Le premier gagnant de la loterie Hadopi vient d'être connu. Près de 3 ans après le vote de la loi, nous avons enfin le premier condamné. Et il est caricatural, une illustration parfaite de toutes les dérives dénoncées lors du vote de la loi.

C'est un "français moyen" artisan en province, de cette "France qui se lève tôt", aux revenus sans doute pas bien élevés. Rien de l'adolescent de grande ville, d'un milieu aisé. Il est nul en informatique et semble bien incapable de télécharger lui-même. D'ailleurs, ce n'est pas lui qui a téléchargé, mais son épouse, avec lequel il est en instance de divorce. Il était donc en incapacité totale d'exercer le moindre contrôle sur l'usage de sa ligne, puisque la mésentente du couple rendait sans effet une demande qu'il a pourtant expressément formulé auprès de son épouse après la réception du premier avertissement de la Hadopi. Mais comme ce n'est pas le fait de télécharger qui est condamné, mais celui de ne pas avoir sécurisé sa ligne, c'est lui, pourtant innocent de tout le reste, qui est condamné. On ne pouvait pas faire mieux comme "exemple" pour un premier coup !

Là où c'est encore mieux, c'est qu'il est condamné pour deux chansons de Rihanna. Deux chansons, c'est ridicule, risible. Même pas un gros téléchargeur. Et en plus, des chansons de Rihanna. Pour incarner la "culture" et la "création", on pouvait difficilement, là encore, meilleur contre-exemple. On révèle au contraire que le dispositif n'est pas là pour les "créateurs", mais pour protéger la distribution de produits industriels sans saveur, mais à gros rendement financier. Les discours des promoteurs de Hadopi semblent bien décalés et ridicule. Tout ce cirque pour deux chansons de Rihanna. Les vrais amateurs de vraie création peuvent être tranquilles, ils ne sont pas le champ du radar pour peu qu'ils évitent de télécharger des daubes commerciales. Les gens de bon goût ne sont pas vraiment menacés.

Troisième point, sans doute le plus mortel : 150 euros d'amende. A ce tarif là, c'est cadeau pour les gros téléchargeurs. Pas de casier en plus, et s'ils ne font pas la bêtise d'avouer et de tout reconnaitre, ils peuvent même y échapper. On voit mal la justice engager des frais pour rechercher des preuves, faire perdre leur temps à des magistrats pour traiter le dossier, ordonner des mesures d'instruction, pour aboutir à une contravention de 150 euros. Le radar automatique pour les excès de vitesse, c'est autrement plus rentable.

Quand en plus, le gouvernement envisage de rogner drastiquement son budget, et de supprimer l'éventuelle coupure de l'accès à internet, qui a encore peur de la Hadopi ?