L'UMP vient d'être victime d'une rupture d'anévrisme, il est dans le coma et on ne sait pas encore dans quel état il va finir. Ça pourrait ne pas être très joli à voir, mais ça pourrait aussi être moins pire qu'attendu. Il est trop tôt pour le dire. Par contre, je ne suis pas du tout surpris de cet accident spectaculaire.

Il y avait, depuis au moins 2008, une vraie fracture idéologique au sein de l'UMP, entre une droite dure, incarnée jusqu'en 2012 par le mouvement de la droite populaire, et par certains conseillers de Sarkozy, que ce dernier avait un peu trop tendance à écouter. Depuis longtemps, le centre droit n'avait qu'une envie, c'était de donner un bon coup de poing dans la gueule de la droite populaire (et si possible écarteler en place publique les conseillers). Mais l'UMP était au pouvoir, et dans cette configuration, il y a plein de choses qu'on ne peut pas se permettre, car on dirige le pays. Cela oblige à consacrer l'essentiel des énergies à la conduite des affaires publiques. Cela oblige aussi à une retenue, à une obligation de solidarité vis-à-vis du président et du gouvernement, quoi qu'on en pense. Jusqu'au 6 mai 2012, les membres de l'UMP se sont remarquablement bien tenus à cela. Mais cela avait un prix : l'accumulation de rancœurs, de comptes pas réglés, de couleuvres avalées mais pas digérées. Comme un anévrisme qui gonfle progressivement, au point de rendre l'artère fragile.

A un moment, ça finit par se rompre.

On a bien vu que l'affrontement Fillon-Copé s'appuyait globalement sur un clivage idéologique pré-existant, avec, notamment sur la fin de campagne, une tension grandissante. On sentait que ça pouvait mal se passer, l'anévrisme était repéré. On a bien vu le dimanche soir qu'il y avait un problème, mais Fillon a calmé ses troupes et on pouvait penser que le pire avait été évité, même si le spectacle donné n'était pas joli-joli. On pouvait quand même sentir que la bagarre, finalement, ne faisait que commencer, car rien n'avait été tranché, mais on avait évité la rupture. Et puis d'un seul coup, les fillonistes se rendent compte, par hasard, qu'ils ont été floués (sans pour autant que les copéistes soient en faute). Le fragile compromis de la veille vole alors en éclats et c'est la guerre, la rupture.

Accuser le choc ne sert à rien, car s'il n'y a pas en dessous un problème de fond, il ne se passe rien. La déflagration d'aujourd'hui n'est que le résultat de plusieurs années de retenue, de colères rentrées, de haines recuites qui ne pouvaient pas s'exprimer. Les socialistes ont une autre manière de gérer les choses, en laissant davantage s'exprimer les désaccords et les querelles. Cela donne une impression de désordre, pas forcément du meilleur effet quand on est au pouvoir, mais cela évite au moins la création d'un anévrisme qui, quand il rompt, peut tuer ou laisser gravement handicapé. Pour l'instant, on ne sait pas comment l'UMP va s'en sortir, mais c'est évident que cette journée va laisser des traces très durables, car les ponts sont largement rompus entre fillonistes et copéistes. Jusqu'à hier, on pouvait envisager Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez comme secrétaires généraux adjoints d'une UMP présidée par Jean-François Copé. Ce soir, ce n'est même plus envisageable, avant très longtemps.