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jeudi 17 mai 2012

Gouvernement Ayrault

• Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

C'est tout le problème des has been de haut niveau. On n'arrive pas à s'en débarrasser et comme ils sont compétents, on se laisse attendrir et on leur donne un maroquin. Celui-là ne lui va pas trop mal pour ce poste qui nécessite une souplesse d'échine qui ne se rencontre que chez les has been de haut niveau, prêts à toutes les bassesses pour rester en vie (regardez Rocard, qui après avoir accepté d'être ambassadeur auprès des pingouins en est réduit à aller à Téhéran pour qu'on continue à parler de lui). Sauf que là, on aurait pu se rappeler que Fabius a appelé à voter non en 2005, et qu'à Bruxelles, ils ont de la mémoire. C''est le problème quand le processus de hasbeenation est déjà avancé, plus ça va, plus ils sont compromis.

• Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale

Poste mérité, on ne voit pas qui d'autre ils auraient pu mettre sans que ce soit un scandale. Reste pour ce pauvre Vincent qu'il ne pourra pas faire grand chose, car les profs sont un électorat dont le PS a trop besoin pour se permettre de les mécontenter.

• Christiane Taubira, Garde des Sceaux, ministre de la Justice

Mais qu'est ce qu'elle fout là ? Femme, PRG (minorité politique), Black (minorité ethnique). Elle fait mieux que Rachida, et en plus, au niveau caractériel, elle la vaut bien. Les magistrats ont mangé leur pain blanc avec Mercier. Cela dit, le programme de Hollande sur les questions de justice ne pourra jamais être pire que celui de Sarkozy. Donc même si Christiane est invivable, elle ne devrait pas commettre trop d'horreurs législatives. après tout, c'est ça qui compte.

• Pierre Moscovici, ministre de l'Économie, des Finances et du Commerce extérieur

Il aurait pu être Premier ministre, si la campagne n'avait pas révélé qu'il n'avait pas les épaules assez solides. Le poste est lourd, essentiel, j'ai un peu peur qu'il ne l'ait obtenu davantage sur des questions de positionnement politique et de courant que de compétence. C'est pourtant un ministère où on ne peut pas se permettre l'erreur de casting.

• Manuel Valls, ministre de l'Intérieur

On l'attendait là, on l'y trouve. Il est fait pour le poste, c'est l'élément rassurant de ce gouvernement.

• Cécile Duflot, ministre de l'Égalité des territoires et du logement

Elle en rêvait. Ministre, pas forcement de l'aménagement du territoire et du logement. Un peu craignos quand même, car je pense qu'elle n'a pas la carrure d'être ministre. Comme c'est pour un mois, ça peut passer, mais ce serait bien de l'exfiltrer vers un ministère sociétal, où elle fera potentiellement moins de dégâts.

• Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé

Comme pour Manuel Valls, un autre choix aurait été un scandale. Techniquement, parce que humainement, même son propre camp ne la supporte pas...

•Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif

Se sont-ils rendus compte du formidable potentiel comique de l'intitulé ? Pour le reste, Montebourg à l'Industrie, c'est d'une banalité... un beau gâchis que de mettre un tribun enflammé dans un poste aussi technique et surtout aussi casse-gueule. L'industrie manufacturière n'a que peu d'avenir en France, mettre une telle pression sur un thème aussi peu prometteur, ça ne peut qu'être un piège...

• Nicole Bricq, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie

Le casting improbable. Mais qu'est ce qu'elle fout là ? Sa seule compétence, c'est les Finances. Le PS n'a d'ailleurs personne à mettre à sa place comme rapporteur général du Budget au Sénat. En plus, le périmètre du ministère, son rang protocolaire risquent de ne pas lui donner les moyens de mener à bien sa mission. Encore plus inquiétant, elle réunit entre ses mains, en plus des transports, l'environnement et l'énergie (dont le nucléaire). Elle est donc en charge de l'exploitation des centrales, et de leur sécurité. Le précédent gouvernement avait eu l'intelligence de séparer les deux fonctions, l'industrie ayant l'exploitation et l'environnement la sécurité. Par contre, l'habitat, l'équipement (les Travaux publics) lui échappent, alors que ce sont des compléments indispensables.

• Michel Sapin, ministre du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social

Il fera bien le job.

• Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication

Attendue à ce poste, elle s'y est préparée. C'est casse-gueule, mais elle a le niveau. Plus en tout cas que ses prédécesseurs immédiats...

• Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire

Un apparatchik pour un poste d’apparatchik, où tout se joue à Bruxelles, dans des négociations marathon. J'espère qu'il comprend l'allemand et qu'il a un peu plus fréquenté Bruxelles qu'à ses débuts comme député européen. Ça sent quand même un peu la récompense accordée davantage à la fidélité qu'à la compétence.

• Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Élue de Grenoble. A part ça, et le fait que ce soit une femme et qu'il en faut pour la parité, je ne vois pas trop le sens. En plus, je n'aurais pas forcément érigé ce secteur en ministère de plein exercice. Mais bon, je la connais mal, elle peut bien se débrouiller. A voir à l'usage.

• Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement

C'est surtout porte-parole. l'autre machin, c'est histoire de dire qu'elle n'est pas que porte-parole. Cela dit, elle est mignonne et elle a de l'énergie. J'ai apprécié son courage à se présenter dans une circonscription structurellement de droite, en dédaignant les sièges en or qu'elle aurait pu se faire attribuer. Un beau potentiel qui a de l'avenir.

• Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense

C'est comme Charles Hernu, il faut un type qui n'a fait que ça depuis des années, qui connait le secteur de la Défense sur le bout des doigts. Dommage que son rang protocolaire révèle que ce ministère n'est pas si important que ça...

• Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l'État, de la Décentralisation et de la Fonction publique

Encore une has been qu'il fallait bien mettre quelque part pour éviter qu'elle ne mette la pagaille. Avec un peu de chance, elle sera battue aux législatives et on en parlera plus. Mais si ce n'est pas le cas, elle a du métier et fera sans doute honnêtement le job.

• Victorin Lurel, ministre des Outre-mers

Pourquoi avoir renouvelé l'erreur de mettre un ultra-marin au ministère de l'Outre-Mer ??? c'est dommage, car c'est quelqu'un qui a l'envergure pour être ministre et qui aurait pu être à un autre poste, ce nqui aurait sans doute davantage mis en valeur l'outre-mer.

• Valérie Fourneyron, ministre des Sports, de la Jeunesse, de l'Éducation populaire et de la Vie associative

Vu qu'elle ne s'est occupée que de ce sujet depuis 2007, elle connait les dossiers. Et elle ne pourra pas être pire que ceux d'avant !

• Jérôme Cahuzac, ministre délégué à l'Économie, chargé du Budget

La compétence est indéniable. Mais pourquoi donc est-il seulement ministre délégué ??? La dette et l'équilibre des finances publiques, c'est le problème numéro 1 !

• George Pau-Langevin, ministre déléguée à l'Éducation, chargée de la Réussite éducative

Elle est très bien, mais c'est quoi son job, au juste ?

• Alain Vidalies, ministre délégué auprès du premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Il faut un "vieux" parlementaire pour ce poste. Mais connait-il assez le Sénat ? Parce que le problème de ce gouvernement, ça va être de tenir sa fragile majorité sénatoriale...

• Delphine Batho, ministre déléguée auprès de la Justice

A quoi sert un ministre délégué qui a le même intitulé que son ministre de tutelle ? Le cas Bockel nous a montré que c'est un placard. A moins que ce soit pour être l'oeil de Moscou qui va surveiller Taubira. Si c'est le cas, ça va chauffer. Attendons les décrets d'application pour en savoir plus, mais a priori, ça fait "ministre pour être ministre parce qu'il fallait des proches de Ségolène".

• François Lamy, ministre délégué auprès de l'Égalité des territoires, chargé de la Ville

Le bras droit de Martine. Je pense que c'est à peu près la seule raison de sa présence dans le gouvernement.

• Bernard Cazeneuve, ministre délégué auprès des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes

Spécialiste des questions de Défense. Que vient-il faire aux Affaires européennes ? En même temps, pourquoi pas.

• Michèle Delaunay, ministre délégué auprès des Affaires sociales, chargé des Personnes âgées et de la Dépendance

Elle connait le sujet, donc c'est assez logique de la retrouver là. Mais elle peut dire merci à Juppé, qui lui a gentiment servi de faire-valoir. Vu comme elle est "space" sur Twitter, gros potentiel comique, une peu à la Roselyne Bachelot, je parle et je réfléchit après.

• Sylvia Pinel, ministre déléguée au Redressement productif, chargée de l'Artisanat, du Commerce et du Tourisme

Le quota femme-PRG. A défaut d'avoir Baylet, on a sa voisine et vassale. Pas plus mauvaise qu'une autre, pour un portefeuille très secondaire.

• Benoît Hamon, ministre délégué auprès de l'Économie, chargé de l'Économie sociale et solidaire

La caution aile gauche du PS, sur un sujet aile gauche du PS. Encore un beau poste communicationnel, car sans budget, on ne fait pas grand chose, à part faire de la calinothérapie pour coopératives auto-gérées.

• Dominique Bertinotti, ministre déléguée auprès des Affaires sociales, chargée de la Famille

Connait pas.

• Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée auprès des Affaires sociales, chargée des Personnes handicapées

Connait pas non plus

• Pascal Canfin, ministre délégué auprès des Affaires étrangères, chargé du Développement

Il fallait un autre Vert. Mais ce poste va comme un gant à un Vert, et en plus, celui-là me donne assez bonne impression.

• Yamina Benguigui, ministre déléguée auprès des Affaires étrangères, chargée des Français de l'étranger et de la Francophonie

Francophonie, oui, je vois bien et je comprend, mais pourquoi français de l'étranger ? La seule "société civile", les autres sont des politiques purs.

• Frédéric Cuviller, ministre délégué auprès de l'Écologie chargé des Transports et de l'Économie maritime

Transport et Mer. Voui, pas grand chose à dire

• Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du Redressement productif, chargée des PME, de l'Innovation et de l'économie numérique

Ahhhh ma copine ! Je sens que je n'ai pas fini de m'amuser. Pour le bien de la France et du numérique, bien évidemment. Pas un si mauvais choix. Elle va enfin avoir le temps de se former réellement au numérique. Elle a montré qu'elle avait des capacités à encaisser et qu'elle savait bachoter et qu'elle ne rechignait pas devant le boulot. On pourra peut-être en faire quelque chose...

• Kader Arif, ministre délégué auprès de la Défense, chargé des Anciens combattants

Les seuls anciens combattants qui sont encore en état de revendiquer, ce sont les anciens d'AFN. Il pourra s'occuper à la fois des anciens combattants, des rapatriés et des harkis. Méckachéra faisait ça très bien entre 2002 et 2007.

mercredi 16 mai 2012

Ayrault premier ministre

François Hollande a finalement nommé Jean-Marc Ayrault Premier ministre. C'était attendu et la petite polémique sur sa condamnation passée n'a finalement pas joué, les considérations politiques et le "profil" d'Ayrault étant jugés plus importants que la (très petite) tache sur son CV, ses compétences étant jugées largement plus importantes. Ce choix est très parlant, à plusieurs niveaux.

Jean-Marc Ayrault a d'indéniables qualités pour être Premier Ministre. Son inexpérience des fonctions ministérielles n'est pas un problème. En tant que Premier Ministre, il doit d'abord réaliser des arbitrages, gérer les conflits et coordonner. 15 ans à la tête du groupe socialiste, ça vous apprend à gérer les conflits, et là dessus, Jean-Marc Ayrault s'est très bien débrouillé. Il a également une excellente connaissance des personnalités socialistes, et quelque part, une autorité naturelle sur ceux qui ont été députés. Enfin, ayant été président du groupe majoritaire entre 1997 et 2002, il a participé à l'exercice du pouvoir à très haut niveau sous le gouvernement Jospin, assistant aux réunions où les choses se décident vraiment. Il est également maire d'une grande ville et "patron" de l'agglomération, donc l'exercice du pouvoir exécutif, il connaît. Le reste, il apprendra, il est très loin d'être idiot.

L'autre grande qualité, aux yeux de Hollande au moins, est le relatif anonymat de Jean-Marc Ayrault auprès du grand public, et son relatif manque de charisme. C'est quelque part le clone de François Fillon. Politiquement solide, avec une bonne expérience d'élu local, très apprécié du groupe parlementaire, mais ne faisant pas d'ombre au président. Jean-Marc Ayrault, malgré toutes ses autres qualités, est terne. Cela pourrait laisser à penser que l'on en a pas fini avec l'hyperprésidence, et que si François Hollande y mettra certainement plus de formes et laissera plus de marges de manoeuvre à son premier ministre, ce dernier restera tout de même un collaborateur du président.

Comme Mitterrand en 1981, François Hollande promet le changement, mais il faudra sans doute aller voir ailleurs pour un changement institutionnel majeur. Paxatagore remarque bien que la procédure du choix du Premier ministre est éloquente : un choix discrétionnaire, secret qui doit tout à la volonté du président et rien à une quelconque accord de coalition. Le Premier ministre relève du président, pas du Parlement et si l'investiture est demandée à la nouvelle assemblée, elle sera de pure forme si la gauche l'emporte les 10 et 17 juin.

mardi 15 mai 2012

Des références qui vieillissent mal

Dans son plan comm' pour l'investiture, François Hollande a choisi de "rendre hommage" à des personnalités. En fait, il s'agit surtout pour lui d'exploiter l'image qu'on ces personnages dans la population, à l'heure actuelle, pour essayer de se draper dans leur aura. C'est le mécanisme utilisé par la publicité, où on vous met un produit, tout ce qu'il y a de plus banal, comme un savon ou un yaourt, à coté d'une jolie fille ou d'une magnifique paysage, afin d'opérer un "transfert" des qualités prêtées à la jolie fille ou au paysage, vers le produit.

François Hollande a donc choisi Marie Curie et Jules Ferry. Deux choix très dangereux car absolument pas maîtrisés. Bien évidemment, pour François Hollande, Marie Curie c'est la femme de science et de "progrès" et Jules Ferry, c'est le "père" de l'école libre et gratuite pour tous. Voilà ce qu'il considère être les "qualités" dont il entend se draper par le mécanisme du transfert. Ils correspondent à ce qu'il croit être l'image d'épinal de ces deux personnages. Malheureusement pour lui, ces deux personnes ne sont pas univoques et peuvent véhiculer d'autres images, beaucoup moins intéressantes pour François Hollande.

Commençons par le plus facile. Marie Curie, c'est la femme et la science. On pourrait penser, si on est mauvais esprit, que c'est "la femme de service" comme il y a toujours "le noir de service" dans les films américains, pour des questions quota. Marie Curie, c'est aussi la "mère" de la radioactivité et la "grand-mère" du nucléaire, finalement morte des suites d'une trop forte exposition à la radioactivité. Symbole ô combien ambivalent...

Pour Jules Ferry, c'est encore plus scabreux et glissant, car il n'est pas seulement l'homme de l'école publique. Et d'ailleurs, sur l'école publique, Victor Duruy en a fait autant, sinon plus que lui. C'est Victor Duruy qui a monté le réseau des écoles primaires, Ferry s'est contenté de rendre obligatoire et de faire prendre en charge la dépense par les fonds publics. Il a juste terminé l'oeuvre de Duruy. Surtout, Jules Ferry a également été l'homme des expéditions coloniales, notamment en Indochine, avec en plus des discours racistes et ethnocentriste qui ne passeraient plus aujourd'hui. On peut certes dire, à propos d'écrivain comme Céline qu'on aime l'oeuvre mais pas l'homme, et faire la part des choses. Mais pas quand on se place ainsi dans une opération de communication politique. Si on célèbre vraiment l'école publique, on va fleurir la tombe de Victor Duruy en plus de Jules Ferry. On ne se contente pas de Jules Ferry.

Pour moi, la principale erreur dans le choix de Jules Ferry n'est même pas là, mais dans le choix d'un leader radical de la troisième République. Jules Ferry était maire de Paris en 1870-1871, et a quitté la ville le 18 mars 1871, aux débuts de la Commune, dont il était un adversaire résolu. Ferry était un versaillais. Dans les années 1880, Jules Ferry est alors ministre de l'Instruction publique, donc en première ligne dans l'expulsion des congrégations religieuses et la fermeture de leurs écoles. Il ne faut pas oublier que le "grand service public laïc et unifié" de l'Education est un projet qui nécessitait la disparition des écoles privées. C'est aussi l'école de Jules Ferry qui a éradiqué les langues régionales, au nom d'un jacobinisme centralisateur. Il est aussi l'homme des expéditions coloniales (Tunisie, Madagascar, Tonkin...). Malgré des revers politiques et une grande impopularité, il reste un pilier du système politique et meurt président du Sénat en 1893.

En choisissant Jules Ferry, François Hollande en dit finalement beaucoup plus qu'il ne le pense. Il avoue qu'il est, au fond de lui, un radical-socialiste de la IIIeme République. Pas forcement ce qu'il y a de plus reluisant et de plus excitant, à la fois pour la droite, mais aussi la Gauche de la gauche. Un rad-soc', c'est un radis : rouge à l'extérieur, blanc à l'intérieur et toujours près de l'assiette au beurre...

samedi 12 mai 2012

L'habile candidature de Mélenchon

Jean Luc Mélenchon se présentera face à Marine Le Pen, dans le Pas-de-Calais, aux législatives. Politiquement, c'est un pari osé, mais également génial.

Le but de Mélenchon n'est pas de l'emporter. Il est déjà député européen, poste en or pour lui : la paie est bonne, il n'est pas obligé de bosser vu que les français se moquent éperdument (et ils ont bien tort) de ce qui se passe au parlement européen, et comme c'est à la proportionnelle, son statut de leader national lui assure une tête de liste, donc un siège assuré. Ce n'est pas son intérêt personnel, ni sans doute son envie, d'aller caresser l'électeur dans une circonscription, de faire les marchés et les AG d'associations où on finit en buvant un mauvais mousseux tiède. Mais politiquement, il ne peut pas rester en dehors des législatives. Il doit être candidat, pour avoir une légitimité pour s'exprimer dans les médias, pour éviter de donner l'idée qu'il déserte.

Jean-Luc Mélenchon est donc candidat pour être candidat, pas pour être élu. A partir de là, où le mettre ? Comment exploiter au mieux son punch, sa grande gueule ? En l'envoyant sur un combat symbolique. Contre Marine Le Pen, c'est parfait ! sur tous les plans.

D'abord l'affiche est fabuleuse, et sera l'un des "produits phare" de ces législatives dans la tête de gondole des journalistes. Un face-à-face Mélenchon-Le Pen, c'est du lourd, le choc des populismes, forcement, ça fait vendre. Les journalistes se sont d'ailleurs jetés dessus comme une meute de chiens sur un gros rosbif saignant. Pour un peu que les acteurs se donnent un peu de peine pour satisfaire la presse en fournissant du spectaculaire, ce sera même le fil rouge de cette campagne. Pour Marine Le Pen, c'est un vrai danger. Elle risque de ne plus pouvoir s'exprimer comme leader national d'un parti, mais d'être sans cesse ramenée à son duel personnel avec Mélenchon, les journalistes n'ayant que ça en tête. Elle pourrait être ainsi médiatiquement neutralisée, ce qui serait un coup dur pour le FN.

Deuxième avantage pour Mélenchon, il pourra dire qu'il a eu le courage d'aller au combat rapproché, et que s'il n'a pas été élu, Marine Le Pen ne l'a pas été non plus ! Il "se sera fait" Marine Le Pen, il pourra jouer celui "qui en a", qui est courageux, qui a du panache. Dans sa posture "d'opposant structurel", le Front de Gauche ne cherchant pas vraiment à exercer le pouvoir, c'est tout bénéfice. Un bon brevet d'anti-Le Pen est toujours utile, et permettra, éventuellement, de faire taire ceux qui ont tendance (pas forcement à tort) à trouver pas mal de ressemblance de style entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Troisième avantage, ça gêne quelque part le PS, car la fédération du Pas-de-Calais n'est pas très "propre". En plus, Hénin-Beaumont a l'air d'être un haut lieu de tripatouillages et de magouilles. Bref, tous les ingrédients pour dégouter l'électeur. Marine Le Pen ne s'y est pas trompée en y allant. Elle a d'ailleurs réalisé de beaux scores, sans doute en partie grâce au vote protestataire qui a de bonnes raisons d'exister dans cette région, pour de multiples raisons. Si certains électeurs de gauche se sont refusés à voter FN, même s'ils n'en pensaient pas moins sur les candidats PS, ils pourraient bien ne pas avoir les mêmes préventions contre un Mélenchon qui est un vote protestataire "acceptable". Mélenchon va donc prendre des voix à Marine Le Pen, mais également au candidat socialiste... au point d'arriver devant lui au premier tour.

Ce qui me ferait rire, c'est que Jean-Luc Mélenchon soit pris à son propre piège et soit élu député du Pas-de-Calais, en battant Marine Le Pen au deuxième tour.

vendredi 11 mai 2012

Inversion des rôles

Le Parti socialiste vient de connaitre sa première petite polémique, à propos d'une condamnation, ancienne puisqu'elle date de 1997, de Jean-Marc Ayrault. Il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour favoritisme sur des marchés publics. Cela fait un peu tâche au moment où François Hollande annonce qu'il veut un gouvernement vraiment irréprochable, et que Jean-Marc Ayrault est sur la shortlist pour Matignon...

Que l'opposition ramène sur le tapis cette vieille condamnation, c'est de bonne guerre. Après tout, c'est son rôle de chercher la petite bête, et pendant 5 ans, le PS ne s'est pas privé sur Sarkozy et son entourage. Et c'est une très bonne chose que ça se passe comme ça, car l'un des rôles de l'opposition est d'obliger la majorité à toujours être aux aguets, à ne pas se relâcher, sous peine de se prendre la sanction. Elle se doit d'être toujours au top niveau, car c'est l'intérêt du pays.

Certes, Jean-Marc Ayrault n'est pas un criminel, et ce qui a pu lui être reproché est bien davantage de la négligence qu'une participation active et consciente à des faits délictueux (c'est qu'il ressort de ses propos et explications, que je veux bien croire). Il n'empêche qu'il a quand même pris six mois avec sursis, et qu'il n'a pas fait appel. Certes, ce n'est pas deux ans avec sursis comme Chirac, qui lui, était parfaitement conscient de ce qu'il ordonnait de faire, mais quand même, ce n'est pas rien.

Ce qui est intéressant à observer est la réponse du PS et de Jean-Marc Ayrault, qui est absolument catastrophique. Ayrault commence par minimiser : "mais il n'y avait pas enrichissement personnel ni financement de parti politique". C'est ce qu'il ne faut surtout plus répondre, comme le catastrophique "mais c'est légal" qu'on nous sort encore trop souvent quand on pointe un comportement qui s'éloigne quelque peu de l'éthique et de la morale. Un juge a examiné le dossier et estimé que ça méritait six mois avec sursis. Le reste, on s'en moque, il y a eu violation de la loi avec condamnation, alors que bien souvent, des élus mis en cause s'en sortent avec des non-lieu ou des relaxes.

Le deuxième volet de la réponse, venant de Jean-Claude Mignard, est encore plus catastrophique pour le PS. Il nous dit qu'il y eu une réhabilitation légale en 2007, et donc que la loi interdit de parler de cette condamnation. Donc taisez vous, sinon, on vous traine devant les tribunaux. Monsieur Mignard joue sur le terrain juridique, alors que l'on est avant tout sur une affaire de communication. On peut avoir la loi pour soi, mais perdre politiquement si on s'avise de l'utiliser...

Que va-t-il rester dans l'esprit de la grande majorité de la population, si jamais il retiennent quelque chose : que Jean-Marc Ayrault a été condamné, il y a longtemps. Et c'est sans doute à peu près tout. Le coup a porté, son seul effet véritable serait éventuellement d'empêcher Ayrault de devenir Premier Ministre. C'est d'ailleurs sans doute le seul but de cette polémique. C'est difficile à parer, car les apparences sont contre Ayrault, et ses dénégations ne sont pas entendues, surtout quand elles ressemblent aux excuses habituellement avancées par la classe politique dans pareil cas. On se souvient du "responsable mais pas coupable" de Georgina Dufoix dans l'affaire du sang contaminé, qui bien que techniquement juste, lui a fait un tort considérable.

Si en plus le PS s'avise de faire un procès en diffamation (seule voie possible) à une personne qui aurait rappelé cette condamnation, c'est l'effet Streisand assuré ! et en plus, Ayrault n'est pas sur de gagner son procès, car la réhabilitation détruit juridiquement la condamnation en lui interdisant de produire des effets de droit (comme par exemple un refus d'embauche), elle n'efface pas le jugement. C'est l'amnistie qui interdit radicalement d'évoquer les faits amnistiés, et entraine la condamnation en diffamation, quelque soit la vérité des faits. Je ne suis pas sur du tout du sort d'un procès en diffamation pour l'évocation, dans le cadre d'une polémique politique, de faits vrais, vérifiables en consultant la minute du procès.

Etre dans la majorité, c'est servir de cible à l'opposition. Il va falloir qu'à gauche, ils se rendent compte que les rôles s'inversent, et que l'UMP a déjà pris la mesure de son nouveau rôle.

Sarkozy continue à poser des problèmes

Nicolas Sarkozy a donc choisi de rejoindre rapidement le conseil constitutionnel. 11 000 euros par mois, pour un job qu'on fait quand on a envie, en survolant les dossiers, sans que personne ne vienne vous demander quoi que ce soit, ça ne se refuse pas. Surtout quand ça se cumule avec une retraite de président de la République (autour de 6000 euros, avec quelques collaborateurs, voiture, chauffeur, déplacement en avion et en train offert) et bientôt, une retraite de parlementaire, et, last but not least, des honoraires d'avocat, qui plus est d'affaires et à l'international. Nicolas Sarkozy est financièrement à l'abri du besoin...

Le statut de membre de droit du conseil constitutionnel est une anomalie constitutionnelle, un truc que l'on pensait sans conséquence, destiné à faire plaisir à René Coty, dernier président de la IVeme République (et aussi premier président de la Veme), histoire de s'occuper une fois que le général de Gaulle aurait pris sa place. De 1962 à 2004, aucun ancien président de la République n'a siégé, au point qu'on avait presque oublié cette disposition. Et puis voilà que VGE, "libéré" de son dernier mandant (qui l'empêchait de siéger car il y a une incompatibilité) débarque en 2004 pour prendre sa place. Suivi en 2007 par Jacques Chirac.

Il a fallu trouver un mode de fonctionnement pour ces membres "un peu à part", qui n'ont pas manqué de poser de nombreux problèmes. Etant membres de droit, à vie, ils sont invirables, à moins de démissionner (et encore, le peuvent-ils ?). Ils ne sont donc tenus à aucune règle disciplinaire ou presque, ce qui permet à VGE de s'asseoir sur son devoir de réserve quand ça lui chante, c'est à dire au moins à chaque échéance électorale. On s'est retrouvé avec un Chirac renvoyé en correctionnelle, ce qui, pour un membre "ordinaire" conduisait droit à la démission. On a enfin un Chirac "intellectuellement diminué", ce qui pose la question du "à vie", quand on sait que les maisons de retraites sont malheureusement pleines de malades atteints d'Alzheimer.

Avec Nicolas Sarkozy, on risque d'avoir d'autres problèmes. S'il croit qu'il va pouvoir jouer les cadors, Debré va très vite le calmer. Les délibérations sont à huis clos, avec une assemblée de personnalité en fin de carrière, pour qui c'est le dernier poste. Ils n'attendent rien de personne, et certainement rien de Sarkozy, qui va peut se rendre compte brutalement qu'il est un has-been, qui n'impressionne personne. De toute manière, si on veut peser dans ce genre d'institution, il faut bosser. On peut être tranquille, les anciens présidents ne sont pas au Conseil constitutionnel pour bosser, et les connaissances de Nicolas Sarkozy en terme de libertés fondamentales doivent en plus être assez proches du néant.

Le problème, c'est que ce monsieur veut aussi exercer, en parallèle, son ancien métier d'avocat. Enfin, l'exercer à la Copé, en faisant de la "médiation" à 20 000 euros de l'heure, le client payant le carnet d'adresse et la notoriété. Le problème, c'est que depuis 2010, est entrée en vigueur un bout de sa réforme constitutionnelle, qui s'appelle la Question Prioritaire de Constitutionnalité. Elle permet à tout justiciable (en fait son avocat) de soulever l'inconstitutionnalité de la disposition législative qui sert de base aux poursuites pénales ou aux prétentions de la partie adverse dans un procès civil. C'est le conseil constitutionnel, in fine, qui tranche.

On peut tous comprendre, si on a un minimum d'éthique et de déontologie, qu'il peut être délicat d'être à la fois juge constitutionnel et associé dans un cabinet d'avocat susceptible de poser des QPC... Dire que l'avocat Sarkozy ne fera que de "l'international" n'a aucune importance, le problème reste entier si un autre associé, qui travaille dans le bureau d'à coté, soulève des QPC pour ses clients. Je n'imagine pas un cabinet d'avocat dire à ses clients que l'un des outils de la panoplie, qui peut s'apparenter à l'arme atomique, et bien il n'a pas droit de l'utiliser. Je suis ce client, je change d'avocat !

Même en retraite, Sarkozy continue à poser problème...

mardi 8 mai 2012

Basculer dans l'opposition

Le premier vrai moment de l'après-Sarkozy, c'était ce matin, quand François Hollande a, pour la première fois, accompli un acte avec les habits du chef de l'Etat. Dimanche soir, c'était un candidat qui fête sa victoire. Ce matin, devant la flamme du soldat inconnu, il était un homme d'Etat.

Je doute d'une victoire de la droite aux législatives, à cause des triangulaires avec le FN, qui feront probablement de gros dégâts. En plus, il serait logique que de François Hollande ait une majorité pour gouverner. Enfin, quand un nouveau gouvernement sera nommé, on aura droit à une campagne législative du PS, avec les moyens de l'Etat, c'est à dire des chefs de parti s'exprimant comme ministres, et entretenant soigneusement la confusion, tout en jurant le contraire. C'est classique, c'est le jeu, la droite a fait pareil. Même si l'UMP tient bien le choc, que François Hollande n'a pas fait un score fabuleux (alors qu'on lui promettait encore du 55-45 dans les sondages il y 10 jours) ça ne suffira sans doute pas. La droite va faire une cure d'opposition. Et la gauche va se retrouver dans la majorité...

Au bout de 10 ans dans une position, on a un lourd passif de déclarations, de postures qui sont liées, non pas au fait qu'on soit de droite ou de gauche, mais au fait qu'on soit dans la majorité ou l'opposition. Ce que fait le gouvernement est forcement mal quand on est dans l'opposition. Et puis une fois arrivé au gouvernement, on fait à peu près la même chose, ce qui offre un contraste saisissant. C'est pareil dans l'autre sens. J'attends avec gourmandise la première utilisation, par le gouvernement socialiste, du temps législatif programmé (parce que quand même, c'est bien pratique quand on est au gouvernement). Au début, ils vont essayer de faire sans ce mécanisme, mais ils ne tiendront pas longtemps. A droite aussi, on sait pondre de l'amendement au kilomètre... J'attends aussi la réaction du groupe UMP au moment où le président de séance leur annoncera qu'ils ont atteint la limite de leur temps de parole et qu'ils doivent maintenant se taire.

Chacun va devoir se déshabituer de certains comportements. C'est la gauche qui va sans doute le plus souffrir, car c'est finalement assez confortable d'être dans l'opposition. On peut ne pas bosser, il suffit de brailler sur quelques sujets hautement symboliques. Maintenant, il va falloir bosser. Pareil pour les députés, et surtout les sénateurs de gauche (pour qui c'est inédit d'être dans la majorité gouvernementale) qui vont devoir apprendre à "soutenir le gouvernement", c'est à dire avaler des couleuvres et se faire traiter comme la cinquième roue du carrosse en serrant les dents. J'imagine assez bien le choc que ça fera avec des gens comme Jean-Pierre Brard, et j'attends avec impatience de le voir bon soldat de la majorité. A droite, cela va faire tout drôle à certains de ne plus être aux manettes et de subir la loi des autres, surtout si les "nouveaux maîtres" sont dans un esprit revanchard, ou sont, tout simplement des soudards du genre "Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires". Si par malheur Ségolène arrive au perchoir, ça risque d'être violent (mais pas que pour l'opposition).

On devrait avoir un moment de flottement au cours de l'été, et à l'automne, le personnel politique aura pris ses marques. Une fois élu, la question n'est plus tellement d'être de droite ou de gauche, mais d'être dans la majorité ou l'opposition.

dimanche 6 mai 2012

L'étrange victoire

François Hollande a gagné (comme prévu) mais c'est une bien étrange victoire. Pas d'élan réel, un score net, mais pas fabuleux, en dessous des 52%. Plus une défaite de Sarkozy et de son style qu'un rejet du bilan de son gouvernement, autant une défaite de Sarkozy qu'une victoire de François Hollande.

L'ambiance que j'ai ressenti ce soir, c'est d'abord une sidération incrédule des élus de gauche sur le plateau de Télévision. Ils avaient l'air d'avoir du mal à prendre conscience de leur victoire, tellement habitués qu'ils étaient à perdre la présidentielle, souvent cruellement comme en 2002. Il y avait aussi, dans un deuxième temps, une volonté de "renouer la chaine des temps". L'intervention de Lionel Jospin était très marquante là dessus, car on le sentait heureux et rayonnant. Il a trébuché gravement, le témoin est tombé, et voilà qu'un dauphin l'a repris. La gauche est remise sur ses pieds, a retrouvé le pouvoir, c'est la fin de la malédiction pour lui. Il n'aura pas entrainé le PS dans sa chute. C'est maintenant qu'il peut vraiment prendre sa retraite politique. Enfin, j'ai senti une gravité chez les responsables socialistes. D'abord parce qu'il reste encore des législatives à gagner (ce qui n'est pas fait) et ensuite à gouverner dans un contexte difficile. On sent une crainte d'exercer le pouvoir, qui nous ramène à cette peur de gagner, cette incrédulité devant la victoire.

Le discours de Nicolas Sarkozy a été à la hauteur, bien qu'un peu trop long. Il a reconnu la victoire de son adversaire et annoncé qu'il tournait la page. Il est parti proprement, ce qui n'est pas évident. Le discours de François Hollande a été mauvais, et inquiétant. On a entendu un discours de politique générale de premier ministre, sans souffle, sans charisme. Et puis qu'est ce que c'était long ! Les meilleurs discours sont les plus courts. Le soir de son élection, Sarkozy était au Fouquet's, le soir de son élection, Hollande était dans une petite ville de province, à prononcer un discours sans souffle. J'espère pour lui que ce n'est pas cette image qui restera dans les esprits. La comparaison ne tiendra pas par rapport aux images de la promenade de Chirac dans Paris en 1995, ou encore plus fort, le dépôt de roses de Mitterrand au Panthéon en 1981. La "Geste" d'une présidence s'écrit dès le soir du deuxième tour. Sarkozy ne l'a pas compris et c'est sans doute ça qui a provoqué sa chute. J'ai l'impression que François Hollande ne l'a pas compris non plus. Ou alors, si ce que j'ai vu ce soir, c'est de la "communication maitrisée", je crains le pire...

La France est une monarchie républicaine, qui demande un président qui incarne, qui règne. Qu'il gouverne aussi, d'accord, mais ça ne doit pas trop se voir. Mitterrand et Chirac ont été très bon à ce jeu. Sarkozy nullissime. Hollande me semble bien mal parti...

Après la presse écrite, la télé

Ce soir, je suis en mezzanine du plateau de France 2 pour leur soirée électorale. Le point de vue est intéressant, j'espère que le spectacle sera à la hauteur.

On est sur les préliminaires, avec analyse des enjeux et remplissage, en attendant 20h. On a juste les chiffres de l'abstention. Le ministère de l'Intérieur donne 71% à 17 heures, ce qui est mieux que le premier tour, mais moins bien que le second tour en 2007. apparemment, on a moins voté dans l'Est, ce qui semble un peu recouvrir les zones à fort vote FN. mais en même temps, ça vote mieux en Seine-et-Marne, où le FN a aussi fait de bons scores.

Sur twitter, on balance le résultat, avec une précision qui se rapproche sans doute du résultat final. Que de remplissage avant 20 heures ! on répète en boucle les analyses, en prenant bien garde de ne pas laisser le moindre indice laissant connaitre le nom du vainqueur. Les soirées électorales ne présentent aucun intérêt avant 20 heures. Les présentateurs ne peuvent rien dire, rien laisser filtrer.

La télévision, c'est de l'image. Comme pour l'homme qui n'a qu'un marteau et voit donc tous les problèmes comme des clous, la télévision n'envisage un évènement qu'en terme d'images. C'est pour moi très gênant, car si parfois, l'image est pertinente, ce n'est pas forcement toujours le cas. Et le pire, c'est qu'ils ne cherchent pas à capter une image spontanée, mais cherchent à la créer. Le pire du pire, c'est qu'en ces soirées électorales, ils nous montrent des images d'une grande pauvreté informationnelle. Quel intérêt de filmer la porte du bureau de François Hollande au conseil général de la Corrèze, son cortège de voiture en direction de l'aéroport. Il y a des moments où ils n'y a pas d'images intéressantes, tout simplement. Pourtant, il en faut, parce qu'il y a une machine médiatique à alimenter. D'où cette impression de vide...

Être sur le plateau TV n'offre pas tellement plus de chose que d'être devant la télévision. Le plus intéressant, c'est la coulisse, les invités qui arrivent, repartent, patientent. Ils ne font souvent que se croiser. Certains sont suivis par une autre caméra, pour d'autres images, dans une autre émission. Mais tout cela dans un relatif silence, vu qu'en plateau, ça tourne, c'est du direct.

samedi 5 mai 2012

Soirée à la télévision

Dimanche soir, grace à Erwann Gaucher, je serai dans les coulisses de la soirée électorale de France 2. Je ne sais pas ce qu'on attend de moi, mais je pourrai bloguer et Twitter. Je serai avec Jegoun, qui fera le méchant de gauche, je suis censé faire l'affreux de droite et Philippe Couve le troisième homme.

On vous donnera le ou les hastags quand on les aura choisis. Ce ne sera pas évident de tout live tweeter et live bloguer, mais je ferai sans doute des billets "à froid" le lendemain.

Je ne sais pas ce qu'on va raconter, mais Jegoun et moi, on est capable de tout. Surtout du pire...

vendredi 4 mai 2012

Les hermaphrodites du Centre

J'ai un souvenir marquant des élections législatives de 1988. Il s'agit d'une séquence du Bêbeteshow où la grenouille Kermit et le corbeau Rocroâ sont à la chasse au centriste, afin de conforter leur majorité relative à l'Assemblée nationale. Rocroâ demande alors à Kermit quel appeau utiliser pour attraper un tel gibier. Ce dernier lui répond "C'est simple, il suffit d'imiter le cri du portefeuille ministériel en rut". 24 ans plus tard, rien n'a changé...

Le problème des démocrates chrétiens, c'est qu'ils en sont encore restés au stade du MRP, qui fut un parti charnière de la IVeme république, celui qui était, quoi qu'il arrive, de toutes les majorités. Et donc toujours au gouvernement, en compagnie de leurs compagnons radicaux, dont la devise était "le coeur à gauche, le portefeuille à droite, et toujours près de l'assiette au beurre". Contrairement à ces derniers, ils n'ont jamais compris (ou jamais admis) que le système de la Veme république avait changé la donne, et que l'élection centrale, la présidentielle, imposait de fait un système bi-partisan, où on est de droite ou de gauche, sans aucun espace pour une troisième force au milieu. On peut trouver que ce n'est pas une bonne chose, mais si on veut exister politiquement et peser sur les décisions, il faut choisir son camp, et s'y tenir.

La démocratie a besoin à la fois de camps clairement définis, de positionnements clairs, mais aussi d'alternance. On est de droite ou de gauche, et on accepte le verdict des urnes qui vous met dans la majorité ou dans l'opposition. Si François Hollande est élu président dimanche prochain, il sera le président légitime, cela ne souffrira aucune contestation. Par la même occasion, je passerai de la majorité à l'opposition, et je l'accepterai (et je vais bien m'amuser). Il est sain que ce ne soit pas toujours les mêmes qui soient dans l'opposition et les mêmes qui soient dans la majorité.

Je considère donc profondément anormal l'attitude qui consiste à essayer de jouer sur les deux tableaux, en volant au secours de la victoire, dans l'espoir de rester dans la majorité. Sous la Veme république, ça ne marche pas ! Je n'arrive pas à comprendre qu'au bout de 50 ans, les démocrates-chrétiens ne l'aient toujours pas assimilé. En jouant ainsi la bascule, comme vient de la faire Bayrou en appelant à voter Hollande, une fois que la victoire ne fait plus aucun doute, les centristes ne récoltent pas grand chose. Quelques individualités, en échange d'une belle prébende, jouent le rôle d'idiots utiles, qui permettent à la nouvelle majorité de communiquer sur son ouverture, en n'ayant jamais eu le moindre début d'influence sur les choix politiques de la majorité où ils ne sont que des supplétifs, des harkis que l'on n'hésitera pas à larguer en rase campagne en cas de problème. Regarder donc le Nouveau Centre et le micro-Parti de Bockel...

A jouer à ce petit jeu du "ni droite-ni gauche" mais toujours prêt à faire le bouche-trou en échange d'un peu d'apparence de pouvoir, les centristes se discréditent et ne récoltent que le mépris, à droite comme à gauche. On s'en sert quand on en a besoin, et on les jettent comme un préservatif usagé une fois l'opération de communication politique terminée. A aucun moment ils n'ont été en mesure de faire progresser leurs idées, que ce soit en étant aux cotés d'une gauche socialiste marxisante ou d'une droite conservatrice aux relents bonapartistes. A chaque fois, les centristes en ressortent en miettes, broyés par une mécanique implacable. Ils se croient des purs, ils ne sont que des bisounours. Avoir des convictions mais ne pas se donner les moyens de les mettre en oeuvre, c'est les trahir !

Oui, j'ai voté Bayrou au premier tour, mais c'est uniquement parce que je ne voulais voter ni Sarkozy, ni Dupont-Aignan, ni (et surtout pas) Marine Le Pen, tout en ne votant pas à gauche. L'idéal aurait été un candidat libéral, clairement de droite, mais pas semi-facho. Cela fait très très longtemps qu'il n'y a pas eu de candidat avec ce positionnement (le dernier, c'était Balladur en 1995). J'ai donc fait avec ce qu'il y avait, sans me faire aucune illusion. Un vote par défaut. Le ralliement de Bayrou à Hollande ne fait que renforcer mon vote pour Sarkozy au second tour (qui fut un peu chancelant au début de la semaine dernière). Sarkozy va perdre, c'est donc sans illusion sur le résultat final que je vais voter pour lui.

Par ce vote, j'affirme clairement où je suis, dans un choix binaire. Contrairement aux centristes, je sais où j'habite, et j'aurai au moins sauvé ma dignité en acceptant le verdict des urnes. En démocratie, il faut une majorité et une opposition. Il faut aussi que les électeurs sachent clairement où chacun se situe. Il n'y a pas de place pour les hermaphrodites...

jeudi 3 mai 2012

On charge la barque

Hier soir lors du débat de second tour, Il n'y a eu qu'une seule vraie annonce, c'est à dire quelque chose d'inédit, explicite, et substantiel. C'est François Hollande qui l'a faite en annonçant vouloir que les nominations du président de la République qui doivent passer par un avis du Parlement fasse l'objet d'une véritable ratification, alors qu'actuellement, les parlementaires ne disposent que d'un droit de veto qui ne peut fonctionner qu'en cas de "révolte" de la majorité parlementaire. Actuellement, il faut un refus des 3/5eme des membres des commissions compétentes de l'Assemblée nationale et du Sénat pour que la nomination soit bloquée. Hollande propose d'inverser le mécanisme, la nomination ne pouvant être validée que si elle est approuvée par une majorité qualifiée. Il s'est un peu emmêlé les pinceaux dans les chiffres en parlant des deux tiers, mais l'annonce est explicite et d'envergure.

Si cela se fait, c'est un changement notable dans le fonctionnement des institutions. Le pouvoir du président de la République tient en partie à son très important pouvoir de nomination. On tient le pays parce qu'on tient la clé des carrières et de la distribution des prébendes. Le déclin d'un président commence lorsqu'il n'est plus en capacité d'être celui qui fera les nominations à un horizon au delà de 18 mois. Tout ceux qui cherchent les places se tourneront vers celui qu'ils estiment être celui qui détiendra ce pouvoir au moment où il en auront besoin. Ça marche partout de la même manière. De Gaulle s'était octroyé, avec l'alinéa 3 de l'article 13 de la Constitution un vaste champ de nomination, que François Mitterrand a considérablement élargi. Si une nomination doit se faire par décret, sans précision de qui prend le décret, c'est par défaut un décret du président de la République. Les nominations dont parle François Hollande ne sont évidemment pas celle-là, mais celles de l'alinéa 5 de l'article 13, certes moins nombreuses, mais prestigieuses et importantes. Il n'empêche que la concession semble de taille.

Si cette réforme se fait, l'opposition disposera d'un droit de veto sur les nominations présidentielles au titre de l'article 13 alinéa 5. Ce sera un vrai pouvoir pour l'opposition, ce sera une vraie limitation pour le pouvoir du président. Celui-ci sera obligé de négocier réellement, et d'accepter des compromis avec son opposition. Cela obligera aussi l'opposition, au moins sur ce sujet, à être responsable et à accepter des compromis. C'est là le deuxième bouleversement, sans doute aussi important que la limitation du pouvoir du président : obliger l'opposition à coopérer et discuter. Quand on sait qu'en France, nous avons une culture de l'affrontement spectaculaire (et souvent stérile) entre majorité et opposition, mais absolument pas la culture du dialogue et du compromis, je ne sais pas ce que ça va donner, mais ça fera bouger les lignes.

Mais ce n'est pas encore fait, car il faut une révision de la constitution. François Hollande ayant annoncé plusieurs réformes nécessitant une modification de la constitution, on peut penser que l'on aura droit, comme en 2008, à un paquet groupé, un vaste ensemble avec du bon et du moins bon, qui sera à prendre ou à laisser, en bloc. Il faut donc, pour rendre cette réforme séduisante, y mettre quelques beaux appâts, afin que l'opposition ne puisse pas, sans dommage politique, voter contre la réforme. Car le problème pour François Hollande est qu'il n'a pas les 3/5eme du Congrès (il faudrait qu'il ait plus de 380 députés, ce qui parait hors de portée). L'opposition peut donc bloquer cette ratification. Le seul moyen de tourner l'obstacle est de soumettre la réforme à référendum, mais là encore, c'est compliqué, car vu les délais pour mener à bien un tel chantier, on ne peut guère espérer organiser ce référendum avant le printemps 2014. Qu'en sera-t-il de la popularité de François Hollande (s'il est élu président) à ce moment là ? Les français sont très doués pour transformer un référendum en plébiscite pour ou contre le président en place...

mercredi 2 mai 2012

Des courants à l'UMP

Anticipant la défaite de Nicolas Sarkozy, et la guerre de succession qui ne manquera pas de suivre, Jean-François Copé cherche des alliés pour garder le contrôle de l'UMP. Il vient de lancer un ballon d'essai, aussitôt attrapé au vol, en direction des centristes de l'UMP, en leur promettant de pouvoir s'organiser en courant. Le contrôle du parti sera essentiel, puisque c'est tout ce qui restera à l'UMP si le PS remporte la présidentielle (quasi certain) et les législatives (probable).

La proposition est purement tactique, car je vois mal l'UMP éclater cette année. Les centristes du courant "humaniste" n'ont aucun intérêt à rejoindre le grand bazar qu'est le centre, où en plus, il n'y a plus de leader, le score de Bayrou le disqualifiant pour être à nouveau candidat. De l'autre bord, la droite populaire n'a aucun intérêt à se rapprocher "réellement" d'un FN qui n'a pas besoin d'eux, et au sein duquel il perdraient leurs mandats sans rien gagner en influence. Mis à part les radicaux valoisiens, qui vont définitivement larguer les amarres, et les inévitables réductions d'effectifs provoquées par les défaites électorales, le périmètre de l'UMP va rester globalement le même.

Quand un groupe ne peut pas ou ne veux pas de l'indépendance, mais veut quand même "exister", il reste l'autonomie. C'est ce que promet Copé pour se mettre dans la poche l'aile gauche, celle qui est la plus pressante sur le sujet. Mais en se gardant bien de préciser en quoi cette autonomie consistera. On peut penser qu'il s'agira surtout d'un "droit à la dissonance médiatique" et de quelques moyens humains et financiers en propre. Et accessoirement, quelques belles prébendes pour les "leaders" de ces courants (je crois d'ailleurs davantage à cette solution).

De toute manière, cela n'ira pas bien loin, pour l'instant, car l'organisation en courant n'est absolument pas dans l'ADN de la droite conservatrice, incarnée dans l'ancien RPR, qui a beaucoup transmis de son patrimoine génétique à l'UMP. D'ailleurs, ce sont les anciens UDF qui réclament une autonomie, pour échapper à la pesanteur du monolithisme RPR. L'UMP n'est pas du tout dotée de la culture et des outils du fonctionnement en courants. Intellectuellement, il n'y a pas ou plus de pensée autonome, au sens d'un corpus d'idées, avec des publications, de la recherche, bref, de la vie. L'UMP est un désert intellectuel, et les quelques oasis qui subsistent sont à la périphérie, dans les Think-Tanks, et encore, c'est de la recherche appliquée. La vraie pensée libérale, au sens politique, elle a quitté les sphères des partis politiques. Alors que les démocrates-chrétiens ont encore des gens comme Jean-Louis Bourlanges, les libéraux n'ont plus rien. Ils n'ont même plus les structures de base pour faire éclore quelque chose. La preuve, c'est quoi le corpus intellectuel et programmatique des "humanistes" ? Quelle capacité à produire une pensée politique digne de ce nom ? Le dernier politique de la famille libérale qui tenait intellectuellement la route, même s'il était assez "hard", c'était Alain Madelin. Pour faire vivre des courants, il faut aussi des leaders. Là encore, on va déjà voir qui survivra aux législatives, mais si les libéraux-humanistes, ça se résume au trio Raffarin-Laffineur-Novelli, on ne va pas aller bien loin !

Pour autant, cette évolution peut être le début d'une révolution politique de la droite, ou au moins du centre-droit. Faire "penser" les anciens RPR, c'est peine perdue. Mais peut-être que, par miracle, les libéraux vont s'en saisir et redevenir un élément moteur. Cela me fait penser à la décision du Régent, Philippe d'Orléans, qui pour faire casser en 1715 le testament de Louis XIV qui limitait son pouvoir, rendit le droit de remontrance aux parlementaires. Ils s'en servirent pas tout de suite, mais paralysérent par ce moyen le pouvoir royal dès les années 1740, et firent échouer les réformes fiscales, ce qui amena, avec une situation très dégradée, à la convocation des Etats-Généraux en 1788.

mardi 1 mai 2012

Twitter 466 fois

Pendant la soirée électorale du 22 avril dernier, un twitter de gauche a insulté Jean-François Copé et NKM. Grosse salope et fils de pute constituent incontestablement des injures publiques tombant sous le coup de la loi. Twitter étant un mode de communication au public, l'injure est publique, quand bien même le tweet a été retiré rapidement. La plainte est donc parfaitement justifiée.

Ce qui étonne est la demande des plaignants, qui demandent un euros de dommages et intérêts, et surtout, que l'auteur du tweet injurieux soit contraint de twitter 466 fois un message d'excuse. Cela peut paraitre ridicule et infantile, mais c'est sans doute justement ça qui fait tout l'intérêt de cette citation, qui n'est pas une condamnation. Le juge peut décider ce qu'il veut, et j'ai quelques doutes sur le fait qu'il accorde effectivement cette condamnation saugrenue. Un seul tweet d'excuse (convenablement retweeter pour mieux le faire apparaitre...) suffira, la condamnation devant être, à mon sens, symbolique. La vraie punition est dans la prise en charge par le coupable des frais de justice de ses adversaires, qui, s'ils sont vaches, vont prendre un ténor du barreau.

Cette assignation aura permis de faire le buzz, et de faire prendre conscience à certains que même dans le feu de la campagne élecvtorale, il faut faire attention à ce qu'on tweete. Un bon nombre de personnes, derrière leur écran, ne semblent pas se rendre compte que twitter n'est pas un jeu où ils sont lus par quelques copains, mais qu'ils peuvent, par le jeu des retweets, avoir potentiellement des milliers de lecteurs. Même si cela fait maintenant pas mal d'années que les blogs et d'autres outils permettent à des "citoyens de base" de s'exprimer sur internet, il reste encore du boulot pour que tous prennent la mesure de l'outil, de ce qu'il est possible de faire ou pas.

Une simple plainte pour injure, en plus parfaitement justifiée, seraient sans doute passée inaperçue. Il fallait donc charger un peu l'assignation et provoquer un buzz. Le but étant maintenant atteint, il restera au juge à prononcer la peine classique et symbolique pour ce genre d'affaire qui ne va pas chercher bien loin, avec tout au plus un tweet d'excuse. Si ça peut mettre un peu de plomb dans la cervelle des militants de tous bords (il y en a d'aussi cons à droite et à gauche), ce sera toujours ça de pris.

vendredi 27 avril 2012

Les voies de la QPC

La QPC est un mécanisme formidable, car elle fait appel à l'inventivité des juristes. Quand ils sont directement concernés, ils sont encore plus inventifs.

La loi de Finances rectificative pour 2009 a institué une nouvelle taxe de 150 euros pour les appels lorsque la constitution d'avocat est obligatoire. Officiellement, c'est pour indemniser les avoués. Comme la vignette automobile, on peut présumer sans trop se tromper que la taxe sera encore là bien longtemps après que les avoués aient été indemnisés. Cette taxe pèse, de fait sur les avocats, puisque dans la réalité, c'est eux qui feront l'avance et la répercuteront sur leur client. Ce dernier, comme pour les frais de notaires, va croire que tout ce qu'il paye à l'avocat va dans la poche de ce dernier, sans se rendre compte de ce rôle de collecteur d'impôt. Cela ne servira pas l'image des avocats, d'où un certain mécontentement de leur part et une volonté claire de faire sauter cette taxe.

Une première tentative a été faite, sur la base du droit à un recours juridictionnelle effectif. Elle a logiquement échoué, car si effectivement une barrière financière est un obstacle à la constitution d'un recours, le montant de la taxe n'a pas été considéré comme suffisamment élevé pour constituer un obstacle réel. Comme toujours, ce n'est pas tant la substance en elle-même que la dose, qui fait le poison. 150 euros, ce n'est pas assez pour constituer un obstacle au droit à un recours juridictionnel effectif.

Voilà que peu après, un autre recours, beaucoup plus malin, attaque la même disposition, mais sur une toute autre base. La taxe a été clairement instituée en vue d'indemniser les avoués. Mais elle est payable indistinctement sur l'ensemble du territoire, y compris en Alsace-Moselle, alors que dans ces trois départements, il n'y avait pas d'avoués. Les ressortissants des Cour d'Appel de Metz et de Colmar vont devoir payer une taxe pour indemniser des avoués qui n'existaient pas. Il y a donc au yeux des requérants, et surtout du Conseil d'Etat qui a transmis la QPC, une atteinte au principe d'égalité devant les charges publiques. Il fallait le trouver ce moyen, certes un peu tordu. Mais ça a marché devant le Conseil d'Etat, qui a considéré le moyen comme sérieux.

Malheureusement, tout cela devrait se terminer par un non lieu à statuer, pour une histoire toute bête de calendrier, qui s'est sans doute jouée à deux ou trois semaines près. Le Conseil d'Etat a transmis la QPC le 28 mars 2012, à un moment où le conseil constitutionnel n'avait pas encore statué sur cette taxe, ce qu'il a fait le 13 avril, en la déclarant conforme à la constitution. Et c'est là le drame, car à partir du moment où le conseil constitutionnel a déclaré conforme, dans les motifs et le dispositif (ce qui est le cas ici), il faut un changement de circonstance de droit ou de fait pour réouvrir le dossier. Malheureusement, un nouveau moyen n'est pas un changement de circonstance...

C'est d'autant plus rageant que cela s'est joué aurait pu se jouer à peu. Le conseil constitutionnel a du recevoir la QPC le 29 ou le 30 mars. Or, l'audience pour la décision du 13 avril 2012 a eu lieu le 3 avril. Trop tard pour joindre ce nouveau moyen au dossier (mais en fait, il avait été soulevé par voie d'intervention volontaire et le CC y avait répondu par le considérant 10). C'est dommage, car le conseil constitutionnel est tenu par la question posée, pas par les moyens. Il peut très bien censurer une disposition pour des raisons totalement différentes de celles soulevées par les requérants, y compris par des moyens qui n'ont pas été évoqués. Si cette QPC basée sur l'égalité devant les charges publiques était arrivée plus tôt, le fonctionnaire chargé du suivi de la question aurait pu en prendre connaissance en temps utile (deux jours avant, c'est trop tard) et qui sait, une censure demandée sur le droit à un recours effectif aurait pu être prononcée sur la base de l'égalité devant les charges publiques...