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lundi 1 avril 2013

Digital Citizen

"Digital citizen" est un livre de David Lacombled, qui vient de sortir (et qu'il a eu la gentillesse de m'envoyer, comme si j'étais un journaliste). Ce petit ouvrage, qui se lit assez vite et agréablement, propose de faire le point sur quelques enjeux importants du numérique. Facile à lire, c'est à dire ayant du rythme et sans jargon, il offre un point de vue très généraliste. Sept grands chapitres : la Culture, les Relations internationales, les multinationales du numérique, le numérique qui facilite la vie, l'information et les médias, l'innovation économique et les changements sociétaux. On fait à peu près le tour de la question, même si on voit bien que des angles ont été privilégiés. Les connaisseurs du monde numérique n'y apprendrons pas grand chose, mais ce n'est pas son seul intérêt. Il expose aussi une vision du monde numérique et de ses enjeux, et pose les bases d'une réflexion intéressante, qui est appelée à se poursuivre.

Sur le fond, je n'ai pas vraiment trouvé de point de désaccord avec ce qu'écrit David Lacombled. Même si je ne partage pas toujours ses positions, aucune ne me choque et ne me hérisse le poil. Soi je vieillis, soi la réflexion sur le numérique progresse, et une base acceptable commence à émerger. Je me dis qu'on s'éloigne tranquillement des temps, pas si anciens, mais déjà passé, des débats de la DADVSI et de la Hadopi, où on entendait des conneries aussi énormes que ceux qui les proféraient. Le temps des Marland-Militelo s'éloigne, et même si on entend quelques rétrogrades braire sur internet, source du malheur du monde, ces voix s'éteignent progressivement. L'alternance politique de 2012 y est peut être pour quelque chose, mais aussi sans doute est-ce du à une meilleure connaissance et à une réflexion poussée sur ce qu'est le numérique, ces dangers et ses potentialités. Le tout sans hystérie, ni dans un sens ni dans l'autre. Le livre de David Lacombled est dans cette veine, et propose de poser le débat plus calmement.

David Lacombled travaille chez Orange, connait bien le monde des médias. J'ai donc lu avec attention les chapitres sur la culture et les médias. Il se trouve que ce sont ceux qui je connais aussi un petit peu. Sur ces deux secteurs, je rejoins largement ses analyses, et cela me rassure. Ce que j'aimerais, c'est que ces constats soient également partagés par les éditeurs et industriels (gestionnaires de droits compris) de la Culture. Même si je note des progrès, on est encore loin de la paix entre l'usager et le consommateur que je suis, et ces fournisseurs qui s'obstinent à ne pas comprendre, et surtout, à m'empêcher de satisfaire ce que je considère comme une demande légitime : le libre accès à l'information et à la culture. Qu'il faille payer à un moment donné, pour que ceux qui produisent les "contenus" soient rémunérés, tout à fait d'accord. Mais pas en payant des sommes astronomiques à des gens dont la valeur ajoutée n'est pas évidente. David Lacombled le dit plus poliment que moi, mais il ne dit pas autre chose quand il souligne que des modèles économiques viables existent, à condition d'accepter de changer et de ne pas chercher à ériger des lignes Maginot, mais aussi quand il souligne les limites des systèmes de distribution fermés et la faiblesse de l'offre disponible, notamment pour le livre.

J'ai aussi beaucoup apprécié les passages sur le numérique et la politique. Le numérique, c'est instantanéité et la transparence. Les politiques et les diplomates vont devoir travailler autrement. Ce sera peut-être moins bien, notamment parce qu'il faut réagir vite, sans recul, et que ce n'est pas toujours bon. Il ne sera plus possible de continuer à construire les positions de pouvoir sur la détention d'informations privilégiées. Tout se saura, et parfois, les détenteurs actuel du pouvoir ne sont pas les premiers à être au courant de choses importantes, et souvent, l'apprennent en même temps que les autres. Tout se saura aussi sur la manière dont les décisions se prennent, sur les choix qui ont été opérés, qui restent aujourd'hui plus ou moins opaques, car les politiques se gardent bien de donner les informations permettant de comprendre les tenants et aboutissants de leurs décisions, et surtout, la part exacte qu'ils ont pris dans la décision. Plus ça va aller, plus le mot "responsabilité" va peser lourdement. Par contre, je partage son scepticisme sur le "cyber-activisme" et sur le militantisme sur internet, où les "méchants" sont aussi, sinon mieux équipés que les "gentils". Et surtout, il faut bien se rendre compte que dans ce domaine, le numérique est un outil, qui ne donnera rien si derrière les claviers, ça ne répond pas.

En conclusion, internet et le numérique sont des outils, qui peuvent nous faciliter la vie, comme nous l'empoisonner. On trouve le meilleur et le pire sur internet. Jusqu'ici, on s'est peut-être un peu trop focalisé sur le pire, sans doute parce que ceux qui avaient la parole ne comprenaient pas l'outil, mais se rendaient compte qu'il allait provoquer une redistribution des cartes qui ne serait pas à leur profit. D'où une hystérisation des débats autour du numérique dont il faut sortir. C'est possible si un maximum de voix se font entendre et cherchent à progresser, à se former au numérique, à mettre en avant la manière de bien utiliser l'outil, ce qui peut amener parfois à poser des limites. Un vaste chantier s'ouvre, celui de la formation au numérique.

mardi 29 janvier 2013

Régulation des contenus sur internet

Le CSA vient de sortir du bois concernant la régulation des contenus vidéos. Il souhaite étendre sa régulation à l'ensemble des contenus vidéos sur internet, en commençant par Youtube et Dailymotion, puis tout le reste. Ce n'est pas une surprise sur le fond, par contre, on se demandait comment, juridiquement, ils allaient y arriver. On y voit un peu plus clair. Enfin, on se rend surtout un peu mieux compte qu'ils vont droit dans le mur...

Ils commencent par parler d'auto-régulation des acteurs, le CSA leur donnant le cadre, et n'intervenant qu'en cas d'échec de l'auto-régulation. Je ne peux pas m'empêcher de rire, car le CSA ne semble pas savoir comment faire en cas d'échec de l'auto-régulation. Ils interviennent, oui, mais comment ? Ils n'ont strictement aucun moyen juridique pour peser sur Dailymotion ou Youtube. Leur régulation sur les chaines de télévision repose sur la convention d'attribution de fréquence hertzienne, qui est assortie d'obligations (en échange de la gratuité pour la chaîne) dont le CSA est chargé d'assurer le respect. La sanction ultime est le retrait de la fréquence. Sauf que les sites internet n'utilisent pas de fréquences hertziennes. En tant qu'éditeur de ce site internet, je ne suis tenu que par la loi pénale française en ce qui concerne ma liberté d'expression. Le CSA peut me dire ce qu'il veut, rien à battre !

Le CSA n'est pas idiot, et se rend bien compte de la fragilité de sa construction, qui ne tient que par le rapport de force qu'il est capable de mettre en place avec des sites internet. Il propose donc, indirect et en tournant un peu autour du pot, de remettre en cause les directives européennes, et notamment celle qui régit les statut d'hébergeur et d'éditeur. Je ne vois pas en quoi cela changerait concernant la régulation des contenus, mais visiblement, la CSA n'a trouvé que ça. C'est dire qu'il est un peu à poil. En plus, il va se prendre dans la figure la directive européenne SMA, qui exclut explicitement certains sites du champ de la régulation. Le législateur peut écrire ce qu'il veut dans sa loi audiovisuelle (on va sans doute encore bien se marrer), le droit européen ne bougera pas.

Je vois mal un certain nombre de pays européen accepter de changer aussi fondamentalement les règles de régulation de l'internet pour les adapter à un système spécifiquement français, qui n'est rien d'autre que de la censure politique. Il faut bien dire ce qui est, le CSA est le dernier avatar, dégénéré, de l'ORTF et d'une volonté des politiques de contrôler le contenu des programmes télévisés, et plus globalement, de ce que les citoyens peuvent lire ou regarder. Je vois mal les pays de l'ancienne Europe de l'Est accepter qu'on mette en place, au niveau européen, un quelconque dispositif de contrôle des contenus.

En voulant étendre son pouvoir de régulation, condition sine qua non de sa survie, le CSA ouvre la boîte de Pandore. Il va devoir expliquer pourquoi il faut réguler, pourquoi il faut que ce soit lui qui le fasse. Quand cela se passe dans l'entre-soi de l'audiovisuel, où le deal était gratuité contre régulation, ça passait. Maintenant que c'est le grand public qui va être concerné, et que le CSA n'a strictement rien à offrir en échange de l'acceptation de sa régulation, ça va être une autre paire de manche. Ce sera d'autant plus difficile que la société numérique s'est bâtie sur un refus total de la moindre régulation autre que l'auto-régulation. Toute tentative d'imposer, par la loi, un contrôle des contenus va soulever une tempête politique, qui pourrait bien emporter le CSA lui même...

jeudi 30 août 2012

Un blogueur n'est pas un journaliste

La blogosphère et Twitter semble se prendre de compassion pour un blogueur qui a été condamné pour avoir publié sans autorisation des photos de Marion Cotillard. Les faits sont établis, et ne sont d'ailleurs pas contestés, le blogueur ne fera pas appel de sa condamnation. Là où certains pleurnichent, c'est sur l'absence de "pitié" de Marion Cotillard, qui non seulement a refusé la règlement amiable avant et est allée jusqu'au procès, mais a en plus refusé un délai de paiement pour les 2500 euros que lui devait le blogueur.

Certes, Marion Cotillard n'est pas "cool", mais elle est dans son droit. Le plus strict. Je ne vois pas pourquoi, sous prétexte que le blogueur en question est un divorcé surendetté, on devrait lui faire des cadeaux. Il a fait une connerie, il assume. 2500 euros, cela ne va certes pas arranger sa situation financière, mais ce n'est pas la mort non plus. D'ailleurs, il a visiblement réussi à se les procurer, preuve que quand on veut (ou qu'on a le couteau sous la gorge), on y arrive.

C'est une leçon pour tous les blogueurs. C'est la fable "le corbeau voulant imiter l'aigle", le petit amateur qui croit pouvoir jouer dans la cour des grands. Sauf qu'il n'a pas les reins assez solides, et se fait avoir, là où les professionnels arrivent à s'en tirer. C'est une limite qu'on trouve partout. Quand on critique, il faut connaitre ses limites, ce qu'on peut se permettre et ce qui va vous amener à Pôle-Emploi, parce que le patron ou les collègues se sont reconnus et n'ont pas aimé. Les journalistes ont cette différence avec les blogueurs qu'ils sont habitués à être violemment critiqués, à recevoir des menaces ou même à subir des pressions ou des tentatives de rétorsion. Ils font donc très attention à ce qu'ils publient, et pour le reste, ils ont un blindage émotionnel à tout épreuve. Ce n'est pas forcement le cas des blogueurs, qui peuvent perdre leur emploi ou subir d'autres conséquences désagréables parce qu'ils "ne sont pas couverts" ou tout simplement, mal vivre psychologiquement le retour de flammes des attaques qu'ils ont eux-mêmes lancées.

La différence entre les amateurs et les professionnels est aussi là, dans la solidité des reins, et donc, dans ce qu'ils peuvent se permettre.

samedi 11 août 2012

Le début de la fin de Google

Google a accepté de se plier aux exigences des rentiers de la propriété intellectuelle en abaissant le référencement des sites faisant l'objet d'un trop grand nombre de demandes de retrait pour cause de violation du droit de la propriété intellectuelle. Présenté comme cela, ça ferait presque "normal" et juste, avec un risque quasi-nul de censure. Bref, une petite évolution de rien du tout.

En fait, la brèche est ouverte dans la digue. Google accepte que des intérêts financiers et commerciaux puissent intervenir efficacement sur les résultats de son moteur de recherche. Ce sont d'abord les industries du divertissement qui vont en bénéficier, mais rien ne dit que seuls eux seront concernés. Qui sera le prochain à venir demander un tel pouvoir d'intervention ? La liste est longue et je parie qu'on va vite arriver sur des intérêts moraux (politiques, religieux, philosophiques...), qui se draperont dans la "dignité humaine", dénonçant des actes horribles (au hasard, la pédo-pornographie) pour demander à Google de déréférencer. La deuxième évolution négative, est que l'on va encore plus vite arriver, non pas à un simple recul dans les résultats de recherche, mais à une disparition pure et simple de la visibilité sur Google. Imaginez donc ce que peut donner tout cela si on va au bout de la logique (et on ira...) !

En fait, ce n'est pas si grave, sauf pour Google. L'information qui intéresse et qui n'est pas sur Google, sera ailleurs, et les gens iront la chercher ailleurs. On est tous sur Google par facilité, parce que les résultats sont réellement pertinents, même si c'est de moins en moins vrai, du fait d'une véritable pollution par les reprises et l'intégration de Twitter dans les résultats de recherche. Si Google ne donne plus satisfaction, si on ne fait plus confiance aux résultats car on sait qu'une censure existe et qu'une mise en avant d'autres sites s'opère de fait, on ira voir ailleurs. Google ira rejoindre Yahoo (qui a une occasion en or de retrouver une deuxième jeunesse), AOL ou altavista au cimetière des géants déchus du Net.

Tout concourt en ce moment à ce que s'amorce un déclin de Google. Il ne peut que reculer, vu son emprise et ses parts de marché. Son image se dégrade, et si les communicants tentent de la faire passer pour entreprise sympa (avec des communiqués que les "journalistes" sont incapables d'analyser correctement), ça marche de moins en moins. En France notamment, on n'aime pas les Anquetil, ceux qui raflent tout et dominent. De plus, les procès en droit de la concurrence commence à s'accumuler, obligeant Google à lâcher du lest. Certes, l'entreprise migre vers de nouveaux métiers, mais elle y arrive car elle est assise sur un tas d'or. Il n'est pas dit du tout qu'elle réussira sa migration hors de son cœur de métier, celui pour lequel elle a une longueur d'avance considérable et une vraie valeur ajoutée par rapport aux concurrents. On voit bien ses échecs successifs pour concurrencer facebook.

Une prééminence dans le numérique est fragile, et la clé du succès est l'adhésion des internautes au service qui leur est proposé. s'ils migrent massivement, l'entreprise coule, car cette adhésion est le seul actif justifiant les capitalisations complètement démentes de certaines sociétés du Net. Parfois, la chute vient d'un détail, d'une étincelle, comme par exemple le fait d'accepter de privilégier l'intérêt des pires industries sur la qualité du service rendu aux internautes...

jeudi 12 juillet 2012

Les plic et ploc de la fiscalité numérique

Le gouvernement vient de lancer une mission sur la fiscalité du numérique. Il souhaite remédier à un problème : il n'arrive pas à taxer assez le numérique (et ça, Bercy n'aime pas du tout), ce qui entraine un problème collatéral, les entreprises française se trouvant avec une charge fiscale que ses concurrents n'ont pas. Voici la feuille de route officielle : "La mission dressera un inventaire des différents impôts et taxes qui concernent aujourd’hui ce secteur, effectuera sur ce sujet une comparaison internationale et évaluera la situation des sociétés au regard de cette fiscalité. Elle formulera des propositions visant à créer les conditions d’une contribution à l’effort fiscal du secteur mieux répartie entre ses différents acteurs et favorable à la compétitivité de la filière numérique française. La mission s’attachera notamment à dégager des propositions en matière de localisation et d’imposition des bénéfices, du chiffre d’affaires, ou, éventuellement, sur d’autres assiettes taxables."

Il faut noter que la mission est exclusivement Bercy. Nulle trace de cultureux, ce qui pour moi, est une excellente chose. La mission a pour rôle de remplir les caisses de l'Etat sans faire trop de dégâts chez les entreprises du numérique. Il n'est en aucune manière question de vampiriser l'industrie numérique pour remplir le panier percé de la "création" et pallier la mauvaise gestion des intermédiaires de l'industrie du divertissement. C'est important, car le rapport produit pourra servir de base à un certain nombre de mesures qui trouveront une application concrète. C'est important aussi que Bercy la joue solo, car on sait que c'est la crise, et que forcément, c'est le premier qui passe qui arrive à rafler le peu d'argent qu'il peut y avoir à glaner. Quitte à ce que le numérique paie, je préfère largement que cela alimente le Trésor public plutôt que la SACD ou les producteurs de cinéma. Bercy va avoir un intérêt très direct à protéger le numérique des prédateurs dont la tanière est installée rue de Valois !

Jusqu'ici, tout va bien. C'est après que ça se gâte...

D'abord le choix des missionnés. Pierre Collin, conseiller d'Etat (et excellent fiscaliste) et Nicolas Colin, inspecteur des Finances et ingénieur télécom. Je n'ai aucun doute sur les compétences techniques de ces deux magnifiques représentants de la technocratie française. Le pedigree parle pour eux. C'est bien le problème. On aura un magnifique rapport, brillant, conforme au canon de la production technocratique française. Par contre, la créativité, la vraie innovation risquent de ne pas être au rendez-vous. Ce serait une prise de risque que ces deux personnes ne peuvent pas se permettre...

Et visiblement, ce n'est pas du tout ce qu'on leur demande. En fait, quand on lit l'article du Monde, qui a fait parler Fleur Pellerin, on constate un décalage énorme entre la feuille de route officielle, et ce qui est réellement demandé aux deux rapporteurs. Fleur Pellerin vend la mèche : les solutions, elle les a déjà, ce qu'elle veut, c'est que les deux rapporteurs les expertisent et si possible les valident techniquement, en donnant la bonne recette pour contourner les obstacles, à commencer par le droit européen. Elle propose de monétiser les interconnexions, afin de pouvoir les taxer, ce qui n'est pas, fiscalement, une mauvaise idée car le problème du numérique, c'est l'absence d'assiette taxable. Mais cela pose d'autres soucis et heurte le fonctionnement "habituel" du monde du numérique. Mais la piste est à creuser, car le peering gratuit est de moins en moins la règle. Une autre piste, qui ressort de la même logique, est d'interdire les livraisons gratuites pour Amazon, ce qui permettra de mettre une taxe sur les livraisons.

On reste donc très classique, en cherchant à faire évoluer le numérique pour qu'il entre dans les cadres du droit fiscal. Il existe pourtant un autre système, plus ancien, pour remplir les caisses : la ferme générale. On peut très bien imaginer un impôt, frappant les activités de l'e-commerce, dont la perception serait confiée à l'e-commerçant, moyennant une commission. Soit un un pourcentage, soit (et là ça devient dangereux) une obligation pour ce percepteur de fournir une somme fixée à l'avance, les éventuels surplus collectés restant dans la poche du percepteur. Tout dépend de la connaissance par l'Etat de la capacité contributive (donc des chiffres de ventes) et des moyens de négocier équitablement avec le fermier général (et éventuellement de lui faire rendre gorge en cas de prédation trop forte). On finira peut-être par y arriver...

Pour l'instant, on reste encore sur les vieux schémas, ceux de la hadopi et consorts, qui consistent à croire que la technique peut se plier au droit.

mardi 1 mai 2012

Twitter 466 fois

Pendant la soirée électorale du 22 avril dernier, un twitter de gauche a insulté Jean-François Copé et NKM. Grosse salope et fils de pute constituent incontestablement des injures publiques tombant sous le coup de la loi. Twitter étant un mode de communication au public, l'injure est publique, quand bien même le tweet a été retiré rapidement. La plainte est donc parfaitement justifiée.

Ce qui étonne est la demande des plaignants, qui demandent un euros de dommages et intérêts, et surtout, que l'auteur du tweet injurieux soit contraint de twitter 466 fois un message d'excuse. Cela peut paraitre ridicule et infantile, mais c'est sans doute justement ça qui fait tout l'intérêt de cette citation, qui n'est pas une condamnation. Le juge peut décider ce qu'il veut, et j'ai quelques doutes sur le fait qu'il accorde effectivement cette condamnation saugrenue. Un seul tweet d'excuse (convenablement retweeter pour mieux le faire apparaitre...) suffira, la condamnation devant être, à mon sens, symbolique. La vraie punition est dans la prise en charge par le coupable des frais de justice de ses adversaires, qui, s'ils sont vaches, vont prendre un ténor du barreau.

Cette assignation aura permis de faire le buzz, et de faire prendre conscience à certains que même dans le feu de la campagne élecvtorale, il faut faire attention à ce qu'on tweete. Un bon nombre de personnes, derrière leur écran, ne semblent pas se rendre compte que twitter n'est pas un jeu où ils sont lus par quelques copains, mais qu'ils peuvent, par le jeu des retweets, avoir potentiellement des milliers de lecteurs. Même si cela fait maintenant pas mal d'années que les blogs et d'autres outils permettent à des "citoyens de base" de s'exprimer sur internet, il reste encore du boulot pour que tous prennent la mesure de l'outil, de ce qu'il est possible de faire ou pas.

Une simple plainte pour injure, en plus parfaitement justifiée, seraient sans doute passée inaperçue. Il fallait donc charger un peu l'assignation et provoquer un buzz. Le but étant maintenant atteint, il restera au juge à prononcer la peine classique et symbolique pour ce genre d'affaire qui ne va pas chercher bien loin, avec tout au plus un tweet d'excuse. Si ça peut mettre un peu de plomb dans la cervelle des militants de tous bords (il y en a d'aussi cons à droite et à gauche), ce sera toujours ça de pris.

lundi 19 mars 2012

Le deuxième étage de l'Open Data

Vendredi 16 mars, avait lieu un colloque très intéressant sur le patrimoine immatériel des personnes publiques. Il était organisé par le Conseil d'Etat, avec à la tribune plein de gens du Conseil d'Etat. Rien que cela, indépendamment du contenu, est une information intéressante.

Maintenant que l'Open Data est lancé, que des collectivités et l'Etat s'y mettent, il va y avoir des contentieux. C'est inévitable. Et qui va traiter ce contentieux et fixer la jurisprudence ? Le Conseil d'Etat... Il est donc important de sentir la tendance, surtout que la réflexion n'en est encore qu'à ses débuts. Je n'ai assisté qu'à la deuxième partie "Quelles sont les modalités juridiques et financières de la valorisation du patrimoine immatériel ? Quelles sont les garanties et les responsabilités relatives à cette valorisation ?", on y a surtout posé beaucoup de questions, exposé quelques pistes, mais on sent bien que les choses ne sont pas figées.

Travailler auprès du législateur et du pouvoir réglementaire, c'est important, essentiel même. Mais il ne faut surtout pas négliger le régulateur juridique. Lui aussi consulte, écoute, tâtonne pour se faire son opinion. Ce colloque était destiné à cela : permettre au juge administratif de cerner le sujet, les points de friction (ceux sur lesquels il va avoir des contentieux). D'autres travaux suivront sans doute, pour affiner, compléter, infléchir aussi, car sur ces matières un peu nouvelles, l'apport de spécialistes techniques peut éclairer le juge.

Ce n'est pas une fois que les premiers arrêts seront tombés qu'il faudra venir pleurer et faire le siège du juge. C'est maintenant qu'il faut agir et discuter. D'où l'importance des colloques de ce genre.

mardi 31 janvier 2012

Suicide numérique

Jules va se suicider. Virtuellement bien entendu, le bonhomme derrière le clavier partant vers d'autres aventures qui nécessitent, selon lui, le sabordage de cette identité numérique. C'est son analyse, son choix, je le respecte même s'il m'attriste, car c'est un blogueur de grande classe et un juriste pinailleur comme on en trouve peu.

Sa décision ne peut que m'interpeller, car je suis dans la même situation que lui, bloguant sous un pseudonymat, certes un petit peu plus fissuré que le sien, destiné à assurer une étanchéité avec "l'identité réelle" et à préserver l'avenir. Moi aussi sans doute, je serai amené à bouger professionnellement, à me retrouver dans d'autres milieux, avec d'autres contraintes, peut-être une autre culture face à la liberté d'expression. Pourrais-je continuer à blogueur comme je le fais ? pourrais-je assumer ce que j'ai signé un peu partout sur la toile depuis maintenant 6 ans ? La réponse dépendra de la situation à laquelle je serai confronté. Elle dépendra aussi de ma volonté de conserver cette identité numérique qui m'a beaucoup apporté, dans laquelle j'ai pas mal investi, et à laquelle je me suis attaché.

Finalement, une identité numérique est une seconde peau, mais ne change pas fondamentalement une personnalité. Elle permet éventuellement d'être un peu plus libre de ton, de dire les choses avec un peu moins de ménagement plus de troll. Elle permet surtout d'être protégé de la terrible mémoire du Net, de préserver sa véritable identité, celle de l'état-civil, qu'on ne peut pas changer (contrairement à ce qu'a pu dire dire bêtement un grand patron américain). Je ne suis plus si anonyme, le secret est largement éventé dans certains endroits, je le sais et quelque part, ça ne me dérange pas tant que cela. Du moins, cela ne me dérange pas tant que Google ne le sait pas et ne va pas le raconter à tout ceux qui cherchent sans avoir une idée, au départ, de ce qu'ils cherchent (parce que là, c'est assez facile de trouver).

Je ne ferai pas mourir Authueil. De toute manière, j'ai écrit trop de choses dans trop d'endroits où je ne peux rien effacer pour que cela serve à quelque chose. Par contre, je ne ferai jamais d'outing officiel non plus, comme a pu le faire Koztoujours. Ma seconde peau numérique s'adaptera à la situation de l'identité réelle sans se confondre avec elle, avec dans l'idée que jamais l'identité réelle ne puisse être mise en difficulté par Authueil. Jusqu'ici, j'assume pleinement tout ce que j'ai écrit, et je veillerai à ce que ce soit toujours le cas. L'anonymat n'existe pas sur le net, si quelqu'un veut vraiment lever un pseudonymat et chercher qui est qui, il finit par y arriver. A moins d'être un ermite, on finit toujours par se rencontrer entre blogueurs, parce que des contacts uniquement en ligne, ça devient vite insuffisant. Ne jamais rencontrer les autres, c'est finalement s'enfermer sur son blog, s'isoler de la communauté, limiter son audience et donc brider son identité numérique.

Une identité numérique distincte de l'identité réelle est utile, indispensable même. Mais il faut savoir la gérer (ce qui demande des contorsions par toujours confortables), et parfois, savoir en changer. Mais jamais, l'identité virtuelle doit prendre le pas sur l'identité réelle. Peut être que Jules, tel le Phénix, renaîtra de ses cendres (je l'espère). Finalement, ce qui apparaît comme un suicide n'est qu'une mue...

mardi 24 janvier 2012

Blogueurs et sites de presse

Le Huffington post débarque en France, avec comme buzz la question de la rémunération (ou pas) des chroniqueurs. Ce débat, qui n'est pas nouveau, reste quand même très étroit et étriqué. La question qui m'intéresse davantage, c'est la place du blogueur dans ce nouvel ecosystème de la presse en ligne. Et cela dépasse de loin la simple question de la rémunération.

Dans des temps très anciens, il y avait agoravox. Puis, des sites d'agrégation reprenaient les contenus en leur donnant une meilleure visibilité. A l'époque, tout cela était encore artisanal et tenait du bricolage. En 2006, on ne pouvait exister qu'avec un blog. Pas de Twitter, de facebook et autre tumblr. C'était le blog ou rien. Les pures players n'existaient pas et les sites de journaux étaient moches et cherchaient encore leur place. C'était la grande époque du blogueur, que l'on courtisait pour son "influence" (souvenez vous de technorati). Puis sont arrivés les pure players. Rue89 a ouvert le bal, et d'autres ont suivi : Slate, médiapart. Les sites de journaux ont pris de l'ampleur. Mais a coté, il y avait toujours les blogueurs, et ces deux mondes se regardaient en chiens de faïence, avec ces querelles pour savoir si les blogueurs étaient eux aussi des journalistes ou pas. Mais il n'y avait pas vraiment de mélanges, malgré des belles proclamations comme celle de Rue89 sur l'information à trois voix.

En 2009, il y a maintenant trois ans, l'Express avait lancé une grosse opération, invitant des blogueurs dans sa rédaction. Ils sont, à mon souvenir, les seuls à l'avoir fait et n'ont malheureusement pas renouvelé l'expérience. On était à une période charnière, où la place des blogs commençait à décliner (sans qu'on le mesure encore vraiment) et où les sites professionnels montaient pleinement en puissance. Il s'agissait d'une tentative pour voir comment un site de presse pouvait "utiliser" les blogueurs, ce qu'on pouvait en tirer. Cela permettait aussi aux blogueurs de voir, en vrai, ce qu'il pouvaient retirer d'une collaboration avec un site de presse. Il en est parfois resté des choses... En tout cas, de mon point de vue, l'expérience a été intéressante, car elle m'a permis de mesurer la distance, et la différence entre ce qui relève du travail du journaliste, et de l'activité de blogueur.

Puis les sites professionnels ont pris toute la place, Twitter et les autres formes de microblogging sont arrivées, marginalisant les blogs. L'heure de gloire est terminée, la visibilité médiatique aussi. Certains blogueurs "historiques", les plus visibles ont effectué le saut et sont devenus chroniqueurs, éditorialistes, producteurs de contenus pour ces sites professionnels, tout en gardant un blog qui n'est plus qu'un appendice plus ou moins délaissé de leur présence numérique. Ils ne sont plus tellement présentés comme "blogueurs" ou alors un peu, pour faire "expert indépendant". Mais de fait, ils sont comme ces invités qu'on voit régulièrement défiler dans les médias, spécialistes d'un sujet qui tournent entre différents médias. Ils sont d'ailleurs en train de se faire remplacer par une génération de jeunes journalistes, souvent issus des pure players, qui sont à la fois journalistes et "expert du web".

Pour autant, les sites de presse, notamment les pure players, ne tournent pas qu'avec des journalistes, et tout un modèle s'est développé, sur ce qu'on a appelé "l'information participative", avec l'inclusion à haute dose de contenus produits par d'autres que des journalistes. C'est Marianne2 qui a véritablement lancé ça, en recrutant (dans le vivier de "Vendredi") des blogueurs à qui il a été demandé de continuer à faire ce qu'il faisaient (c'est à dire pas du journalisme) sur le site de Marianne 2. Cela passait par la reprise de billets publiés sur le blog du "blogueur associé" ou par la production de contenus spécifiques sur demande. Un autre modèle a vu le jour, celui de la plate-forme de blogs estampillés sous la marque du journal, où le blogueur est complètement hébergé, sans "existence" en dehors de ce blog sur plate-forme. A chaque fois, on avait quand même des blogueurs, c'est à dire des personnalités identifiées, qui contribuaient régulièrement, sous une "marque" (souvent un pseudo) et qui apportaient plus que des contenus. Ils formaient, plus ou moins selon les titres, une "communauté de premier rang", une interface entre journalistes et internautes de base.

Puis sont arrivés les sites réellement participatifs. C'est le Post qui a ouvert le bal, en démocratisant et en ouvrant très largement la possibilité de publier. Plus besoin d'être "identifié" pour écrire, commenter. Le Post a été un vaste bazar, souvent joyeux, mais désordonné. On y trouvait du bon, souvent du pire. La qualité était très différente, moins bonne, c'est évident, tant sur le choix des sujets que sur la qualité des analyses et même sur la qualité rédactionnelle. Le bouleversement a été également quantitatif. Ce n'était plus une petite poignée de contributeurs, mais une foule qui pouvait se créer, non pas un blog, mais un compte. Cette voie a été poursuivie au Plus du Nouvel Obs, qui est une version un peu plus contrôlée et vérifiée, mais qui fonctionne sur le même principe. L'Express s'apprête à lancer une formule du même acabit. On est a mi chemin entre le commentaire sous un article, et le billet de blog. Cela demande moins d'effort, moins de régularité que la tenue d'un blog. Mais cela offre également un visibilité moindre, avec une qualité très inégale. Des pures players très récents ont creusé encore ce concept, en essayant d'organiser tout cela, comme Newsring qui propose des débats et structure un peu mieux un dialogue des commentateurs qui autrement, part dans tous les sens. Quoi part d'un autre point, en proposant aux internautes, non pas de produire les réponses, mais les questions. Le Lab d'Europe 1 est encore différent, même s'il fonctionne aussi sur la participation d'internautes.

Cette dernière vague du participatif large a encore un peu plus marginalisé le blogueur. A quoi cela sert-il encore au site de presse d'avoir des "signatures" qui ne soient pas des journalistes, mais autre chose, qui produisent des contributions de qualité avec une signature reconnue. Aujourd'hui, la mode est au contributeur low cost, qui est au blogueur ce que l'OS est à l'ouvrier qualifié. Je ne parle pas bien entendu des contributeurs rémunérés, qui sont tenus de produire des contenus de niveau professionnel, avec un cahier des charges.

Le blogueur, c'est un contributeur amateur, qui certes, ne produit pas toujours des contributions de niveau professionnel (encore que...) mais qui permet de structurer réellement une communauté. Le fait de tenir un blog rend beaucoup plus conscient de certains enjeux, de certaines contraintes. Cela donne aussi une visibilité et une notoriété que ne peuvent pas avoir les simples contributeurs occasionnels. Pour autant, le blog n'est pas un site de presse. C'est autre chose, un truc assez bizarre et mal défini par il y a d'énorme différences de motivations et de pratiques, et donc de type de contenus produits. Mais ça existe, ça a survécu et si le renouvellement est plus lent, la qualité de ceux qui restent est bien meilleure qu'en 2006-2007.

Avoir un community manager, c'est bien, faire diffuser les articles par le biais des tweets des journalistes, c'est efficace. Mais il manquera toujours quelque chose car le journaliste (ou le contributeur rémunéré) est vu par l'internaute comme étant de l'autre coté de la barrière, comme séparé, ce qui n'est pas le cas du blogueur. Dans leur course à la survie, les sites de presse qui sortiront du lot seront ceux qui auront réussi à fédérer une véritable communauté d'internautes. Il faut des contenus de qualité, c'est le travail des professionnels ou d'amateurs très éclairés. Je ne crois pas à l'avenir de sites purement participatifs, où il n'y a que du bavardage, mais pas de vrais contenus. Il faut aussi qu'un lien se fasse et qu'autour de ces contenus professionnels, il y ait une "couche" supplémentaire qui permette une appropriation par les lecteurs, dans le choix d'un sujet à mettre en valeur, dans le choix d'un angle. Et ça, les journalistes ne peuvent pas le faire, car ils ne font pas partie de la communauté des lecteurs.

lundi 23 janvier 2012

Vers une gouvernance mondiale de l'internet

Le crash de mégaupload a suscité beaucoup de réactions. J'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de cette fermeture, mais aussi de celle des autres sites fonctionnant sur le même modèle. Il est évident que ces sites violaient la loi, et même si on en a profité, ça ne pouvait pas durer, il n'y a aucun regret à avoir.

Par contre, la méthode utilisée pose question. Que la justice américaine puisse faire fermer un site basé à Hong-Kong, en sabrant tout, y compris la partie "légale" est assez inquiétant. Cela révèle une capacité d'intervention planétaire, par le biais de la coopération policière (normale) mais aussi par le contrôle des noms de domaine. Gros moyens donc, et absence totale de subtilité et de proportionnalité dans l'intervention. Quand les USA frappent, c'est Gros bill en action ! Si taper sur megaupload n'est pas une mauvaise chose, il peut ne pas en être de même pour tout. Les USA ont une conception parfois très extensive de ce que peuvent être leurs intérêts, et sous couvert de défense et de sécurité, il peut leur arriver de taper sur des concurrents commerciaux ou sur des sites "politiquement incorrects".

Cela doit amener une sérieuse réflexion sur la gouvernance mondiale de l'internet, à la fois pour empêcher des sites comme megaupload de se développer impunément, mais aussi pour encadrer sérieusement la manière dont les USA agissent. Cela leur enlèvera déjà l'excuse consistant à dire que puisque rien ne se fait, ils sont obligés d'intervenir eux-mêmes (ce en quoi ils n'ont pas forcement tort à l'heure actuelle).

Deuxième sujet important, plus en filigrane, mais souligné par Benjamin Bayart, l'équilibre technique d'internet. Avant même de chuter, Megaupload posait déjà de gros problème du fait de sa structure centralisée. Sa chute en a montré toute la fragilité. Malgré cette démonstration, cette variable de la solidité technique, de la résilience et de la capacité à ne pas consommer de ressources n'est toujours pas considérée comme centrale. On voit bien comment les choix politiques sont faits : ils ne tiennent pas compte des réalités techniques, ce qui créé des problèmes parfois plus lourds que ceux qu'on cherche à résoudre (sans arriver à les résoudre d'ailleurs). Il faut une bonne fois pour toutes que les décideurs comprennent que les réseaux sont neutres et font ce qu'on leur demande de faire. S'il faut frapper, c'est à la source, en saisissant les serveurs. Les images pédophiles n'arrivent pas toutes seules sur internet, pas plus que les fichiers culturels.

La voie suivie pour megaupload est la bonne sur le fond : frapper à la source. Mais la procédure doit être affinée et une véritable gouvernance mondiale doit se mettre en place, avec un rapprochement (autant que possible) des législations et un renforcement de la coopération policière. Les sujets qui posent problème ne sont pas si nombreux et sur violation du droit de la propriété intellectuelle sur les produits de l'industrie du divertissement, un accord mondial peut être trouvé, aucun état ne pouvant défendre ouvertement qu'il est pour cette atteinte.

Là où ça se corse, c'est pour les dérives jugées inacceptables par certains pays. Il y a bien quelques sujets comme la pédo-pornographie, qui peuvent faire l'unanimité contre eux, mais pour le reste, c'est très "culturel" et donc très délicat à traiter au niveau mondial. Ce point est celui qui risque de poser le plus de problèmes, car pour le résoudre, ces pays ont deux solutions. Soit s'isoler du web mondial par une muraille de Chine, soit tenter de faire pression sur les autres pays pour que les contenus qui ne leur plaisent pas y soient déclarés indésirables, ce qui pose d'évidentes frictions en terme de liberté d'expression.

vendredi 20 janvier 2012

La fin de megaupload

La nouvelle a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Le site Megaupload a été fermé et les principaux dirigeants ont été arrêtés ou sont en fuite. Quelque soit la solidité du fondement juridique, dans les détails duquel je n'entrerai pas, le coup est magnifique. Politiquement et médiatiquement, c'est très impressionnant sur le moment, mais sur le moyen terme, je ne suis pas certain que les ayants droits, à l'origine de ce coup, aient des raisons de se réjouir.

La démonstration est faite qu'il n'y a pas besoin de nouvelles lois. L'arsenal juridique ordinaire sur la contrefaçon et la procédure pénale suffisent à faire tomber ceux qui enfreignent de manière outrancière les droits de propriété intellectuelle. Nul besoin d'aller bloquer les réseaux, il suffit d'aller choper les types qui sont derrière le site et ça règle le problème. Pour les projets de loi américain SOPA et PIPA, c'est un coup dur, dont ils ne se remettront pas. Par ricochet, le dispositif hadopi est encore un peu plus affaibli en France, ainsi que les demandes de blocage judiciaire de l'ALPA et consorts. Politiquement, il va falloir justifier de continuer sur cette voie, alors qu'en agissant très simplement par les voies ordinaires, on obtient immédiatement des résultats spectaculaires. Même si la réalité n'est pas aussi simple, la comm' des ayants droits sera plus compliquée. En débarrassant le Net d'authentiques truands, les ayants droit ont rendu un grand service à la communauté de ceux qui souhaitent un partage, et sont prêts à accepter le principe d'une rémunération des créateurs (à condition qu'elle soit raisonnable et aille réellement aux créateurs). Jusqu'ici, dès que l'on parlait partage et téléchargement, Mégaupload était associé à ce milieu, et servait grandement pour le diaboliser. Là encore, la comm' des ayants droit va être plus délicate. Quelque part, Mégaupload leur rendait quand même un peu service...

Pour autant, faire disparaitre Megaupload ne fera pas disparaitre le partage et le téléchargement d'oeuvres culturelles. Il n'y a pas que Megaupload, même s'il était le plus gros et le plus visible. C'est comme la fermeture de Napster, qui n'a strictement rien changé pour l'industrie de la musique. Des solutions alternatives existent, elles vont prendre rapidement la place laissée vacante. Le fond du problème n'est en rien résolu. L'offre légale n'est toujours pas à la hauteur, le modèle économique est toujours celui de la pénurie organisée, avec un système de la chronologie des médias absolument intenable. Tant que les ayants droit ne donneront pas au public ce qu'il attend (produits "frais" et de qualité, à un prix raisonnable, selon des modalités techniques aisées), celui ci continuera à se tourner vers des modèles de distribution "alternatifs".

Finalement, la disparition de megaupload est une très bonne chose pour le public et les partisans du partage libre de la culture et du savoir.

samedi 10 décembre 2011

Là où les choses se font

J'ai assisté hier soir à la remise des prix du concours Wiki Loves Monuments, organisé par wikimédia, l'association-support de Wikipédia. Un moment très agréable, en petit comité, pour clore un évènement où l'essentiel n'est pas dans la cérémonie finale, mais dans ce qui a été fait avant. A cette occasion, Wikipédia s'est enrichie de 25 000 photos, et a recruté 9000 nouveaux contributeurs. J'ai été assez impressionné par ces chiffres, qui montrent que quoiqu'en disent certains, le projet Wikipédia est toujours aussi dynamique. Ce concours ne s'est pas limité à récupérer des photos, mais les a également traitées, indexées, pour qu'on puisse en avoir l'usage le plus large. Le ministère de la culture a contribué, avec la mise à disposition de sa base Mérimée.

Wikipédia est le projet le plus emblématique de cet esprit du web non marchand, celui qui fait la force d'internet et le ciment d'une culture à part. L'outil est utilisé pour diffuser la connaissance, sur un mode collaboratif à très grande échelle. On arrive ainsi à un résultat qui vaut les travaux des professionnels, le tout dans un respect strict de la loi. Pas question de pirater, de télécharger illégalement, voire de commettre la moindre contrefaçon. L'absence d'exception de panorama dans le droit d'auteur français gêne Wikipédia, car cela empêche de publier des photos d'oeuvres d'architectes ou d'artistes encore sous droit, même pour les oeuvres se situant dans le domaine public. Les promoteurs de ce projet ont fait le choix, assez singulier par rapport à d'autres, de ne pas passer en force en se basant sur un faible risque de poursuites, mais de respecter scrupuleusement la loi. Cela n'empêche pas de vouloir faire changer la loi. J'invite tout ceux qui vilipendent ce qui se passe sur internet de venir voir comment ça se passe chez Wikipédia.

Ce qui m'a le plus frappé dans cette soirée, c'est de me retrouver au milieu de gens "normaux", aux profils très différents (vraiment très différents...), tous rassemblés autour d'un projet qui fait concrètement avancer les choses, qui apporte aux autres sans attendre de compensation (même si ce n'est pas interdit de faire un don). Quel contraste avec certaines choses que je vois dans mon activité professionnelle, avec des "évènements" auxquels on voit toujours les mêmes se gargariser et se presser pour être sur la photo, sous un prétexte vide ou futile, où on ne fait que prendre sans jamais donner. Ce fut une bouffée d'oxygène et ça fait du bien...

jeudi 24 novembre 2011

Tulipe numérique

François Hollande a désigné officiellement sa porte-parole sur les questions du numérique. Il s'agit d'une totale inconnue, Fleur Pellerin. Profil ultra-classique (malheureusement...) ESSEC-IEP-ENA-Cour des Comptes, mariée à un conseiller d'Etat. Elle est dans des associations, des structures publiques. Bref, le pur produit de la "méritocratie" à la française, celle qui étouffe le pays depuis 30 ans et qui squatte les postes aussi bien à droite qu'à gauche. Bref, ça commence mal...

Cette dame n'était pas présente sur twitter. Elle a donc ouvert un compte, ce qui est la moindre des choses. Même si je dois reconnaître qu'elle sait plutôt bien l'utiliser, c'est un peu dommage de choisir quelqu'un qui s'y met après avoir été nommée, et qui serait allé s'acheter des bottes si elle avait nommée conseillère à l'agriculture. Elle fait ça comme elle aurait fait autre chose, seule compte sa carrière et qu'elle n'est que "de passage". Je suis prêt à prendre les paris qu'elle twittera beaucoup moins le jour où elle n'auras plus besoin de ça pour sa carrière. J'ai vraiment l'impression d'être devant une NKM de gauche. Ca montre bien la place du numérique chez François Hollande, qui n'a pas "digital native" ou au moins de gens déjà reconnus dans le milieu. Le malaise continue...

Il va en s'accentuant quand on découvre, sur son blog de campagne, qu'elle a oublié de préciser qu'elle fait partie de la commission des sanctions de l'ARJEL (autorité de régulation des Jeux en Ligne), qui est pour les paris et jeux en ligne ce que l'Hadopi est au téléchargement, avec un aspect "racket fiscal" en plus. Oublier ce "détail" quand on est porte-parole sur le numérique, c'est gênant. Très gênant. D'ailleurs, elle s'est empressée de la rajouter. Est-ce qu'elle s'est imaginé qu'on allait passer à coté de ça ? C'est bien mal connaitre le milieu du numérique. Là encore, l'impression d'être pris pour un con...

Le pompon, c'est quand même cette tribune sur Rue89 qui sonne si faux. "Je n'ai pas d'idées, venez m'apportez les votres, afin que nous élaborions ensemble le programme numérique de François Hollande". Elle nous prend pour des blogueuses mode qui vivent de billets sponsorisés ? Comme si nous n'étions pas capable de sentir le marketing. Le pire, c'est qu'elle donne l'impression d'avoir un train de retard. Le culte de l'amateur, l'UGC, on en est revenus !

Choisir une technocrate extérieure, pour "investir" un milieu aussi microcosmique que le numérique français est une erreur stratégique majeure ! Certes, elle n'est pas idiote et apprend sans doute très vite, mais ce qu'on lui demande, pour être légitime, ce n'est pas de maîtriser les dossiers, mais de connaître, d'être connue et si possible appréciée. Cela demande du temps, de l'investissement. Ce matin, elle était à un colloque sur le numérique. Elle est arrivée pour participer à une table ronde et est repartie immédiatement après. Dans le même temps, Lionel Tardy et Sandrine Bélier sont arrivés en avance et sont restés dans la salle après leur intervention, live-tweetant les débats.

Pourtant, il ne manque pas de "numériques", des vrais, dans les équipes socialistes, qui ont une connaissance et une crédibilité dans le milieu.

dimanche 6 novembre 2011

Autant en emporte le Chevènement

L'annonce de la candidature de Jean-Pierre Chevènement à la présidentielle de 2012 a provoqué un joyeux chahut sur Twitter, chacun étant invité à remplacer le mot d'un titre de film par le nom de Chevènement. Cela a donné des trouvailles comme "la vérité si Chevènement", "autant en emporte le Chevènement" ou encore "le bon, la brute et le Chevènement". Tout le monde s'y est mis, à droite comme à gauche. Comme on était dimanche et que le reste de l'actualité était un peu morne, c'est remonté en trending topic. Ce petit jeu en apparence spontané (c'est à dire non lancé avec préméditation à des fins militantes) en dit beaucoup sur Chevènement, sur l'outil et sur les utilisateurs de Twitter.

Sur Chevènement d'abord, une remarque traduit bien la manière dont l'annonce de sa candidature a été reçue : "mais qui a sorti Chevènement du formol ?". Sa candidature apparait complètement archaïque et décalée, à moi le premier. La réaction de beaucoup à été la surprise "tiens, il est encore en vie ?" puis immédiatement après "qu'est ce qu'il vient faire dans le jeu politique ?". Ses explications et justifications ne semblent pas avoir convaincu, pas plus que le timing. Visiblement, Jean-Pierre Chevènement n'a pas compris qu'il n'y a pas de place à gauche entre le candidat PS et Mélenchon, et que s'il avait des idées proches de Montebourg, pourquoi ne s'est-il pas présenté à la primaire socialiste ?

Twitter a permis aux utilisateurs d'exprimer cette incompréhension face à cette candidature d'un fantôme issu du passé, avec un positionnement qui n'a plus tellement de sens. Mais plutôt que de l'exprimer doctement, ce qui est difficile en 140 caractères et ne correspond guère à l'esprit de l'outil twitter, les utilisateurs ont choisi la dérision. Cela fait encore plus mal que l'agressivité et le rejet. La candidature de Jean-Pierre Chevènement n'est tout simplement pas prise au sérieux. Twitter est sans doute le seul endroit où une telle réaction trouver une résonance. Cette moquerie s'est répandue comme une trainée de poudre, sur le mode ludique, mais avec une "quantité" qui montre que ça prend.

Pour bien analyser ce phénomène, il faut à la fois regarder le qualitatif et la quantitatif, chose que les "analystes" ne font que rarement. Je suis assez ébahi par ces analyses qui se basent uniquement sur la quantité de tweets, avec des classements sur "ceux dont on a le plus parlé" dans la semaine. Certes l'information a du sens, mais si on résume Twitter à cela, on passe complètement à coté de la richesse de l'outil. Il faut aussi regarder à quoi correspond cette quantité : est-ce un évènement particulier (Nora Berra et sa vidéo façon lipdub, autre hit du jour) qui justifie cette entrée dans le classement, où est-ce une personnalité récurrente. Est ce un classement qui ne fait que refléter ce qui se passe dans les médias, où n'y a-t-il que sur Twitter qu'on parle de ce sujet ? Enfin, est ce un buzz positif ou négatif. Ce dernier point est souvent traité, mais là encore, trop en quantitatif, sans rechercher exactement le sens, quand il y en a un.

Twitter va beaucoup plus loin que cela, car même en 140 caractères, on peut dire beaucoup de choses. On les dit d'ailleurs plus clairement quand on a peu d'espace, car on se limite à un message, qu'on enrichit de nuances, grâce notamment aux hastags, véritable langage non verbal qui permet de s'approcher de la vraie conversation. L'outil est d'autant plus intéressant à analyser qu'il est largement entre les mains d'une communauté très particulière, des trentenaires urbains avec études supérieures et professions intellectuelles. On peut ainsi avoir, globalement, le ressenti d'un segment qui a une influence particulière sur les médias, parce que pas mal d'entre eux y travaillent, mais aussi parce qu'ils sont un des coeurs de cible d'une bonne partie de la presse nationale. Ils sont donc aussi un segment qui intéresse beaucoup les politiques. Pas besoin de payer de couteux sondages qualitatifs, il suffit de se pencher et d'analyser cette matière à disposition.

Ce #remplacerunmotdansuntitredefilmparchevenement qui demain, aura déjà disparu, n'est pas bien difficile à analyser. Il est en mesure de rassurer les dirigeants du PS sur la dangerosité de la candidature de Jean-Pierre Chevènement. Il est aussi un signal que la communication politique est de plus en plus difficile à maitriser...

mercredi 12 octobre 2011

L'éthique de la dénonciation

Edouard Courtial vient d'être nommé secrétaire d'Etat aux français de l'étranger. Immédiatement, les médias signalent qu'il a été cosignataire d'une proposition de loi visant à permettre la déchéance de nationalité pour les français qui ne sont pas fiscalement domiciliés en France. Une des nombreuses propositions de loi à la con, démogagiques et mal ficelées, dont je vous fait la chronique régulièrement, en souriant un peu jaune. Ennuyé par cet "instant d'égarement", Courtial a fait retirer sa signature sur cette proposition de loi, dont il n'était pas l'auteur (c'est moins grave). Immédiatement, un blogueur hurle à la falsification et croit tenir un scandale d'Etat. Ce qui est surprenant est que Bernard Accoyer ait pris le temps de lui répondre...

Bernard Accoyer (en fait ses services) rappelle que juridiquement, il n'y a pas falsification, car un député peut toujours retirer un texte, une proposition de loi ou un amendement, avant son examen. C'est très fréquent que des amendements déposés sur un projet de loi soient retirés avant la séance. Il en va de même pour les propositions de loi et pour les cosignatures. La réponse est juridiquement exacte, mais ce n'est pas une réponse pertinente car le vrai sujet, c'est que Courtial s'est effectivement associé à cette proposition de loi et que ça fait tâche le jour où il se retrouve en charge des français de l'étranger. C'est une petite opération de nettoyage peu glorieuse. S'il n'y avait eu que ça, Bernard Accoyer ne se serait pas donné la peine de répondre. Mais le blogueur en question s'est permis de citer nommément deux fonctionnaires de l'Assemblée nationale.

Ça par contre, ce n'est pas sympa du tout ! Ces deux personnes sont des fonctionnaires, de simples secrétaires qui font ce qu'on leur demande de faire. Jamais au grand jamais, elles n'auraient pris l'initiative d'une telle opération sans un ordre express de leur hiérarchie, qui elle même a eu ses instructions de la présidence de l'Assemblée, qui a été reçue une demande du cabinet de Courtial. Que l'on mette en cause le ministre ou le président de l'Assemblée nationale, c'est tout à fait normal, c'est eux qui ont donné les ordres. Mais qu'on laisse tranquille les secrétaires ! Dans sa lettre Bernard Accoyer montre un peu les dents en demandant le retrait de l'article, sous peine d'éventuelles poursuites. Tentative classique et assez vaine, mais pas dénuée de fondement tout de même.

Bien entendu, le blogueur ne doit pas retirer son article, qui ne fait que relater des faits, certes déplaisants pour un ministre et le président de l'Assemblée nationale, mais parfaitement véridiques. Par contre, il doit, à mon avis, retirer de son article les noms des fonctionnaires de l'Assemblée, car cela leur porte préjudice et c'est franchement injuste. Il faut toujours faire attention quand on cite nommément des personnes dans un article. C'est une question d'éthique et de responsabilité !