Coup sur coup, deux billets de blogueurs socialistes tombent dans mon agrégateur, traitant du même sujet : la désignation du candidat du PS pour la présidentielle. Leur lecture m'a procuré beaucoup de satisfaction : continuez comme ça les gars, pendant ce temps là, nous on bosse sur le fond et en 2012, on vous nique dans les grandes largeurs. Comme en 2007, 2002 et 1995...

Fondamentalement, la culture politique du Parti socialiste est inadaptée au modèle de la 5ème république, et je crois, aux évolutions du système politique depuis 30 ans. Dans l'esprit du PS, c'est le programme et les idées qui priment. Ils sont décidés de manière démocratique au sein du parti et c'est après que l'on désigne ceux qui sont chargés de porter le programme, et qui finalement, ne sont que de simples "fondés de pouvoir" du parti. Dans l'absolu, c'est très bien, dans les faits, c'est une erreur.

La cinquième république, dans une dérive que je déplore, a concentré la vie politique sur l'élection présidentielle. Il y a d'abord eu 1962 et l'élection au suffrage universel direct, puis 1999 et le quinquennat. L'alignement des mandats du président et des députés a achevé de faire de la présidentielle la seule élection qui compte. Or, pour un tel scrutin, c'est le candidat qui compte, à la limite, le programme on s'en moque, il vient après. Il ne faut pas se leurrer, les électeurs regardent d'abord qui est en poste, ce qui est une preuve de lucidité de leur part sur la valeur, très relative, des programmes. 5 ans, c'est long, il peut s'en passer bien des choses qui amènent à laisser tomber des promesses devenues irréalistes du fait de la conjoncture, a lancer des réformes pas prévues mais imposées par les circonstances. Et surtout, quand le pays affronte la tempête, ce qui compte, c'est la trempe et la compétence du chef. En pleine crise financière de 2008, le programme de la présidentielle était très secondaire.

Cette hyperconcentration du pouvoir n'est pourtant qu'une illusion (soigneusement entretenue par l'intéressé et les médias). Depuis 30 ans, le périmètre d'action de l'Etat s'est considérablement réduit. Il n'y a qu'à regarder les capacités d'action en matière économique et comparer, dans une situation identique, les moyens dont disposait le Général de Gaulle ou Pompidou, et ce que peut faire Sarkozy. Une entreprise qui ferme, De Gaulle prend son téléphone et donne l'ordre au patron d'une des nombreuses entreprises publiques d'implanter une unité de production dans cette zone sinistrée. Autre exemple, en cas de problème financier, on procédait autrefois à une bonne petite dévaluation et ça repartait. Aujourd'hui, à part gesticuler, que peut faire le gouvernement ? Rien... et c'est un peu comme cela partout. Le pouvoir politique est aujourd'hui largement dilué. Continuer à croire que l'on peut "changer la vie" en étant au gouvernement, c'est de plus en plus illusoire. A quoi cela sert-il de creuser des programmes et des grandes idées au sein d'une structure close sur elle-même et ses rivalités ?

Si on veut véritablement gagner, il faut commencer par désigner un patron. Il est ce qu'il est (nul n'est parfait), mais une fois cette question tranchée, on peut réellement se mettre à bosser en élaborant un programme crédible. Par là, j'entends une série de propositions réalistes et faisables, mais aussi des propositions qui ne soient plus encombrées d'arrières-pensées, qui ne soient pas de simples instruments de conquête du pouvoir. Cela n'est possible qu'une fois la question "qui est le chef" tranchée. En attendant, personne n'écoute ce que dit le PS, car personne ne sait si les propositions sont réellement sérieuses, si ce sont elles qui seront réellement retenues.

La seule fois où le PS a réellement conquis le pouvoir, c'est quand il avait un patron incontesté : François Mitterrand. 1997 était un accident, une erreur monumentale de la droite qui a permis à un PS tout surpris de se retrouver au pouvoir. Tant qu'un patron ne s'impose pas dans la durée, le PS continuera à gaspiller son énergie à des querelles internes stériles, car quelque soit le candidat qu'il désigneront, il aura un retard énorme sur Sarkozy en terme de préparation du programme, de préparation de la campagne et de cohésion des équipes.