Après ceux qui restent, ceux qui partent.

Premier groupe, les ministres d'ouverture. Exit Kouchner, Bockel et Amara. C'est logique, l'ouverture se faisant en début de mandat, pour essayer de déstabiliser l'opposition. Parfois ça marche, mais ça ne dure jamais longtemps. Au bout de trois ans, l'effet est estompé depuis longtemps et si ces ministres n'ont pas d'autre atout que leur positionnement de gauche, ils n'ont plus rien à faire au gouvernement. Même pas la peine de leur chercher des remplaçants. Je ne vois qui, à gauche, serait assez con pour accepter d'entrer maintenant au gouvernement...

Deuxième groupe, les centristes. Le gros morceau, c'est le départ de Borloo, suivi de ses fidèles lieutenants Létard et Daubresse. C'est le véritable "trou" de ce gouvernement : plus de ministre radical, plus de centriste de l'UMP. Du coté des centristes non-UMP, c'est la présence minimale, au prorata de leur poids réel : Leroy et Mercier. Ce vide est voulu et nécessaire. Si Borloo doit être candidat en 2012 et que sa petite musique sociale puisse être crédible, il faut qu'il puisse se désolidariser (un peu) du gouvernement. Ce départ, même s'il se fait un peu dans les grognements, est purement tactique et ne remet pas en cause l'unité de la droite. Le seul qui y perd vraiment, d'où son aigreur dès hier soir, c'est Morin, qui quitte le gouvernement et va se faire doubler par Borloo pour le leadership au centre.

Troisième groupe, les affaiblis, les fatigués et fin de mission. On y trouve Eric Woerth, qui est trop affaibli par les différentes affaires qui l'ont touché. C'est de l'exfiltration sanitaire. Pour les fins de mission, on a Devedjian, qui avait dit dès le départ que son poste était un CDD. Pareil pour Marleix, qui était là pour le redecoupage et la réforme des collectivités territoriales. Bussereau est dans la même catégorie, avec un départ annoncé de longue date. Mission accomplie, retour au bercail, sans aigreurs ni ressentiments. On est là dans le renouvellement naturel d'un gouvernement.

Et il y a les virés. Certains savent pourquoi, comme Rama Yade, qui a trop joué avec le feu et a fini par se brûler. Pareil pour Falco, qui paye sans doute son refus de prendre la tête de liste de l'UMP en PACA aux dernières régionales. Pour d'autres, et c'est un peu injuste, il faut partir parce qu'il faut faire de la place pour les nouveaux entrants. C'est le cas par exemple d'Hervé Novelli, qui n'a pas démérité, ou d'Anne-Marie Idrac, dont on se demandait ce qu'elle faisait là. Le départ le plus surprenant est celui de Christian Estrosi, qui pourtant a fait ce qu'il fallait cet été, en fayotage, pour apparaître comme fidèle parmi les fidèles. Il aurait du savoir que ça ne paye pas forcement, car il y a un quota de sarkozyste, et qu'il est déjà bien rempli avec Hortefeux.

Au final, ça donne effectivement un gouvernement de campagne : resserré autour de l'aile droite, avec des professionnels aguerris. Pas vraiment d'inflexion, mais c'est la logique du quinquennat. 5 ans, c'est trop court pour deux séquences distinctes, surtout quand la dernière année est consacrée à la campagne de réélection du président sortant.