Le grave incident nucléaire qui vient d'avoir lieu au Japon a suscité une vaste opération de communication politique de la part des écologistes français. Alors même que l'on ne sait pas tout (car l'incident est toujours en cours), les voilà qui prennent appui sur l'émoi médiatique pour demander une sortie du nucléaire. Leur refrain est connu, leur technique de communication basée sur l'émotion aussi. Pour autant, c'est toujours aussi amusant de les voir balancer leur discours en se gardant bien d'aller jusqu'au bout de leur raisonnement.

Oui, l'énergie nucléaire peut représenter un vrai danger. En même temps, c'est sans doute, en "fonctionnement normal" le meilleur mode de production d'énergie. Très peu polluant, produisant une énergie peu couteuse, avec un potentiel d'évolution technologique énorme. Sauf que quand ça pète, ça fait très mal. C'est exactement le même schéma pour le transport aérien. En fonctionnement normal, c'est bien plus rapide que tout autre mode de transport, ce qui est l'avantage essentiel attendu. Par contre, quand ça pète, en général, tous les passagers y passent, alors que sur les autres modes de transport, il y a plus de chances de s'en sortir en cas d'accident. Pour autant, personne ne va réclamer la suppression de l'aviation civile au moindre crash d'un avion de ligne.

Le problème est en fait né en 1945, avec les bombardements d'Hiroshima et Nagasaki, qui ont permis de mesurer le potentiel destructeur d'une bombe nucléaire. L'horreur ainsi révélée a marqué dès l'origine les esprits, et a "chargé" dès le départ le nucléaire civil d'un bagage très encombrant. Cela a obligé les constructeurs de centrales nucléaires à mettre en place des règles de sécurité draconiennes et c'est tant mieux. Cela n'a pas empêché les accidents, mais globalement, ils n'ont pas été trop nombreux. Pas au point de faire basculer le rapport coût avantage.

Beaucoup d'observateurs "censés" ont rappelé ces derniers jours que toute technologie présente des risques, mais que ces risques peuvent être acceptables en fonction des avantages. Pour le nucléaire, les risques existent, on vient d'en parler. Mais ce sont uniquement des risques, alors que pour d'autres énergies, les inconvénients ne sont pas des risques mais des réalités. Les rejets de CO2 des centrales à charbon sont une réalité, pas un risque. Et jusque ici, pas grand chose n'a été fait pour limiter ces rejets. Le nucléaire ne connaît pour l'instant qu'un seul problème, celui des déchets, mais des solutions (pas toujours satisfaisantes, notamment à très long terme) ont été mises en place.

Du coté des avantages, il y a la capacité de production d'énergie, en grande quantité et à bas coût. Avec derrière des évolutions technologiques à venir, faisant l'objet d'importantes recherches. Vu notre consommation d'énergie, qui ne va pas en diminuant, vu l'arrivée des chinois, des indiens, des brésiliens et de beaucoup de pays émergents, les besoins vont exploser. Il va falloir y répondre, et la seule solution actuellement disponible (l'augmentation de la consommation, c'est maintenant) est le nucléaire.

Refuser le nucléaire civil, c'est condamner le monde à une grave pénurie énergétique. Avec toutes les conséquences géopolitiques que cela comporte... Les morts et les irradiés des catastrophes nucléaires, ce n'est rien à coté des millions de morts d'une nouvelle guerre mondiale. Bien que certains aillent aux vacances aux Maldives, je doute que beaucoup de ceux qui se montrent sur les plateaux des télévisions françaises mesurent bien l'attente énorme des habitants du Tiers monde, qui entrevoient enfin une réelle progression de leur niveau de vie. La pression sur les dirigeants de ces pays, et en premier lieu la Chine, est phénoménale. La course aux matières premières est déjà très féroce.

Nous n'avons tout simplement pas les moyens, en France, de renoncer au nucléaire civil et de revenir complètement aux centrales charbon et pétrole. Nous serions encore plus dépendant des cours des matières premières et des approvisionnements. Nous ne pourrions sans doute pas, dans un avenir assez proche, assurer une couverture énergétique satisfaisante, et répondant aux demandes de la population. Il faut arrêter avec le mythe du solaire ou de l'éolien. A moins de couvrir notre territoire d'éoliennes et de panneaux solaires, ces deux sources ne couvrirons pas les besoins. Il faudra alors assumer une "décroissance obligatoire". Pas sur du tout que les français acceptent cela...

Derrière cette position des écologistes, on perçoit une crainte du risque telle qu'elle fait basculer le rapport coût avantage. Leur aversion au risque est telle qu'il estiment moins important les avantages en terme de quantité et de coût de l'énergie produite. C'est très révélateur d'un état d'esprit, qui a déjà fait de gros dégâts avec la charte de l'environnement et la sacralisation du principe de précaution. On serait au Néolithique, ils demanderaient sans aucun doute l'interdiction du feu. Trop dangereux (ça brule), polluant. Et franchement, on ne voit pas ce que ça apporte, puisqu'on arrivait bien à vivre sans.