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mercredi 7 mai 2008

Toujours un temps de retard

Le figaro annonce comme une nouvelle que les prochaines JMJ de l'église catholiques seront "numériques". Et tout ça avec un titre à pleurer et fleurant bon la tromperie : Benoit XVI se met au numérique.

On est en 2008, ce n'est plus se mettre au numérique qui est époustouflant, tout le monde y est. Non, ce qui est surprenant, c'est de s'y mettre seulement maintenant, avec quelques gadgets (SMS "spirituels, prières sur panneaux lumineux, cathéchèse en ligne...) et surtout d'oser présenter cela comme des nouveautés révolutionnaires. Et le Figaro le fait !

Benoit XVI se met au numérique et envoie des SMS. Là, je suis scotché ! Je ne suis pas certain que cet homme de 81 ans y comprenne grand chose à internet et au SMS. Pas franchement dans la culture de ceux de sa génération. Pour le coup, Benoit XVI qui communique par SMS avec ses collaborateurs et les cardinaux, oui, ce serait un scoop stupéfiant. Mais ne rêvons pas.

Je me suis quand même bien marré avec cette expression "SMS spirituels". L'esprit Saint qui se met aux nouvelles technologies et qui, au lieu des vieilles langues de feu, arrive via les portables, c'est amusant. Ca ouvre des perspectives démultipliées à l'ange Gabriel, vous savez, celui de l'immaculée conception, qui lui aussi, va pouvoir se mettre à l'heure du numérique. Trève de sarcasmes, on s'ébahit sur la forme, sur "Dieu sur ton mobile", mais c'est le fond qui compte, pas la manière dont le message est véhiculé. Je doute que le message délivré par le Vatican soit chamboulé parce qu'il arrive par SMS.

Et le Sport ?

Un échange de mails entre responsables du sport automobile est cruellement révélateur de la réalité du sport professionnel. L'échange portait sur le "look" de Sébastien Loeb, mal rasé et la chevelure en bataille sur les images du podium du rallye du Mexique.

Ce qui est reproché au français, c'est de ne pas avoir le look qui convient à son statut de "vedette", de donner une mauvaise image de sa discipline, qui pourrait choquer et donc faire perdre des parts de marché. Un vrai professionnel doit toujours être "propre sur soi", si possible avec un grand sourire "dentifrice". La réponse du responsable médias est éloquente : "«la belle apparence de dur» du Français qui a fait son succès, attirant un nouveau public et les jeunes, que le rallye est un sport «réel et rugueux», et que «dans le cadre du repositionnement du produit et de la façon dont nous projetons nos héros», ce serait une «erreur de demander aux pilotes d'êtres toujours propres sur eux»".

Et le Sport dans tout ça ?

mardi 6 mai 2008

Contribution économique exceptionnelle

Le projet de loi de modernisation de l'économie comprend quelques mesures qui prennent un relief particulier du fait de l'actualité. Il en va ainsi de l'article 32

I. – La section 2 du chapitre IV du titre Ier du livre III du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile est complétée par une sous-section 5 ainsi rédigée :

« Sous-section 5

« Carte de résident délivrée pour une contribution économique exceptionnelle

« Art. L. 314-15. – L’étranger qui apporte une contribution économique exceptionnelle à la France peut, sous réserve de la régularité du séjour, se voir délivrer la carte de résident. « Un décret en Conseil d’État définit les modalités d’application du présent article. Il détermine notamment les motifs pour lesquels la carte peut être retirée. »

Ce projet vise explicitement les grands patrons, ceux qu'il ne faut surtout pas embêter avec de banales formalités administratives. Mais difficile de ne pas penser aux sans-papiers qui ont réussi à trouver un travail, qui payent des cotisations sociales et des impôts et qui sont aujourd'hui menacés d'expulsion. Leur contribution économique est pourtant évidente, mais est-elle exceptionnelle ? C'est toute la question.

On risque d'avoir un beau débat sur cet article, si la gauche est au rendez-vous...

lundi 5 mai 2008

La bonne opération des jeunes UMP

Certains considèrent que la Droite perd la bataille de la communication en lançant des opérations telle que celle-ci.

Je considère, au contraire, que c'est une magnifique réussite. Elle est reprise, et comme le souligne mon collègue assistant, ce qui compte, c'est d'être repris, à la limite, en bien ou en mal, on s'en moque. L'important est d'être repris, et ils ont parfaitement réussi, puisqu'ils l'ont été à plusieurs reprises. Même Versac a parlé d'eux et mes bons amis vigilents se sont jetés dessus avec frénésie, se lançant dans le dénigrement sans se rendre compte du service qu'ils rendaient aux Jeunes UMP. Ils sont en réaction, et ce sont les jeunes UMP qui décident du calendrier, qui imposent le rythme et finalement le contenu. On peut ne pas être d'accord avec leurs propositions, mais j'attends toujours les contre-propositions de la kyrielle des moqueurs. Le dénigrement militant ne paie pas, sauf auprès des convaincus, qui aiment conforter leur opinion. C'est le fond de commerce de Libé, et j'ai l'impression, d'un certain nombre de blogs militants de gauche, dont on parle beaucoup entre militants de gauche, mais qui ne rayonnent pas au delà.

Beaucoup de lecteurs de blogs sont silencieux, mais ils ne sont pas idiots pour autant. Ils savent parfaitement qu'un blog estampillé "jeune UMP" sera systématiquement démoli, quelque soit le contenu, par tout un pan de la blogosphère politique qui passe son temps à ça. Rien à attendre d'autre de leur part, ce qui rend leurs commentaires sarcastiques assez inopérants. Par contre, ils orientent massivement vers ce blog leurs lecteurs, qui peuvent alors se faire leur opinion par eux mêmes. Croire que l'on peut être "influent", faire ainsi l'opinion des autres est au mieux naïf, au pire prétentieux et c'est faire bien piètre cas de l'intelligence de nos lecteurs.

Inspecteurs fictifs

Décidement, les politiques s'acharnent à prendre certains emplois, j'ai nommé les corps d'inspection, pour des poubelles où ils peuvent recaser les battus et les disgraciés, et donner des titres à leurs favoris, comme assurance pour des jours moins riants. Ce jour, deux inspecteurs de l'académie de Paris viennent d'être nommés, qui répondent parfaitement aux deux cas de figure que je viens d'aborder.

Le premier s'appelle Arnaud Teullé. Jusque là conseiller technique au cabinet du président de la République, en charge des "affaires réservées des Hauts-de-Seine", il lui était difficile, tout comme son collègue Martinon, de rester en place à l'Elysée après la pantalonnade des élections municipales de Neuilly. Sa crédibilité est réduite à néant, il doit partir. Né en 1966, Arnaud Taullé est diplomé de l'institut supérieur de gestion et titulaire d'un DEUG de Science économique. Il a commencé sa carrière comme responsable des restaurants de la ville de Vanves (1993-1996) avant de devenir assistant parlementaire de 1996 à 1999 puis chargé de mission au RPR (1999-2002). Il entre ensuite au cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'intérieur et le suit dans ses différents postes. Parallèlement, il est adjoint au maire de Neuilly sur Seine de 2001 à 2008, en charge des écoles et de la jeunesse. Bien que ces fonctions d'adjoint l'aient mis en relation avec le monde enseignant, cela m'apparait bien léger (et c'est un euphémisme) pour pouvoir prétendre aux fonctions d'inspecteurs de l'enseignement, où on traite de pédagogie.

Le deuxième heureux gagnant de la loterie est David Teillet. Délégué général de l'UNI de 1998 à 2002, il a été assistant parlementaire de deux sénateurs en 2001-2002 (poste prometteur à condition de savoir le quitter). Il entre au cabinet de Xavier Darcos pour un premier passage entre 2002 et 2005, à l'enseignement scolaire puis à la coopération. Chef de cabinet de Philippe Douste Blazy de juin 2005 à juillet 2006, il est ensuite allé se ressourcer au conseil général de Vendée et dans le cabinet d'un directeur de CCI avant de reprendre du service au cabinet de Darcos en juillet 2007. Ce jeune homme (33 ans) est un peu plus connaisseur du monde de l'enseignement que son nouveau collègue, mais son profil est bien "politique" et son jeune âge est un handicap certain pour des fonctions d'inspection.

Dans ces deux cas, cela ressemble fort à de l'emploi fictif ou semi fictif, les deux nouveaux promus n'ayant manifestement pas le profil habituel pour ce genre de poste. Je serais très curieux de connaitre les missions qui vont leur être confiées, et surtout, s'ils vont effectivement les assumer. Il sera intéressant de revoir ça dans quelques mois...

mercredi 30 avril 2008

Conservatisme à la française

Depuis quelques années, une réforme de l'immatriculation des véhicules est dans les tuyaux. Notre système actuel arrive à saturation, avec une déperdition énorme, puisque les immatriculations sont perdues une fois le véhicule parti à la casse ou revendu. On consomme mais on ne recycle rien. Le nouveau système (sur lequel je n'ai pas d'avis particulier) rend facultatif la mention du lieu d'origine sur la plaque d'immatriculation. On pourra ainsi continuer à mettre son numéro de département de résidence, mais aussi son numéro de département ou de région de coeur.

un certain nombre de parlementaires UMP, qui n'ont sans doute rien d'autre à foutre, reprochent cela au nouveau système d'immatriculation. Désormais, on ne saura plus d'où viennent les gens qui s'arrêtent devant la maison d'en face, on ne pourra plus insulter les conducteurs d'un autre département (en général celui d'à coté), on ne pourra plus repérer ces connards de 75. Bref, on bouleverse les petites habitudes des français, et ça, croyez en mon expérience, c'est un filon en or pour des politiciens qui se veulent proches du terrain, et qui sont surtout au ras du sol de la politique. On trouve aussi dans le paquet des râleurs, outre les démagogues, les défenseurs de la collectivité territoriales "département", qui défendent mordicus leur bout de gras (leur siège de conseiller général ou celui de leurs grands électeurs) et se jettent comme des voraces sur le moindre début d'indication d'une volonté de supprimer le département.

Ce faux débat me désole, surtout pour les parlementaires qui s'y sont lancés. Ils savent parfaitement qu'ils n'obtiendront pas gain de cause, la réforme est déjà trop engagée pour que le gouvernement puisse reculer. Cela fait un certain temps qu'on sait que les numéros de départements ne seront plus obligatoires. Ils veulent juste surfer sur le conservatisme des français, avoir ainsi une bonne occasion de se faire une notoriété médiatique.

Cette réforme, c'est une bonne chose pour tous ceux qui déménagent et n'auront plus à faire réimmatriculer leur véhicule, pour tous ceux qui souhaitent la discrétion, pour tous ceux qui n'habitent pas dans leur région de coeur et en ont marre de se faire juger à partir de leur plaque d'immatriculation.

La réforme de l'urbanisme commercial

Dans le projet de loi de modernisation de l'économie, on trouve aussi une réforme de l'urbanisme commercial, régi par les lois Royer et Raffarin. Là aussi, bien des âneries vont être débitées, sur la France couverte d'hyper-marchés (ah la belle image des cathédrales...).

Actuellement, pour toute implantation d'une surface commerciale de plus de 300 m², il faut l'autorisation d'une commission, la CDEC (Commission départementale d'équipement commercial). Dans bien des cas, l'autorisation est refusée. On fait alors appel à la commission nationale, qui peut soit autoriser, soit refuser. Dans le deuxième cas de figure, on attend un peu, on graisse un peu plus les pattes (parce que vous croyez qu'il n'y a aucune enveloppe ?) et le projet fini par passer. Cela prend plus de temps et ça coute plus cher, mais c'est bien tout. Résultat, la France a le meilleur taux de couverture du territoire en terme de grandes surfaces avec un système censé freiner leur expansion. Ceux qui se sont vus freinés, ce sont les hard discounts et celui qui a crevé, c'est le commerce de centre ville !

Et en plus, on se paye une foule de dommages collatéraux. La question de l'urbanisme commercial ayant été soustraite aux maires (ou aux communautés de communes) détenteurs naturels de la compétence, on assiste, dans toutes les villes de France, à une catastrophe urbanistique, j'ai nommé les entrées de ville. Quand vous entrez dans une ville de France, vous passez obligatoirement devant des kilomètres de hangars améliorés, moches, avec des panneaux publicitaires partout. La nuit, c'est mort, le samedi, c'est noir de monde, on ne peut pas y circuler. Cette politique d'implantation des commerces aux entrées de ville n'est pas nouvelle, mais elle a complètement échappé aux édiles et donc aux citoyens. La concurrence a été faussée, les études portant sur les bassins de chalandise le montrent bien.

Dans ces conditions là, la meilleure solution, la plus radicale, aurait été de supprimer ce système dérogatoire et de remettre l'urbanisme commercial dans le droit commun de l'urbanisme. C'est le maire qui donne le permis de construire, en fonction de sa politique commerciale, urbanistique, des équilibres locaux. Des contrôles à postériori peuvent être maintenus, car parfois, l'élu local est faible. Cela n'aurait pas fait augmenter les surface de la grande distribution, car ils sont déjà au maximum. La course au gigantisme est en train de prendre fin, car les distributeurs s'aperçoivent qu'un trop grand magasin n'est pas une bonne chose, le consommateur s'y perd, marche trop et finalement, ne vient plus. Il n'y aura pas plus d'hypermarchés, car tous les groupes ont "des mètres carrés en stock", c'est à dire des autorisations non utilisées, pour pouvoir développer rapidement un projet quand le besoin s'en fait sentir, sans perdre du temps par l'interminable circuit des CDEC. Paradoxalement, cela pourrait même être bénéfique et faire baisser les coûts d'installation des nouveaux entrants. Actuellement, la législation de l'urbanisme commercial sert clairement de barrière à l'entrée. Pour monter un réseau de toute pièce, il faut avoir les moyens et mettre un paquet d'argent sur la table (du fait des retards et des coûts provoqués par le système).

Finalement, les groupes leaders de la grande distribution sont satisfait de la législation. Leur réseau existe, la France est saturée de grandes surfaces (et d'ailleurs, ce n'est plus là que les grands distributeurs investissent, mais en Chine, en Inde, en Amérique du Sud), ils ont un peu de marges pour paufiner leur implantation. Si on pouvait maintenir cette barrière à l'entrée, qui bloque l'arrivée de concurrents, c'est parfait.

Ils été entendus, puisque la fameuse "réforme" se contente de supprimer les abus les plus criants, et encore sous la pression de Bruxelles, en sortant les représentants des chambres de commerce et de chambre des métiers des CDEC (où ils étaient quelque part juges et parties), et en y renforçant le poids des élus. On passe aussi le seuil d'autorisation de 300 à 1000 m². On donne ainsi satisfaction aux hard discount. Et comme cela, tout le monde est content et on continue avec l'emplare sur un jambe de bois. Un seul couillon dans l'affaire, le consommateur...

mardi 29 avril 2008

Business is business

Certains drapeaux tibétains brandies lors de manifestations en occident, étaient fabriqués en Chine. Le patron de l'atelier de confection chinois se retranche derrière son ignorance de la signification de ce bout de tissu. Il l'aurait su, aurait-il cessé la production ? Sans doute pas, il aurait juste pris les précautions nécessaires pour ne pas se faire prendre.

Par contre, une information ne figure pas dans l'article, c'est le nom du commanditaire étranger. Lui ne pouvait pas ignorer l'existence d'un problème entre la Chine et le gouvernement tibétain en exil, ne serait-ce que par l'augmentation des ventes de drapeaux tibétains. Cela ne l'a visiblement pas arrêté, les chinois étant les moins chers. Les affaires sont les affaires, la politique, ça ne doit pas être son truc !

Qui parlait de boycott déjà ? Ah oui, ceux qui brandissaient des drapeaux tibétains dans les rues de notre Occident si prompt à la manifestation de sa bonne conscience.

mdr

Gouvernement off

Via mon collègue l'assistant parlementaire, qui a plus de temps que moi pour la veille internet, je découvre cette initiative de "surveillance" des députés. Un site de plus à essayer de faire des classements dignes des newsmagazines.

Marianne 2 en fait la promo, de manière assez amusée et finalement lucide. Un site de militants de gauche, qui veulent pointer toutes les erreurs du gouvernement, quitte à en trouver là où il n'y en a pas ! C'est également comme cela que je le vois, même si mon coté démocrate me dit qu'ils peuvent être utiles, à condition d'avoir un minimum de bonne foi. Pour leur souhaiter la bienvenue, une petite leçon des choses de l'Assemblée, et notamment sur la pertinence de leurs critères d'activité.

Le vote des députés. La plupart des votes ont lieu à main levée, dans l'hémicycle. Le président compte, déclare l'amendement adopté ou rejeté et on passe au suivant. Si vous n'êtes pas dans les tribunes du public, vous ne saurez jamais qui était là et qui a voté quoi. Et ça représente plus de 95% des votes. Parfois, on vote sur des amendements par "scrutin public". Seul le président de groupe ou son délégataire peut le demander. C'est souvent demandé pour les sujets politiquement sensibles. Les députés votent alors de leur place, en appuyant sur l'un des trois boutons (pour, contre, abstention). La période de vote dure 30 secondes, c'est à dire qu'on a juste le temps d'appuyer sur son bouton et éventuellement sur celui de son voisin avec son autre main, mais pas plus. Ne s'affichent que les noms des députés qui ont voté différemment de la majorité de leur groupe. Si vous avez 10 UMP qui ont voté pour et 8 qui ont voté contre, seuls les noms des 8 contre sera affichée, pour le reste, vous saurez qu'il y avait 10 autres députés UMP à avoir participé au vote. Et encore, ces listes sont faussées par le fait que les députés peuvent avoir une délégation de vote (donnée par le groupe ou "sauvage" comme décrit plus haut) et donc votent pour un absent. En cas de délégation donnée par le groupe, les boutons des deux députés sont couplés pour la séance, ce qui fait que le présent ne vote qu'une fois, pour lui, et que le député "couplé" vote exactement la même chose. Le groupe doit donc faire très attention à qui il donne des délégations, car il suffit que dans la soirée, un député (qu'il soit UMP ou PS, c'est la même chose) vote contre son camp, il entraine avec lui celui dont il a la délégation de vote. Cela peut donner des surprises désagréables, quand l'absent est informé, après coup, de son vote...

Sur le critère du nombre d'amendements, là aussi, ça n'a pas de sens. Un député peut cosigner des amendements autant qu'il veut, ça lui prend 10 secondes, soit pour signer la feuille, soit pour dire à son collègue auteur de l'amendement qu'il est d'accord (parfois, ça se fait à la buvette ou au détour d'un couloir). Il arrive même, le groupe parlementaire ait délégation pour faire cosigner automatiquement. C'est le cas des députés verts, dont les amendements sont souvent cosignés par les quatre verts (Cochet, Mamère, Billard, de Rugy). Si on veut prendre les amendements comme critères d'activité, ce n'est pas les cosignataires qu'il faut pointer, mais les auteurs des amendements. Écrire un amendement demande un peu plus de travail (sauf quand un lobby vous l'a envoyé par mail, tout rédigé) et surtout, cela suppose d'être présent pour le défendre, et là, c'est vraiment du boulot. Quand on prend la parole dans l'hémicycle, on a intérêt à savoir ce qu'on dit, car sinon, on se fait vite remettre en place par ceux de l'autre bord qui maitrisent le sujet. Enfin, dernière remarque, c'est facile pour l'opposition de faire des amendements. D'abord, ils savent qu'ils n'ont que peu de chances de passer et surtout, ils n'ont que ça à faire. Tous les postes à responsabilité (ou presque) sont occupés par la majorité. Toutes les réunions où les choses se décident, ils en sont absents. Ils sont peu reçus dans les ministères. Faire des amendements et des questions écrites, voilà ce qu'ils peuvent faire pour s'occuper, avec les réunions de groupes d'études et de groupes d'amitié.

La surveillance du travail des parlementaires (n'oubliez pas les sénateurs) est pourtant oeuvre utile, saine et profondément démocratique, à laquelle je m'efforce d'apporter ma pierre. Je suis tout disposé à collaborer à un site dédié à cette activité, qui soit réellement non partisan, comme par exemple celui de l'ACLU, que cite fort justement l'assistant parlementaire comme modèle à suivre.

La négociabilité des conditions générales de vente

La négociabilité des conditions générales de vente, kézako ? Lorsqu'un fournisseur propose un produit, il le fait sous certaines conditions. Il fixe son prix, ses modes de livraison, les modes de paiement acceptés. Actuellement, l'acheteur prend ou laisse, en bloc. Les conditions générales de vente ne sont pas négociables. Cette règle a été fixée pour éviter les discriminations entre acheteurs. A tel gros, on va faire une remise, parce qu'on est en position de faiblesse (la PME face à la grande distribution par exemple), au petit, on va charger la barque, histoire de se refaire, car là, on est davantage en position de force. La non négociabilité des CGV est aussi destinée à protéger le faible face au fort, du moins en principe. Dans les faits, la grande distribution a trouvé d'autres moyens pour pressurer ses fournisseurs. Puisque l'on ne peut pas négocier sur les prix, on va négocier sur autre chose. Sur la coopération commerciale par exemple. Le fait de mettre (ou de ne pas mettre) un produit en tête de gondole, de le mettre sur le rayon à hauteur des yeux ou au contraire tout en bas, cela influe sur le volume des ventes. Les fournisseurs ont très rapidement eu a payer pour ne pas être "saqués". C'est ce que l'on a appelé les "marges arrières", par opposition aux marges "avant" qui sont les marges "classiques (différence entre le prix d'achat et le prix de revente). Parfois (souvent même) ces services de coopérations commerciales étaient très "light" par rapport au prix payé, voire parfois inexistants. Bien que pénalement répréhensible car s'apparentant au racket, cette fausse coopération commerciale fleurissait, les pauvres fournisseurs n'osant pas se plaindre.

Plusieurs lois ont tenté de règlementer ces pratiques, rien n'y fait, les distributeurs étant toujours en position de force, leur imagination est sans limite pour pressurer leurs fournisseurs. La dernière mode, c'est l'abus des pénalités. Le camion est en retard d'une demi heure, pan, pénalité. Un produit sur les 100 contenu dans la camion est abimé, pan encore une pénalité, le tout déduit sur la facture. Inutile de dire que nombre de pénalités sont totalement injustifiées, mais difficile de se plaindre, car à chaque fois, ce n'est pas grand chose, mais cela devient vite important en additionnant les pénalités. Les pouvoirs publics ont fini par prendre acte de l'impossibilité de régler le problème de "l'arrière". L'idée est donc de ramener les négociations vers l'avant, plus facile à contrôler car portant sur un élément objectif et vérifiable, le prix. Et en plus, on peut plus facilement faire pression sur le distributeur pour qu'il répercute sur les consommateurs les ristournes obtenues des fournisseurs.

Des négociations dures et tendues ont eu lieu sur le sujet, avec un accord, presque miraculeux, entre fournisseurs et distributeurs. Les fournisseurs acceptent la négociabilité des conditions générales de vente (en fait, surtout le prix), mais les ristournes concédées doivent faire l'objet de contreparties de la part des distributeurs (par exemple des achats en quantité garantie, des engagements d'achat sur une certaine durée...). Entre le moment où cet accord a été conclu sous l'égide de Bercy et la sortie du texte, des "visieyrs du soir" sont passés à l'Elysée et ont obtenu de Sarkozy la disparition des "contreparties". Le texte tel qu'il va être soumis au Parlement laisse la négociation libre. Le renard Michel-Edouard Leclerc, libre dans un poulailler dont Sarkozy vient de refermer la porte après que les poules y soient rentrées avec l'assurance que la porte reste ouverte.

L'affaire va maintenant se jouer devant le Parlement, les fournisseurs, pour une fois tous unis, sont bien décidés à faire rétablir l'obligation de "contreparties" (ce mot, et pas un autre) comme condition sine qua non de la négociabilité des conditions générales de vente. On va sans doute assister à un grand moment de lobbying !

lundi 28 avril 2008

La modernisation de l'économie

Christine Lagarde vient de présenter sa grande loi de "modernisation de l'économie". Un gros texte, assez touffu, qui souhaite relancer la croissance en "libéralisant", c'est à dire en faisant sauter le maximum de verrous.

Le premier volet porte sur les entreprises, avec toute une série d'améliorations comme le lissage des effets du franchissement des seuils. Plein de choses changent financièrement et accessoirement socialement quand vous passez de 9 à 10 salariés et de 49 à 50. Cela peut être un frein à l'embauche. Sans supprimer les obligations, le projet de loi prévoit d'étaler et de différer les effets pour les rendre indolores. Le texte prévoit un statut pour "l'auto entrepreneur", terme baroque pour désigner en fait les personnes salariées ou retraités qui ont, en plus, une petite activité annexe. En dessous de certains seuils de revenus, on les dispense de pas mal de formalités administratives et fiscales (avec mise en place de prélèvement libératoires). Là encore, le but est de favoriser l'activité, et surtout, sa déclaration officielle, car trop souvent, les choses se font "au black", soit par peur d'ennuis à cause du cumul pas forcement autorisé (genre cumul emploi-retraite) soit pour des raisons fiscales ou par souci de ne pas "s'emmerder avec la paperasse". Une mesure importante, bien que peu glamour médiatiquement, vise à faire baisser les délais de paiement. Important quand on sait que la première cause de mortalité des PME, c'est la défaillance de trésorerie. C'est d'autant plus rageant quand l'activité tourne, que le carnet de commande est plein, et que l'on se retrouve en cessation de paiement parce qu'un gros client a oublié de payer, alors que l'URSSAF, elle, n'oublie jamais de passer en temps et en heure. On peut avoir des reports une fois, deux fois, et puis un beau jour, le banquier dit STOP, fini le découvert. Et c'est la cessation de paiement. Sur le volet entreprise, la loi cherche à permettre aux entrepreneurs qui n'ont pas eu de chance (ça arrive) d'obtenir une deuxième chance, sans être plombé pendant des années par un premier dépôt de bilan (pour une défaillance de trésorerie par exemple).

Le deuxième volet est plus "consommation", et c'est naturellement vers lui que se jettent voracement les médias. On y trouve une réforme des Soldes (bien timide), la création d'une nouvelle autorité de la concurrence (un super conseil de la concurrence) et surtout, deux mesures qui vont focaliser la bataille, la négociabilité des conditions générales de vente et la réforme de l'urbanisme commercial. Pour Libé, le texte semble se limiter à ces deux sujets. Le but est de mettre davantage de concurrence, notamment entre les grandes surfaces, pour qu'au final, les prix baissent. Si la réalité pouvait être aussi simple, et surtout, pouvait se faire d'un simple coup de baguette magique ! Le troisième et la quatrième volets sont moins "lourds politiquement". On y trouve quelques mesures pour favoriser le haut-débit, l'attractivité de la France à l'étranger, sur les brevets, réforme du Livret A (le gros morceau de cette fin de texte) et enfin, modernisation de la place financière de Paris.

C'est un texte avec pas mal de contenus, plus des ajustements que des réformes radicales, qui mérite d'être analysé au delà des mesures phares. C'est plein de petites dispositions qui vont vers une plus grande "libéralisation" de l'économie. On est en plein dans l'esprit RGPP, avec cette volonté d'élaguer, de supprimer des formalités, des contraintes pour les entreprises, dans le but de développer leur activité. C'est davantage cet aspect qui m'intéresse, car les vraies novations sont là. Les autres grandes réformes annoncées, concernant la grande distribution, ses rapports avec le fournisseurs, ne sont en fait que des réformettes dès l'origine, sans souffle et sans audace (j'aurai l'occasion de développer davantage) qui vont se finir édulcorées par des dispositions bâtardes et des compromis boiteux négociés à la hâte en séance de nuit. Il y a encore un beau stock de malfaçons en vue.

De la difficulté d'être ancien ministre

Laurent Fabius souhaite créer un "fond souverain" dépendant de l'Etat français, afin d'être un peu le bras armé de l'Etat sur les marchés financiers, à l'image de ce que pratiquent les chinois ou les monarchies pétrolières, mais aussi la Norvège.

La proposition part du constat que l'Etat est un bien piètre stratège économique, trop dans l'instant et les besoins du moment et n'a aucune stratégie industrielle. C'est l'ancien patron de Bercy qui parle, qui sait que son ancien ministère est toujours à l'affut de l'argent qui dort, et que les "stratégies à long terme" ne sont pas son fort. Quand on voit le bilan de l'Etat-actionnaire, on ne peut qu'approuver ce constat et la volonté de mettre en place des "outils pertinents". Laurent Fabius propose de partir de la base que constitue la Caisse des dépôts et consignations pour constituer ce nouvel outil "fond souverain", au service d'intérêts "éthiques". En apparence séduisante, cette idée de Laurent Fabius n'est en fait que du vent. Pas dans le constat, mais dans la proposition.

Premier problème, pour constituer un fond souverain, il faut de l'argent, beaucoup d'argent. Les norvégiens et les monarchies du Golfe ont pu créer leurs fonds souverains à partir des revenus du pétrole. Les chinois peuvent aussi le faire, vu la masse gigantesque des flux qu'ils génèrent, ils peuvent bien en mettre un peu de coté et ça donne rapidement des sommes colossales. Mais en France, avec quoi va-t-on alimenter ce fond souverain. Avec nos idées ? Parce qu'à défaut de pétrole, je ne vois pas comment faire ! Et vu l'état de nos finances publiques et de notre dette, je vois mal comment dégager des fonds sur le budget de l'Etat. Laurent Fabius propose de l'alimenter par des privatisations (oui, il est socialiste...) et des cessions immobilières de l'Etat. Il faudrait qu'il me fasse la liste de ce qui reste à vendre, mais à mon avis, ça ne va pas chercher loin, à moins de privatiser EDF la SNCF et je ne sais quelle grande entreprise publique !

Second problème, se baser sur la caisse des dépôts et consignations. Cette honorable vieille dame est fort riche, a une notation financière AAA qui est la note de solvabilité maximale, mais serait bien incapable de jouer le rôle de fond souverain. D'abord, elle n'a pas les fonds suffisants en cash pour se lancer dans des opérations de grande ampleur. Et l'Etat n'arrange rien, en prélevant tous les ans le tiers de son bénéfice pour alimenter les caisses de l'Etat. Et si les fonctionnaires de Bercy pouvaient en rafler encore plus, ils ne se priveraient pas. Ils essayent d'ailleurs de temps en temps, avec plus ou moins de succès. Ensuite, sur l'origine des fonds, il y a problème, car la base de la caisse des dépôts et consignations, c'est de l'argent "à protéger" : celui des notaires, du livret A, des fonds de retraites par capitalisation. Bref, de l'argent qu'il n'est pas souhaitable d'aller investir pour recapitaliser une banque française ayant laissé la bride au cou de ses traders (pour prendre un exemple récent). La caisse des dépôts et consignations joue actuellement un rôle d'arrosoir à subventions locales auquel les élus locaux ne sont pas prêts à renoncer. La Caisse a des antennes régionales qui jouent un rôle non négligeables dans les projets non rentables mais utiles à l'aménagement du territoire, dans le financement à long terme des PME, dans le développement des technologies "durables". Elle est également très présente dans le logement social, comme propriétaire, mais aussi comme financeur. Une grande partie des fonds en actions sont investis sur le long terme. La caisse des dépôts est ce que l'on appelle un "zinzin", un investisseur institutionnel, présent au capital de beaucoup d'entreprises du CAC 40. Ce rôle de stabilisation du marché, de soutien "national" aux entreprises, elle le joue déjà, par le biais de ces participations "longues". La Caisse n'est pas du genre à faire des aller-retours de quelques mois dans le capital d'une entreprise. Quand elle y entre, c'est pour longtemps, et quand elle en sort, cela demande parfois des négociations délicates, car vu les sommes en jeu, il faut trouver un remplaçant dans le capital. Quand la caisse des dépôts a claqué la porte de la caisse d'épargne, où elle possédait 35% du capital, elle est repartie avec 6 milliards d'euros, dont une partie en cash et l'autre en actifs immobiliers.

Troisième obstacle, l'Europe, qui verrait d'un très mauvais oeil une telle initiative. Au nom d'un certain nombre de dogmes, l'Union Européenne déteste les interventions de l'Etat sur les marchés. Il est aujourd'hui impossible de nationaliser, sauf risque de faillite imminente, et encore avec désengagement annoncé de l'Etat une fois que la situation s'améliore. Un fonds souverain, chargé d'intervenir au sein d'entreprises industrielles, comme un faux nez d'un Etat, cela n'a aucune chance de passer l'obstacle Bruxelles ! Pour ceux qui l'auraient oublié, la Norvège ne fait pas partie de l'Union Européenne, elle peut donc avoir son fond souverain. S'il espère tromper quelqu'un avec les "intérêts éthiques" que défendraient ce fond, c'est qu'il est franchement naïf. La France, si elle le voulait vraiment, n'aurait aucun mal à financer de l'éthique, pas besoin d'un fond souverain pour cela.

Ces trois obstacles, Laurent Fabius ne les ignorent pas. Il a trop de connaissance du sommet de l'Etat. Quand on est ancien premier ministre et ancien ministre des Finances, on ne peut pas raconter n'importe quoi, car on ne peut pas invoquer l'inexpérience ! Sa proposition n'est pas sérieuse, et cela se voit encore plus quand on lit, sous sa plume qu'il faudrait accompagner cette création d'une "politique monétaire européenne beaucoup plus pragmatique qu'aujourd'hui". Vu comment Trichet à envoyer ballader Sarkozy sur le sujet, je doute que Laurent Fabius obtienne de meilleurs résultats avec les autistes doctrinaires qui dirigent la BCE. Bref, du flan pour congressistes socialistes, où l'expérience et la compétence servent à masquer l'ineptie du fond. Mais au moins, il y a du fond, ça change d'autres.

vendredi 25 avril 2008

A la gnose comme à la gnose

La Gnose est un courant philosophico-religieux très ancien, qui plonge ses racines en Mésopotamie. On trouve dans toutes les grandes religions un courant "gnostique".

L'une des bases de la Gnose, c'est la connaissance, la conviction que derrière les choses que tout un chacun peut voir, il y a des sens cachés, des messages que seuls quelques initiés connaissent, au terme d'un très long parcours. Je suis en train de lire l'excellent ouvrage de la Pleiade récemment paru sur les écrits gnostiques chrétiens (les fameux écrits de Nag Hammadi). S'ils n'ont pas fait florès dans l'église officielle, ils refleurissent régulièrement dans le monde chrétien, sous des formes parfois un peu différentes. Dans le monde juif, la gnose s'est ancrée de manière plus profonde et marquante, avec la Kabbale. Dans le monde musulman, on retrouve la gnose à la base du soufisme.

Jamais on ne pourra déraciner ce courant, car il flatte la vanité humaine en donnant à certains le sentiment de faire partie d'une élite, le petit groupe des initiés. La tradition chrétienne n'ayant pas été accueillante pour les gnostiques, il n'existe pas véritablement d'espace reconnu où elle soit pratiquée par des personnalités de haute volée intellectuelle (contrairement à la Kabale juive qui ne se réduit pas à cela). Mais elle est reste sous jacente dans l'imaginaire collectif. Le succès phénoménal du Da Vinci code, polar de bonne facture sans être exceptionnel, ne peut s'expliquer que par cela : avoir su jouer sur ce vieux courant de pensée. Signe de la force de ce courant, nombre de gens croient ou ont cru que les élucubrations sorties de l'esprit de l'auteur étaient véritables !

Aujourd'hui, ces amateurs de recherche des "secrets cachés connus seulement de quelques uns" sont particulièrement actifs concernant les attentats du 11 septembre. C'est quelque part logique, car c'est un évènement profondément traumatisant, difficilement acceptable. Tomber dans la théorie du complot à ce sujet est un moyen de refuser les implications de cet évènement, de refuser ce qui peut apparaitre comme le début du déclin de l'occident.

Vouloir dialoguer avec ces gens, comme tente de le faire Versac, est totalement inutile. Ils sont dans une autre rationnalité, dans une pensée circulaire, organisée pour ne surtout pas se remettre en cause et apporter à ceux qui la tiennent les satisfactions d'ego qu'ils recherchent plus que tout.

Alors, ça vient ?

Le programme de travail du parlement est très chargé, ce n'est pas nouveau. Pourtant, il y a des textes qui sont annoncés à grands renforts de comm', et que six mois après, on attend toujours. C'est le cas par exemple de la fameuse "Loi Olivennes" sur les téléchargements sur internet, et surtout du Grenelle de l'environnement. Pour l'instant, plus de son, plus d'image !

Ces deux exemples illustrent parfaitement l'une des limites de la méthode Sarkozy. Sur ces deux thèmes, le président de la République a lancé une "consultation", entre lui (ou le ministre en charge du dossier) et les acteurs socio-professionnels et associatifs. Le but était d'arriver à un accord "politique", largement médiatisé. Les décisions sont prises, l'essentiel est fait (enfin du moins, c'est le message), reste à régler les détails techniques dans un texte de loi. Mais cela coince pourtant sur les détails, car la démarche de Nicolas Sarkozy est en fait intrinsèquement viciée.

Pour la loi Olivennes, l'accord signé dans les salons de l'Elysée l'a été à l'arrachée, en forçant quelque peu la main de certains, convoqués la veille pour le lendemain avec en arrière plan le message que leur absence serait mal vue. Ils sont tous venus, ils ont tous signé, le président a pu faire son show. Et lorsqu'il a fallu travailler sur les "détails techniques", les désaccords ont resurgi, d'autant plus facilement que l'accord "politique" était quasiment extorqué pour certains. Et là, pas possible de refaire le coup de la convocation à l'Elysée, car les points en litige étant très techniques, ce n'est pas "médiatisable". Le gouvernement a bien un texte prêt, mais qui n'a pas le soutien plein et entier du milieu professionnel concerné et qui suscite la franche hostilité des internautes. Si c'est pour que l'examen parlementaire tourne au cauchemar comme pour la DADVSI, ce n'est pas la peine d'y aller.

Sur le Grenelle de l'environnement, la problématique est légèrement différente. L'accord entre les partenaires, le gouvernement et les ONG est beaucoup plus solides. Les compromis et les conclusions sont réellement validées. Mais il y a deux obstacles. Le premier est la complexité technique de la mise en oeuvre. Les décisions prises sont "politiques", leur transformation en mesure techniques s'est avéré long, très long, et une partie des "conclusions" sont restés à quai. Le gouvernement n'a travaillé que sur les plus faciles à mettre en oeuvre, et encore, il a eu du mal. C'est le problème habituel de la complexité de notre système juridique : contraintes européennes, contraintes constitutionnelles (dont l'autonomie des collectivités locales), foisonnement brouillon des normes. Pour ceux qui s'y connaissent un peu, le droit de l'environnement, c'est coton !

Le deuxième souci du Grenelle de l'environnement, le plus grave, est politique. Dans l'affaire, les parlementaires ont été complètement écartés. Le Grenelle de l'environnement s'est fait sans eux et ils n'ont pas aimé du tout. Ils ne se sentent donc pas liés, ni par la démarche, ni par le contenu. Et ils l'ont fait clairement sentir lors de l'examen du texte sur les OGM, en montrant qu'ils sont un passage obligé. Exclure les parlementaires des accords politiques, c'est s'exposer à voir les voir désossés et dénaturés au parlement. Le "sabotage" du texte OGM était un engagement de NKM vis-à-vis des ONG écolos. Si la discussion du projet de loi "Grenelle de l'environnement" prend la même tournure, on peut comprendre que le gouvernement ne soit pas pressé de le désposer sur le bureau des assemblées. Il va sans doute falloir un long, très long travail de déminage...

De Gaulle disait, en parlant des conditions économiques nécessaires à la mise en oeuvre de ses décisions : "l'intendance suivra". Oui, mais des fois, l'intendance ne suit pas, et c'est plus prudent, avant de se lancer, de s'assurer que l'intendance suivra !

jeudi 24 avril 2008

Arrêtons le misérabilisme

La condamnation de Ségolène Royal a déclenché une vague d'intérêt médiatique pour le sort des assistants parlementaires. Je croule sous les demandes d'interviews qui ont triplé (passant de 0 à 3). Une interview sur France 3, une autre , une troisième pour le bleu de profession politique. Dans le même temps, tout le monde y va de son couplet misérabiliste sur les "pauvres assistants martyrisés", sur les "méchants patrons exploiteurs", genre Backchich ou Médiapart. Bien souvent, les journalistes s'abreuvent à la même source, celle qui se donne le plus de mal pour être visible, le syndicat UNSA, qui justifie son existence par ce discours misérabiliste. De temps à autres, ils picorent dans les sources qu'ils trouvent sur le web, notamment moi, et surtout mon collègue l'Assistant parlementaire. Je signale aux journalistes qu'il existe des associations de collaborateurs, bien plus représentatives que le syndicat, qui jouent aussi un rôle de défense des intérêts des collaborateurs. Pour l'Assemblée nationale, à droite, il y a l'AFCP (présidée par Pascal Favre, collaborateur d'Yves Bur) et à gauche le CCAP. Il ne me semble pas les avoir beaucoup entendus.

Il faut arrêter de regarder les choses uniquement par le biais des conflits, des malheurs. Il y a nettement moins de suicides au Parlement, les deux chambres réunies, que dans les technocentres des constructeurs automobiles. Des conflits du travail, des licenciements abusifs qui se terminent aux prudhommes, il y en a, mais pas plus qu'ailleurs. Bien entendu que je ne sais pas tout, que ma connaissance du sujet se limite à mon cercle, mais enfin, je commence à connaitre du monde dans les couloirs de l'Assemblée et je n'ai pas tant que cela de retours négatifs. Quand cela se passe moins bien, le collaborateur cherche autre chose et s'en va, soit avec un autre parlementaire, soit ailleurs (dans les cabinets de lobbying notamment). Ca bouge suffisamment pour que l'on ait pas trop de mal à se recaser. Les principales plaintes des assistants portent sur les salaires, comme partout, et sur les mesquineries et obstacles que nous mettent les fonctionnaires de l'Assemblée. La plupart se sentent très bien avec leurs parlementaires !

Les relations entre les députés et les collaborateurs ne sont pas mauvaises. Ce sont très souvent des gens de valeur, et s'il y a quelques caractériels (voire un ou deux tarés), il y en a beaucoup qui sont absolument charmants, agréables et avec lesquels tout se passe merveilleusement. Les députés sont conscients d'avoir besoin de nous. Ceux qui veulent travailler et s'investir sur les dossiers législatifs ne peuvent pas de se passer d'un assistant, et s'ils en veulent un de qualité, ils savent qu'il faut bien le payer et bien le traiter. Sinon, ils n'auront que des brels. Ils savent aussi qu'ils ont une réputation, que celui qui passe pour un caractériel, un exploiteur ou un pingre aura du mal à recruter et à conserver ses collaborateurs. Comme dans toute entreprise, et encore plus pour les TPE (car un cabinet parlementaire est une TPE) le turn-over est mauvais, car à chaque fois, il faut former le nouveau, il faut qu'il entre dans les dossiers.

C'est vraiment pénible qu'à chaque fois qu'ils abordent un sujet, certains journalistes cherchent à faire dans le sensationnel, dans l'émotion. Ils semblent incapables de rendre compte de ce qu'est réellement une profession, préférant tordre la réalité, la présenter sous un biais particulier, parce que c'est ce qu'attend le public, et que pour vendre du papier (ou de l'abonnement à 9 euros), il faut donner au public ce qu'il attend.