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dimanche 30 décembre 2012

Le symbole et la réalité

François Hollande a été trop gourmand. Il a voulu le beurre, l'argent du beurre, le symbole et le rendement. Le conseil constitutionnel vient de le ramener brutalement (et méchamment) sur terre, en lui expliquant que si un candidat peut dire n'importe quoi, un président ne peut pas faire n'importe quoi. Surtout quand il s'agit de fiscalité, sujet sur lequel le conseil constitutionnel est pourtant le plus coulant pour le gouvernement (regardez donc le nombre d'annulation de mesures fiscales par le biais de la QPC, alors que le potentiel est immense).

Le conseil constitutionnel a donc, entre autres choses, censuré la fameuse taxe à 75% sur les revenus supérieurs à un million d'euros. La symbolique est lourde, puisque c'était l'une des promesses phares de la campagne électorale de François Hollande. C'est politiquement lourd, car même s'il y met les formes, c'est une censure sur une base technique et pas politique, il y a quand même censure et médiatiquement, ça fait mal. Mais ce n'est pas cet aspect "de surface" qui m'intéresse le plus. Cette décision est le rappel brutal que le symbolique ne fait pas toujours bon ménage avec l'efficacité, et qu'il faut savoir ce que l'on veut, le rendement ou le symbole, le fromage ou le dessert.

Les décisions (parce qu'il en a deux, 661 DC et 662 DC qui vont ensemble) sont beaucoup plus riches et subtiles que ce que la presse pourra vous raconter. Le conseil constitutionnel a validé un alourdissement considérable de la fiscalité sur les particuliers : nouvelle tranche d'impôt sur le revenu à 45%, augmentation de l'ISF, alourdissement de la fiscalité sur les revenus du capital, qui est désormais plus lourde que celle des revenus du travail, rabotage des niches fiscales. Quand on regarde de près ce qui a échappé à la censure, c'est du lourd et ça va rapporter. Mais ce sont les classes moyennes supérieures qui vont trinquer, pas particulièrement les super-riches. Normal, car en matière d'imposition, le meilleur impôt est celui qui a une assiette la plus large. Entre taxer un peu les classes moyennes et taxer beaucoup les super-riches, il faut prendre la première solution, ça paye mieux. Dans ces lois de finances, Hollande a voulu à la fois le rendement, en taxant lourdement les classes moyennes supérieures, et le symbolique, en sur-taxant les "super-riches".

Le conseil constitutionnel lui a rappelé qu'il existe des règles concernant la fiscalité, et notamment un article de la déclaration des droits de l'homme de 1789 (qui a valeur constitutionnelle) qui dit que chaque citoyen doit contribuer, à hauteur de ses facultés contributives, et que l'imposition ne doit pas être confiscatoire. Il se trouve que le précédent gouvernement avait déjà donné un sérieux tour de vis fiscal avant de partir, ne laissant guère de marge de manœuvre à ses successeurs. Ce qui devait arriver arriva, le nouveau tour de vis a rencontré le plafond, à partir duquel la pression fiscale est telle sur certaines catégories, que l'on dépasse leurs capacités contributives, et surtout, qu'on les chargent tellement par rapport aux autres qu'il y a rupture d'égalité devant les charges publiques.

Le cœur du message du conseil constitutionnel est là : une augmentation générale des impôts, où tout le monde trinque, ça passe parce que justement, tout le monde en prend sa part, et on reste donc égaux devant l'impôt. Là où ça ne va plus, c'est quand on vise une catégorie particulière et qu'on la surcharge elle, et pas les autres. Cette catégorie (les super-riches ici, mais ça peut être une autre) se retrouve à payer une part plus importante de ses revenus en impôts, non pas en chiffres absolus, mais en proportion, que le reste de la population, sans qu'un motif d'intérêt général suffisant ne le justifie. François Hollande a voulu taxer les "super-riches" par pure idéologie, de manière punitive, parce que ça réjouissait une partie de son électorat. Or, ce n'est pas du tout un motif d'intérêt général, qui doit au contraire être "rationnel et objectif". Que l'on décide de surtaxer des profits considérés comme illicites, afin de punir ceux qui se sont livrés à des actes illicites (et lucratifs), c'est un motif d'intérêt général, à condition de poser des critères généraux, qui ne sont pas taillés sur mesure pour telle ou telle catégorie de la population. Tout cela est inscrit dans la constitution.

Ayrault a immédiatement réagit en déclarant que la mesure sera reproposée dans la prochaine loi de Finances. Politiquement, il ne pouvait pas faire autrement, mais il doit bien savoir que c'est mort. Le conseil constitutionnel, dans sa décision, a clairement précisé qu'il existe, de fait, un taux maximum d'imposition au delà duquel, l'impôt devient confiscatoire. Ce taux est autour de 75% et se calcule, en additionnant toutes les impositions diverses et variées qui pèsent sur un même revenu. Le gouvernement ayant déjà beaucoup alourdi la fiscalité directe, on est au taquet ! S'il veut placer sa contribution "super-riches à 75%", il va falloir qu'il baisse d'autres impôts pour faire un peu de place. Sinon, le conseil constitutionnel censurera, cette fois ci non plus pour une erreur technique, mais sur un motif de fond. La décision et son commentaire sont parsemés d'avertissements explicites. Le gouvernement ne peut pas se permettre de perdre du rendement fiscal sur les classes moyennes pour s'offrir une contribution "super-riches" qui rapportera beaucoup moins. Entre le symbolique et le rendement, il n'a pas le choix, vu l'état de nos finances publiques. Et puis surtout, une nouvelle censure sur le sujet serait un séisme politique d'une ampleur inédite. Trop risqué donc. Mais en même temps, ce gouvernement est tellement amateur qu'il serait capable de remettre le couvert et de se replanter...

vendredi 28 décembre 2012

La politique de la crêpe

La marque de produits laitiers "paysan breton" vient de balancer que le ministre de la Défense passerait le réveillon avec les soldats en Afghanistan. Il s'agit d'une information ultra-secrète, car elle peut permettre à des terroristes bien informés (malheureusement, ils le sont souvent) de préparer une "surprise" pour le ministre en question sous forme d'attaques ou d'attentats. En plus, comme nos troupes sont très localisées en Afghanistan, on peut assez facilement, en "ciblant" deux ou trois lieux, avoir une chance de tomber sur le ministre de la Défense.

Cette gaffe révèle un comportement absolument sidérant de la part d'un ministre socialiste, qui confine à l'amateurisme, à l'irresponsabilité, et à l'instrumentalisation de ses fonctions pour sa comm' personnelle. Si cet info a été révélée par l'entreprise, c'est qu'elle participait à une opération de communication publicitaire. Elle devait fournir 8000 crêpes pour les soldats français, afin d'agrémenter leur réveillon. Sympa comme initiative, mais plus de faire plaisir aux soldats français, elle sert à faire parler dans les médias. Elle est donc au bénéfice de l'entreprise, et du livreur, le ministre, ce qui lui permet de médiatiser davantage ce que est devenu un rituel, la visite de réveillon du ministre aux soldats. Un peu d'inattendu et de "décalé" permet de faire un peu de buzz.

Mais voilà, les plans comm' ne sont pas toujours compatible avec les règles de sécurité. Pour le Paysan breton, une bonne comm' nécessite de faire partir les communiqués de presse un peu avant le déplacement, pour que les journalistes sachent quoi dire en recopiant les éléments de langage, comme à leur habitude. La fenêtre de tir médiatique est très courte, puisque la visite de ministre, c'est quelques heures, et que tous les articles et autres passages médias se feront le jour même, pas le lendemain (on sera passé à autre chose). Il y a du y avoir un cafouillage et le communiqué a été publié trop tôt...

Cela pose question sur l'attitude du Ministre. D'abord, il utilise ses fonctions pour faire sa comm'. Normal me direz-vous. Oui, jusqu'à un certain point. Jusqu'au faut-il aller pour faire buzzer et arriver à intéresser les médias ? L'opération de distribution de crêpes semble sympathique, mais ça aurait pu être autre chose de plus limite. La pente glissante est là, et un jour, un ministre se prendra un gadin pour avoir voulu trop en faire pour passer à la télévision. En politique, le ridicule peut tuer, surtout quand on mélange les genres. Il suffit de voir les réactions à propos de la marinière de Montebourg, opération pourtant bien anodine, puisqu'il ne s'agissait pas de faire la promotion d'une marque précise de marinière, qui aurait payé (en argent ou en produits) pour cela. Au passage, cela rabaisse l'action publique. Si c'est effectivement le job du ministre de la Défense que d'aller voir les soldats français en opérations extérieures, cela doit-il être instrumentalisée pour la comm', au point d'en faire la raison de cette visite. Sur cette affaire, c'est très limite et presque gênant.

Là où ça devient franchement gênant, c'est qu'un ministre se prête ainsi à une opération de comm' d'une entreprise privée. On a eu Montebourg et sa marinière, maintenant, on descend d'un cran avec Le Drian qui montre que les ministres de la République savent faire les hommes sandwich pour les marques. Cela me dérange profondément que l'on puisse faire ainsi du marketing et la promotion assumée de marques commerciales par le biais d'un ministre dans l'exercice de ses fonctions. A quand le placement produit lors des interviews télévisées de François Hollande ? Après tout, c'est la même logique, et on nous dira que ça paye les frais de l'interview. Si l’État n'a plus les moyens de payer des crêpes à ses soldats, c'est qu'on est mal...

mercredi 26 décembre 2012

La valeur de la Presse

Bernard Tapie vient de racheter les derniers titres de presse du groupe Hersant, dont quelques journaux de la Provence et de la Côte d'azur. Cela irrite fortement (et inquiète) les élus socialistes du cru, qui se souviennent parfaitement du passage de Tapie dans la vie politique locale, et craignent qu'il ne revienne juste pour régler ses comptes et mettre la pagaille dans les prochaines échéances électorales. Le sieur Mennucci, candidat déclaré à la mairie de Marseille, et par ailleurs député socialiste, a même demandé une commission d'enquête parlementaire. De son coté, Bernard Tapie ne dément pas vouloir utiliser ces titres de presse comme outil d'influence, y compris éventuellement au service de ses propres intérêts politiques. Après tout, la famille Baylet fait bien ça avec la Dépêche de Toulouse depuis de longues années...

Vu l'état financier des titres que vient de racheter Bernard Tapie, on peut penser que sa motivation n'est pas vraiment économique, mais en même temps, vu son âge, il a le temps de faire ce pour quoi il a racheté l'entreprise, avant que celle-ci ne mette la clé sous la porte. Et puis il peut être tranquille, un titre de presse peut mourir (France-soir par exemple) mais pour cela, il faut vraiment que son patron soit le dernier des imbéciles et n'ait aucune relation dans les milieux politico-économiques français. C'était le cas du jeune oligarque russe de France-soir, ce n'est pas le cas de Bernard Tapie. La presse française est ultra-subventionnée, directement ou indirectement, pour qui sait frapper aux bonnes portes et jouer sur les cordes sensibles. Le fait est que Tapie ne va pas gagner beaucoup d'argent avec cet investissement, ce n'est pas le but. Mais on va sans doute bien se marrer en PACA (et ailleurs aussi) dans les prochains mois...

En même temps, au delà du sourire, c'est un signe de plus de la déliquescence de la Presse française, que ce soit la presse nationale ou la PQR. Voilà une industrie qui est véritablement au bout du rouleau, financièrement et moralement. Internet a flingué leur modèle économique, qui reposait sur des vaches à lait comme les petites annonces, les résultats sportifs locaux, les avis d'obsèques et l'info hyperlocale. Aujourd'hui, les petites annonces ont quitté la presse papier, et si la PQR s'en tire encore un peu, c'est parce qu'il reste les avis d'obsèques, les annonces légales et les photos des gens du cru, qui achètent le journal parce qu'eux ou leurs connaissances sont en photo dedans. Pour la presse nationale, le naufrage est total, et il ne leur reste guère que des suppléments magazines indigents en contenus, mais bourrés de pubs et les subventions publiques. Et même avec ça, ils sont dans la mouise. Mais s'il n'y avait que des problèmes financiers ! La presse française a également perdu tout honneur et toute considération, et évoquer régulièrement les mânes d'Albert Londres n'y change pas grand chose, sinon ajouter du grotesque à l'hypocrisie.

Aujourd'hui, il reste encore des gens qui investissent dans la presse, rachètent des journaux. Pour eux, c'est soit une danseuse qu'on entretient, parce que ça fait bien et que c'est une marque de standing, soit un outil d'influence au service de leurs intérêts. Pourquoi donc Dassault a-t-il le Figaro, que Xavier Niel a des billes partout, avec notamment Le Monde, que c'est un Rothschild qui possède Libé et que le banquier Pigasse s'est offert son magazine politique avec les Inrocks ? Parce qu'ils ont besoin de l'outil pour soutenir les autres secteurs du groupe, pour peser "politiquement", se protéger des attaques, placer des amis et obligés (le timing du passage de Pulvar aux Inrocks est éclairant), voire quand ils manquent de pudeur, faire la promotion des produits du patron. Aujourd'hui, les deux seuls titres réellement indépendants, parce que non contrôlés par des oligarques, c'est le Canard Enchainé et la Croix. Le Canard est d'autant plus indépendant qu'il ne vit pas de la publicité, et qu'il a un trésor de guerre. Les autres journaux ne sont que des conflits d'intérêts sur pattes, plus ou moins latents, plus ou moins assumés publiquement.

Quand on me dit que la presse ne va pas bien, je suis d'accord. Mais quand on me dit qu'il faut la renflouer avec de l'argent public, je tousse un peu (beaucoup même). Quand on voit qui est derrière ces journaux, les moyens qu'ils ont, et surtout, quand on voit les torchons que peuvent être ces journaux, avec des journalistes qui se prennent pour des grands intellectuels d'autrefois, donneurs de leçons le matin, allant chercher leur sportule le soir chez leur patron, je me dis que c'est un gâchis d'argent public. Les subventions publiques devraient être réservées aux organes de presse indépendants, sans actionnaires fortunés. Cela permettrait peut-être un vrai renouveau de crédibilité de la presse française, qui en a sacrément besoin, tellement elle est tombée bas.

jeudi 20 décembre 2012

Le meilleur opposant : Gilles Carrez

Gilles Carrez est actuellement, et de loin, le meilleur opposant de droite au gouvernement. Absent des querelles de personnes et des psychodrames autour des élections internes, il est à son poste de président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, assidu aux séances de l'assemblée à laquelle il est élu (tous les leaders de la droite ne peuvent pas en dire autant). Il pose les questions qui fâchent, certes techniques, mais cruellement gênantes pour le gouvernement. Ce matin, lors de l'ultime examen du budget, il est revenu sur une polémique en cours, celle qui vise Gérard Depardieu, et a simplement demandé au gouvernement des chiffres : le nombre de contribuables français qui ont payé entre 75 et 100% de leurs revenus en impôts, en 2012. Plutôt que de prendre position sur une situation personnelle, avec ce que cela amène de biais, il vise le fond du problème, la spoliation fiscale organisée par le gouvernement socialiste, qui a mis en place d'été dernier une contribution exceptionnelle non plafonnée. A plusieurs reprises dans les discussions budgétaires, il n'a pas hésité à brandir les pouvoirs que lui confère sa place de président de la commission des Finances, et très régulièrement, il s'est fait le critiques acerbe, mais malheureusement pour les socialistes, très compétent, des mesures qui lui apparaissaient mal ficelées. Heureusement pour le gouvernement qu'il est représenté par Jérôme Cahuzac, au moins aussi techniquement compétent que Gilles Carrez. Tout autre ministre, plus politique et moins technique, se serait fait défoncer.

S'opposer, ce n'est pas attaquer frontalement l'autre et dire à tout bout de champ que tout ce qu'il fait est nul, forcément nul. C'est pourtant ce type d'opposition que les militants apprécient, quand on rentre dans le lard de l'autre et qu'on lui assène nos opinions, sans la moindre volonté de dialogue. Jean-François Copé, qui cherche à capter leurs suffrages et à prendre leur direction leur en donne pour leur argent. Mais derrière les formules à l'emporte-pièce qui ne réjouissent que les convaincus, il n'y a pas grand chose comme matériau. L'exemple parfait de cette opposition imbécile, qui entraine une réponse imbécile de la part du pouvoir en place, c'est le débat sur la mariage homo.

S'opposer, c'est d'abord scruter ce que fait l'autre, maitriser le sujet pour être capable d'expliquer et souvent, d'expliciter ce que le gouvernement aimerait bien taire ou minimiser. Un bon opposant est celui qui sait sous quelle partie du tapis est planquée la poussière, et qui, fort opportunément, soulève le tapis à cet endroit là, au plus mauvais moment pour le gouvernement. Pas besoin de critiquer et d'insulter l'autre. Simplement dévoiler, et ça peut suffire à faire de gros dégâts dans l'opinion. S'opposer, c'est aussi critiquer quand on estime que le pouvoir en place va dans la mauvaise direction. Encore faut-il déjà savoir soi-même où il faut aller. Ce type d'opposition intelligente ne peut être le fait que de gens qui savent ce qu'ils veulent, qui savent où ils habitent, idéologiquement et politiquement, et qui maitrisent leurs dossiers. Cela demande beaucoup de travail, et souvent, ça paye médiatiquement assez mal. Il n'y a pas de sang sur les murs, il faut se creuser un peu les méninges. Pas du tout le produit que les médias, audiovisuel comme presse écrite recherchent.

Gilles Carrez est depuis juin 2012 le modèle parfait de l'opposant intelligent, qui a une vision claire et cohérente de la politique économique et financière qui doit être menée, qui connait son sujet sur le bout des doigts, et qui n'hésite pas à élever la voix. Mais en même temps, il est parfaitement respectueux des personnes, il ne pratique pas les coups bas et sait, quand les choses vont le sens qu'il estime être le bon, exprimer son approbation. C'est avec des opposants comme cela que l'on renforce une démocratie et que l'on conquiert le respect et l'estime des citoyens.

mardi 18 décembre 2012

Fillon-Copé, un partout

Le match Fillon Copé se poursuit, et n'est pas fini, loin de là même. On risque d'en avoir pour 5 ans. Toutefois, une nouvelle étape est en train d'être franchie, à l'avantage de François Fillon, qui prend sa revanche sur Jean-François Copé.

La première manche a été remportée par Copé, qui le 18 novembre, au terme d'un scrutin plus que contestable, s'empare de la présidence de l'UMP, par un coup de force, après avoir "organisé" le scrutin. Même s'il est contesté, il peut espérer se maintenir par le fait accompli, en serrant les dents et en laissant passer l'orage. Il n'attendait pas une telle résistance de la part de François Fillon, qui a finalement réussi, au terme d'un bras de fer assez impressionnant, à faire lâcher beaucoup de choses à Jean-François Copé.

Au terme de l'accord, qui reste à finaliser, une nouvelle élection est programmée en septembre 2013, après une révision des statuts. C'est un recul très net pour Copé, qui y a été contraint par la pression du camp Fillon, avec l'existence d'un groupe autonome à l'Assemblée nationale, et surtout, par le risque de se retrouver lâché par Jean-Pierre Raffarin et un certain nombre de leaders jusque là attentistes, comme Bernard Accoyer. Si le vote des parlementaires avait eu lieu, il aurait sans doute été nettement en faveur d'un nouveau vote, donc de François Fillon, créant une situation d'isolement qui aurait pu être fatale à Copé.

Au terme de cette contre-offensive, une relative égalité s'est instaurée, mais cela ne veut pas dire que la guerre est finie. Petit état des forces en présence.

Jean-François Copé sort le plus abimé de la confrontation. Si l'image des deux protagonistes est écornée, celle de Copé, qui partait de plus bas, a davantage souffert. Les derniers sondages indiquent qu'une majorité des français lui font porter la responsabilité de la crise, du moins une responsabilité plus grande que celle de Fillon. Un énorme travail de reconstruction est à mener, qui ne va pas être évident. Sur la présidence de l'UMP, tout va être à refaire pour Copé. Nouvelle campagne, nouveau scrutin, où il n'est pas assuré de gagner. Et cette fois ci, Fillon ne se fera pas avoir : il est hors de question que Copé reste en place à partir du moment où il est candidat, et l'organisation du scrutin est confié à un organisme "indépendant". La campagne va être beaucoup moins confortable pour Copé qu'elle ne l'a été.

Pour Fillon, la route est encore longue et il n'est pas au bout de ses peines. Lui aussi a un travail de reconstruction d'image à mener, car même s'il chute moins que Copé dans les sondages, il en a pris coup quand même. Son principal souci est que Copé tient toujours l'appareil et reste président. Certes, l'accord prévoit un doublonnement de tous les postes au sein de l'UMP, avec un copéiste et un filloniste. Sauf les postes de président et de trésorier, qui restent dans le camp Copé. Et encore faut-il que les fillonistes arrivent s'implanter au sein d'un appareil fermement tenu par des copéistes qui ne sont pas des tendres ni des perdreaux de l'année. Dans l'affaire, Fillon doit lacher un gros morceau, son groupe parlementaire. Il n'a donc plus aucune structure à sa disposition, ce qui pose le problème de ses équipes. Pour la première campagne, celle qui vient de s'achever, il pouvait compter sur les anciens de cabinets ministériels, qui étaient au chômage et qui bénéficiaient encore d'une indemnisation confortable. Ils pouvaient faire le pari de s'engager derrière Fillon au lieu de chercher du travail, dans l'espoir de bénéficier de postes de permanents à l'UMP. Ça va 6 mois, mais là, il devient urgent pour eux de trouver un autre job, car attendre encore 6 mois, avec peut-être une autre déception électorale, ça peut leur couter cher.

C'est une nouvelle campagne qui commence, et qui ne ressemblera pas du tout à la première. Il y aura plus de candidats, il faudra faire avec le résultat de la première élection et les blessures du mois de crise politique. L'autre grand sujet qui n'est pas réglé, c'est celui de la fracture idéologique entre le centre droit et la droite dure. On a bien vu que les deux camps se sont plus ou moins formés sur la base d'une vraie ligne de fracture, et que ça a commencé à cristalliser. Même s'il n'y a plus de groupe R-UMP, il en restera quelque chose, pendant quelques temps au moins.

L'UMP est très loin d'être sorti d'affaire, et a même régressé. On en est toujours au même point d'organisation qu'en juin 2012, avec en plus des traumatismes internes et une image écornée dans la population. Même si rien n'est perdu et que de ce malheur, il peut finalement sortir un bien, car on repart sur des bases plus saines, la route est encore très longue pour que la droite soit en ordre de bataille pour les prochaines échéances électorales, tant sur son organisation interne que sur sa ligne idéologique.

dimanche 16 décembre 2012

Exil pas que fiscal

La France connait un problème, celui de la fuite d'une partie de sa population, la plus riche et la plus entreprenante, la plus industrieuse, aurait-on dit autrefois. Même si on a du mal à le mesurer exactement, ce phénomène est bien réel, et occupe de plus en plus de place dans les médias et dans le débat public. Il explose même littéralement quand une personnalité connue annonce qu'elle quitte la France pour aller résider en Belgique. C'est un problème politique grave, car on ne quitte pas son pays pour de simples raisons fiscales, surtout quand les départs sont aussi importants.

Le cas de Gérard Depardieu est exemplaire et emblématique. C'est un acteur connu, dont la carrière n'est pas terminée, qui vit en France depuis toujours, qui y travaille car sorti de l'hexagone, il ne pèse professionnellement pas lourd. Il a toujours payé ses impôts en France et on peut penser qu'il a un certain attachement à son pays. Or, il part. Ce n'est même pas lui qui l'annonce, mais la presse. Il n'a pas voulu médiatiser son départ, se faire le porte-drapeau d'un mouvement de contestation fiscale. Pourtant, avec 85% de ses revenus 2012 partis à payer ses impôts, il aurait pu et aurait été crédible. Il a été obligé de s'exprimer, devant le tollé et les attaques suscitées par cette annonce. Son propos est limpide. Il part parce qu'il a fait la balance des avantages et des inconvénients, tant financiers que personnels, et il décide, par un choix rationnel, que les avantages du départ l'emportent. Bien des français qui partent sont dans ce cas. Le poids de l'aspect fiscal est variable, parfois motif principal, parfois simple "petit plus" qui fait pencher la balance. Dans la plupart des cas, il n'y a pas de plaisir à s'exiler, car cela implique de résider réellement 181 jours hors de France, donc de rompre en partie avec son réseau social, de quitter des lieux qu'on aime, de se reconstruire un équilibre ailleurs.

La réponse des responsables du gouvernement est également très emblématique : l'insulte et la stigmatisation. Le Premier Ministre qui traite de Depardieu de minable, un député qui propose de déchoir de la nationalité. Bref, le crachat à la figure. C'est dans la parfaite lignée du comportement de ce gouvernement vis-à-vis des entrepreneurs et des investisseurs. Il n'y a qu'à voir les différentes mesures contenues dans les différentes lois financières votées cet automne. C'est un massacre de l'entreprenariat, par la matraque fiscale. Le problème n'est pas seulement financier. Certes, personne n'aime payer des impôts, mais quand l'Etat explique bien, et que ses raisons sont bonnes, on peut arriver à faire faire aux gens des sacrifices financiers impressionnants. Regardez donc le succès des emprunts d'Etat pendant la première guerre mondiale. La question est aussi psychologique, et là, le mal est profond.

"Je n'aime pas les riches". Avec cette phrase, venue du fond du coeur, François Hollande a tout dit. Et depuis le 6 mai 2012, il met en oeuvre ce programme : taper sur ceux qui ont de l'argent. Et leur cracher à la gueule. Il y a une incompréhension abyssale entre les socialistes et le monde de l'entreprise, ceux qui créent, pas les énarques qui viennent pantoufler dans les grosses boites. La petite PME familiale, c'est terra incognita pour les élus PS, composé de fonctionnaires (de l'Education nationale notamment) et d’apparatchiks professionnels. Non seulement, ils ne connaissent pas, mais ils ne veulent pas connaitre. Le mouvement de pigeons, en octobre, c'est le cri du cœur d'entrepreneurs qui sont désespérés face au mur d'ignorance crasse et de mépris qu'ils perçoivent dans les mesures fiscales qui allaient les toucher. Un véritable gouffre psychologique existe entre les actuels gouvernants, et un milieu socio-professionnel.

Résultat des courses, le milieu socio-professionnel, qui se trouve être par ailleurs facilement mobile, part à l'étranger. Puisqu'on ne veut plus de lui en France, puisque le gouvernement de son pays s'emploie à détruire les conditions de la réussite économique à laquelle il aspire, et bien il va voir ailleurs. Quand cela touche des chefs d'entreprises au bord de la retraite, ce n'est pas trop grave, c'est juste un peu de manque à gagner fiscal. Mais quand c'est un jeune, qui sort d'une école de commerce, et qu'il a le choix entre rester en France pour monter sa boite et partir à Londres ou aux USA, c'est autrement plus grave. Le départ des jeunes, ce n'est pas de l'exil fiscal, puisqu'ils n'ont pas un rond. C'est juste une perte de confiance dans l'avenir de son pays, juste le sentiment de ne pas y avoir sa place, avec des gouvernants et des médias qui passent leur temps à dénigrer la réussite économique et à stigmatiser ceux qui ont de l'argent.

Malheureusement, ce n'est guère suprenant. Hormis à quelques très rares moments de son histoire, la gauche française n'a jamais été en phase avec les milieux économiques. C'est culturel. Ce n'est donc pas surprenant d'assister à ce triste spectacle d'un pays en crise économique, qui pressure fiscalement au point de faire fuir, ou de décourager ceux dont elle aurait pourtant grand besoin pour sortir de la crise. La cote d'alerte est atteinte quand des gens qui font pas partie de cette sphère économique commencent, eux aussi, à partir. C'est le signe d'un grave problème politique, qui dépasse de très loin l'aspect fiscal, qui n'est finalement qu'un déclencheur.

mercredi 12 décembre 2012

Le job de ministre

Ministre est un poste en vue, exposé, lourd. Mais c'est aussi un élément de la machinerie complexe qu'est un système décisionnel comme l'Etat. Il y a des choses qu'un ministre doit faire lui-même, d'autres qu'il peut déléguer, tout en gardant la validation, et d'autres où doit laisser les acteurs agir, quitte a sanctionner ex post. Un ministre n'est pas un petit despote, qui décide selon ses caprices, évoque les sujets selon son bon vouloir. De toute manière, ce n'est physiquement pas possible de tout faire. Déjà que le temps manque à un ministre pour faire ce qu'il doit faire lui même, alors si en plus, il commence à se mêler du travail des autres, il explose en vol, et fait un très mauvais travail. Le film "l'Exercice de l’État" est un formidable documentaire !

Un Ministre est avant tout un politique. Il n'a pas à avoir une légitimité technique, et parfois, c'est même mieux qu'il n'ait pas de liens antérieurs à sa nomination avec les milieux liés à son ministère. Un médecin ne fait pas nécessairement un bon ministre de la Santé. Cela ne veut pas dire qu'il faut rester ignorant des sujets. Une fois nommé, il faut bosser pour savoir de quoi on parle, mais toujours éviter de se faire transformer en porte-parole de son administration, ou pire, en représentant des lobbies de son secteur. Le ministre est là pour faire appliquer des choix politiques généraux, définis au niveau du gouvernement, en les déclinant dans son secteur (et en les adaptant aux réalités). Il est l'agent du gouvernement dans son ministère, et pas l'agent de son ministère au conseil des ministres.

Le Ministre a plusieurs rôles importants, qu'il doit assumer seul. Il doit déjà savoir s'entourer. On voit tout de suite un bon ministre à la composition de son cabinet. Un mauvais aussi. In fine, si l'entourage est mauvais, c'est la responsabilité du ministre et de lui seul. C'est très important, car c'est à cet entourage, le cabinet et quelques très hauts fonctionnaires, qu'il va déléguer. Autre rôle essentiel, la communication. C'est le Ministre qui s'exprime officiellement, et lui seul. Même s'il n'écrit pas ses discours, c'est lui qui les prononce, et donc les assument (d'où l'importance de bien recruter ses plumes). Il doit donc comprendre ce qu'il dit, afin de ne pas se trouver pris en défaut si, au fil de l'interview ou de la conversation, des questions plus précises, et pas prévues, sont posées. C'est pour cela que défendre un texte de loi devant une assemblée est toujours délicat. C'est sans filet.

C'est lui qui va sur les plateaux télé, signe les conventions et autres documents officiels, coupe les rubans. C'est terriblement chronophage, même personne ne peut le faire à sa place. Enfin, c'est au ministre d'assurer le relais avec les très hautes sphères politiques. Même s'il y a des collaborateurs politiques autour des ministres, quand il faut dealer directement avec le Premier Ministre et le Président, c'est le ministre qui s'y colle, pas son conseiller politique (ou alors c'est qu'il y a un sérieux problème). Cela peut aussi être très chronophage, car le temps de présence autour des chefs est assez peu productif. J'ai été très frappé, lors de la conférence de presse de François Hollande, de voir la moitié du gouvernement (au moins), faire tapisserie derrière lui pendant près de 3 heures. Mais c'est indispensable de cultiver son crédit politique auprès du souverain, dont la faveur donne un poids politique que la disgrâce enlève. Un ministre sans poids politique ne garde pas longtemps son poste, car il lui manque la qualité essentielle : l'autorité.

Par contre, beaucoup de choses peuvent être déléguées, principalement ce qui concerne le fond. Beaucoup de décisions techniques sont prises sans que le ministre en ait la moindre connaissance. Et heureusement, car sinon, il ne ferait que signer des parapheurs et lire des notes. Les choses qui font consensus dans l'administration, ou qui arrivent à se régler par des arbitrages internes ne remontent même pas au cabinet. C'est ce qui pose problème et provoque des conflits qui remonte au ministre. Ou alors ce qui est très politique ou très emmerdant, les décisions dont personne ne veut assumer la responsabilité. Le Ministre doit accepter cela, que des décisions soient prises par d'autres et qu'elles soient respectées, même si le ministre n'aurait pas fait exactement comme ça. Certains ont du mal. Tous ceux qui ont travaillé avec des élus savent qu'il y en a qui ne savent pas déléguer, mais qui sous-traitent : tout doit être fait exactement comme ils le conçoivent. D'autres voient d'abord l'efficacité, et sont plutôt sur le mode "qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse". Dans le même temps, le ministre doit quand même être au courant de tout ce qui peut poser problème, et donc avoir un entourage aux aguets, qui sait où trouver l'information et comment la lire, sans être submergé par le flot d'information, la technique de la noyade étant fréquemment utilisée par les administrations pour neutraliser le cabinet du ministre.

Il y a enfin les décisions que la Ministre doit accepter de confier à d'autres, sans s'arroger un droit d'appel ou de cassation (du moins pas trop souvent). Un ministère, c'est une administration qui ne peut pas tout faire, faute de moyens, mais aussi parce que les choses sont faites bien plus efficacement si c'est un organisme autonome qui s'en occupe. Parfois, l'autonomie est liée à, des raisons techniques, mais souvent aussi pour des raisons politiques. Depuis 30 ans, les opérateurs de l'Etat, les autorités administratives indépendantes se sont beaucoup développés. Le pouvoir politique garde un rôle de nomination et de contrôle, mais est prié de ne pas s'ingérer dans le détail de la gestion de ces organismes. Là encore, c'est parfois compliqué à accepter pour les politiques, qui sont, de fait, dessaisis d'une part de pouvoir. Ils ont certes de moyens de se faire entendre, mais en face, les capacités de résistance sont bien plus importantes (et peuvent parfois être victorieuses). En cas de conflit avec une AAI ou une puissante entreprise publique, c'est rarement le ministre qui gagne, sauf à faire sauter le patron en face, ce qui n'est jamais une mince affaire.

Un bon ministre est celui qui sait s'entourer, qui potasse ses dossiers et les maitrisent. Il ne se fait pas capturer par ses lobbies et son administration et sait dégager des orientations politiques claires. Il sait déléguer et ne cherche pas à se mêler de tout, notamment des détails. Il respecte les frontières, du moins formellement, et s'il entre en conflit avec une AAI ou les dirigeants d'une entreprise publique, c'est pour de bonnes et solides raisons, pas pour contester le choix de la couleur de la moquette du hall d'entrée. A cette aune, Aurélie Filippetti est une bien mauvaise ministre...

mardi 11 décembre 2012

Déchéance de nationalité

Le député socialiste Yann Galut vient, ni plus ni moins, que de proposer de déchoir les exilés fiscaux de leur nationalité française. Oui, vous avez bien lu "déchéance de nationalité"... Moi, ça me rappelle des trucs, pas si anciens, qui m'ont laissé un sale arrière-goût dans la gorge. Je n'aurais jamais pensé que les socialistes puissent, aussi rapidement, tomber dans l'ornière du populisme à gros grain. Mettre ses pas dans ceux de Nicolas Sarkozy, utiliser les mêmes mots. C'est sidérant ! Que n'a-t-on pas entendu quand Sarkozy proposait une telle solution pour certains crimes !

Passons rapidement sur la non faisabilité technique et juridique de la chose. On ne peut pas créer des apatrides. Il faut donc que l'exilé fiscal ait une autre nationalité. C'est loin d'être le cas de tous les exilés fiscaux. Et puis surtout, il faut savoir, concrètement, ce qu'est un exilé fiscal. Il existe quand même en droit constitutionnel le principe de légalité des délits et des peines. En plus, l'exil fiscal n'est même pas un délit, c'est parfaitement légal (à défaut d'être moral). Il va donc falloir que notre bon Yann Galut nous écrive un article du code pénal créant le délit d'exil fiscal. Rien que là, on est tranquille, pour un parlementaire de base, c'est tout simplement impossible. Même les technos de Bercy, pourtant champions du monde des usines à gaz (notamment fiscales, les plus belles), n'y arriveraient pas.

Ce qui est ahurissant, c'est que 6 mois après leur arrivée au pouvoir, des députés socialistes s'amusent, sans visiblement être désavoués par leur hiérarchie, à faire du buzz imbécile et populiste, à la Sarkozy. Aucune pudeur, aucune décence, surtout aucune mémoire. Le changement c'est maintenant... pas pour ça en tout cas !

lundi 10 décembre 2012

Les pubs qui dérangent

Le Nouvel Obs vient de publier une publicité clairement "anti-IVG" dans son dernier numéro. Le délicat lectorat de ce journal qui se veut bien-pensant en a été choqué. Les responsables du journal ont reconnu une erreur. Cette publicité n'aurait jamais du être acceptée. Toutes les contradictions du système sont là !

La meilleure illustration est quand Renaud Dély reconnait que cette publicité là n'aurait pas dû être acceptée. Cela veut dire qu'il fait le tri des publicités, et qu'il y en a donc certaines qui sont admises et d'autres pas, sur des critères autres que le prix payé. C'est la reconnaissance quasi explicite que les pubs font partie intégrante de la "ligne" du journal, et sont donc assimilables au contenu dit "rédactionnel". Aveu terrible, même si tout observateur lucide l'a remarqué depuis longtemps ! Tous ces appels à la dépense somptuaire dans des voitures, des parfums, des montres, des vêtements seraient validées par la rédaction. Dans le même temps, on se veut bio et équitable, soucieux de la planète, chasseurs de gaspillages voire même "décroissant". Cherchez l'erreur...

Sur le fond, cette publicité est très bien conçue. Elle suggère, mais ne dit rien explicitement. On connait la Fondation Lejeune, qui officiellement, s'occupe de choses très respectables comme la recherche sur la trisomie 21. Mais en même temps, elle est très marquée politiquement. Son fondateur était à la fois un grand médecin, et un militant anti-avortement. La publicité aurait été une page blanche, avec marqué dessus "fondation Lejeune", elle aurait choqué et provoqué des réactions. Le choix de mettre en gros une image de foetus en rajoute dans le suggestion et le message ambigu achève de porter le coup. La conjonction de ces trois éléments est suffisamment éclairante pour qu'on perçoivent le message : "vous vous investissez pour sauver des animaux, mais en même temps, vous laissez massacrer des êtres humains". Le message est clairement politique, et avec une volonté de déranger. La diffuser dans le Nouvel Obs est une provocation. Objectif atteint !

Cet épisode permet de mesurer la profondeur de la misère, financière mais aussi intellectuelle, de la presse magazine française. Et dire qu'ils continuent à vivre sur le mythe d'Albert Londres et de "la plume dans la plaie".

dimanche 9 décembre 2012

Drôle de laïcité

François Hollande vient d'annoncer la mise en place d'un observatoire de la laïcité, chargé de formuler des propositions sur l'enseignement de la morale publique à l'école. Je pense qu'il y a un très grave malentendu sur le sens du mot laïcité.

Pour moi, la laïcité, c'est la neutralité de l'espace public vis-à-vis des croyances religieuses. Elle ne consiste pas à les interdire, ni même à leur interdire de s'exprimer, mais à empêcher qu'une personne n'appartenant pas à une religion puisse se voir imposer des rites ou des interdits religieux. Il se trouve que celle loi a été prise dans un climat de lutte entre les radicaux et les catholiques, où l'anticléricalisme des premiers répondait à la volonté des seconds de maintenir une emprise sur la société. La loi de 1905 est une loi de pacification, de séparation entre deux adversaires, pour retrouver une paix sociale. C'est une loi libérale, visant à pacifier, certainement pas une loi de combat au service des anticléricaux contre les religieux.

C'est pourtant ce que certains, notamment à gauche, continuent à croire. Pour eux, la laïcité, c'est l'interdiction des religions dans l'espace public. Constatant que détruire n'apporte rien, et qu'il faut aussi proposer, ils ont monté tout un mécanisme de substitution, qui au passage, singe les dispositifs religieux qu'ils entendent supprimer. La "morale républicaine" et les baptêmes républicains en sont le parfait exemple. En cela, ils sortent d'ailleurs de la laïcité, car ils entendent imposer à tous une opinion philosophique, qui n'est rien d'autre qu'une religion. Ils sont toujours dans leur vieux combat anticlérical, en essayant de contourner la loi de 1905. Leur grand habileté est de donner l'impression, ce faisant, de défendre cette loi contre qui personne ne peut officiellement être contre.

François Hollande donne aujourd'hui un gage aux laïcards, en proposant de relancer la morale publique sous couvert de laïcité. Le vrai respect de la laïcité serait d'interdire tout cours de morale à l'école. D'ailleurs, c'est un domaine qui relève de l'éducation, donc des parents, pas de l'instruction. Visiblement, il ne faut pas attendre de la gauche un véritable respect de la loi de 1905, qui leur imposeraient de réfréner les ardeurs de leurs anticléricaux. Etrangement, c'est la droite qui s'est montrée la plus respectueuse de la laïcité, sous la forme d'une neutralité de l'espace public, même si vis-à-vis de l'islam, c'était très loin d'être dénué d'arrière-pensées.

Ce qui m'attriste le plus, c'est qu'en 2012, on n'ait pas encore complètement réussi à apaiser cette vieille querelle, qui n'arrête pas de resurgir, même si elle n'a plus la virulence qu'elle avait à la fin du 19eme siècle. Cela empêche de penser positivement la présence des croyances dans l'espace public, dans un sens vraiment libéral. On ne sait toujours pas regarder ce que les religions peuvent apporter de bien et de constructif pour la société, et pourtant, il y en a. Encore faut-il qu'elles soient encouragées, ce qui n'est pas le cas. On est encore sans cesse à chercher la petite bête, à soupçonner des volontés hégémoniques, surtout de la part des laïcards vis-à-vis des religions. Il est vrai que c'est un de leur fond de commerce, et que ces derniers temps, le ramener sur le devant de la scène a permis au Grand Orient de se refaire une santé. En faisant cela, ils poussent leurs adversaires catholiques, chez qui certains ne demandent que ça, à surenchérir, dans une violence mimétique qui leur permet, à eux aussi, de se refaire une santé.

L'intelligence des politiques, sur cette question, serait de dépasser cette vieille querelle, de proposer de nouveaux termes du débat, un nouveau cadrage. Il faut absolument sortir de cette vieille querelle stérile, qui est une perte de temps et d'énergie. Pour une fois que nous avons une loi et bien faite, appliquons là intelligemment pour répondre aux souhaits de pacifications de ses auteurs. Demander, au nom de la laïcité, l'instauration de cours de morale publique va à rebours de la loi de 1905. C'est d'autant plus dommage que c'est la gauche qui a les cartes en mains pour faire évoluer, en son sein, les mentalités. Toute tentative de la droite serait prise pour une agression, et ne donnerait aucun résultat. François Hollande est en train de rater un rendez-vous avec l'histoire.

vendredi 7 décembre 2012

Sur les décombres de la droite

L'acceptation de la diversité et du pluralisme en son sein n'a jamais fait partie de la culture politique de la droite conservatrice. Bien au contraire, on était plutôt dans le culte du chef et la célébration de l'efficacité qui en découle. Cela ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de disputes et de guerres internes, loin de là, mais elles n'étaient pas assumées et donc ni publiques ni codifiées. Le règlement des conflits pour la désignation des chefs se réglaient en coulisses, à la tronçonneuse. L'histoire politique de la droite depuis la disparition du général de Gaulle n'est qu'une longue série de meurtres politiques, avec finalement assez peu de chefs. Il y eut d'abord Pompidou, qui se présentait comme le dauphin de De Gaulle, et bénéficiait ainsi d'une part de sa légitimité. Après une courte période de transition, Jacques Chirac a pris les rennes et ne les a lâchés qu'à Nicolas Sarkozy. Même s'il y a eu des frictions lors des passages de relais, le nouveau poussant un peu le "vieux" dehors, une fois le chef en place, il restait sans grande contestation.

Voilà qu'après le départ de Nicolas Sarkozy pour cause de défaite électorale, un nouveau processus de désignation du chef a été lancé. Logiquement, c'est Copé qui avait le profil pour reprendre la place, en digne clone politique de Chirac et de Sarkozy qu'il est. On aurait encore été au temps de RPR, ça passait comme une lettre à la poste. Mais voilà, le processus a raté, les deux prétendants étant arrivés à égalité, et au bout d'un combat qui est en train de se terminer, on globalement réussi à se neutraliser. La question du chef va se poser à nouveau, tant il est évident que la situation actuelle est provisoire (mais ça peut durer un peu). Au final, on devrait avoir un président de l'UMP clairement désigné, qui reprendra le sceptre, en ayant assassiné son rival. C'est comme ça que se gère la diversité et le pluralisme à droite. Ça c'est le scénario idéal, le plus logique au regard du passé.

Pour autant, l'avenir n'est pas forcément écrit et on peut avoir d'autres scenarii. La guerre des chefs peut durer sans qu'aucun n'arrive à l'emporter. Copé tient le parti, mais avec une légitimité contestée, et un risque de scission à ce niveau. Fillon a un groupe parlementaire, donc une tribune et des moyens pour continuer à exister. Ce sont les militants qui peuvent également faire durer les choses, car on sent chez beaucoup un très net rejet des deux candidats, jugés aussi responsables l'un que l'autre du triste spectacle donné depuis la mi-novembre. On en vient d'ailleurs à se demander si c'est leur intérêt de procéder à un nouveau vote, surtout si on accepte de repartir du départ, en autorisant d'autres candidatures. Ce qui est aujourd'hui présenté comme provisoire, à savoir deux groupes parlementaires pour un même parti, pourrait bien durer...

A droite, ce serait assez inédit et étrange au vu de la culture politique de cette tendance. Si actuellement, il n'y a pas grande différence idéologique entre les deux groupes parlementaires, cela va venir, car les différences idéologiques sont sous-jacentes. L'UMP est en effet majoritairement composée de députés de la droite dure, quand le Rassemblement-UMP est davantage de centre droit. Rapidement, certains députés vont se sentir assez mal à l'aise dans leur groupe (Eric Ciotti au R-UMP ou Luc Chatel à l'UMP par exemple). Une rivalité va se mettre en place entre les deux groupes, c'est inévitable. On va donc avoir une polyphonie à droite, chose nouvelle, qu'il va falloir apprendre à gérer. L'élection ratée du 18 novembre est un accident de l'histoire, qui a provoqué mécaniquement la mise en place d'une situation qui a été acceptée sur le moment, car jugée provisoire. Je me demande combien de députés R-UMP auraient signé s'ils avaient su que ce groupe était parti pour durer. Cette scission s'est largement faite sur un malentendu.

C'est là que ça devient intéressant. On a un terrain vierge, une situation qui n'a pas été planifiée, où tout est à construire. C'est peut-être une chance historique de faire évoluer la culture politique de la droite, obligée, pour la première fois, de "gérer" pour de bon sa diversité idéologique, qui va pouvoir s'exprimer pleinement. Un page blanche est devant la droite française. On voir cela comme des décombres, en pleurant de dessus et en cherchant à reconstruire à l'identique. On peut aussi y voir une chance de construire autre chose en terme de projets, d'idées et de culture politique. La droite n'a pas nécessairement vocation à s'aligner toujours sur le néo-bonapartisme.

jeudi 6 décembre 2012

Sur la défensive

Je ne peux pas m'empêcher de sourire, voire d'éprouver un réel plaisir à la lecture du blog de Pascal Rogard et aux communiqués de la SACD. Après les avoir vu à l'offensive sur DADVSI et sur Hadopi, les voilà maintenant sur la défensive, avec des couinements de plus en plus forts depuis l'échec cuisant de la ratification d'ACTA. A force d'avoir tiré sur la corde du droit d'auteur, parfois avec des délires hallucinants, arrive ce qui devait arriver : les fondements même du droit d'auteur sont questionnés. Si très peu de gens remettent en cause le principe même du droit d'auteur, ses modalités de mise en œuvre font l'objet de critiques virulentes qui trouvent de plus en plus d'écho, car l'influence des industries culturelles décline.

La première cause du déclin est liée à l'émergence de l'économie numérique, qui dépasse très largement le seul champ des biens culturels. Le numérique pèse plus lourd que l'industrie culturelle en terme d'emplois, de marges de croissance. Le numérique est partout, dans tous les secteurs d'activités, et la plupart du temps, à la grande satisfaction des acteurs économiques. Finalement, on se rend compte que les industries culturelles sont à peu près les seules à être mécontentes du fonctionnement d'internet, les autres secteurs économiques s'y étant adaptés. Plus on avance dans le temps, plus on aura de gens à avoir intérêt à surveiller de près les règles de fonctionnement d'internet. Et beaucoup de ces secteurs ont intérêt à conserver le modèle existant, car ils se sont organisés autour de lui. Changer les règles du jeu impacterait fortement leur business et leurs équilibres. C'est d'autant plus fort que ce sont les entreprises numériques qui se trouvent au cœur des nouveaux équilibres. Alors que ce n'était pas vraiment le cas il y a 10 ans, les positions des industries culturelles sont aujourd'hui de plus en plus marginalisées en ce qui concerne l'évolution du numérique.

La deuxième cause, qui n'est qu'un accélérateur, vient des erreurs et maladresses des industries culturelles. Quand on plante plusieurs gouvernements successifs avec des lois en "i" qui se passent mal, entrainant directement le départ du ministre de la culture qui les a portées, avec des dégâts certains dans le segment électoral des jeunes, on finit par perdre son crédit auprès des politiques et des élus. Lisez donc le compte rendu de la table ronde organisée par la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale sur la copie privée. La belle unanimité des parlementaires que l'on rencontrait encore il n'y a pas si longtemps, autour des positions des industries culturelles, n'existe plus. Les tirs venaient de partout, et il n'y avait plus guère que quelques députés socialistes pour assurer, mollement, la défense de "l'exception culturelle". Et encore, ils sont parfaitement lucides et semblent ne pas y croire eux-mêmes.

Malgré tous les coups qu'ils se sont pris dans la gueule, ils n'ont toujours pas compris ! Le point d'étape de la mission Lescure en est une parfaite illustration. Les industries culturelles continuent à essayer de changer les règles du droit du numérique, alors même qu'elles sont de moins en moins crédibles et de moins en moins écoutées sur ce sujet. Mon plaisir vient aussi du fait que les industries culturelles, et notamment l'un de leur gros bataillon, les sociétés de gestion de droit, sont obligées de livrer de plus en plus de batailles défensives. Les champs de bataille sont désormais sur leur territoire, que ce soit sur la copie privée, où le système s'effondre morceau par morceau, où sur l'organisation même de la gestion collective, où la Commission Européenne cherche à mettre son nez, pour le plus grand désarroi des principaux intéressés.

Pour l'ancien combattant de la DADVSI et de Hadopi que je suis, l'évolution du combat est clairement positif. L'ennemi est en recul partout, obligé de défendre son territoire, décrédibilisé auprès des lieux de décisions, sans propositions solides pour la suite. De plus, nous sommes maintenant en mesure de proposer, c'est à dire de participer à l'offensive, alors que jusqu'ici, on pouvait tout juste se livrer à une guérilla. Le vent tourne...

lundi 3 décembre 2012

Hébergement catholique

Cécile Duflot vient de demander à l'archevêque de Paris de mettre à disposition des autorités, dans le cadre du plan d'urgence grand froid, des locaux dont ils auraient la disposition, mais pas l'usage. Bien évidemment que cette demande n'est pas sans lien avec le combat des catholiques contre le mariage gay. Le but est clairement de demander si l'institution catholique mettra autant d'énergie à aider les SDF qu'elle en met à combattre une réforme sociétale qu'elle désapprouve. C'est de bonne guerre. A partir du moment où on descend dans l'arène politique, il faut accepter de prendre des coups et de se voir questionner. La balle est dans le camp de l'archevêché et de l'église catholique...

Cette demande est particulièrement cruelle, car elle met en lumière que l'église catholique, du fait de la décroissance rapide de ses fidèles et surtout de ses cadres, dispose d'un patrimoine immobilier surdimensionné par rapport à ses besoins. Certains ont fait un petit tour, rien que dans Paris intra-muros, des biens religieux particulièrement "sous-utilisés". Et on ne parle que des locaux d'habitation, même pas des édifices cultuels (même si par endroits en province, les mairies se posent sérieusement la question). L'église catholique est clairement très loin de la norme en matière de gestion de biens immobiliers. Si les particularités religieuses peuvent en partie expliquer cela, ce n'est guère audible, car des solutions existent pour que les quelques religieuses cloitrées qui existent encore puissent continuer à vivre selon leur règle, sans qu'il y ait 100m² par religieuse en plein coeur de Paris.

L'église catholique va avoir du mal à répondre à la demande, car ses biens immobiliers sont souvent vétustes et pas du tout "aux normes" faute de moyens financiers. L'église a un très beau patrimoine immobilier, mais pas l'argent pour l'entretenir. La demande du gouvernement va l'obliger à justifier ses refus en montrant l'état de ses bâtiments. Et ça risque de faire mal, car si certains d'entre eux servent à héberger, notamment des étudiants, et même si ces locataires acceptent des conditions parfois spartiates (le loyer ne devant pas être bien élevé) il n'empêche qu'il existe des règles concernant les normes à respecter pour que le logement puisse être qualifié de "décent", qu'il soit aux normes d'accessibilité pour personnes handicapées. Et je ne vous parle même pas des normes de sécurité incendie...

Oui, la demande est "vicieuse", mais l'église catholique a voulu se mêler de politique, elle a donc bien cherché ce qui lui arrive. Quand on ne veut pas d'ennuis, on ne s'expose pas.