Le nouveau gouvernement Fillon vient d'être nommé. Petite revue de détail.

M. Alain Juppé, ministre d'Etat, ministre de la défense et des anciens combattants. Le retour de la momie. Alain Juppé, c'est le Michel Rocard de Droite. Très intelligent et compétent, mais avec deux sous de charisme, donc incapable de se faire élire à la présidentielle. Premier Ministre était son sommet, mais comme son confrère de gauche, Alain Juppé est incapable de décrocher. Maire de Bordeaux sans perspective de fin de carrière, c'est le désespoir. Il est donc prêt à accepter toutes les missions qui lui permettent de rester dans le circuit. Il lui fallait donc être ministre, le portefeuille important peu. Vu son statut d'ancien Premier ministre, il ne pouvait être que numéro 2 du gouvernement. Cela dit, il fera très certainement un excellent ministre de la Défense, car Alain Juppé est un vrai professionnel des hautes fonctions et sait être un patron. Son prédecesseur n'en apparaitra que plus falôt.

Mme Michèle Alliot-Marie, ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes. Il n'y avait que le Quai d'Orsay qu'elle n'avait pas fait. Après, c'est Premier ministre ou dehors. C'est un peu comme Juppé, compétente, solide, une vraie patronne. Cela ne sera pas un luxe tant ce ministère a besoin d'être fermement tenu en mains. Politiquement, elle fait sans doute double emploi avec Juppé, prêtant le flanc à la critique d'un gouvernement RPR que les centristes n'ont pas manqué d'entonner et qui va leur servir de fil rouge jusqu'en 2012.

Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement. Bingo ! en voilà une qui a tout gagné. Elle rêvait de revenir à l'écologie, c'est fait. Certes, elle perd un peu de surface par rapport à Borloo, mais son périmètre est encore pas mal du tout. Et surtout, numéro 4 du gouvernement. La prochaine fois, c'est un ministère régalien. Palme de la plus belle progression et de belles surprises en perspectives car elle semble mieux armée que Borloo pour faire vivre le Grenelle de l'Environnement.

M. Michel Mercier, garde des sceaux, ministre de la justice et des libertés. Là ça se gâte. Ce n'est sans doute pas pour ses compétences que Michel Mercier occupe ce poste, mais plus pour comme ex-modem et caution centriste. Pour la justice, ça va être à la fois pèpère et difficile. Pepère parce que Mercier, c'est beaucoup plus calme et bonhomme que Dati. Plus difficile car il va falloir aller chercher les budgets et défendre son ministère très sensible des intrusions de l'Elysée. Pas gagné du tout...

M. Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration. Le miraculé. Il avait tout à perdre, les vautours du sud de la France (noms en i) tournaient autour de son ministère. Non seulement il garde le machin, mais en plus, il hérite de l'immigration, dernier vestige d'un ministère qu'il est mieux d'oublier.

Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. L'intouchable. Comment faire sans elle ? Pas possible en cette année de G20. C'est bien pour cela qu'elle retrouve les Finances dans son portefeuille.

M. Xavier Bertrand, ministre du travail, de l'emploi et de la santé. Retour à la case départ. Ce ministère, c'est un constat d'échec. Xavier Bertrand retrouve un poste qu'il occupait déjà entre 2005 et 2007. Il reste cantonné dans ce domaine, incapable d'élargir sa palette. En plus, il a un rang décevant. Attendons de voir comment il s'en sortira, avant d'évaluer réellement les pertes pour celui qui fut un temps l'un des espoirs de la droite pour 2017 et qui s'est cramé au secrétariat général de l'UMP.

M. Luc Chatel, ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative. Statu quo. Echange porte-parolat contre Jeunesse et vie associative. Pour le reste, pas de réelle progression.

M. François Baroin, ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat, porte-parole du Gouvernement. Une petite progression avec le porte-parolat, qui permet d'avoir une surface médiatique plus intéressante. Ce n'est pas un hasard si cette fonction est attribuée à un non sarkozyste, mais la donner à un centriste aurait été peut-être plus intelligent. On risque de renforcer cette impression de gouvernement RPR peuplé de chiraquiens.

Mme Valérie Pécresse, ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Inchangée. No comment, sinon qu'elle s'en tire bien après sa prestation pitoyable lors des régionales.

M. Bruno Le Maire, ministre de l'agriculture, de l'alimentation, de la pêche, de la ruralité et de l'aménagement du territoire. Il récupère l'aménagement du territoire, qui est visiblement un portefeuille que l'on peut mettre avec à peu près tout. Je ne vois pas tellement la logique de mettre ça avec l'agriculture, sinon pour donner une petite prime à Lemaire.

M. Frédéric Mitterrand, ministre de la culture et de la communication. Celui qui a sans doute eu le plus chaud aux fesses. Son bilan n'est pas fabuleux, il s'est cramé médiatiquement et son apport en tant que ministre "d'ouverture" est nul.

Mme Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des solidarités et de la cohésion sociale. Merci Fillon ! Roselyne sauve sa peau, et en plus, elle hérite d'un beau portefeuille, le sujet de la dépendance étant le dernier gros chantier du quinquennat. A elle de faire ses preuves et de lever cette image d'incompétence qu'elle traine, et qu'elle doit sans doute à une communication un peu trop "nature". En même temps, faire dans le compassionnel, ça lui ira bien.

M. Maurice Leroy, ministre de la ville. Parce qu'il fallait bien lui donner quelque chose. Leroy à la Ville, il aurait été mieux à la campagne. Aucune logique sinon que c'est un centriste, qu'il fallait le mettre ministre. On le met à un truc qui ne compte pas, où de toute manière il n'aura pas les budgets. Son premier job, éteindre les incendies allumés par Fadela et acheter la paix sociale dans les banlieues. Sa feuille de route : pas d'émeutes avant 2012. Pour le travail de fond, on attendra le suivant, peut être...

Mme Chantal Jouanno, ministre des sports. Elle est sympa, mignonne, et réellement sportive. Ca suffit à faire de vous une ministre des Sports. Douillet aurait du être moins balourd...

M. Patrick Ollier, ministre auprès du Premier ministre, chargé des relations avec le Parlement. Le dernier train. Cette nomination me fait penser à un joeur, dans un casino, qui met sa dernière pièce dans la machine. Et là, miracle ! Depuis le temps qu'il en rêvait, d'être ministre, ce remaniement, c'était la dernière chance. Au moins, il connait les tenants et aboutissants de son poste. J'attends avec gourmandises les face-à-face avec Accoyer, qui lui a "volé" la présidence de l'Assemblée nationale (défaite qu'Ollier a très mal digéré).

M. Eric Besson, ministre auprès de la ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, chargé de l'industrie, de l'énergie et de l'économie numérique. Ca y est, il est devenu un ministre normal, avec des services, un objet non sulfureux. Je suis particulièrement heureux que l'économie numérique figure dans ses titres. C'est l'industrie qui a la tutelle des télécoms, donc même s'il n'avait pas été spécifiquement chargé du numérique, il aurait quand même eu ça dans son portefeuille. Le fait que ce soit dans le titre indique que le numérique reste une priorité politique. Et il y a enfin des services administratifs pour s'en occuper.

M. Henri de Raincourt, ministre auprès de la ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes, chargé de la coopération. Un hobereau pour la Françafrique. Pourquoi pas ? Ca fait quand même un peu "on l'a gardé, mais par bonté". Le virer maintenant aurait été cruel, car il avait lâché une place de président du groupe UMP au Sénat qu'il n'aurait pas retrouvé.

M. Philippe Richert, ministre auprès du ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, chargé des collectivités territoriales. Là, c'est de la perversité ! Philippe Richert est également président de la Région Alsace... Je sens que l'on va s'amuser, car cela sonne quand même comme une provocation pour les autres présidents de régions, et au delà, pour l'ensemble des grands élus socialistes. En même temps, c'est bien joué, car Richert à une légitimité très forte pour ce poste. On ne peut pas l'accuser de ne pas connaitre la réalité des collectivités locales.

M. Laurent Wauquiez, ministre auprès de la ministre d'Etat, ministre des affaires étrangères et européennes, chargé des affaires européennes. Enfin ministre de plein exercice, et avec un beau poste en plus, les affaires européennes. Ce brave petit gars surdoué et surdiplomé y fera sans doute du très bon travail. Mieux que son prédecesseur...

Mme Nadine Morano, ministre auprès du ministre du travail, de l'emploi et de la santé, chargée de l'apprentissage et de la formation professionnelle. Que dire ? Elle stagne, même si elle est ministre en titre. Apprentissage et formation professionnelle, c'est un peu une voie de garage quand on est de droite. Il va falloir gérer la coordination avec l'Education nationale.

Mme Marie-Luce Penchard, ministre auprès du ministre de l'intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, chargée de l'outre-mer. Pourquoi changer une équipe qui gagne ! Depuis 2007, c'est la moins mauvaise ministre de l'Outre-Mer. Faut dire que faire mieux que Jego ou Estrosi, ce n'est pas bien compliqué...

M. Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, chargé du commerce extérieur. C'est la retrogradation, et surtout, la mise en isolement. Il va pouvoir voyager, ce qu'il aime, sans faire de conneries, ce qu'il faisait aux Affaires Européennes. Il aurait du être viré, mais il a sans doute des cartes qui lui ont permis d'éviter cela.

Mme Nora Berra, secrétaire d'Etat auprès du ministre du travail, de l'emploi et de la santé, chargée de la santé. Là, je suis un peu surpris, car aux Ainés, elle n'avait pas franchement marqué les esprits, au point que presque personne ne savait qu'elle était au gouvernement. Mais comme on viré Rama et Fadela, on ne pouvait pas virer aussi Nora, et comme du trio, c'était la moins pénible, elle a sauvé sa tête. Que va-t-elle bien faire sur un poste finalement assez lourd et important ? Simple potiche ?

M. Benoist Apparu, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, chargé du logement. Inchangé sinon qu'il perd l'urbanisme dans son titre. Il faisait du bon boulot. Reste à voir comment il va s'entendre avec sa ministre de tutelle...

M. Georges Tron, secrétaire d'Etat auprès du ministre du budget, des comptes publics, de la fonction publique et de la réforme de l'Etat, chargé de la fonction publique. Lui aussi, inchangé. Il venait d'arriver, et vu que Woerth a giclé, il faut en garder un qui ait la mémoire des dossiers. A noter le retour dans le giron naturel de Bercy.

Mme Marie-Anne Montchamp, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des solidarités et de la cohésion sociale. La dose supplémentaire de villepinistes. Mais en même temps, c'est un sujet qu'elle connait. Sans doute un petit cadeau de remerciement pour sa grande compréhension lors du projet de loi organique sur la CADES. Elle a ainsi montré qu'elle avait des convictions, mais savait aussi les mettre dans sa poche.

M. Thierry Mariani, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de l'écologie, du développement durable, des transports et du logement, chargé des transports. Mais qu'est ce qu'il fout là ? Sans doute une obligation pour Sarkozy de tenir une promesse faite au moment des régionales, quand Mariani a accepté d'aller au casse pipe à la place de Falco (qui lui quitte le gouvernement).

M. Frédéric Lefèbvre, secrétaire d'Etat auprès de la ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, chargé du commerce, de l'artisanat, des petites et moyennes entreprises, du tourisme, des services, des professions libérales et de la consommation. Je suis encore sous le choc... Je trouvais Novelli très médiocre. Je pense que rétrospectivement, il va remonter dans mon estime

Mme Jeannette Bougrab, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, chargée de la jeunesse et de la vie associative. La deuxième femme beur. Et une manière élégante de l'exfiltrer d'une halde déjà condamnée. Vu son style de management à la Halde, je n'aimerais pas être à son cabinet. Il faudra qu'elle reprenne ceux qui étaient avec Fadela, ils ne seront pas dépaysés.