L'acceptation de la diversité et du pluralisme en son sein n'a jamais fait partie de la culture politique de la droite conservatrice. Bien au contraire, on était plutôt dans le culte du chef et la célébration de l'efficacité qui en découle. Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de disputes et de guerres internes, loin de là, mais elles n'étaient pas assumées et donc ni publiques ni codifiées. Le règlement des conflits pour la désignation des chefs se réglaient en coulisses, à la tronçonneuse. L'histoire politique de la droite depuis la disparition du général de Gaulle n'est qu'une longue série de meurtres politiques, avec finalement assez peu de chefs. Il y eut d'abord Pompidou, qui se présentait comme le dauphin de De Gaulle, et bénéficiait ainsi d'une part de sa légitimité. Après une courte période de transition, Jacques Chirac a pris les rennes et ne les a lâchés qu'à Nicolas Sarkozy. Même s'il y a eu des frictions lors des passages de relais, le nouveau poussant un peu le "vieux" dehors, une fois le chef en place, il restait sans grande contestation.

Voilà qu'après le départ de Nicolas Sarkozy pour cause de défaite électorale, un nouveau processus de désignation du chef a été lancé. Logiquement, c'est Copé qui avait le profil pour reprendre la place, en digne clone politique de Chirac et de Sarkozy qu'il est. On aurait encore été au temps de RPR, ça passait comme une lettre à la poste. Mais voilà, le processus a raté, les deux prétendants étant arrivés à égalité, et au bout d'un combat qui est en train de se terminer, on globalement réussi à se neutraliser. La question du chef va se poser à nouveau, tant il est évident que la situation actuelle est provisoire (mais ça peut durer un peu). Au final, on devrait avoir un président de l'UMP clairement désigné, qui reprendra le sceptre, en ayant assassiné son rival. C'est comme ça que se gère la diversité et le pluralisme à droite. Ça c'est le scénario idéal, le plus logique au regard du passé.

Pour autant, l'avenir n'est pas forcément écrit et on peut avoir d'autres scenarii. La guerre des chefs peut durer sans qu'aucun n'arrive à l'emporter. Copé tient le parti, mais avec une légitimité contestée, et un risque de scission à ce niveau. Fillon a un groupe parlementaire, donc une tribune et des moyens pour continuer à exister. Ce sont les militants qui peuvent également faire durer les choses, car on sent chez beaucoup un très net rejet des deux candidats, jugés aussi responsables l'un que l'autre du triste spectacle donné depuis la mi-novembre. On en vient d'ailleurs à se demander si c'est leur intérêt de procéder à un nouveau vote, surtout si on accepte de repartir du départ, en autorisant d'autres candidatures. Ce qui est aujourd'hui présenté comme provisoire, à savoir deux groupes parlementaires pour un même parti, pourrait bien durer...

A droite, ce serait assez inédit et étrange au vu de la culture politique de cette tendance. Si actuellement, il n'y a pas grande différence idéologique entre les deux groupes parlementaires, cela va venir, car les différences idéologiques sont sous-jacentes. L'UMP est en effet majoritairement composée de députés de la droite dure, quand le Rassemblement-UMP est davantage de centre droit. Rapidement, certains députés vont se sentir assez mal à l'aise dans leur groupe (Eric Ciotti au R-UMP ou Luc Chatel à l'UMP par exemple). Une rivalité va se mettre en place entre les deux groupes, c'est inévitable. On va donc avoir une polyphonie à droite, chose nouvelle, qu'il va falloir apprendre à gérer. L'élection ratée du 18 novembre est un accident de l'histoire, qui a provoqué mécaniquement la mise en place d'une situation qui a été acceptée sur le moment, car jugée provisoire. Je me demande combien de députés R-UMP auraient signé s'ils avaient su que ce groupe était parti pour durer. Cette scission s'est largement faite sur un malentendu.

C'est là que ça devient intéressant. On a un terrain vierge, une situation qui n'a pas été planifiée, où tout est à construire. C'est peut-être une chance historique de faire évoluer la culture politique de la droite, obligée, pour la première fois, de "gérer" pour de bon sa diversité idéologique, qui va pouvoir s'exprimer pleinement. Un page blanche est devant la droite française. On voir cela comme des décombres, en pleurant de dessus et en cherchant à reconstruire à l'identique. On peut aussi y voir une chance de construire autre chose en terme de projets, d'idées et de culture politique. La droite n'a pas nécessairement vocation à s'aligner toujours sur le néo-bonapartisme.