La semaine qui s'ouvre devrait clore la phase de recomposition de la majorité ouverte par le remaniement, avec à l'Assemblée l'élection du président de groupe et du président de la Commission des affaires économiques (et éventuellement celle du président de la Commission du développement durable). Le discours de politique générale, avec engagement de la responsabilité du gouvernement (qui aura finalement lieu) viendra conclure.

On a pu avoir l'impression de tensions et de grognements, notamment de la part des centristes, qui s'estimaient assez mal traités par le jeu de chaises musicales au gouvernement. Ce fut jusqu'ici étonnamment calme, vu les enjeux. Borloo a râlé sur son sort, les centristes ont dénoncé la part belle faite aux anciens RPR, mais personne n'a franchi les lignes jaunes, ces réclamations étant la partie visible de la négociation qui s'est jouée en coulisse. Les ex-centristes de l'UMP savent qu'ils ne sont pas en position de force. Une partie des leurs sont partis avec Bayrou, la plus grande partie est au Nouveau Centre et dans les groupuscules annexes (Alliance centriste de Arthuis par exemple). S'ils se sont fait en partie bouffer par les anciens RPR, c'est avant tout parce qu'ils sont éclatés en plusieurs structures. C'est consubstantiel au centre, mais c'est gênant pour avoir des postes.

Les centristes n'ont quand même pas été si mal servis. Ils ont quelques représentants au gouvernement, dont le garde des sceaux, un secrétaire adjoint à l'UMP, qui est potentiellement un chef de courant sur lequel Copé devra compter, plus qu'un adjoint-sous-fifre. Les libéraux, qui se sont encore fait plus éclater la gueule ont aussi un secrétaire général adjoint, en la personne du poussif et peu charismatique Hervé Novelli, qui joue le rôle utile du troisième homme, évitant la confrontation anciens RPR contre anciens centristes. Reste l'attribution de la présidence du groupe à l'Assemblée. Je vois mal comment Christian Jacob pourrait ne pas être élu. Il faut juste que ce soit fait proprement et que Jean Léonetti, qui restera premier vice président du groupe en cas de défaite, ne soit pas humilié. Si par la suite, la présidence de la Commission du développement durable revenait à un ancien centriste, ça ferait passer la pilule.

En politique comme partout, les ajustements finissent toujours par faire coïncider nombre de postes et poids réel. Les centristes ont été surreprésentés par rapport à leur poids réel aux débuts de l'UMP, car le RPR avait besoin qu'ils viennent. Maintenant que la fusion est faite, que les anciens clivages deviennent moins marqués (on finit par ne plus savoir où sont réellement certains) la proportionnalité reprend ses droits. Les centristes n'ont pas trop gueulé car ils sont conscients que pour une part, ils ne peuvent s'en prendre qu'à eux mêmes. Depuis 2007, ils avaient largement la possibilité de se réunifier, ou au moins de se coordonner. Ils ne l'ont pas fait, ils en paient le prix. Et surtout, ils ont un espoir de revenir en force dans le jeu à l'occasion de la présidentielle, où la candidature de Borloo sera l'occasion de se compter dans le pays réel. Là encore, sauf si les anciens RPR leur font trop de misères (ce dont je doute), ils ont une grande partie de leur avenir et de leur poids pour l'après 2012 entre leurs mains.