Relevé chez Dagrouik cette phrase pleine de bon sens de Michel Rocard : "Sous cette condition, on aurait pu continuer à travailler tranquilles et à faire pour le projet ce qu'on vient de réussir avec la Déclaration de principes".

Ce cher Dagrouik (qui ne m'a pas invité à venir écouter Sainte-Ségolène) réagit en militant, et accuse Rocard de myopie. Selon lui, quand un texte ne mobilise qu'à peine 30% des militants, c'est qu'il y a un problème. Cette méthode mettant les militants sur la touche n'a visiblement pas son approbation : "ce sont les militants qui font les campagnes réussies , et que le projet devra être débattu , discuté avec le plus grand nombre". Dagrouik est un démocrate (et donc pas si gauchiste que ça...), et pour lui, le premier lieu où doit s'exercer la démocratie, c'est au sein du parti. Sa logique se tient, sur le plan intellectuel. Il va autrement sur un plan pratique...

Dagrouik met magnifiquement en lumière un dilemme assez terrible pour les militants de gauche, et toujours pas tranché, qui est de choisir entre l'efficacité et le respect scrupuleux des principes. C'est dans le fonctionnement interne des Verts que l'on a le meilleur exemple de ce que peut donner le choix de faire prévaloir le respect des principes, "la pureté" sur la recherche de l'efficacité. Ah, pour être démocratique, le fonctionnement interne des Verts est démocratique. Mais quel foutoir ! Et comme ils sont doctrinalement assez intransigeants (ce qui va de pair avec leur recherche de pureté dans le fonctionnement des instances), il ne sort pas grand chose d'un congrès des Verts, mis à part des disputes. Cela leur vaut d'ailleurs une hémorragie de leurs cadres, lassés de ce bordel et qui partent au PS ou au Modem. Heureusement pour les Verts que leur pensée et leur programme sont produits par d'autres que les militants, sinon, ils seraient à poil !

Michel Rocard est un vieux renard de la politique, et il sait que certaines choses seront mieux faites si les militants ne s'en mêlent pas. Et en cela, il a parfaitement raison. Si ce sont effectivement les militants qui font les campagnes réussies, ils ne sont globalement utiles qu'à cela. Depuis la Rome antique, cela se vérifie. Le militant s'appelait alors "plébéien", et on l'employait dans les campagnes électorales de l'époque pour faire le coup de poing contre l'adversaire (on appelle cela aujourd'hui le collage et le tractage) et à entourer le candidat pour faire la claque ! Mis à part ça, les militants ne sont bons à rien et il faut les écarter, autant que possible, du travail de réflexion, quitte à leur faire ratifier le tout au moment d'une grand messe qui sert également à les gonfler à bloc.

Certes, écarter les militants de l'élaboration du programme n'est pas très "démocratique" ni respectueux des grands principes. Mais au moins, c'est efficace. L'UMP et avant lui le RPR l'ont compris et on fait clairement leur choix depuis belle lurette !