de prise en compte de la "diversité" ou de la parité dans le choix. C'est devant ces décisions qu'on se rend compte de l'inanité complète des discours sur le changement ou encore la gouvernance ouverte et la promotion des femmes, des jeunes et des "minorités" (encore que, sur ce dernier point, Jospin est protestant, même s'il passe son temps à renier cette origine qui le structure).

Deuxième sujet, qui m'intéresse tout autant, c'est la vision qui est donnée de la manière dont s'opèrent les nominations. Lionel Jospin, 77 ans, est à la retraite depuis 12 ans. On lui a bien donné un hochet, en 2012, avec une commission de réflexion qui porte son nom, et dont il ne serait rien sorti s'il n'y avait eu l'affaire Cahuzac. Pourquoi s'acharner à remettre sans cesse sur selle des battus et des retraités ? C'est quand même un problème bien français, que de voir sans cesse revenir toujours les mêmes. Une fois dans le circuit, vous y êtes pour les restant de vos jours, quelques soient vos mérites. On trouvera toujours à vous recaser, quand bien même vous ne demandez rien. Par contre, même compétent, si vous n'êtes pas du sérail, vous pouvez toujours courir...

Enfin, quelle désinvolture vis-à-vis du Conseil constitutionnel. Alors que depuis 2008, cette institution a pris une importance nouvelle, on continue à considérer, dans les milieux politiques, que c'est toujours un dépotoir à anciens hommes politiques et à très hauts fonctionnaires méritants dont on prolonge ainsi la carrière. Lionel Jospin l'a reconnu, lors de son audition devant les députés, le Conseil constitutionnel est devenu, de fait, une juridiction, une "Cour constitutionnelle". Or, personne n'en tire la conclusion qu'il faudrait peut-être y mettre des juristes, ou au moins de gens qui font ça comme un vrai métier, pas comme un moyen d'occuper sa retraite. La composition actuelle du conseil constitutionnel est dramatique sur ce plan. Il n'y a que des retraités, ou des personnes pour qui c'est le dernier poste, obtenu à quelques mois ou années de la limite d'âge, qui leur aurait amené à prendre leur retraite.

Qu'il y ait un ou deux anciens hommes politiques, cela se conçoit, car le Conseil constitutionnel est également juge électoral, pour les présidentielles, mais surtout, pour les législatives et les sénatoriales. Rien de tel qu'un ancien élu, qui a vu, voir fait lui même, les 400 coups en matière électorale, pour détecter et apprécier la sincérité des recours et la réalité des fraudes. Mais il n'en faut pas plus. Or, il y a actuellement 4 anciens élus (sur 9) sans compter VGE qui vient quand ça lui chante. C'est trop.

Le gouvernement socialiste a raté l'occasion de faire preuve de modernité et d'intelligence à l'occasion du remplacement de Jacques Barrot. Au lieu de mettre un autre ancien élu, du même âge, pourquoi ne pas avoir nommé une femme, relativement jeune, possiblement "de couleur" avec un bagage juridique un peu plus costaud ?

jeudi 4 décembre 2014

le fiasco du retour de Sarkozy

Nicolas Sarkozy est redevenu président de l'UMP. Il risque de ne pas aller beaucoup plus loin, tant ce retour a été difficile et peu convainquant. Rien de neuf dans les idées et dans le style, sinon 10 ans de plus qu'à l'époque de sa première chevauchée en direction du pouvoir, en 2004. La mayonnaise n'a pas pris, et quelque part, ça me fait plaisir. Il réussi à prendre le parti, mais le tenir pendant trois ans, ça va être une autre affaire.

Il a été mal élu. Quand on est l'ancien chef et qu'on revient, c'est pour un plébiscite à 95%. Or là, il ne fait que 64,5% des voix. Suffisant pour emporter le poste, pas assez pour donner élan et légitimité. La question des primaires est l'illustration de cet échec. Le véritable enjeu du scrutin pour la tête de l'UMP était là. Mieux élu, Sarkozy aurait tout simplement décrété que son élection valait investiture pour 2017, et qu'une primaire serait une dépense inutile. Il est finalement obligé de conserver le principe, en nommant un comité chargé d'y réfléchir. L'idée suit donc son cours, et beaucoup vont l'entretenir, rien que pour rogner les ailes de Sarkozy et lui rappeler qu'il doit les ménager, car il a un autre obstacle à franchir avant de pouvoir atteindre son vrai but, la présidentielle de 2017.

Même une fois élu, il n'arrive pas à fédérer et rassembler. Il en est réduit à prendre NKM comme vice-présidente et Laurent Wauquiez comme secrétaire général. Deux opportunistes, sans colonne vertébrale idéologique, prêt à manger à tous les rateliers. Et surtout, des gens seuls, qui n'apportent rien à Sarkozy, ni réseaux, ni influence à l'intérieur comme à l'extérieur de l'UMP. Ses adversaires, à commencer par Juppé, ont refusé les mains tendues, flinguant par exemple le "comité des ex-premiers ministres" que Sarkozy proposait d'associer à ses décisions. Les premières réunions internes ont montré que tous sont sur la défensive et attendent de voir, sans vrai ralliement spectaculaire élargissant son assise.

Les vrais gagnants du scrutin sont ailleurs. En premier, Bruno Le Maire, qui passe réellement un cap. Il prend une véritable dimension, qui en fait, pour peu qu'il sache naviguer, un candidat tout désigné pour Matignon, en 2017. Même si j'ai assez peu d'estime pour ce personnage, qui utilise toutes les vieilles recettes en prétendant faire du neuf, je dois reconnaitre qu'il a pris du galon. Les fillonistes ont également de quoi être satisfaits car l'idée des primaires subsiste, et leur champion sort de cette campagne sans trop de bosses. Mis à part l'affaire avec Jouyet, où il s'en sort miraculeusement, il ne s'est pas impliqué, et n'a pas pris de coups. C'est Juppé qui s'est chargé du sale boulot, et lui aussi s'en sort bien, retrouvant, à 69 ans, les feux de la rampe et une cote de popularité. Au regard des nouvelles normes de tolérance des français sur l'honnêteté de leurs élus, la popularité de Juppé est proprement stupéfiante pour un élu ayant été condamné à un an d'inéligibilité pour malversations...

Les jeux sont très loin d'être faits pour 2017. Entre les ennuis judiciaires de Sarkozy et l'ampleur des problèmes financiers de l'UMP, il peut se passer beaucoup de choses qui pourraient empêcher l'ex chef de l'Etat d'être candidat à la primaire. Une fois en 2016, il aura déjà deux ans de coups et attaques en tout genre (président de l'UMP, c'est exposé...) de frustrations qui se transforment en rancœurs chez ceux qu'il a déçu. Il y aura enfin une primaire, avec en face de Sarkozy des candidats d'une autre trempe que lors de cette élection à la tête de l'UMP. Tous les coups seront permis.

Je ne sais pas encore quelles seront les règles du jeu, qui sera candidat, qui pourra voter. Mais si je peux y participer, je ferai tout pour que Nicolas Sarkozy ne soit pas le candidat de la droite et du centre lors de l'élection présidentielle de 2017. Et je pense ne pas être le seul à aborder ainsi la primaire à droite...

vendredi 28 novembre 2014

Etre un bon ministre de la Culture

Un article publié sur le site du Monde, m'a sidéré. Le journaliste, Michel Guerrin, au Monde depuis 1983, spécialiste des questions culturelles, ancien directeur adjoint de la rédaction, se prend pour un porte-parole du monde de la "création" et fait la leçon à Fleur Pellerin, sur la manière dont elle doit se comporter et gérer son ministère. Rien que ça...

En résumé, le journaliste reproche à Fleur Pellerin d'être davantage une ministre des industries culturelles que de la Culture, de se préoccuper davantage d'économie que de création. La ministre s'intéresserait trop au numérique, même si Michel Guerrin reconnait que les milieux culturels ont un peu de souci à se faire de coté là, et que, quand même, c'est bien que la ministre s'y connaisse un peu. A part ça, les attaques fusent, plus ou moins délicates, qu'on peut résumer à "elle n'est pas de notre milieu et elle ne cherche même pas à faire illusion". En clair, les "artistes" (enfin, le petit milieu parisien) lui reprochent de ne pas être venue baiser la babouche et de ne pas envoyer les signaux de connivence attendus. En lisant ce papier, j'ai la nette impression que le journaliste se considère comme faisant partie de ce milieu, dont il se fait le porte-voix. Chacun en pensera ce qu'il veut, pour ma part, j'estime que la presse dans son ensemble perd beaucoup de sa crédibilité avec de tels journalistes...

Mais c'est sur le fond que j'aimerais développer un peu, car la question posée n'est pas dénuée d'intérêt : qu'est-ce qu'un bon ministre de la culture ? Pour certains, le ministre de la Culture doit être en osmose avec le milieu de la création, les artistes et doit chercher à promouvoir "l'émotion esthétique". Bien entendu, ce ministre se doit de mépriser l'argent et l'économie, autant de choses viles et vulgaires. La création est au dessus de tout ça (sauf quand il faut décrocher des subventions publiques). C'est Jack Lang qui a incarné le mieux cette figure du ministère mécène et ami des arts, tous ses successeurs l'imitant plus ou moins bien.

Or, voilà qu'apparemment, Fleur Pellerin semble vouloir sortir de ce chemin balisé, pour une conception un peu différente. La Culture serait d'abord et avant tout un secteur économique, qui doit créer de l'emploi et des exportations. Le reste ne regarderait que de très loin le gouvernement, qui n'a, de toute manière, plus les moyens d'entretenir une foule de danseuses. D'ailleurs, Michel Guerrin le dit très bien, les coupes budgétaires, les partenariats public-privé et l'abandon des grands travaux traumatisent le milieu culturel dont il se fait le porte-parole. C'est apparemment un drame pour ses gens que de devoir s'occuper de l'intendance et rendre des comptes, voire pire, de devoir gagner un peu d'argent.

Même si je n'ai pas toujours été tendre avec Fleur Pellerin, là, je dois dire que j'appuie le cap qu'elle trace. Il faut en finir avec un ministère de la Culture sans aucune ligne politique, réduit à être un guichet à subventions publiques, destinés à des gens qui n'ont aucun sens de la bonne utilisation des deniers publics, et qui, bien souvent, se moquent éperdument du "grand public". Si certains veulent faire de l'art d'avant-garde, celui que seule une "élite éclairée" peut comprendre et apprécier, qu'ils le fassent avec leur argent. Mais pas sur fonds publics. Le ministère de la culture doit être celui de la diffusion de la connaissance, de la culture pour tous, à commencer par ceux qui en ont besoin. La Culture, ce n'est pas seulement les grands musées parisiens et les happenings branchouille façon festival d'Avignon. C'est aussi et surtout les bibliothèques, les ateliers scolaires dans les musées ou les services d'archives, l'éducation artistique. Bref, ce qui s'adresse au grand public pour vulgariser, au sens noble du terme.

Que Fleur Pellerin n'aille pas faire allégeance aux gourous du petit four parisien m'apparait être du courage (à moins que ce ne soit de l'inconscience). Il y a des chantiers autrement plus importants pour la culture en France, comme par exemple lui apprendre à devenir économiquement autonome et quelque part, adulte. Pour cela, il faut lui apprendre à faire avec l'environnement numérique, mais aussi, quand il y en a besoin, la protéger des prédateurs. Oui, une rupture dans la politique culturelle de l'Etat est devenue nécessaire, et j'espère que Fleur Pellerin saura persévérer dans ce chemin, et ne se fasse pas capturer ou abattre en vols par les suceurs de subventions de Saint-Germain-des-Prés.

lundi 24 novembre 2014

L'extension des pouvoirs du déontologue

La déontologie et la transparence franchissent une nouvelle étape à l'occasion de cette réforme du règlement. Je suis d'ailleurs surpris que cela n'ai pas râlé davantage en commission, de la part des UMP ou des radicaux de gauche. Non seulement la réforme fait entrer le déontologue dans le Règlement, mais en plus il étend ses pouvoirs aux sujets de lobbying.

Le premier effet est de rehausser la légitimité d'une instance dont les députés ne voulaient pas, et qu'ils commencent tout juste à découvrir. Le déontologue est récent (2011) et pourtant, nous en sommes au troisième titulaire du poste, avec déjà, depuis 2013, un changement de configuration. On peut dire que ça évolue vite, et ce n'est peut-être pas fini, car je doute fort que les potentialités ouvertes par cette réforme du règlement ne restent lettre morte. Désormais donc, le déontologue a une vraie légitimité. Le texte de départ était relativement minimaliste, car il se contentait de reproduire, au mot près, les dispositions déjà existantes, mais qui n'étaient inscrite que dans une décision du Bureau.

Ce renforcement se conjugue avec un renforcement "interne". Les députés commencent à se rendre compte que les questions de déontologie, c'est du sérieux et qu'il ne fait pas bon se retrouver dans la tourmente. L'excuse du "c'est légal" ne tient plus vraiment et l'affaire Thévenoud a été une belle piqure de rappel. Beaucoup se disent que le déontologue peut avoir une utilité en temps que conseil, parce que beaucoup sont finalement assez peu au fait de ce qu'il faut faire ou pas. C'est aussi une bonne "couverture" au cas où on se fait alpaguer. Il est toujours possible de rendre public un avis du déontologue, qui joue alors comme un rempart pour le député : "j'ai consulté, on m'a dit que tout allait bien, donc je ne me suis pas inquiété".

Le déontologue n'est plus seul, puisqu'une haute autorité, qui a déjà le ministre Thévenoud et quelques parlementaires à son tableau de chasse, couvre le même champ. Si l'articulation se fait correctement (il n'y a pas de raison qu'il en soit autrement), le tandem peut être redoutable. En effet, le déontologue peut s'appuyer sur les avis de cette autorité, et se dédouaner ainsi d'une partie du mécontentement suscité chez des députés auxquels il a dit non. Il peut ainsi se concentrer sur d'autres missions.

Et justement, les écologistes lui en ont offert une, le suivi du lobbying. Avec leur amendement, les Verts ont fait coup double. Non seulement le registre des lobbyistes trouve une existence officielle, dans le Règlement, mais en plus, il est inscrit dans le chapitre "déontologie et transparence" et, cerise sur le gâteau, le déontologue a le droit d'aller y mettre son nez.

Cela faisait un certain temps que les déontologues tournaient autour du pot. Jean Gicquel, le premier en poste, s'était attaqué aux colloques dits "parlementaires", organisés par des cabinets de lobbying, dans l'enceinte même de l'Assemblée. Une pratique douteuse qui est en régression (il en reste encore à la Questure), car les lobbyistes sont allés se réfugier à la maison de la Chimie. La prochaine étape, pour l'actuel titulaire du poste, est d'interdire aux cabinets l'usage du mot "parlementaire", qui laisse croire qu'une table ronde sponsorisée (avec tous les problèmes éthiques que cela pose) est un évènement officiel.

Pour y arriver, Ferdinand Mélin-Soucramanien compte s'appuyer sur le registre des lobbyistes. Il aimerait conditionner l'inscription au registre à l'interdiction de l'usage du mot parlementaire dans les évènements. Même si ce registre est encore balbutiant, il est destiné à prendre de l'ampleur, à l'image de son grand frère du Parlement européen. Au bout d'un moment, cela deviendra problématique pour un cabinet, qui se prétend "éthique et responsable", de ne pas figurer sur cette liste. La radiation pourrait devenir une sanction d'autant plus crédible que les pratiques douteuses sont parfois l'apanage de gros cabinets ou d'entreprises importantes. L'atteinte à la réputation, surtout si elle est relayée dans la presse, aura un effet dissuasif. Du moins peut-on l'espérer.

Bien entendu, tout cela reste sous le strict contrôle du Bureau. C'est lui seul qui sanctionne, le déontologue n'ayant qu'un rôle d'information et de proposition, avec une grosse contrainte de confidentialité. Que son action soit discrète voire furtive est sans doute une condition de son succès. Il ne faut pas effaroucher les députés. Si le but est de prévenir plutôt que guérir, on ne doit rien savoir des conseils et des interventions du déontologue. C'est frustrant, car le public, de plus en plus exigeant sur ces questions, a l'impression que rien ne se passe puisqu'il n'est informé de rien.

Déontologue de l'Assemblée est donc une tâche à la fois ingrate et exaltante, qui repose en grande partie sur la personnalité qui occupe la charge. Voilà un poste où l'erreur de casting n'est pas permise. Encore moins maintenant qu'il est officiellement reconnu et qu'il s'attaque aussi aux pratiques des lobbyistes.

samedi 22 novembre 2014

Un rapporteur général aux affaires sociales

Parmi les mesures adoptées en commission sur la réforme du règlement de l'Assemblée, figure la création d'un poste de rapporteur général du PLFSS au sein de la commission des affaires sociales. Un tel poste existe déjà au Sénat et à première vue, l'idée parait séduisante. Si on creuse un peu, c'est beaucoup moins simple que ça y parait, et bien des questions restent en suspens.

L'idée de départ est de mettre en place aux affaires sociales ce qui existe aux finances. Un rapporteur général est chargé de suivre l'ensemble des budgets. Nommé au début du mandat, il reste théoriquement en place toute la législature, sauf accident. C'est un pivot de la commission des finances, une personnalité clé, doté de pouvoirs importants comme celui de réaliser des contrôles sur place et sur pièces. Il peut ainsi demander à Bercy toutes les informations qu'il veut, et l'administration est tenue de les fournir. Si ce n'est pas le cas, il peut faire une descente sur place et repartir avec les documents. Cela n'arrive pas souvent, mais quand c'est le cas c'est un peu une surprise qui vaccine les hauts fonctionnaires des Finances pour quelques temps.

Aux affaires sociales, ce n'est pas la même organisation pour le budget de la sécurité sociale (le PLFSS). Il n'existe pas de "rapporteur en chef" mais plusieurs rapporteurs, chacun ayant sa partie. De fait, c'est le rapporteur de la partie "recettes" qui a pris un leadership, car les mesures les plus politiques et donc visibles, sont sous sa responsabilité. L'idée est donc d'officialiser cela, en donnant au rapporteur "recettes", le titre de rapporteur général. Jusque là, tout est simple. Sauf que, derrière cette proposition, il y a l'idée d'établir un parallélisme entre la commission des finances et celle des affaires sociales. Or, cela pose plusieurs problèmes.

Il n'y a pas égalité de statut entre le budget de l'Etat et celui de la sécurité sociale, quand bien même le montant total du PLFSS est supérieur à celui du PLF. Le budget de l'Etat est encadré par des règles constitutionnelles stricts et détaillées, alors que le PLFSS n'est même pas mentionné. Aligner les pouvoirs des deux rapporteurs généraux pose bien évidemment un problème de base "constitutionnelle", celui des affaires sociales ayant une légitimité constitutionnelle bien moindre, pour justifier d'aller faire des descentes à Bercy ou ailleurs par exemple.

Derrière ce premier pas, se pose immédiatement la question de la suite. Faudra-t-il aussi confier la présidence de la commission des affaires sociales à l'opposition, comme c'est le cas pour les Finances ? Le sujet a été abordé lors de l'examen en commission de la réforme du Règlement, sans qu'une réponse puisse être apportée par le rapporteur, Jean-Jacques Urvoas. Ce n'est pas simple, car la compétence de la commission des finances est assez claire : les finances et quasiment rien d'autres. Le gros du travail, c'est le budget. Il y a des temps à autres l'examen pour avis d'un texte, mais c'est peu fréquent. Ce n'est pas du tout le cas de la commission des affaires sociales, qui en plus du budget de la sécurité sociale, traite aussi de toutes les problématiques de santé, de social (les retraites...) ainsi que du droit du travail, pour ne citer que les compétences les plus lourdes. Confier aussi cette présidence de commission à l'opposition, c'est plus délicat à justifier, et surtout, plus ennuyeux pour le gouvernement...

Voilà typiquement une mesure qui parait bonne, mais qui ouvre des portes pouvant poser des problèmes. Plusieurs députés, au sein même du groupe PS, se sont montrés "dubitatifs" et je les comprends. Quand on se lance dans une telle opération, il faut évaluer soigneusement jusqu'où cela mène, car parfois, on passe un cap sans s'en rendre compte. D'autres, plus tard, pourraient prendre appui sur cette création d'un poste de rapporteur général du PLFSS pour, par exemple, demander la création d'une commission spécialement chargée de la sécurité sociale et de son budget, créant ainsi une commission des finances bis. Cela peut aussi conduire à une plus grande emprise des parlementaires sur le budget d'un organisme qui est quand même censé être géré par des organismes paritaires. De là, on peut glisser vers une "étatisation" rampante de la sécurité sociale...

Je crains que les députés n'aient mis ici le doigt dans un engrenage. Il serait utile d'avoir un véritable travail d'évaluation, afin qu'immédiatement, les limites de cette évolution soient fixées. L'indécision de Jean-Jacques Urvoas, sur le fait de confier ou pas la présidence de la commission des affaires sociales à l'opposition est dangereuse. C'est maintenant, dès l'adoption de la disposition, qu'il faut bloquer les éventuelles dérives. Si ce n'est pas les députés qui le font en séance, on peut espérer que le conseil constitutionnel émettent quelques réserves ou messages fixant les bornes.

jeudi 13 novembre 2014

Lagarde n'est pas au bout du chemin

Jean-Christophe Lagarde vient d'être élu président de l'UDI. C'est le meilleur choix, le moins mauvais plutôt, que pouvaient faire les adhérents de ce parti. C'est d'ailleurs lui que je voyais arriver, dès la démission de Borloo. Pour autant, le nouveau patron des centristes n'est pas sorti d'affaire.

Son espace politique n'est pas totalement ouvert. L'UMP se déchiquète magnifiquement, et est toute occupée à ses querelles internes. Cela laisse un espace politique au centre, d'autant plus important que Nicolas Sarkozy tente un retour par la droite de la droite. Finalement, le seul à pouvoir vraiment faire de l'ombre à Lagarde, c'est Bruno Lemaire, qui se donne une image de réformateur lisse, capable de séduire à l'UDI. A gauche par contre, les nouvelles ne sont pas excellentes, car Manuel Valls prend progressivement un ascendant, et son positionnement, très à la droite du PS, qu'il ne renie pas une fois arrivé au pouvoir, laisse peu de marge à l'UDI. Il y a peut-être une lueur d'espoir chez les radicaux de gauche, qui vont commencer à se chamailler pour la succession, d'ores et déjà ouverte de Jean-Michel Baylet.

La situation interne n'est pas brillante. Il va falloir tout le talent de Jean-Christophe Lagarde pour arriver à faire quelque chose de cette présidence de l'UDI avant 2017.

Le premier souci est une élection médiocre, au deuxième tour, avec 53%. Pas de quoi donner une grande légitimité de départ à l'élu. Il va y avoir des plaies à panser, car la campagne a été particulière dégueulasse, des récompenses à accorder et un appareil politique à remettre en ordre de bataille. Il a prouvé qu'il avait les qualités d'un combattant, même s'il ne faut sans doute pas trop aller regarder en cuisine la manière dont le plat est préparé. Les départements de la petite couronne parisienne ne sont pas des terres électorales pour bisounours, mais pour des cow-boys. Nous avons un aperçu pendant la campagne interne, avec les fuites savamment orchestrée sur les méthodes de Lagarde. Je lui fait confiance sur cet aspect de "cuisine interne", même s'il y aura du sang sur les murs, chose que les centristes n'aiment pas.

Le deuxième souci est d'arriver à produire quelque chose de neuf, idéologiquement, au sein d'un parti très éclaté et individualiste. Entre les radicaux, les démocrates chrétiens, les libéraux, et ceux qui sont là parce qu'ils sont de droite sans vouloir être à l'UMP, il n'y a finalement pas grand chose en commun. Cela a toujours été le problème de l'UDF, et la raison pour laquelle ils se sont quasiment toujours fait bouffer par les gaullistes. Mis à part avec l'élection de Giscard, qui a profité d'une bonne image (en 1974, après, ça c'est gâté) et d'une trahison orchestrée par Chirac, c'est toujours le RPR qui était devant. Même déchirée, l'UMP reste une belle machine de guerre, avec une unité idéologique autour de quelques "valeurs" simplistes, celles qui permettent de rassembler facilement. Compliqué de jouer sur l'intelligence, la tactique habituelle des centristes. Il faudrait une révolution culturelle pour sortir les centristes de leur culture de "perdants magnifiques", de Poulidor de la droite.

2017, ça va arriver vite. Pour avoir l'espoir de faire autre chose que de la figuration à la présidentielle, la seule élection qui compte véritablement, il faudra être opérationnel dès la fin 2016, ce qui laisse deux ans, grand maximum, à Jean-Christophe Lagarde, pour s'imposer réellement. Pas gagné... mais pas perdu non plus.

samedi 25 octobre 2014

Qui dirige la France ?

C'est au tour de Gilles Carrez de se retrouver dans la ligne de mire, pour être en "délicatesse" avec le fisc. Pour celui qui a été rapporteur général du budget de 2002 à 2012 et depuis, président de la commission des finances de l'Assemblée nationale, il faut reconnaitre que c'est assez comique.

Je rigole beaucoup moins quand j'écoute les explications qu'il fournit, notamment à Médiapart. L'homme est de bonne foi, je n'ai pas franchement de doutes. Mais justement, cette bonne foi rend encore plus inquiétant ce qui suit.

Son problème fiscal vient de l'ISF. Maire du Perreux-sur-Marne, coquette citée du Val-de-Marne où l'immobilier n'est pas donné, il est l'heureux propriétaire d'un pavillon qui lui sert de résidence principale. Jusque là, pas de souci. Il se trouve qu'ayant sans doute quelques biens ou placements, il est aux limites du seuil de l'ISF, qui est de 1,3 millions d'euros. Il considère qu'il n'y entre pas, car il pense bénéficier de la loi fiscale, qui offre un abattement de 30% sur la valeur de la résidence principale. Mais le fisc ne l'entend pas de cette oreille, car Gilles Carrez détient sa maison via à une société civile immobilière. Or, pour les impôts, on ne bénéficie de l'abattement de 30% que si on possède sa résidence principale "en direct". Donc le président de la commission des finances, celui-là même qui a fait voter cet abattement de 30% en 2007, s'est trompé dans sa déclaration...

Là, je commence à m'inquiéter, car en matière d'expertise fiscale, sur les bancs de l'Assemblée nationale, Gilles Carrez est un cador. Ils ne sont pas nombreux à maitriser ainsi la matière, moins d'une dizaine (et encore...). En fait, ils ne la maitrisent pas si bien que ça. Rassurant...

Je n'ai pas creusé, mais je pense que c'est en fait d'ailleurs que vient le problème. Gilles Carrez affirme qu'au moment du vote de son amendement, en 2007, il était clair dans son esprit que l'abattement de 30% devait bénéficier à toutes les résidences principales, quelque soit le mode juridique de détention. Visiblement, ce n'est pas ce qui est écrit dans le code des impôts. Ou pire, ce n'est pas ce que l'administration fiscale lit... et c'est pourtant cette interprétation qui l'emporte.

Entre ce que décide le Parlement, ce qui est effectivement écrit dans le code général des impôts et la manière dont le fisc l'applique, il semble y avoir des différences plus ou moins importantes. On se pose alors la question : qui dirige la France, en fait ?

dimanche 19 octobre 2014

Les limites de Wikipédia

Ces derniers jours, le blogueur Thierry Crouzet éructe contre Wikipédia. Une page sur une théorie économique, à laquelle il semblait tenir, a été supprimée. Il se répand en critiques, tant sur son blog que sur les réseaux sociaux, soutenus par des gens que j'ai connus plus inspirés.

En gros, Thierry Crouzet reproche à un petit groupe, qu'il qualifie de "sectaire", d'avoir monté une cabale, pour supprimer des pages qu'il estime parfaitement admissibles. On est là devant un cas hyperclassique sur Wikipédia, qui arrive tout le temps en fait. Chacun vient y déverser sa prose, ses théories, plus ou moins fumeuses, sans trop se soucier d'apporter des sources et des validations. Bien entendu, à chaque fois sans s'être renseigné sur les critères d'admissibilité ni sur les procédures. Bref en ignorant tout ou presque du fonctionnement de Wikipédia. Et après, ça crie et ça hurle au complot et l'obscurantisme...

Je ne connais pas la théorie économique dont la page a été supprimée, au grand dam de Thierry Crouzet. Je ne saurais donc me prononcer sur le fond. Pas besoin, de toute manière, car la page ne répond pas aux critères d'admissibilité, faute de sources crédibles. En effet, en lisant les pages de Wikipédia sur le débat de suppression, on voit que les sources sont toutes issues de l'auteur de la théorie. Elle est exposée dans un livre auto-édité et n'a pas fait l'objet d'articles scientifiques dans des revues reconnues. Contrairement à ce que certains peuvent croire, Wikipédia n'est pas un page blanche ouverte à tout. Elle recueille le savoir validé, c'est-à-dire reconnu par une communauté scientifique spécialisée. On ne peut pas mettre sur Wikipédia ce que l'on appelle du travail inédit, car il n'a pas été validé. C'est le B-A-BA d'une encyclopédie. Donc la décision de suppression de la page "théorie relative de la monnaie" est parfaitement justifiée rien que pour cela : Travail Inédit.

Thierry Crouzet semble passer à côté de cela, pour attaquer la communauté chargée de "réguler" Wikipédia. Il est vrai qu'on pourrait en dire bien des choses, qu'elle est loin d'être parfaite, et que la "régulation des régulateurs" est une vraie boucherie. Les critiques visant le côté très bureaucratique et abscons des procédures de Wikipédia sont fondées, et certains membres "éminents" parmi les contributeurs sont des psychorigides, pour ne pas dire pire. Bien que des structures existent, l'accueil des nouveaux est une grosse faiblesse de la communauté.

Mais...

Wikipédia existe et produit un contenu reconnu comme étant de qualité au moins équivalente aux quelques encyclopédies papier qui subsistent encore. Le projet, lancé en 2001, fonctionne et c'est grâce à cette communauté et aux procédures mises en place. Oui, c'est parfois compliqué, mais c'est absolument nécessaire si l'on veut construire quelque chose d'aussi complexe que Wikipédia. Le fonctionnement "politique" de la communauté est absolument fascinant à observer. Quand on assimile les règles de base, et qu'on a un peu de bouteille, on peut s'intégrer sans trop de problèmes dans un groupe où on est reconnu en fonction du travail qu'on fournit. L'argument d'autorité n'a pas sa place, et le type qui débarque d'on ne sait où en prétendant que lui seul sait, et que les autres sont des cons, peut se faire envoyer balader assez méchamment.

Quelque part, c'est un peu ce que fait Thierry Crouzet, qui n'est personne sur Wikipédia, et qui prétend imposer ses théories et faire la leçon en des termes peu sympathiques. Il ne faut pas s'étonner d'être mal reçu dans ces conditions...

lundi 13 octobre 2014

Misère de la critique intellectuelle

La vie intellectuelle française devient de plus en plus misérable. Non pas dans la production, mais dans la critique et l'animation du débat. C'est tout simplement pitoyable. Deux exemples très récents viennent illustrer cela, la polémique ahurissante autour de la participation de Marcel Gauchet aux journées de Blois, et la manière dont le prix Nobel d'économie de Jean Tirole a été commentée par certains. On comprend mieux pourquoi notre pays, qui a pourtant des pépites, se casse la gueule...

D'abord Marcel Gauchet. Je dois commencer par dire que j'apprécie énormément la pensée de Marcel Gauchet, qui est à mes yeux un des meilleurs penseurs politiques français actuellement en activité. Même si je ne suis pas nécessairement en accord avec tout ce qu'il écrit, je lui reconnais une hauteur de vue et une capacité à animer un débat absolument hors pair. Qu'il participe aux journées de l'histoire de Blois devrait réjouir tout ceux qui aiment l'histoire, car c'est la promesse d'un moment de haut niveau. Et bien non, il se trouve des couillons, totalement inconnus au bataillon, pour lui cracher dessus. Ce n'est pas le plus grave, car des aigris, qui envient ceux qui sont meilleurs qu'eux, ça existe partout. Non, le plus grave, c'est qu'ils trouvent des relais médiatiques. En effet, nos deux couillons anti-Gauchet ont quand même réussi à passer trois tribunes dans Libé...

Je vous passe l'indigence de l'accusation, Laurent Bouvet leur règle très bien leur compte dans Slate. Il n'y a que des élucubrations, portée par une piétaille qui ne représente rien. Je me suis amusé à regarder la liste des signataires de la pétition, parue dans Libé. Je n'y vois aucun nom connu, à part Arlette Farge, dont je me demande ce qu'elle vient faire là (à moins qu'elle ait un compte personnel à régler avec Gauchet). Un média digne de ce nom se doit de filtrer ce qu'il publie, surtout quand c'est d'une telle pauvreté intellectuelle et que c'est porté par un troupeau disparate d'illustres inconnus. Si c'est cela le niveau du débat intellectuel que Libération prétend animer, on est mal barrés...

L'autre moment d'énervement, c'est la manière dont à été reçue l'attribution à Jean Tirole du prix Nobel d'économie (je sais, c'est pas le titre exact, mais j'assume le raccourci). Je ne connais rien à l'économie, j'ai découvert le nom de ce monsieur aujourd'hui. Je ne saurais donc porter un jugement sur le fond de sa pensée. Simplement, je constate qu'un jury international (donc non franco-français) a jugé bon de le distinguer. En soi, c'est le signe que la France est encore capable de produire des penseurs de très haut niveau, ce qui est rassurant (à mes yeux du moins). Plutôt que de voir cet aspect, un concert s'est élevé, illustré à merveille par cet éditorial de Médiapart (qui me déçoit de plus en plus). Tout ce qu'ils retiennent, c'est que Jean Tirole est un méchant néolibéral, et que lui donner le prix Nobel, c'est servir la soupe de cette engeance maléfique, et que de toute manière, le jury des Nobel de l'économie ne récompense que des ultra-libéraux, donc c'est de la merde.

Je rigole doucement, car ces mêmes personnes, quand elles parlent de Joseph Stiglitz, leur idole, n'oublient jamais de signaler qu'il est prix Nobel d'économie, dont habilité à parler de manière crédible. Un prix Nobel, c'est bien quand il récompense quelqu'un qui pense comme moi, c'est du grand n'importe quoi sinon. On peut ne pas être d'accord avec Jean Tirole ou Joseph Stiglitz, mais j'estime qu'à ce niveau intellectuel, la pensée et l'oeuvre de ces économistes est suffisamment dense et complexe pour mériter des débats moins réducteurs et appauvrissants. Pourtant, c'est globalement la soupe qu'on nous a servi aujourd'hui dans les médias français, entre les "cocoricos" des nationalistes, tous contents d'avoir deux Nobels cette année, et les crachats des gens qui croient qu'être de gauche, c'est baver sur ceux qui n'ont pas une doxa néo-marxiste.

Comme j'aimerais un débat médiatique de qualité, où on parle du fond, des idées (quitte à s'écharper, ce n'est pas la question) en respectant la pensée des uns et des autres, sans mauvaise foi ni raccourcis. Cela devrait être le rôle des médias et des journalistes que d'organiser ce débat de qualité. C'est loin d'être le cas...

samedi 27 septembre 2014

Le pipeau de l'obsolescence programmée

Les députés ont adopté hier, en commission, dans le cadre du texte sur la transition énergétique, un amendement qui prétend lutter contre l'obsolescence programmée. Vous savez, le phantasme qui consiste à croire que les fabricants sabotent volontairement leurs produits pour réduire leur durée de vie. Alexandre Delaigue en parle très bien. Qu'il y ait, de manière ponctuelle, de telles pratiques, c'est possible, mais leur répression est déjà possible. L'arsenal législatif est amplement suffisant. Rien qu'avec le délit de tromperie sur la qualité de la marchandise, on fait tomber bien des industriels indélicats.

A travers cet amendement, proposé par les écologistes (pas un hasard), ce qui est recherché, c'est moins lutter réellement contre le phénomène que de faire mousser débats et fantasmes militants.

Tout ceux qui ont eu un espoir en lisant, dans leurs journaux préférés, la reprise de la dépêche AFP, vont vite déchanter. Juridiquement, le texte ne tient pas la route. Personne ne s'est malheureusement donné la peine d'aller voir, ce qui est bien dommage.

D'abord, on est en droit de la consommation, domaine sous très étroite dépendance de la législation européenne. En clair, si c'est pas dans la directive, c'est dehors, ce qui est le cas ici. Dans cet amendement, les écologistes proposent d'exercer une répression de nature pénale contre les fabricants qui ont intentionnellement réduit la durée de vie du produit dès sa conception.

Tout cela, il va falloir le prouver, et c'est tout sauf évident. C'est même quasiment impossible tellement les conditions à remplir sont drastiques. Cela pose aussi un problème constitutionnel de légalité des délits et des peines. Il faut, en droit pénal, que les termes soient précis et sans équivoque, afin que nul n'ignore, au moment de commettre un acte, qu'il tombe sous le coup du droit pénal. Et là, j'aimerais que les écologistes m'expliquent comment on définit "la durée de vie d'un produit" et comment on arrive alors à savoir qu'elle a été réduite.

Vous l'aurez bien compris, cet amendement est totalement inopérant, et ne survivra pas longtemps. Nous sommes en début de processus législatif sur la loi transition énergétique. Derrière, il y aura sans doute un passage devant le conseil constitutionnel, puis, si jamais il y a tentative de mise en oeuvre, le droit européen viendra l'achever.

Voilà comment on entretient un mythe urbain des temps modernes, et on en retire tous les bénéfices, quand on fait de la politique, sans avoir à chercher une efficacité réelle. Beaucoup de choses, en politique, marchent comme ça. Ce qui compte, ce n'est pas d'avoir fait du bon boulot, mais d'avoir une reprise par l'AFP...

mercredi 24 septembre 2014

C'est l'histoire de trois jihadistes

L'histoire fait rire, elle devrait faire pleurer. Sur notre classe politique, notre haute administration et notre système médiatique.

Trois jihadistes français revenant de Syrie se font pincer en Turquie. Le gouvernement de ce pays décide de les expulser vers la France, afin d'y être récupérés par les services secrets, avides de ce genre de gibier. Mais voilà qu'un pilote d'Air France refuse de les embarquer. Le gouvernement turc ne se laisse pas démonter et met les jihadistes dans l'avion suivant. Au lieu d'atterrir à Paris, nos oiseaux se poseront à Marseille. Un détail pour les turcs. Sauf que voilà, la communication avec Paris, si tant est qu'elle ait existé, passe mal.

Personne à Marseille pour former le comité d'accueil. Et voila qu'en plus, les contrôles "normaux" sont en panne, ce qui fait que nos terroristes franchissent sans aucun souci tous les barrages et se retrouvent lâchés dans la nature sans avoir été inquiétés le moins du monde. Ils en furent d'ailleurs les premiers étonnés. Apprenant qu'ils sont recherchés, ils décident de se rendre aux forces de l'ordre et se présentent à une gendarmerie. Mais celle-ci est fermée, à la suite d'un regroupement d'effectifs pour cause de restrictions budgétaires. Ils finissent par arriver à bon port et sont entre de "bonnes mains".

C'est tout simplement ridicule et grotesque. Surtout une semaine après l'adoption d'une loi sur le terrorisme, avec une interdiction de quitter le territoire... Ils doivent bien rire les apprentis jihadistes !

On a tous les travers de la politique à la française sous les yeux. On pond loi sur loi, n'hésitant pas devant les surenchères, avec des talents réels pour mener des opérations de communication. Et puis derrière, on ne met pas les moyens adéquats pour appliquer les textes que l'on vote. D'ailleurs, si on mettait réellement les moyens, on se passerait volontiers de nombreuses lois, purement inutiles comme cette loi terrorisme, pas encore définitivement votée et déjà obsolète.

C'est comme ça pour tout, en particulier dans le "régalien", que ce soit la police, la justice, l'éducation. On lance réforme sur réforme, concoctées dans les bureaux par des fonctionnaires qui ne savent faire que cela. Quand vous n'avez qu'un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous. On est en plein dans ce syndrome.

S'il n'y avait que le gouvernement à être mouillé... Voilà qu'en creusant, on se rend compte que les médias ne sont pas blancs. En effet, le ridicule s'est accentué par le fait que l'arrestation de ces trois jihadistes avait été annoncée en grande pompes par itélé à 13h30, heure à laquelle l'avion censé transporter nos jihadistes devait atterrir à Paris.

Voilà donc qu'un média à grande audience annonce un évènement qui n'a pas eu lieu, mais qui aurait dû avoir lieu s'il n'y avait pas eu un pilote, à Istanbul, qui a refusé de prendre trois jihadistes dans son appareil... En clair, le ministère de l'Intérieur a pré-vendu l'exclusivité de l'annonce à i-télé, qui s'est empressé de ne rien vérifier et de jouer consciencieusement son rôle de porteur d'eau du pouvoir. Cela met crument en lumière tous les articles de presse parus au moment de l'examen de la loi sur le terrorisme dans divers journaux. On a dépassé le stade de la honte.

Plus rien ne va dans ce pays...

dimanche 21 septembre 2014

Inquiet

La semaine qui vient de s'écouler a été fertile en évènements franchement inquiétants. Après la phase précédente qui a vu la majorité s'effriter encore un peu plus, c'est maintenant la "rentrée sociale", celle des premières manifestations et revendications. C'est traditionnel, ça arrive tous les ans, dans la deuxième quinzaine de septembre, quand tout le monde est revenu, et qu'on peut mobiliser utilement un secteur.

Ce sont d'abord les professions réglementées qui ont ouvert le bal. Je ne vais pas pleurer sur les notaires, pharmaciens et huissiers de justice, ils ont de la marge avant d'être dans la misère. Mais je dois reconnaitre que leurs opérations ont été rondement menées et efficaces. Une belle démonstration de force, qui indique clairement que l'ensemble de ces secteurs sont mobilisés, organisés, et attendent le gouvernement de pied ferme. Pour l'instant, le pouvoir en place n'a pas trop reculé ouvertement, mais on peut penser que la fameuse loi sur les professions réglementées devrait ressembler à la loi bancaire, une montagne qui accouche d'une souris.

Ensuite, ce sont les agriculteurs bretons qui sont entrés dans la danse. Et là, on rigole beaucoup moins. Dès le début, ils brûlent un centre des impôts. Normalement, une telle action, c'est exceptionnel et après un long moment de mobilisation. Cela ne se fait d'entrée de jeu. Il semble que ce mouvement soit plus ou moins spontané, sans réel contrôle syndical. Si la base dépasse les cadres d'entrée de jeu, c'est inquiétant. Là encore, Valls a annoncé une réaction, avec des poursuites judiciaires, dont on attend de voir ce que cela va donner. Si c'est pour créer des "martyrs", cela ne fera qu'envenimer le conflit. Cela laisse présager d'autres actions de la profession agricole, pas réputée pour son tact.

Quand on écoute un peu les discours des différents segments de la population, on sent des gens à bout (à tort ou à raison, c'est un autre problème). Il y a une tension palpable chez les français que l'on sent monter, une sorte de désespoir face à ses dirigeants. La gauche, qui apparaissait comme un recours avant 2012, s'est complètement cramée. Quoi qu'en disent certains, Marine Le Pen n'est pas une alternative. Elle n'est pas en mesure de gouverner et cela se voit. On est avec un horizon politique bouché. L'offre ne correspond désespérément pas à la demande. C'est de plus en plus criant et cela contribue à la tension et à l'énervement, surtout quand en plus, certains élus se font prendre la main dans le pot de confiture, à ne pas déclarer leurs impôts ou à falsifier leurs diplômes.

Tout cela ne serait rien s'il n'y avait pas un mur devant nous, qui s'appelle L'Union Européenne. Depuis 2012, tous les signaux sont envoyés depuis Bruxelles, demandant à la France de rétablir sa situation économique et budgétaire. En ce début d'automne 2014, les dirigeants français ont avoué qu'ils ont échoué à contenir les déficits, et qu'ils n'y arriveront pas. Aucune réforme structurelle, autre demande de la Commission, n'a été mise en place. Bref, nous n'avons rien fait. Or, voilà qu'une nouvelle Commission se met en place, avec un français comme commissaire chargé de surveiller le respect de notre "contrat de réformes". Autant dire que dans les mois à venir, on va avoir droit à des diktats de Bruxelles, façon Troïka en Grèce...

Que va-t-il se passer quand l'Union Européenne va nous imposer, beaucoup plus fermement qu'elle ne l'a fait jusqu'ici, de tailler dans le gras, et de mettre en place des remèdes de cheval. Comment vont réagir les fonctionnaires si, par exemple, on leur annonce une vague de licenciements et une baisse autoritaire de 5% des traitements et pensions ? Seul un gouvernement politiquement fort, avec un cap clair peut imposer de telles mesures (et encore). Vu l'état de déliquescence du pouvoir en place, il tient, au mieux, 48h...

jeudi 4 septembre 2014

Que faut-il faire ?

Ce soir, je suis un peu désespéré. Après 9 jours au gouvernement, Thomas Thévenoud, secrétaire d'Etat au Commerce extérieur, au Tourisme et aux Français de l'étranger vient d'être contraint de démissionner. Celui qui a été membre de la commission d'enquête sur l'affaire Cahuzac avait tout simplement oublié, pendant plusieurs années, de déclarer ses impôts, et donc au passage, de les payer.

Ce monsieur est vice-président du Conseil général de Saône-et-Loire depuis 2008 et député depuis 2012. Son épouse est la chef de cabinet du président du Sénat. Ce sont donc des gens à priori intelligents et au courant des procédures. Thomas Thévenoud m'est toujours apparu comme une personne sympathique et sensée. Certes carriériste, mais comme les autres. Comment justifier l'absence, pendant plusieurs années, de déclarations fiscales ? Je reste sans voix. Mais, en plus, se faire avoir pour ça un an après l'affaire Cahuzac, je ne sais plus quoi dire. Soit c'est de la négligence, et ça relève du pathologique tellement c'est de l'inconscience, voire du suicide politique. Soit c'est parfaitement conscient, et là, c'est gravissime...

Les dégâts pour le PS, et la classe politique dans son ensemble risquent d'être absolument dramatiques. C'est peut-être une deuxième affaire Cahuzac, qui peut provoquer un effet de souffle. Je vois mal, après les lois de 2013, ce que l'on va pouvoir proposer comme "réforme expiatoire" pour calmer la colère, légitime, des électeurs. Est-ce qu'une nouvelle loi, d'ailleurs, aurait un quelconque effet ? J'en doute...

Cette affaire tombe le même jour que la sortie du livre de Valérie Trierweiler, une bombe lancée par une femme éconduite, en quête de vengeance. De cela, il ne peut rien sortir de bon pour le débat public, sinon faire chuter encore plus bas un François Hollande qui est tombé à 13% de bonnes opinions, dans le dernier sondage. On est le 4 septembre, la rentrée "sociale et politique" n'a même pas encore eu lieu. On serait dans un pays moins démocratique, ça sentirait le putsch, tant le président en place est affaibli.

La question se pose de plus en plus de la capacité de François Hollande à résister à la moindre contestation sociale. Un peu comme en grand vieillard, déjà bien affaibli par l'âge, qui attrape la grippe. Il est à la merci du moindre rhume...

On ne tiendra pas jusqu'en 2017 comme ça !

dimanche 31 août 2014

La faute des institutions ?

La récente crise politique a été l'occasion d'un regain de critiques, à gauche, contre la cinquième république. Un président de région s'est même à moitié étranglé quand il a entendu Hollande demander "un PS à l'unisson de ses décisions". Tous les apprentis constitutionnalistes vont nous ressortir, dans les prochaines semaines, leurs "VIe république", brandissant le concept, sans rien mettre de concret dedans...

Les institutions de la Cinquième République sont en train de démontrer, une fois de plus, leur robustesse. Le but d'une constitution, c'est d'organiser le pouvoir, afin que le pays soit gouverné de manière efficace, sans blocage, tout en ayant des rendez-vous électoraux réguliers. Je n'en demande pas plus à une constitution. Certes, celle de la Cinquième République n'est pas parfaite, et son défaut majeur vient de l'élection, en 1962, du président de la République au suffrage universel. Le texte de 1958 m'apparaissait bien meilleur, mais la constitution actuelle remplit son rôle.

Le problème ne vient pas des institutions, mais des socialistes, qui n'ont jamais accepté de se faire à cette monarchie républicaine, tout en ne la réformant pas quand ils en avaient l'occasion. En 1981, Mitterrand pouvait le faire, il s'en est bien gardé, car les institutions lui allaient finalement très bien une fois installé à l'Elysée.

C'est vrai que c'est confortable, quand on est manche. On peut gouverner sans trop de difficultés, tant qu'une majorité ne se monte pas contre vous. Il faut se rappeler qu'en 1958, la perspective, pour un gouvernement, d'avoir une majorité absolue est inimaginable. De plus, les constituants de 1958 ont bénéficié de plus de 30 ans de réflexion constitutionnelle. Depuis les années 30, on se posait la question de la réforme de la IIIe République, qui pour le coup, était une très mauvaise constitution. Une première tentative a été menée avec la constitution de 1946, mais ce ne fut pas une réussite sur le moment. Mais les erreurs de 1946 n'ont pas été oubliées et ont servi à mieux écrire en 1958.

Les socialistes et la gauche en général sont restés parlementaristes. C'est leur culture politique, cela vient de très loin. C'est une tradition politique tout à fait honorable, et si elle respecte un peu plus la délibération collective et le respect des minorités, elle manque d'efficacité par rapport à la tradition bonapartiste, d'un exécutif fort. Or, au vu des désordres des IIIe et IVe République, un choix a été fait en 1958 de donner un coup de barre en direction de l'efficacité, donc d'un exécutif fort. Comme il y avait en plus la guerre d'Algérie à régler, la constitution de 1958 est passée assez facilement. C'est en 1962 que ça s'est gâté. La guerre d'Algérie est terminée, donc le besoin d'un exécutif fort se fait moins bien sentir. C'est le moment où le général de Gaulle choisit d'aller encore plus loin dans le bonapartisme, rompant l'équilibre de 1958. Une majorité de parlementaires refuse cette évolution en engageant l'épreuve de force contre De Gaulle. C'est la motion de censure qui renverse Pompidou et oblige De Gaulle à dissoudre. Cela se termine par une défaite en rase campagne des opposants, puisqu'en 1962, non seulement les français adoptent l'élection du président au suffrage universel direct, mais en plus, envoient au Palais-Bourbon une majorité absolue en faveur des gaullistes.

A partir de ce moment là, la guerre est terminée. Les bonapartistes ont gagné pour longtemps. On aura bien quelques escarmouches d'arrière-garde, au Sénat, ou avec quelques ouvrages brillants comme celui d'un certain François Mitterrand. Ce dernier, dès l'année suivante, rend les armes en se présentant à la présidentielle, acceptant de fait les institutions, contrairement à Pierre Mendès-France, qui refusa d'être candidat. Il aurait fallu accompagner cette acceptation du régime d'une adaptation de la manière de fonctionner en interne. C'était sans doute trop demander à la gauche, pour qui la personnification du pouvoir est le mal absolu. Mais ce faisant, la gauche prend le risque de se tirer des balles dans le pied dans sa pratique des institutions, une fois au pouvoir.

Cela devait péter un jour. La chance des socialistes, est d'avoir eu en Mitterrand un leader incontesté, capable de s'imposer autrement qu'en utilisant l'outillage du parlementarisme rationalisé. Pourtant, le virage de 1983 était autrement plus raide, politiquement et idéologiquement, que celui de 2014. Ensuite, Jospin a eu la chance d'arriver en période de prospérité, où il y avait plus d'occasion de faire des cadeaux que de prôner l'austérité. Il était Premier Ministre, et donc dans un mode d'exercice très parlementaire du pouvoir. Le hiatus entre la culture politique de la gauche et l'esprit des institutions de la Cinquième République n'a pas trouvé à s'exprimer.

C'est ce qui arrive aujourd'hui, dans la douleur. Le seul vrai patron, c'est le président de la République. Les autres peuvent gueuler, ils sont impuissants. Nombre de caciques socialistes sont en train de le vivre, et c'est particulièrement amer. Deux voies se présentent à la gauche, pour régler structurellement le problème. La première serait de faire évoluer sa culture politique, pour "accepter" la monarchie républicaine. Je n'y crois pas un seul instant, tant les résistances seront fortes. Il n'y a qu'à voir la manière dont le PS fonctionne en interne. La deuxième voie serait de réformer les institutions, pour qu'elles soient plus conformes à la manière de gouverner de la gauche. Je n'y crois pas non plus, car le gouvernement ne dispose pas de la majorité suffisante au Congrès, et n'a pas la capacité de passer par un référendum, qui se transformerait en plébiscite, avec un désastre pour Hollande.

mardi 26 août 2014

Nouveau gouvernement et fin du PS

La composition du gouvernement Valls 2 est désormais connue. Beaucoup de sortants reconduits, quelques mouvements internes (dont l'arrivée de Fleur Pellerin à la Culture, qui est une excellente chose pour le numérique) et pourtant, une impression de changement. L'arrivée d'Emmanuel Macron au poste d'Arnaud Montebourg est sans conteste le symbole de ce remaniement. A la place d'un politique flamboyant bien à gauche, on a un technocrate centriste, ancien banquier chez Rothschild. Tout est dit ou presque...

Cette nomination a le mérite de la clarification. On a un gouvernement de centre gauche, qui assume le fait que les technocrates dirigent réellement le pays et sa politique économique. On continue à aller dans le mur, mais sans chercher à faire prendre des vessies pour des lanternes. Je ne crois pas au succès du gouvernement Valls 2. Il va juste précipiter la chute, car il oublie que pour gouverner, il ne suffit pas d'avoir une majorité numérique à l'Assemblée nationale, il faut aussi l'assentiment du pays, sans lequel aucune majorité ne tient, aussi pléthorique soit-elle.

Le problème du couple Valls-Hollande vient de là. Sa majorité parlementaire est très incertaine, et l'optique est de gouverner en dépit de la majorité parlementaire, avec un seul argument : tu te couches ou c'est la dissolution. Tous les députés socialistes savent qu'en cas de législatives anticipées, ils sont à Pôle Emploi pour la plupart. Veulent-ils attendre 2017 pour se faire battre, où préfèrent-ils en finir plus tôt ? C'est sur cela que Manuel Valls va s'appuyer pour faire passer ses textes, en utilisant toute la palette de parlementarisme rationalisé (49-3, vote bloqué...). Le choix de maintenir Jean-Marie Le Guen comme secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement est un signe qui ne trompe pas. En quelques mois, ce type est arrivé à se faire détester des députés, pour sa brutalité. Il tient plus du maton que d'autre chose. Sa feuille de route est claire, il faut que les bagnards du Palais-Bourbon avancent et votent, à la Schlague si nécessaire.

Le premier test sera le vote de confiance, qui aura lieu en septembre ou début octobre. En mettant le paquet et en jouant l'intimidation, ça devrait passer. Je prends les paris que le budget et le PLFSS passeront à coup de 49-3. Pour les autres textes, ceux qui sont moins politiques, le gouvernement devrait arriver à les faire passer sans trop de difficulté. Je vois mal les frondeurs attaquer sur la transition énergétique ou sur la loi numérique. Cahin-caha, on peut arriver comme ça jusqu'en 2017, car la dissuasion nucléaire, c'est efficace. Ce qui est à craindre, c'est une accumulation de rancœurs et de frustrations sans précédent. Déjà qu'ils ne s'aiment pas beaucoup, au sein du PS, mais là, ça va être la haine à mort.

Le danger est que cette haine prenne le pas et provoque un éclatement du PS. La seule fenêtre de tir, c'est les législatives, puisque le financement public des partis dépend du nombre de voix recueillies aux législatives. Les frondeurs vont avoir tout le temps pour monter leur structure, lui donner une armature doctrinale et recruter des candidats. Puisqu'ils sont dans l'opposition de fait, ils n'auront que ça à faire. Le moment venu, il risque d'y avoir un candidat "dissident" PS à la présidentielle, ou au moins à la primaire (au hasard Arnaud Montebourg) et après la défaite du candidat de gauche, deux candidats dit "socialistes", l'un du PS-Valls, l'autre du PS-Montebourg. Il y a réellement un espace politique pour Montebourg, qui prend un leadership exactement au moment où Mélenchon, qui a tenté (et raté) la même aventure, se retire. Ce sera une boucherie à court terme, mais une clarification à long terme pour la gauche.

Cette rivalité va permettre (je sais, je suis optimiste) un renouveau doctrinal à gauche. Rien de tel qu'un rival dans son propre camp pour avancer et bosser. Ce qui a tué le PS, c'est de ne plus avoir été en rivalité avec le PCF et de s'être installé dans la rente. Il suffisait d'attendre l'alternance, de toute manière, il n'y avait personne d'autre à gauche pour prendre le pouvoir. Si la gauche retrouve enfin une émulation, avec un parti de centre gauche et un autre bien à gauche, tous les deux en capacité de faire des scores, ça peut donner quelque chose sur le plan des idées. Par contre, pour ce qui est de la prise et de l'exercice du pouvoir, c'est autre chose...