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jeudi 19 juin 2008

Les motivations du vote

Sur quel critères décide-t-on de voter pour tel ou tel candidat, de répondre oui ou non à une question posée ? La réponse semble aller de soi pour certains. Ce n'est pas si évident.

Dans les catégories où se trouvent la plupart des blogueurs (CSP+, urbains, diplômés du supérieur, grands lecteurs et consommateurs de médias et de culture...), on se renseigne, on étudie, on analyse, on compare. Voter est un acte civique, donc important et il est nécessaire de l'accomplir en connaissance de cause. C'est ma manière de procéder (et sans doute celle de tous ceux qui vont lire cette note et qui sont en âge de voter).

Mais je suis pleinement conscient que dans d'autres couches de la population n'ont pas du tout le même rapport au vote. Savoir pour qui on vote se décide en deux minutes, parfois dans l'isoloir même. Les motivations peuvent être très diverses : un point particulier du programme qui touche très personnellement l'électeur (enfin que l'électeur entend comme pouvant le concerner personnellement), son étiquette politique (je vote toujours PS/PCF/UMP quelque que soit le candidat et ses qualités personnelles, son bilan, son programme), les aspects physiques du candidat (il est beau gosse, elle est pas mal roulée), une volonté de vengeance vis-à-vis du candidat (en général le maire) pour un refus ou une vieille haine personnelle et que sais-je encore (et pourtant, j'en ai parfois entendu des belles). Les arguments décisifs n'ont parfois rien à voir avec le programme ou le bilan, et tenter d'expliquer, d'argumenter ne sert à rien, puisque ce n'est pas sur ces bases que l'électeur en question se décide. Bien que ne faisant pas partie de cette catégorie d'électeurs, je ne considère pas pour autant cette approche comme illégitime (ou alors, on rétablit le suffrage censitaire). Nous sommes en démocratie (libérale en plus), chacun est libre de se déterminer comme il l'entend pour établir son choix citoyen.

Les hommes politiques le savent, et en tiennent compte lors des campagnes électorales, ce qui prêtent souvent le flanc aux accusations de "populisme" et de "démagogie" de la part de ceux qui votent "avec leur tête". Et cette accusation est parfaitement justifiée quand on est dans la rationalité de "l'électeur-avec la tête". Pour l'homme politique, l'important, c'est d'être élu, car c'est par ce moyen et lui seul que l'on est en capacité d'agir. Etre battu, c'est être condamné à l'inaction, et ce n'est le but d'aucune personne s'engageant en politique. Ce n'est donc pas un exercice facile, car il faut se gagner les suffrages d'électeurs ne répondant pas du tout aux mêmes rationalités, et où les messages adressés à l'un des publics peut avoir un effet désastreux sur l'autre. C'est particulièrement visible dans les exercices d'équilibristes auxquels se livrent les candidats à l'élection présidentielle !

Une autre manière de voir

Un évènement, un fait, on troujours plusieurs facettes, plusieurs manières d'être lues. Par exemple la visite de Bachar El Assad à Paris prochainement. Et on nous ressort les photos de Khadafi, les mots "dictateur", "droit de l'homme" et l'angélisme qui va avec. Pour finir sur un "pas bien". Et qui verra-t-on se bousculer autour des petits fours dans les jardins de l'Elysée ou des ministères, le 14 juillet prochain ? Ceux-là même qui se sont indignés de la présence du président syrien.

Heureusement, il y a d'autres manières d'envisager cet évènement, plus réalistes, plus conformes à ma manière de voir les choses. Plus politiques aussi...

La politique, c'est l'art de faire un choix entre les possibles, en tenant compte de nombreuses contraintes. C'est forcement frustrant, car si on gagne sur un tableau, on peut y perdre sur un autre. On aimerait pouvoir tout faire, tout concilier, mais ce n'est guère possible. Ceux qui sont attachés à une cause ou à une attitude que vous "sacrifiez" car on ne fait d'omelette sans casser des oeufs, vous critiquent, vous accusent de lâcheté, voire vous insultent. Et enfin, ultime frustration, on est souvent obligé de laisser de coté son opinion personnelle, car quand on est élu du peuple, on doit agir, non pas selon ses critères éthiques personnels, mais en fonction de ce qui apparait être le moins mauvais résultat ici et maintenant, pour l'ensemble de la collectivité dont on a la charge et la responsabilité.