Il n'y aura pas de discours de politique générale du Premier Ministre devant les députés. Tout ça, c'est de l'histoire ancienne. Le discours de politique générale, il a eu lieu hier soir, à la télévision, le président de la république s'exprimant devant les français. Cela ne me choque pas, au moins, on évite l'hypocrisie. Le président est le vrai patron et assume directement. Reste à aller jusqu'au bout de la logique et de le rendre politiquement responsable. Mais pas la question du jour n'est pas là. Dans cette intervention télévisée, Sarkozy a annoncé les réformes de la fin du mandat, ce qui me semble plus intéressant (à mon niveau tout au moins).

Première inflexion, l'abandon de l'identité nationale. L'immigration devient une compétence du ministère de l'intérieur, ce qui veut dire qu'on laisse tomber aussi l'intégration et le codéveloppement. Une fois de plus, Sarkozy est honnête : sa politique d'immigration, c'est de la répression pure. On le savait déjà avant, maintenant, c'est clair et assumé ! Ce ministère étant supprimé, les services administratifs qui ont été arrachés au Quai d'Orsay vont très probablement revenir dans le giron de la maison-mère, du moins en partie. Il y aura une belle commission d'enquête à lancer sur le coût financier directement imputable au caractère éphémère de ce ministère.

Deuxième grand sujet, le réforme de la justice. Sarkozy semble avoir compris que la suppression du juge d'instruction ne passera jamais. Même s'il garde l'idée dans un coin de sa tête, ce n'est plus une priorité (et tant mieux). Sa nouvelle lubie, c'est d'associer des jurés citoyens aux décisions de remise en liberté des criminels. C'est quelque peu vexant et injuste pour les JAP, qui font bien leur travail, que voir ainsi remise en cause leur conscience professionnelle. Mais à tout prendre, ce n'est pas une si mauvaise idée si elle peut effectivement rapprocher les citoyens de la justice. Je ne doute pas que les citoyens qui seraient éventuellement appelés à jouer les "jurés de remise en liberté" prendront leur rôle à coeur. Rapprocher la justice et les citoyens est un objectif louable, à condition que ça ne soit pas fait n'importe comment. Sur ce dernier point, j'ai quand même quelques inquiétudes...

Troisième sujet, la dépendance des personnes âgées. On en parle beaucoup, pour dire que c'est très important, mais on se garde bien de donner des détails. Vous allez comprendre pourquoi. C'est le grand sujet des prochaines années, avec une explosion du nombre de personnes âgées dépendantes, voire très dépendantes. Les systèmes actuels, notamment l'APA, ne suffisent plus. Il va falloir trouver des financements, et il n'y en a pas beaucoup : c'est soit la solidarité nationale, soit la prise en charge aux frais de la personne dépendante. Il y aura un mix des deux, mais il y aura quand même beaucoup qui sera demandé à la prise en charge personnelle, les finances publiques ayant leurs limites. Cela passe par une cinquième branche de la sécurité sociale, donc des cotisations en plus, mais surtout par un développement des assurances privées, pour préfinancer une dépendance pas encore présente, créant à coté de la mutualisation publique ouverte à tous, une mutualisation privée réservée à ceux qui pourront payer. Un troisième mécanisme, déjà existant, celui de la récupération sur succession, sera étendu. Une belle réforme casse-gueule en perspective...

Quatrième sujet, la fiscalité du patrimoine. Suppression de l'ISF et du bouclier fiscal et création d'un nouvel impôts sur les revenus du patrimoine et les plus values. Dis comme ça, c'est très bien, reste à voir les détails. Vu la charge symbolique autour de l'ISF et du bouclier fiscal, ça devait donner des débats animés !

Tout cela va nous faire une fin de mandat bien occupée, surtout qu'on a la réforme de la garde à vue, la délégifération et sans doute quelques petites surprises de la part du conseil constitutionnel.