Le match Fillon Copé se poursuit, et n'est pas fini, loin de là même. On risque d'en avoir pour 5 ans. Toutefois, une nouvelle étape est en train d'être franchie, à l'avantage de François Fillon, qui prend sa revanche sur Jean-François Copé.

La première manche a été remportée par Copé, qui le 18 novembre, au terme d'un scrutin plus que contestable, s'empare de la présidence de l'UMP, par un coup de force, après avoir "organisé" le scrutin. Même s'il est contesté, il peut espérer se maintenir par le fait accompli, en serrant les dents et en laissant passer l'orage. Il n'attendait pas une telle résistance de la part de François Fillon, qui a finalement réussi, au terme d'un bras de fer assez impressionnant, à faire lâcher beaucoup de choses à Jean-François Copé.

Au terme de l'accord, qui reste à finaliser, une nouvelle élection est programmée en septembre 2013, après une révision des statuts. C'est un recul très net pour Copé, qui y a été contraint par la pression du camp Fillon, avec l'existence d'un groupe autonome à l'Assemblée nationale, et surtout, par le risque de se retrouver lâché par Jean-Pierre Raffarin et un certain nombre de leaders jusque là attentistes, comme Bernard Accoyer. Si le vote des parlementaires avait eu lieu, il aurait sans doute été nettement en faveur d'un nouveau vote, donc de François Fillon, créant une situation d'isolement qui aurait pu être fatale à Copé.

Au terme de cette contre-offensive, une relative égalité s'est instaurée, mais cela ne veut pas dire que la guerre est finie. Petit état des forces en présence.

Jean-François Copé sort le plus abimé de la confrontation. Si l'image des deux protagonistes est écornée, celle de Copé, qui partait de plus bas, a davantage souffert. Les derniers sondages indiquent qu'une majorité des français lui font porter la responsabilité de la crise, du moins une responsabilité plus grande que celle de Fillon. Un énorme travail de reconstruction est à mener, qui ne va pas être évident. Sur la présidence de l'UMP, tout va être à refaire pour Copé. Nouvelle campagne, nouveau scrutin, où il n'est pas assuré de gagner. Et cette fois ci, Fillon ne se fera pas avoir : il est hors de question que Copé reste en place à partir du moment où il est candidat, et l'organisation du scrutin est confié à un organisme "indépendant". La campagne va être beaucoup moins confortable pour Copé qu'elle ne l'a été.

Pour Fillon, la route est encore longue et il n'est pas au bout de ses peines. Lui aussi a un travail de reconstruction d'image à mener, car même s'il chute moins que Copé dans les sondages, il en a pris coup quand même. Son principal souci est que Copé tient toujours l'appareil et reste président. Certes, l'accord prévoit un doublonnement de tous les postes au sein de l'UMP, avec un copéiste et un filloniste. Sauf les postes de président et de trésorier, qui restent dans le camp Copé. Et encore faut-il que les fillonistes arrivent s'implanter au sein d'un appareil fermement tenu par des copéistes qui ne sont pas des tendres ni des perdreaux de l'année. Dans l'affaire, Fillon doit lacher un gros morceau, son groupe parlementaire. Il n'a donc plus aucune structure à sa disposition, ce qui pose le problème de ses équipes. Pour la première campagne, celle qui vient de s'achever, il pouvait compter sur les anciens de cabinets ministériels, qui étaient au chômage et qui bénéficiaient encore d'une indemnisation confortable. Ils pouvaient faire le pari de s'engager derrière Fillon au lieu de chercher du travail, dans l'espoir de bénéficier de postes de permanents à l'UMP. Ça va 6 mois, mais là, il devient urgent pour eux de trouver un autre job, car attendre encore 6 mois, avec peut-être une autre déception électorale, ça peut leur couter cher.

C'est une nouvelle campagne qui commence, et qui ne ressemblera pas du tout à la première. Il y aura plus de candidats, il faudra faire avec le résultat de la première élection et les blessures du mois de crise politique. L'autre grand sujet qui n'est pas réglé, c'est celui de la fracture idéologique entre le centre droit et la droite dure. On a bien vu que les deux camps se sont plus ou moins formés sur la base d'une vraie ligne de fracture, et que ça a commencé à cristalliser. Même s'il n'y a plus de groupe R-UMP, il en restera quelque chose, pendant quelques temps au moins.

L'UMP est très loin d'être sorti d'affaire, et a même régressé. On en est toujours au même point d'organisation qu'en juin 2012, avec en plus des traumatismes internes et une image écornée dans la population. Même si rien n'est perdu et que de ce malheur, il peut finalement sortir un bien, car on repart sur des bases plus saines, la route est encore très longue pour que la droite soit en ordre de bataille pour les prochaines échéances électorales, tant sur son organisation interne que sur sa ligne idéologique.