Gilles Carrez est actuellement, et de loin, le meilleur opposant de droite au gouvernement. Absent des querelles de personnes et des psychodrames autour des élections internes, il est à son poste de président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, assidu aux séances de l'assemblée à laquelle il est élu (tous les leaders de la droite ne peuvent pas en dire autant). Il pose les questions qui fâchent, certes techniques, mais cruellement gênantes pour le gouvernement. Ce matin, lors de l'ultime examen du budget, il est revenu sur une polémique en cours, celle qui vise Gérard Depardieu, et a simplement demandé au gouvernement des chiffres : le nombre de contribuables français qui ont payé entre 75 et 100% de leurs revenus en impôts, en 2012. Plutôt que de prendre position sur une situation personnelle, avec ce que cela amène de biais, il vise le fond du problème, la spoliation fiscale organisée par le gouvernement socialiste, qui a mis en place d'été dernier une contribution exceptionnelle non plafonnée. A plusieurs reprises dans les discussions budgétaires, il n'a pas hésité à brandir les pouvoirs que lui confère sa place de président de la commission des Finances, et très régulièrement, il s'est fait le critiques acerbe, mais malheureusement pour les socialistes, très compétent, des mesures qui lui apparaissaient mal ficelées. Heureusement pour le gouvernement qu'il est représenté par Jérôme Cahuzac, au moins aussi techniquement compétent que Gilles Carrez. Tout autre ministre, plus politique et moins technique, se serait fait défoncer.

S'opposer, ce n'est pas attaquer frontalement l'autre et dire à tout bout de champ que tout ce qu'il fait est nul, forcément nul. C'est pourtant ce type d'opposition que les militants apprécient, quand on rentre dans le lard de l'autre et qu'on lui assène nos opinions, sans la moindre volonté de dialogue. Jean-François Copé, qui cherche à capter leurs suffrages et à prendre leur direction leur en donne pour leur argent. Mais derrière les formules à l'emporte-pièce qui ne réjouissent que les convaincus, il n'y a pas grand chose comme matériau. L'exemple parfait de cette opposition imbécile, qui entraine une réponse imbécile de la part du pouvoir en place, c'est le débat sur la mariage homo.

S'opposer, c'est d'abord scruter ce que fait l'autre, maitriser le sujet pour être capable d'expliquer et souvent, d'expliciter ce que le gouvernement aimerait bien taire ou minimiser. Un bon opposant est celui qui sait sous quelle partie du tapis est planquée la poussière, et qui, fort opportunément, soulève le tapis à cet endroit là, au plus mauvais moment pour le gouvernement. Pas besoin de critiquer et d'insulter l'autre. Simplement dévoiler, et ça peut suffire à faire de gros dégâts dans l'opinion. S'opposer, c'est aussi critiquer quand on estime que le pouvoir en place va dans la mauvaise direction. Encore faut-il déjà savoir soi-même où il faut aller. Ce type d'opposition intelligente ne peut être le fait que de gens qui savent ce qu'ils veulent, qui savent où ils habitent, idéologiquement et politiquement, et qui maitrisent leurs dossiers. Cela demande beaucoup de travail, et souvent, ça paye médiatiquement assez mal. Il n'y a pas de sang sur les murs, il faut se creuser un peu les méninges. Pas du tout le produit que les médias, audiovisuel comme presse écrite recherchent.

Gilles Carrez est depuis juin 2012 le modèle parfait de l'opposant intelligent, qui a une vision claire et cohérente de la politique économique et financière qui doit être menée, qui connait son sujet sur le bout des doigts, et qui n'hésite pas à élever la voix. Mais en même temps, il est parfaitement respectueux des personnes, il ne pratique pas les coups bas et sait, quand les choses vont le sens qu'il estime être le bon, exprimer son approbation. C'est avec des opposants comme cela que l'on renforce une démocratie et que l'on conquiert le respect et l'estime des citoyens.