Vu comment les choses évoluent à l'UMP, la scission n'est plus une hypothèse d'école. Trop de rancoeurs, trop de choses aussi qu'il sera difficile de pardonner, comme l'intervention surréaliste de Jérôme Lavrilleux, le directeur de cabinet de Copé. Pour autant, une scission ne serait pas une mauvaise chose. J'y vois même des aspects positifs.

Je pense que tout le monde a compris que le grand parti unique à droite, c'est un échec. Le spectre idéologique à couvrir est trop large, et au final, on ne fait que mécontenter tout le monde. L'ancienne division UDF-RPR ne reviendra pas, car les cartes ont été rebattues, mais on finira par avoir deux structures, comme autrefois : une pour la droite dure (autrefois incarnée par le RPR) et l'autre pour la droite modérée (l'ancienne UDF). Même sans scission, l'UDI va progressivement incarner le centre droit, et mordre sur l'aile gauche de l'UMP, qui va se replier sur son aile droite, celle de Peltier et Buisson. La scission de l'UMP ne fera qu’accélérer cela, en détachant brutalement l'aile gauche de l'UMP, celle qui n'aime pas les pains au chocolat. Le parti qui naitrait de cette scission aurait vocation à se rapprocher de l'UDI, sans pour autant se confondre complètement, reprenant l'espace politique autrefois occupé par les Républicains indépendants de Giscard et devenus par la suite DL. La fusion avec l'UMP en 2002 a fait disparaitre cette tendance, et a créé un vide politique, les électeurs se reconnaissant dans cette mouvance ne se sentant pas représentés par l'UMP (moi par exemple).

Certes, les militants vont être un peu traumatisés, mais on a vu dans l'histoire politique, même récente, bien des épisodes tumultueux, où des militants rendaient leurs cartes avec moult fracas et indignations. Ils sont revenus pour certains, et d'autres ont pris leur place. Les militants, ça va, ça vient, et à part faire la claque dans les meetings, ils ne servent pas à grand chose. Les élections ne se gagnent pas grâce aux colleurs d'affiches et aux distributions de tracts sur les marchés. Certes, il faut le faire, car il est important d'occuper le terrain, mais l'essentiel est ailleurs et sur le nombre de cartés, beaucoup de font pas grand chose (comme partout, c'est toujours un petit noyau dur qui fait tout le boulot). Gagner une élection nécessite de convaincre les électeurs, c'est à dire les sympathisants. Les militants, de toute manière, voteront toujours pour leur camp, par haine du camp d'en face. Si deux partis naissent des cendres de l'UMP, ils trouveront suffisamment de militants pour fonctionner et ceux qui resteront chez eux ne manqueront pas. A trop se concentrer sur les militants, on rate la cible essentielle, car ces élections internes de l'UMP l'ont bien montré, les profils sont différents. Ce n'est pas par hasard que le PS a fait désigner son candidat à la présidentielle par les sympathisants, plutôt que par les militants.

La droite devait, de toute manière, se recomposer. Elle le fait brutalement, de manière assez imprévisible sur le timing et la manière, mais au moins, ce sera fait suffisamment tôt pour ne pas gêner la préparation de la présidentielle de 2017. C'est finalement ça qui compte, être prêt en 2016. Autant donc trancher dans le vif, dès maintenant, les querelles, à la fois de fond et de personnes, on aura tout le temps après de cicatriser. Cela laisse aussi trois ans aux deux rivaux, Copé et Fillon, pour se départager auprès du seul électorat qui compte vraiment, celui qui vote à la présidentielle, celui des sympathisants. Sur ce terrain, François Fillon est le mieux placé, d'autant plus qu'il semble que ces sympathisants fassent davantage porter la responsabilité du clash sur Copé que sur Fillon. Mais rien n'est joué, car on entre maintenant dans une course de fond.

Finalement, je souhaite cette scission, car elle va créer une rivalité à droite, propice à son renouvellement intellectuel et idéologique. On va se disputer, c'est évident, mais on ne va pas le faire que sur des personnes (ça ne va jamais bien loin) mais aussi sur des idées, des positions doctrinales. Il va falloir se distinguer de l'autre, et donc travailler le terrain, innover. La droite en a un immense besoin, tant 10 années d'exercice du pouvoir ont complètement asséché la pensée. Peut-être que de tout cela, en sortira un bien pour l'ensemble de la droite. Ce n'est pas encore évident, car la bataille au sein de l'UMP est toujours en cours. Mais on peut envisager positivement l'hypothèse d'une scission.