François Hollande vient d'annoncer la mise en place d'un observatoire de la laïcité, chargé de formuler des propositions sur l'enseignement de la morale publique à l'école. Je pense qu'il y a un très grave malentendu sur le sens du mot laïcité.

Pour moi, la laïcité, c'est la neutralité de l'espace public vis-à-vis des croyances religieuses. Elle ne consiste pas à les interdire, ni même à leur interdire de s'exprimer, mais à empêcher qu'une personne n'appartenant pas à une religion puisse se voir imposer des rites ou des interdits religieux. Il se trouve que celle loi a été prise dans un climat de lutte entre les radicaux et les catholiques, où l'anticléricalisme des premiers répondait à la volonté des seconds de maintenir une emprise sur la société. La loi de 1905 est une loi de pacification, de séparation entre deux adversaires, pour retrouver une paix sociale. C'est une loi libérale, visant à pacifier, certainement pas une loi de combat au service des anticléricaux contre les religieux.

C'est pourtant ce que certains, notamment à gauche, continuent à croire. Pour eux, la laïcité, c'est l'interdiction des religions dans l'espace public. Constatant que détruire n'apporte rien, et qu'il faut aussi proposer, ils ont monté tout un mécanisme de substitution, qui au passage, singe les dispositifs religieux qu'ils entendent supprimer. La "morale républicaine" et les baptêmes républicains en sont le parfait exemple. En cela, ils sortent d'ailleurs de la laïcité, car ils entendent imposer à tous une opinion philosophique, qui n'est rien d'autre qu'une religion. Ils sont toujours dans leur vieux combat anticlérical, en essayant de contourner la loi de 1905. Leur grand habileté est de donner l'impression, ce faisant, de défendre cette loi contre qui personne ne peut officiellement être contre.

François Hollande donne aujourd'hui un gage aux laïcards, en proposant de relancer la morale publique sous couvert de laïcité. Le vrai respect de la laïcité serait d'interdire tout cours de morale à l'école. D'ailleurs, c'est un domaine qui relève de l'éducation, donc des parents, pas de l'instruction. Visiblement, il ne faut pas attendre de la gauche un véritable respect de la loi de 1905, qui leur imposeraient de réfréner les ardeurs de leurs anticléricaux. Etrangement, c'est la droite qui s'est montrée la plus respectueuse de la laïcité, sous la forme d'une neutralité de l'espace public, même si vis-à-vis de l'islam, c'était très loin d'être dénué d'arrière-pensées.

Ce qui m'attriste le plus, c'est qu'en 2012, on n'ait pas encore complètement réussi à apaiser cette vieille querelle, qui n'arrête pas de resurgir, même si elle n'a plus la virulence qu'elle avait à la fin du 19eme siècle. Cela empêche de penser positivement la présence des croyances dans l'espace public, dans un sens vraiment libéral. On ne sait toujours pas regarder ce que les religions peuvent apporter de bien et de constructif pour la société, et pourtant, il y en a. Encore faut-il qu'elles soient encouragées, ce qui n'est pas le cas. On est encore sans cesse à chercher la petite bête, à soupçonner des volontés hégémoniques, surtout de la part des laïcards vis-à-vis des religions. Il est vrai que c'est un de leur fond de commerce, et que ces derniers temps, le ramener sur le devant de la scène a permis au Grand Orient de se refaire une santé. En faisant cela, ils poussent leurs adversaires catholiques, chez qui certains ne demandent que ça, à surenchérir, dans une violence mimétique qui leur permet, à eux aussi, de se refaire une santé.

L'intelligence des politiques, sur cette question, serait de dépasser cette vieille querelle, de proposer de nouveaux termes du débat, un nouveau cadrage. Il faut absolument sortir de cette vieille querelle stérile, qui est une perte de temps et d'énergie. Pour une fois que nous avons une loi et bien faite, appliquons là intelligemment pour répondre aux souhaits de pacifications de ses auteurs. Demander, au nom de la laïcité, l'instauration de cours de morale publique va à rebours de la loi de 1905. C'est d'autant plus dommage que c'est la gauche qui a les cartes en mains pour faire évoluer, en son sein, les mentalités. Toute tentative de la droite serait prise pour une agression, et ne donnerait aucun résultat. François Hollande est en train de rater un rendez-vous avec l'histoire.