Le patron de France-Télévision sera nommé en conseil des ministres, et non plus par le CSA. Immédiatement, Le choeur auquel doit se joindre tout anti-sakozyste qui se respecte a entonné l'air de l'atteinte à la liberté des médias. En se focalisant sur ce point de détail d'un ensemble plus vaste, ces indignés professionnels qui ne manqueront pas de lancer une pétition, saturent l'espace médiatique. Cela leur permet de ne surtout pas traiter les points essentiels sur lesquels ils n'ont rien à dire !

Et nous voilà donc revenu à l'ORTF. Enfin, uniquement dans les délires de certains. Car les temps ont un peu changé depuis. Sous l'ORTF, l'information ne passait que par la presse écrite et par l'audiovisuel public, avec seulement deux chaines de télévision. Ce n'est plus le cas aujourd'hui, où l'offre est surabondante et très diverse et de ce fait incontrôlable par le pouvoir politique. Le Gouvernement serait bien en peine d'arriver à contrôler la diffusion et la teneur de l'information comme Alain Peyrefitte pouvait le faire dans les années 60.

Deuxième délire, vous croyez que le président de France-Télévisions est en mesure de contrôler tout ce qui se passe dans sa maison, qu'il est en mesure de dicter aux journalistes ce qu'ils doivent dire ou ne pas dire ? Pensez-vous que l'on pourrait aujourd'hui lancer une chasse aux sorcières comme on en a connues en 1968 et en 1981, avec des charrettes et des têtes qui tombent pour raisons politiques ? Je n'y crois pas une seule seconde ! Ce n'est pas parce qu'il sera nommé directement en conseil des ministres que le prochain patron de France-Télévisions, aura, rien que de ce fait, plus de pouvoirs !

Autre idiotie, croire que le système actuel de nomination par le CSA garantit l'indépendance du président de France-Télévisions. D'abord, c'est se leurrer sur l'indépendance du CSA. Ensuite, cette procédure ne porte que sur le choix de la personne, au moment de sa nomination. Mais ensuite, qui garantit effectivement que le président de France-Télévisions pourra exercer sa mission en toute indépendance ? Personne, car c'est l'Etat qui est l'actionnaire majoritaire, qui place plus ou moins directement qui il veut au conseil d'administration. Et surtout, qui fournit l'argent ? Devinez... C'est Bercy, dont le gouvernement. Si un président de France télévision déplait, rien de plus simple que de lui rogner ses ressources, de lui mettre des bâtons dans les roues. Et en plus, ça ne se voit pas, pas de traces de coups.

Cette décision de Nicolas Sarkozy permet de mettre fin à une hypocrisie, où le chef de l'Etat choisissait, sans avoir à assumer puisqu'officiellement, la décision était prise par d'autres ! Une preuve de plus de la transparence dont fait preuve Sarkozy, qui une fois encore est un démocrate : que celui qui prend réellement la décision doive l'assumer. Et cette mesure prendra encore plus de relief si la réforme constitutionnelle abouti (j'en doute de plus en plus), car une commission parlementaire sera appelée à émettre un avis sur cette nomination, et pourra, à la majorité des trois cinquièmes, mettre un veto à ce choix. Ce n'est sans doute pas parfait, mais c'est une amélioration notable.