La France a inauguré dernièrement le musée des arts premiers, avec force gesticulation médiatique autour du respect des minorités. En 2005, toujours à l'initiative de Jacques Chirac, la France est à la pointe pour la négociation et la signature de la "convention sur la protection et la diversité des expressions culturelles". Tout cela est bel et bon, mais essentiellement destinée à la communication, à la bonne image de la France. On cherche à développer la diversité chez les autres, mais on se garde bien de le faire chez nous.

Hier soir, lors du débat constitutionnel sur la Nouvelle Calédonie, un amendement a été déposé par le député breton Marc Le Fur, pour la promotion des langues régionales. L'article 2 de la Constitution dit que "le français est la langue de la République". Cette formulation bloque les initatives qui pourraient être prises en faveur de l'enseignement, de la diffusion et de l'utilisation des langues régionales. Et surtout, cette disposition est l'une des raisons de l'opposition du Conseil Constitutionnel à la ratification par la France, de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires. Ce député propose donc (pour la troisième fois) de rajouter après "le français est la langue de la République" les mots suivants "dans le respect des langues régionales qui forment notre patrimoine".

Il n'y a dans cette formule rien de révolutionnaire et on ne dynamite pas la Nation française. De toute manière, les langues régionales existent (même si certaines comme le breton sont mal en point) et sont utilisées. Autant les reconnaitre, ce serait à l'honneur de la République. Et bien non, nos élites parisiennes en sont restés à la conception "3ème république" des langues régionales, qui sont une menace pour la République, des ferments de séparatisme (et on rajoute aujourd'hui de communautarisme). Il ne faut surtout pas les reconnaitre, et ne pas ratifier la charte européenne, tout cela au nom de l'unicité de la Nation française. Là, plus question de promotion de la diversité culturelle...

Le ministre commence par une belle phrase, pour dire que bien entendu, c'est une noble cause, et blablabla, mais que malheureusement, ce n'est pas possible. Quel dommage !! Et viennent alors une série d'arguments faciles et fallacieux, surtout dans la bouche d'un ministre. La formulation proposée ne serait pas "normative" et ne viserait "quà formuler un voeu". Et la déclaration des droits de l'homme de 1789, intégrée dans le bloc de constitutionnalité, elle formule quoi sinon des mesures dépourvues de finalités normatives ? Cet argument est encore plus comique quand on lit les projets de loi déposés par le gouvernement, qui grouillent littéralement d'articles déclaratifs, sans portée normative, au point que le Conseil Constitionnel a été obligé de lancer un rappel à l'ordre sur ce sujet.

Il poursuit en énonçant des contre-vérités sur la charte européenne des langues régionales. Ce document comporte effectivement des dispositions qui permettent d'introduire dans la vie publique l'usage des langues régionales et minoritaires. Les jacobins français se servent de cet épouvantail pour faire croire que la ratification par la France entrainerait l'obligation de traduire tous les documents administratifs dans les langues régionales. Cet argument est une manipulation grossière, car cette charte est à ratification variable, et un gouvernement peut décider de ne retenir que certains points. La France a donc parfaitement la possibilité de ne pas reprendre les éléments qui porteraient atteinte à ce qu'elle estime être le coeur de son identité, à savoir le monopole du français dans tous les actes de la vie publique. Avant le veto de Jacques Chirac en 1999, la France avait déjà retenu 39 engagements et pouvait ainsi ratifier cette convention internationale sans remettre en cause la place du français comme seule langue officielle.

Enfin, le ministre termine par un très comique "ce n'est pas le moment de l'examiner". Parce le projet de révision qui fige le corps électoral en nouvelle-Calédonie était opportun ? C'était le bon moment, à quelques mois des élections, de proposer un texte aussi controversé et discutable ? Quand le gouvernement n'a pas envie, ce n'est jamais le moment !

Ce débat s'est terminé par un scrutin public, avec un rejet par 57 contre (dont 50 UMP) et 44 pour. Ce débat est donc loin d'être anecdotique, car malgré les ordres et la surveillance du caporal-chef Accoyer, 28 députés UMP ont voté pour. On a vu à cette occasion le meilleur, des députés qui défendent avec conviction une position minoritaire, et le pire, la discipline bête et méchante qui transforme les parlementaires en soutiens fidèles des volontés du gouvernement et le Parlement en chambre d'enregistrement.