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lundi 29 novembre 2010

Wikileaks, une révolution ?

L'annonce de la publication d'un nombre important de documents diplomatiques américains par le site Wikileaks est assurément une révolution, une déflagration qui part dans plusieurs directions, et où toutes les salves ne sont pas encore parties.

Premier choc, et pas des moindres, un simple soldat a pu, sans la moindre difficulté, récupérer tous ces documents et les sortir. Je serais responsable de la sécurité informatique du département d'Etat, je pense que je me terrerais au fin fond de la campagne après avoir expédié ma lettre de démission. C'est tout simplement une humiliation. Je pense que tous ses collègues sont en émoi et n'ont pas dû beaucoup dormir depuis cette annonce. Ils étaient déjà mal depuis les premières révélations, mais là, c'est le coup de grâce. L'onde de choc n'a sans doute pas fini de faire ses ravages, car ce n'est pas seulement la politique d'habilitations à consultation qui va être revue, c'est aussi carrément l'usage de l'informatique et d'internet. Si des documents sont ultra-secrets, rien ne vaut le bon vieux papier ! Et cela ne vaut pas que pour les Etats. Potentiellement, cette onde de choc peut provoquer un autre regard sur internet et sur l'informatique. Certes, c'est génial, c'est plein d'avantages, mais ça a aussi des défauts...

Deuxième choc, le contenu des documents. Ils auraient certainement été publiés, mais dans 50 ans. On anticipe un peu, et ce qui pose problème, c'est que les protagonistes sont tous ou presque encore aux affaires et que les dossiers sont en cours. Ça risque très sérieusement de perturber la diplomatie américaine. Ce ne sont pas les petits commentaires désagréables sur les uns ou les autres qui font souci, chacun sait à quoi s'en tenir sur Chavez ou Sarkozy. Là où ça va coincer, c'est quand certains vont s'apercevoir que les USA ont mené un double jeu, les ont leurrés. Même si on ne donne pas de noms, pour ceux qui sont au courant des dossiers, l'identité de certains informateurs ne sera pas un secret. Je n'aimerais pas être un informateur des USA en Syrie ou en Iran. Dans beaucoup d'endroits, les USA vont ramer pour retrouver une crédibilité et se refaire un réseau d'informateurs. On verra sans doute apparaître les motivations secrètes, les accointances, notamment avec le monde des affaires. Il y a des lettres de démission et des procès qui se préparent aux USA...

Par contre, je ne me fais aucune illusion, la diplomatie continuera comme avant. Cette révélation massive n'est qu'un accident de parcours, car déjà, l'administration Obama pourra se désolidariser sans mal de la politique menée par son prédécesseur. Je fais confiance aux autorités des grands pays pour mettre en place des réponses efficaces aux risques de fuites comme celle-ci. Je leur fais aussi confiance pour régler son compte à Assange. Cela a déjà commencé, et ce n'est pas fini. Il est devenu trop dangereux, il a frappé trop fort. Il y a 2000 ans, on en a crucifié un pour moins que ça.

Mais ce n'est pas une catastrophe pour tout le monde. Pour les chercheurs, c'est une aubaine. On mettra un peu de temps à tout publier, car le matériau brut ne s'édite pas comme cela. Il faut trier, indexer, mais une fois que l'on commencera à exploiter sérieusement cette masse documentaire, ce sera fabuleux. On va pouvoir enquêter réellement, recouper, choses qui sont plus difficiles quand les documents sont publiés 50 ans après. Si maintenant, Wikileaks pouvait s'attaquer aux archives du Vatican...

Vision unilatérale

Verel, et plusieurs commentateurs ont réagi à mon précédent billet sur l'opération menée par la banque alimentaire le week-end dernier. Résumons leur position : l'opération consistant à collecter des denrées non périssables à la sortie d'un supermarché est économiquement coûteux, donc quelque part absurde. Il vaudrait mieux faire un don en argent, afin que le don ne soit pas "mangé" par des frais inutiles. Cette analyse, purement et strictement économique, est parfaitement exacte, et en même temps tellement réductrice qu'elle en est presque ridicule tant elle passe a coté de l'essentiel.

Cette opération, ponctuelle, n'a pas pour but uniquement la collecte de denrées. L'essentiel des denrées est fournie toute l'année par la grande distribution qui, plutôt que de jeter les denrées arrivant à péremption, les donnent à la banque alimentaire. L'apport de cette collecte auprès des particuliers permet de recueillir des denrées que la grande distribution ne donne pas, car ayant une date de péremption éloignée (café, huile...), elles sont vendues avant d'arriver ) péremption. Il y a aussi d'autres motivations. Cela permet à la banque alimentaire d'avoir une visibilité auprès de la population, de rappeler qu'elle existe et éventuellement d'expliquer son fonctionnement et ce qu'elle apporte. Comment mieux toucher les gens que de se tenir à la porte des supermarché pendant un week-end ? On voit passer à peu près tout le monde ! Accessoirement, cela peut permettre de recruter des bénévoles, de souder et de fédérer ceux qui sont déjà là. Monter une telle opération est motivant pour les bénévoles, bien plus que de réceptionner des palettes dans un entrepôt... Il y a donc une dimension humaine et symbolique importante.

Sur la question des frais, je conteste l'analyse de Verel. Oui, il y a des frais importants du fait de l'allongement du circuit de distribution pour que les denrées arrivent jusqu'à la banque alimentaire. Mais pour les grandes quêtes de dons en argent, il y a aussi des frais, et ils ne sont pas minimes. Nous sommes dans une société complexe, où toucher le donateur coûte de l'argent. Cela ne me dérange pas de donner, à condition que mon don aille le plus intégralement possible à la cause pour laquelle je donne. Quand je fais un don en argent, je n'apprécie par tellement de savoir que 10% ou 15% de la somme parte en frais divers. Au moins, avec le don en denrées, je sais que l'intégralité de mon don ira aux destinataires. Je sais qu'il y a des frais induits, mais une partie sont à ma charge, et quelque part rajoute un surcout à mon don. Mais cela ne me dérange pas du tout, puisque de toute manière il y a des frais.

En matière de don, le symbolique est essentiel pour le donateur. Raisonner en termes exclusivement économiques et "rationnels" est une erreur, car on passe à coté de l'essentiel, qui est de l'ordre de l'humain. Donner en nature, ce n'est pas du tout la même chose que faire un chèque. Il y a une implication plus forte, et donc un retour symbolique plus important pour le donateur. Que pèsent donc quelques frais supplémentaires de logistique à coté de cela ?