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lundi 24 septembre 2012

La solidarité gouvernementale pour les nuls

Ce week-end, les instances du parti "EELV" ont voté contre la ratification du traité européen. Ce parti faisant officiellement partie de la majorité gouvernementale, avec des ministres au gouvernement, ça fait un peu tache. Ce sujet n'est pas une question secondaire, et ce vote, fait en pleine connaissance de cause, semble être un choix autant tactique que stratégique. Ce traité européen déplaît profondément à la gauche de la gauche, et pourrait devenir un vrai boulet politique pour le PS. Les Verts, experts en stratégie politicienne, ont bien senti que cela pouvait se transformer en une galère dans laquelle il ne fallait surtout pas monter. Tactiquement, l'opération est bien montée, car c'est le parti qui prend position, pas les ministres et les parlementaires qui, en ce moment, sont en train d'appliquer le passage de baume cicatrisant sur la plaie, assurant que ce n'est pas bien grave, que c'est juste un point particulier qui pose problème, mais qu'ils restent dans la majorité et sont toujours pro-européens.

On est clairement dans la mise en place du fonctionnement de la coalition "PS-Verts". Quelle marge de liberté et d'autonomie pour les Verts ? Les Verts la veulent maximale, le PS la souhaite minimale, si possible inexistante, même si cela relève du rêve. On ne connait vraiment les limites qu'en s'en approchant. Voter la censure du gouvernement ou voter contre un budget, c'est franchir une ligne rouge. Critiquer ouvertement une décision gouvernementale arbitrée publiquement, c'est aussi une limite dangereuse à franchir, qui peut valoir une démission plus ou moins forcée pour le fautif. Les Verts étant trop attachés aux portefeuilles ministériels et aux prébendes, ils ne franchiront jamais cette limite, tout en ne se privant pas de la tutoyer en permanence. Pour l'instant, le ministre qui a la conduite la plus "dangereuse" est Arnaud Montebourg, Cécile Duflot ayant été finalement très sage.

Le meilleur moyen d'affirmer une différence, c'est de faire parler le parti. Pas surprenant donc que ce soit de cette manière que les Verts aient ouvert le bal. Cela permet des rétro-pédalages, que l'on peut doser en fonction de la réaction en face. Toute une palette s'offre aux Verts : Les ministres se désolidarisent ou du moins minimisent, quelques personnalités choisies pour leur visibilité (au hasard, Daniel Cohn-Bendit) expriment une opposition plus ou moins vigoureuse à la décision, montrant par là qu'elle ne fait pas l'unanimité. Enfin, au moment de passer aux actes, les élus, censés exprimer dans les instances de la république, la voix du parti (même s'ils sont surtout censé représenter la Nation et leurs électeurs) adopteront une attitude diversifiée. Il est par exemple possible de disperser les votes, ou alors, de voter contre un texte symbolique, et de voter pour les textes qui sont la conséquence directe du premier texte. On va voir ce que les parlementaires Verts vont voter sur le projet de loi organique sur les finances publiques. Voter non au traité, mais oui à ce projet de loi organique relèverait de l'acrobatie intellectuelle.

Tout cela devrait se terminer par un rabibochage, sans démission des ministres Verts. Mais l'affaire est d'importance, car c'est le premier bras de fer entre Verts et Socialistes. Comme pour les enfants, l'attitude de l'adulte lors du premier incident et la sévérité (ou son absence) peut constituer un précédent qui impactera toutes les négociations par la suite. Il suffit que le gouvernement cède et laisse une liberté de vote aux Verts sans la moindre contrepartie, pour qu'une jurisprudence se forme. La prochaine fois, les Verts en demanderont encore plus. Paradoxalement, ce sont les socialistes qui sont dans la position la plus inconfortable...

mardi 18 septembre 2012

Structuration

Cette rentrée est placée sous le signe de la structuration du mouvement en faveur des droits des citoyens et de la protection du domaine public. Face aux lobbies divers et variés, à commencer par ceux des rentiers de la propriété intellectuelle, on ne trouve personne pour défendre le domaine public, pour faire en sorte que les biens communs ne soient pas privatisés. Le système politique étant ce qu'il est, il faut s'adapter aux règles et créer un lobby du public.

C'est chose faite, avec Savoircom1, un collectif piloté par Lionel Maurel (@calimaq) et Silvère Mercier (@silvae) et un certain nombre d'autres. J'adhère pleinement à leur manifeste. Dans le même temps, un collectif (où on retrouve un peu les mêmes) a travaillé sur des sujets analogues, et formule des propositions. On sent une montée en puissance, qui à mon avis n'a que trop tardé, vu les coups de boutoirs portés depuis des années par les dinosaures économiques du divertissement. Les "geeks" ont su s'organiser plus tôt, mais ne pouvaient pas tout couvrir. Ce nouveau collectif vient combler un angle mort, celui de la réfection sur les droits du public et sur les usages culturels et "intellectuels" du numérique, dans une parfaite complémentarité avec ce qui existe déjà. Seules des personnes issues de ces milieux de la diffusion du savoir que sont les bibliothécaires (au sens large) pouvaient pleinement prendre en charge cela.

Reste maintenant à se faire entendre sur la scène publique et politique. C'est un énorme chantier, mais à partir du moment où une ligne claire est fixée, que le collectif est uni et cohérent (ce qui est loin d'être le cas des industriels du divertissement), c'est faisable. Inutile de vous dire que je soutiens pleinement ce collectif...

lundi 17 septembre 2012

Filippetti, le bateau ivre au service des lobbies

Aurélie Filippetti vient de donner une interview sur la presse numérique. C'est toujours aussi affligeant de vide ! On a un enfilage de poncifs et de lieux communs sur le travail de journaliste, avec des erreurs d'analyses pitoyables. Non, madame la Ministre, le "Data-journalisme", cela ne se résume pas à l'exploitation des seules données publiques. C'est l'exploitation statistique de données, d'où qu'elles viennent. Un travail que les journalistes, littéraires purs et souvent nullissimes en maths, ne font que très peu. Depuis la dernière fois, elle ne connait toujours pas mieux ses dossiers. Par contre, elle sait parfaitement caresser les lobbies dans les sens du poil. Visiblement, cet interview est l'occasion de faire plaisir aux patrons de presse, et notamment aux pure players. Petite revue des annonces (ineptes par ailleurs) et des oublis.

Premier sujet, faire payer Google. C'est devenu la nouvelle marotte des patrons de presse : ils sont pillés par Google, donc Google doit les indemniser. Je suis désolé, mais ça s'appelle de la vente forcée. Google ne fait que récupérer et indexer ce qui est mis librement en ligne. Pas compliqué du tout de mettre un bout de code qui empêche les robots de Google d'entrer. Sur l'ensemble de la presse en ligne, mis à part Médiapart et Arrêt sur images qui ont un modèle d'abonnement payant, aucun site de presse ne le fait. Pour la simple et bonne raison qu'ils y trouvent leur avantage. Ils vivent de revenus publicitaires, qui supposent de faire du trafic. Or, celui-ci vient par Google, qui, s'il veut vraiment jouer au con, peut déréférencer les sites de presse français. Et là, les patrons de presse vont pleurer... Vouloir "faire payer Google", c'est tout simplement vouloir le beurre et l'argent du beurre.

Deuxième sujet, les aides publiques à la presse. Là encore, bel exercice d'hypocrisie sur "je veux la transparence" et "je veux revoir le système". Comique ! Les flux financiers qui partent des caisses de l'Etat pour les caisses des titres de presse, Bercy les a. Il suffit de tout publier, intégralement. Qui a touché combien, sur quelle ligne budgétaire. C'est possible tout de suite, ça s'appelle l'Open Data, celui dont elle parle au paragraphe suivant, et qu'elle semble vouloir soutenir. Évidemment, ça ne ferait pas trop plaisir au petit monde de la presse écrite qu'on dévoile les dessous de ses combines, donc hors de question pour Aurélie Filippetti d'être aussi "novatrice" dans la transparence.

Troisième sujet, clairement posé par les journalistes : faut-il un véritable "freedom of information act" pour remplacer la minable loi sur la protection des sources des journalistes, qui ne protège rien ? La non-réponse de Filippetti est ahurissante. Elle ne répond pas, comme si elle n'avait pas compris la question. Et quand on creuse un peu, pour savoir jusqu'où on peut enquêter sur les politiques eux-mêmes, c'est non. La réponse aurait pu être beaucoup plus fine, car la question est très mal posée. Comme d'habitude, on se focalise sur les questions de train de vie, c'est à dire des cacahuètes au regard du gouffre financier que représentent certains dossiers. Messieurs les patrons de presse, plutôt que de chercher à ergoter sur une centaine d'euros avec les notes de frais des ministres, allez plutôt enquêter sur les agences de l'Etat, celles qui coutent 50 milliards par an.

Le summum de l'hypocrisie et du non-dit est atteint dans le dernier paragraphe. C'est même sublime. On lui pose la question de la précarité des journalistes, et plus particulièrement des jeunes journalistes. Pour moi, la question qui est posée est celle de la précarité économique, du recours aux pigistes et aux contrats précaires comme norme pour les journalistes de moins de 30 ans. Que propose Filippetti ? Rien, strictement rien ! Si, juste quelques compensations symboliques, en les assurant qu'ils sont également couverts pour le secret des sources. Je rappelle pour mémoire que la dame est membre du Parti Socialiste, censée être de gauche et donc, si j'ai bien suivi, contre la précarité, pour les petits contre les patrons. Les solutions à la précarité, elle les a, par exemple avec les aides publiques. Pourquoi ne pas moduler les aides à la presse, quitte à les augmenter un peu, en fonction du nombre de précaires dans les effectifs ? Plus tu as de CDI, plus tu as d'aides publiques (et inversement). Après tout, quand on voit combien sont payés certains journalistes de plus de 50 ans, ceux du haut du panier, on se dit que ce n'est pas la crise pour tout le monde. La précarité statutaire et salariale des jeunes journalistes est le résultat du gavage et de l'hpersécurisation statutaire de la génération du dessus. Il n'y a aucune fatalité. Mais ça, Aurélie Filippetti ne va surtout pas le dire, car sa cible, ce sont justement ces vieux journalistes, installés au sommet, qui "font" l'opinion, et sont donc politiquement utiles et redoutés. Comme par hasard, l’interview est menée par deux représentants de cette espèce "vieux crocodiles de la presse" qui ne sont pas les plus précaires du lot.

Et pourtant, tout a été dit ou presque, sur la crise de la presse, sur les raisons qui amènent à cette chute. Il suffit de lire quelques bons blogs de gens qui ont tout compris (Narvic, revient !). Les solutions sont connues, et demandent une véritable révolution intellectuelle, que les "vieux" sont totalement incapable de mener. Ils s'emploient donc à renflouer le vieux modèle économique, le temps pour eux d'atteindre l'âge de la retraite. Tant pis pour les autres si le bateau coule après eux, faute d'avoir mené à temps des réformes structurelles indispensables. Dans tout cela, le pouvoir politique est comme un bateau ivre, balloté au gré des courants et des tourbillons du milieu professionnel qu'il est censé réguler, incapable d'avoir une vraie pensée structurée et une vision politique. Sur ce dernier point, Aurélie Filippetti est dans la complète continuité de ses prédécesseurs de droite. Ni mieux ni pire.

vendredi 14 septembre 2012

Barbarin, figure de proue communautaire

Le cardinal Barbarin vient à nouveau de tenir des propos controversés sur le mariage gay : "Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l'interdiction de l'inceste tombera". Ça me rappelle les propos de l'ancienne député Brigitte Barèges, qui dans le même ordre d'idée, avait dit en commission à l'Assemblée, "et pourquoi pas avec des animaux ?". Pour Barbarin, comme pour le sapeur Camembert, une fois que les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites.

Cela montre à quel point les catholiques sont déconnectés de la société, et que petit à petit, sans s'en rendre compte, ils se sont isolés, un peu comme une personne âgée qui ayant de moins en moins de vie sociale, voit toujours les mêmes personnes, et se sclérose intellectuellement, tombant dans le conservatisme. Pour eux, le mariage "classique", un homme et une femme, pour la vie, dans le but d'élever des enfants, c'est la seule structure envisageable. Cela était certainement vrai il y a 50 ans. cela ne l'est plus aujourd'hui. Les français ont majoritairement décroché de l'institution, la preuve, ils ne se marient plus, ou quand ils le font, c'est pour des raisons fiscales ou de convenance sociale. Mais certainement par conviction et par adhésion à la vision toujours portée par les catholiques que le mariage est l'aboutissement naturel, et que le célibataire est soit un être sublimé et supérieur (la figure du prêtre) soit un raté (le vieux garçon). Ils ne sont pas rendus compte que d'autres formes de substitution, remplissant le même rôle, se sont développées.

En France aujourd'hui, il y a toujours besoin d'une structure permettant de constituer une personne juridique, afin de mutualiser un certain nombre de choses. Une famille, c'est un foyer fiscal, une unité aux yeux de la sécurité sociale pour la gestion des droits à couverture et remboursement. c'est aussi une unité permettant de faciliter les choses en matière d'état-civil, en créant une présomption de paternité des enfants, par exemple. Cela permet aussi de faciliter les transmissions patrimoniales au sein de la même génération. La structure "mariage" existant, elle a remplit ce rôle, pour lequel elle, de plus, pertinente et adaptée. On peut comprendre alors la demande de personnes qui souhaitent bénéficier des avantages pratiques de cette structure. On leur a propos un ersatz, le PACS, sur lequel se sont précipités des couples qui, au départ, n'étaient pas le public cible, montrant clairement que ce sont les aspects "pratiques" du mariage qui sont recherchés. La seule chose qui subsiste de l'ancienne conception, c'est l'aspect symbolique et le coté "respectabilité sociale". Même s'il est en perte de vitesse, ça compte encore (mois à Paris qu'en province), d'où le maintien d'un avantage "comparatif" du mariage, qui en plus, est juridiquement un peu plus solide que le PACS, le législateur ayant très mal fait son travail d'harmonisation du droit.

Les propos du cardinal Barbarin reflètent l'incapacité des catholiques à comprendre que le monde a changé, et que le mariage "à l'ancienne" n'est pas la seule option. On peut très bien accepter la désacralisation de l'institution, la diminution, voire la disparition de l'aspect symbolique, sans pour autant tomber dans la barbarie la plus totale qu'est l'inceste, qui est le tabou culturel le plus ancien et le plus répandu. Tout un droit de la famille est en train de se mettre en place, par petite touche et de manière parcellaire. L'explosion du nombre de familles recomposées a amené à penser tout un système de liens qui sont des résidus d'un mariage dissous, ou qui au contraire, sont la consolidation de liens de fait entre par exemple des enfants et le nouveau conjoint du parent de ces enfants. L'adoption est un moyen (pas le seul) de créer ces liens juridiques. Il y a quelques années, Nadine Morano avait eu le courage de présenter un projet de loi sur le droit des beau-parents. Sous la pression, elle l'a vite remis au fond d'un tiroir. En se crispant complètement sur le modèle ancien d'organisation juridique de la strate "supra-individuelle" d'organisation sociale, l'église catholique s'exclut de fait des discussions et des débats qui président à la construction du nouveau modèle, qui n'est en rien figé. D'ailleurs, l'idée du mariage à trois, envisagée d'un point de vue fiscal, ou de pur droit matrimonial n'est pas idiote. Aujourd'hui, quand on divorce, on garde des liens juridiques avec son ancien conjoint, pour la garde des enfants, le versement de pensions, la non révocabilité de certaines donations. On peut très bien aller un peu plus loin et permettre de conserver d'autres liens, avec des "mariages" à la carte, à géométrie variable.

L'église catholique est bloquée également parce qu'elle recouvert la structure juridique d'une couche religieuse, et que sa structure de croyance l'empêche de remettre en cause ce qu'elle a sacralisé dans le passé. Cela a pu être pertinent à une époque, pour permettre à l'institution de prendre racine dans la société et lui donner une légitimité dans la population. C'était une époque où les structures religieuses avaient du pouvoir sur les mentalités et exerçaient (au grand plaisir des clercs) un contrôle social. Aujourd'hui, l'influence de l'église catholique sur les mentalités a disparu dans les faits, sans que la hiérarchie cléricale y ait pour autant renoncé. Au moment de Vatican II, on pouvait se dire que le deuil était fait, ou presque. Mais quand on voit le retour de balancier depuis 20 ans, avec ces jeunes prêtres en soutane, on se dit que c'est cuit, qu'un tournant a été raté, et que la nostalgie (pas explicitement avouée) du pouvoir de l'église est toujours là. Certes, l'église catholique ne revendique plus le pouvoir politique (il ne manquerait plus que ça), mais elle revendique toujours l'influence sur les esprits et les mentalités.

Cette nostalgie se heurte à l'épreuve des faits, qui ne peuvent que faire pleurer les catholiques les plus rétrogrades. D'où le sentiment de beaucoup de catholiques très impliqués et pratiquants d'être une "contre-culture" et leur volonté de reconquête d'une influence sociale perdue, qu'ils entendent retrouver. Ils se focalisent sur quelques sujets très précis, que l'on voit très bien se dessiner quand on suit quelques blogs catholiques : mariage gay, euthanasie... A la moindre actualité, même minuscule, ils font des billets qui donnent lieu à des discussions sans fin entre eux, alors que partout ailleurs sur la blogosphère, c'est silence radio. Il y a donc des sujets sur lesquels la communauté catholique surréagit, des "croisades" qui permettent à ceux qui en prennent le leadership, de progresser dans la hiérarchie, d'avoir du pouvoir au sein de la communauté.

Que le cardinal Barbarin, homme pourtant fin et intelligent, balance par deux fois des propos qui tiennent du chiffon rouge (mais qui font écho à ce que pense les catholiques communautaires) ne peut s'expliquer que par l'obligation d'assurer un rôle de leader communautaire. Un peu, mais en beaucoup moins fort, le rôle que tient le patriarche maronite, au Liban, avec la communauté chrétienne. Le cardinal Barbarin s'est il lancé là-dedans par soif du pouvoir ? Je ne le pense pas, tellement ça ne lui ressemble pas (du moins de ce que j'ai pu voir de lui). Je pense plutôt qu'il s'est senti obligé de prendre les choses en main, de peur qu'en cas de vide (dont la nature a horreur), des tarés genre intégristes, prennent ce leadership. En gros, il fallait qu'un cardinal s'y colle (même si le cardinal Vingt-trois a pris sa part) pour que la hiérarchie cléricale ne perde pas son pouvoir sur la communauté.

jeudi 13 septembre 2012

Premier client

Le premier gagnant de la loterie Hadopi vient d'être connu. Près de 3 ans après le vote de la loi, nous avons enfin le premier condamné. Et il est caricatural, une illustration parfaite de toutes les dérives dénoncées lors du vote de la loi.

C'est un "français moyen" artisan en province, de cette "France qui se lève tôt", aux revenus sans doute pas bien élevés. Rien de l'adolescent de grande ville, d'un milieu aisé. Il est nul en informatique et semble bien incapable de télécharger lui-même. D'ailleurs, ce n'est pas lui qui a téléchargé, mais son épouse, avec lequel il est en instance de divorce. Il était donc en incapacité totale d'exercer le moindre contrôle sur l'usage de sa ligne, puisque la mésentente du couple rendait sans effet une demande qu'il a pourtant expressément formulé auprès de son épouse après la réception du premier avertissement de la Hadopi. Mais comme ce n'est pas le fait de télécharger qui est condamné, mais celui de ne pas avoir sécurisé sa ligne, c'est lui, pourtant innocent de tout le reste, qui est condamné. On ne pouvait pas faire mieux comme "exemple" pour un premier coup !

Là où c'est encore mieux, c'est qu'il est condamné pour deux chansons de Rihanna. Deux chansons, c'est ridicule, risible. Même pas un gros téléchargeur. Et en plus, des chansons de Rihanna. Pour incarner la "culture" et la "création", on pouvait difficilement, là encore, meilleur contre-exemple. On révèle au contraire que le dispositif n'est pas là pour les "créateurs", mais pour protéger la distribution de produits industriels sans saveur, mais à gros rendement financier. Les discours des promoteurs de Hadopi semblent bien décalés et ridicule. Tout ce cirque pour deux chansons de Rihanna. Les vrais amateurs de vraie création peuvent être tranquilles, ils ne sont pas le champ du radar pour peu qu'ils évitent de télécharger des daubes commerciales. Les gens de bon goût ne sont pas vraiment menacés.

Troisième point, sans doute le plus mortel : 150 euros d'amende. A ce tarif là, c'est cadeau pour les gros téléchargeurs. Pas de casier en plus, et s'ils ne font pas la bêtise d'avouer et de tout reconnaitre, ils peuvent même y échapper. On voit mal la justice engager des frais pour rechercher des preuves, faire perdre leur temps à des magistrats pour traiter le dossier, ordonner des mesures d'instruction, pour aboutir à une contravention de 150 euros. Le radar automatique pour les excès de vitesse, c'est autrement plus rentable.

Quand en plus, le gouvernement envisage de rogner drastiquement son budget, et de supprimer l'éventuelle coupure de l'accès à internet, qui a encore peur de la Hadopi ?

lundi 10 septembre 2012

Le départ de Bernard Arnault

L'information qui a agité tout le monde ce week-end est l'annonce de la demande de nationalité belge par Bernard Arnault. Je ne suis pas choqué de la démarche de Bernard Arnault. Il gère sa fortune et sa situation privée comme il l'entend, en restant dans le strict cadre de la légalité. Comment reprocher à quelqu'un de faire de l'optimisation ? Nous en faisons tous, à notre petit niveau, en calculant à chaque fois que plusieurs options se présentent à nous, celle qui sera la meilleure, soit en terme de facilité ou de coût. Il se trouve que les enjeux de la situation fiscale de Monsieur Arnault sont autrement plus importants, mais sur le fond, c'est la même chose. Que cela puisse indigner certains, je le conçois, mais ce n'est pas à Bernard Arnault qu'il faut s'en prendre, mais aux règles de la fiscalité en vigueur en Europe, et au fait qu'on puisse échapper en partie aux impôts français en s'installant en Belgique ou en Suisse, pays à fiscalité plus douce.

J'aurais aimé que certains, qui se disent journalistes, enquêtent davantage, pour aller au delà des apparences. Certains ont en effet allègrement franchi le pas en concluant à l'exil fiscal, sans même avoir les éléments pour le démontrer. Peut-être s'agit-il effectivement de ça, mais rien ne sert d'avoir la nationalité belge pour échapper aux impositions françaises. Il suffit d'être résident belge, c'est à dire y habiter effectivement plus de 6 mois dans l'année. Par contre, mais c'est à creuser, la piste du montage successoral n'est pas exclue. Bien qu'encore jeune (63 ans), Bernard Arnault est à la tête d'une belle fortune, sans doute avec un montage juridique "sophistiqué", et surtout, il a six enfants, de deux lits différents. Ce genre de succession se prépare donc longtemps à l'avance. Mais ce n'est que conjecture, puisque, comme tout le monde, journalistes compris, je n'ai pas les éléments du dossier, je n'ai juste que des apparences. C'est pourtant leur travail, ce qui justifie qu'on achète leurs journaux. Si, comme Libé ce matin, ils ne sont pas capable de se hisser au dessus du niveau d'un blog militant, je ne vois pas leur utilité. Que ce soit la couverture (qui sert à faire vendre, donc je peux comprendre) ou l'édito de Demorand, je ne vois aucune valeur ajoutée par rapport à ce qu'un blogueur pourrait produire. Du moralisme, de la lamentation, mais aucune analyse de fond. Il y a pourtant de véritables sujets à creuser.

Le premier sujet, qui mériterait un bel article, c'est celui de l'exil fiscal. A quelle conditions peut-on être considéré comme exilé fiscal ? Peut-on échapper intégralement à l'impôt en France en partant vivre ailleurs ? Quels sont les mécanismes fiscaux mis en oeuvre ? Derrière Arnault, combien d'autres ? Le tout sans préchi-précha, mais avec des chiffres, des éléments techniques pour comprendre la réalité de ce qu'on appelle "exil fiscal". Si en plus, cela pouvait s'accompagner d'un autre article sur "l'empire Arnault" et sur les effets possibles de cet exil, non seulement sur la situation fiscale personnelle de Bernard Arnault, mais aussi sur la stratégie pour le groupe et son évolution. Croire que Bernard Arnault veut juste fuir l'imposition à 75% est idiot, d'autant plus que cette nouvelle surtaxe est en train d'être vidée de son contenu, puisque seuls seraient concernés les revenus du travail. Bernard Arnault a certainement les moyens de faire en sorte de gagner moins d'un million par an en salaire...

Le deuxième sujet, qui sera plus abondamment, mais pas forcément bien traité, c'est l'impact politique de cette affaire. Vu la manière dont le sujet est traité, sous l'angle ultra-politique de la "fuite" de la première fortune de France, à l'image de la fuite de Louis XVI en 1791, il y aura des répercussions politiques. Cela va certainement aider François Hollande à très court terme, en remobilisant son aile gauche, qui se jette goulument sur cet os à ronger. Une belle occasion de faire du populisme à pas cher en fustigeant Bernard Arnault. Mais cela va aussi ressouder à droite, autour de la figure en miroir du martyr, du capitaine d'industrie obligé de quitter un pays si peu accueillant pour les affaires. Les clichés sur la gauche archaïque et marxisante, qui va conduire le pays à la ruine vont ressortir, et vont remobiliser les ultra-libéraux. Mais le pire, à mon avis, c'est le signal donné au niveau économique. Qui va encore vouloir investir en France, sous droit français ? Je serais un jeune capitaliste débutant, je me lance avec une structure de droit étranger, une holding basée je ne sais où, mais surtout pas en France. Et je me verse le moins de salaire possible, je fais tout passer par la société sous forme de dividende ou de notes de frais. Je ne parle même pas des entrepreneurs étrangers, qui vont sans doute attendre un certain temps avant de s'aventurer dans ce qui ressemble à un guêpier...

En fait, François Hollande ne fait que récolter ce qu'il a semé. Que la demande de nationalité belge de Bernard Arnault soit liée ou pas aux nouvelles taxations annoncées par le gouvernement socialiste, elle a un retentissement parce qu'elle fait écho à ces annonces. Bernard Arnault aurait demandé la nationalité belge en 2010, personne ou presque n'en aurait parlé. Si ce départ est réellement lié aux annonces gouvernementales, c'est encore plus dramatique pour François Hollande, car c'est le signal d'une défiance lourde, qui ne se rattrape pas facilement. Déjà que François Hollande n'a pas que très peu de moyens d'action sur l'économie, si en plus les milieux d'affaires lui sont hostiles, c'est la catastrophe en vue. J'ai un peu l'impression de voir l'histoire se répéter. En 1924, le cartel des Gauches remporte les élections législatives et se lance, tout feu tout flamme, dans une politique économique "de gauche", avec d'aller, piteusement, demander à Raymond Poincaré, le leader de la droite, de revenir aux affaires dès 1926...

jeudi 6 septembre 2012

La détresse des créateurs

Un "collectif" de cultureux s'est encore fendu d'une tribune dans un grand journal du soir, afin de fustiger internet et ses conséquences. C'est sans doute le papier le plus lumineux que j'ai lu depuis longtemps. Il nous donne un éclairage brut sur l'état de détresse de ce milieu, et surtout, et c'est ça qui est essentiel, sur les raisons de cette détresse.

Il y a tout d'abord une panique dans ce milieu, liée au fait qu'internet fait bouger les lignes, touche à des situations acquises, et qu'ils ne comprennent rien. On peut essayer de leur expliquer qu'ils ont tort, je pense que c'est en pure perte. Quand on est en panique, on est assez peu réceptif aux explications rationnelles car on est dans le registre de l'émotion. Et puis visiblement, ces gens n'ont pas envie de comprendre, n'ont pas envie d'évoluer et de s'adapter. Dans cette tribune, c'est criant !

Jusqu'ici, ces créateurs, car pour une fois, on sent que c'est vraiment eux qui parlent, ont passé un deal avec les éditeurs et autres intermédiaires de l'industrie du divertissement. Ils acceptent de se faire exploiter économiquement en échange d'une protection contre le monde extérieur et sa dureté. Ils demandent à pouvoir vivre dans une bulle, où ils ont juste à se consacrer à leur art et à leurs passions, sans avoir à se soucier des aspects économiques. Il suffit juste qu'il y ait assez de soupe dans la gamelle pour ne pas crever de faim. Pour eux, le livre est un objet politique, artistique, et ils ne veulent surtout pas entendre parler de l'aspect économique (même s'ils savent qu'il existe). Ils le disent explicitement dans leur tribune : "Beaucoup d'entre nous se trouvent ainsi enrôlés dans des logiques marchandes, dépossédés de toute pensée collective ou de perspectives d'émancipation sociale". Or, ils ne veulent surtout pas de ça. Eux comprennent leur métier comme ça : "ce que nous produisons, partageons et vendons est avant tout un objet social, politique et poétique".

Un équilibre s'est donc mis en place dans l'écosystème, à la satisfaction de tous les acteurs. Les créateurs créent, avec un statut certes économiquement peu reluisant, mais sans le souci du rendement et de faire rentrer l'argent et avec de fortes rémunérations symboliques. A leurs yeux, selon leur échelle de valeur, ils ont le sentiment très fort d'être "utiles". De leur coté, les intermédiaires exploitent, font parfois de beaux profits, mais ont le devoir de rembourrer régulièrement le cocon de ces grands enfants qui ne veulent surtout pas grandir et affronter le monde extérieur. Cela passe par le remplissage des gamelles et beaucoup de belles paroles sur "l'utilité sociale" de la Culture. Reprenez les discours des ministres de la Culture, vous avez les "éléments de langage".

Le numérique ayant déstabilisé les positions économiques des intermédiaires, c'est tout l'écosystème qui s'en trouve remis en cause. De nouveaux acteurs apparaissent, on a même les noms : "les Leclerc, Fnac, Amazon, Lagardère et autres grands groupes financiers". Ils sont accusés de quoi ? C'est là encore dit très explicitement dans la tribune : ils "veulent nous faire perdre de vue l'une des dimensions essentielles du livre : un lien, une rencontre". Le créateur veut bien se faire exploiter, mais il faut savoir habiller les choses des atours adéquats. Tous ces nouveaux entrants n'ont pas encore l'art de lubrifier comme il faut...

Leurs demandes sont simples, et exprimées de manière encore une fois très lisible. Il faut d'abord préserver le statut "d'artiste" ou au moins "d'artisan" : "qu'il s'agisse des professions symboliquement reconnues ou des petits boulots indispensables à toute chaîne économique, culturelle et sociale, les divers métiers du livre sont disqualifiés et remplacés par des opérations techniques, à côté desquelles prendre le temps devient inconcevable". Un peu plus loin, c'est encore plus clair. Il faut les préserver du changement, des mutations et des "soucis économiques" : "Etourdis, nous tentons de rester dans le coup : on fait avec les logiciels, les commandes en ligne, les correcteurs automatiques, les délocalisations, l'avalanche de nouveautés creuses, les menaces des banques, la hausse des loyers et les numérisations sauvages".

En clair, les "créateurs" demandent le maintien du statu quo. Or, sur un marché en pleine mutation, où tout bouge très vite, rien n'est stabilisé, d'où une véritable angoisse, parfaitement compréhensible. Quand son monde s'écroule, et qu'on ne voit pas encore se dessiner les contours du nouveau, on panique. Les intermédiaires de l'industrie du divertissement se retrouvent à devoir "gérer" cette panique (quand ils ne la partagent pas eux-mêmes) sans avoir de réponse à apporter. D'où des initiatives qui peuvent, du point de vue numérique, apparaitre absurdes, mais qui en fait, ont leur logique. Cette tribune nous donne une clé pour comprendre, et pour œuvrer afin d'apaiser cette panique en traitant le mal à la racine au lieu de ne s'attaquer qu'aux symptômes.

mardi 4 septembre 2012

Sans le latin...

Benoit XVI vient d'annoncer la création d'une nouvelle académie pontificale pour la langue latine. Au Vatican, dernier endroit où on s'acharne thérapeutiquement sur cette langue morte, c'est un sujet important. Toute la vie de l'institution est liée à cette langue. C'en est pathétique ! Mais également très révélateur d'une institution qui en oublie sa raison d'être pour se regarder le nombril.

L'église catholique a monté toute une structure autour de la Parole, au point de la fossiliser dans une foule d'écrit. on en est arrivé au point de créer un droit religieux. Le tout s'est construit sur le latin, qui est la langue "de référence" afin de permettre la "compréhension" la plus fine et la plus exacte de tout ce qui sort du Vatican. Il n'y a qu'une vérité, elle sort de la bouche du pape, et tout doit être fait pour qu'aucune divergence n'existe, qu'il n'y ait pas le moindre malentendu, du fait de la pluralité des langues existant dans le monde. Le maintien du latin est donc vital pour le catholicisme romain et révélateur de la dérive fondamentale, et malheureusement trop courante dans l'histoire des religions.

Alors que le Christ n'a laissé aucun écrit, a passé son temps à critiquer la rigidité des interprétations des docteurs de la loi de son époque (en violant allègrement certaines prescriptions), certains de ceux qui se réclament de lui ont mis leurs pas dans ceux des pharisiens, en juridicisant sa parole, en la fossilisant, et en essayant d'utiliser cela comme un outil de pouvoir. Le Temple de Jérusalem au temps du Christ, c'est l'équivalent du Vatican aujourd'hui : un lieu qui se veut passage obligé de tous les fidèles, prescrivant des rites (pour son plus grand bénéfice économique) très précis, avec derrière, toute une armada de gens très savants qui passent leur temps à couper des cheveux en huit, à pinailler sur des têtes d'épingle, tout en laissant crever un blessé sur le bord de la route.

Exactement ce que les protestants rejettent. Si le Christ n'a pas laissé d'écrits, c'est volontairement, pour ne pas figer les choses, pour laisser les hommes libres et empêcher des bureaucraties de s'emparer de son message et de le déformer pour en faire un outil de pouvoir.

lundi 3 septembre 2012

Bruler ses cartouches

Quasiment en même temps, le président de la République et le Premier ministre sont intervenus publiquement, l'un par un discours signalé comme "important", à Chalons-en-Champagne, et l'autre par une intervention dans une émission "passe-plat pour politiques". On est au tout début du mois de septembre et la rentrée n'a pas eu lieu. L'opposition est occupée au duel des chefs, il n'y a guère que quelques seconds couteaux pour lancer quelques attaques de guérilla. Mélenchon et les Verts se sont un peu excités, mais pas plus que d'habitude. Bref, il ne se passe grand chose. Et pourtant, on est déjà à l'étape 3 du plan d'urgence gouvernementale, qui oblige les deux têtes de l'exécutif à sortir et à s'exposer. Cela montre une faiblesse inattendue, mais pas si surprenante.

Les sondages ne sont pas fabuleux, et sans être franchement en colère contre le gouvernement et le président, les français sont un peu mécontents, du moins pas satisfaits. Ce n'est guère surprenant, car le 6 mai, c'est Sarkozy qui a perdu, sans que ce soit une victoire de Hollande. Quand on est porté au pouvoir par une vaguelette, l'élan s'épuise vite. Quand en plus, on se veut un président "normal", dans le sens "en rupture avec celui d'avant", on évite une fois élu de se lancer dans l'hyperactivisme et les annonces à tout-va. C'est cohérent, mais ça heurte un peu les attentes des français qui ne sont plus habitués à la patience en politique. Cela frustre aussi les militants de gauche, chauffés à blanc pendant 5 ans, et qui attendaient des mesures symboliquement "fortes" de rupture. Même si quelques décisions dans ce sens ont été prises, elles ont été très mal "vendues", comme par exemple l'abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers (qui était d'une connerie sans nom). D'où un sentiment de flottement, d'absence du gouvernement, de vide de l'action. Tout s'enlise, comme par exemple cette mission Lescure sur l'avenir d'Hadopi, annoncée en fanfare au mois de mai, mais où on attend encore la publication de la lettre de mission et la composition exacte de l'équipe qui doit entourer Pierre Lescure. Le projet de loi finances rectificatif de cet été était finalement bien vide de mesures "emblématiques", de celles dont on se souvient encore 30 ans après.

Par contre, les reniements divers et variés ont été très bien perçus. Les expulsions de Roms, cet été, par exemple. Même si une majorité de "sympathisants" de gauche disent soutenir et approuver, il y en a, de plus en plus nombreux, qui grincent des dents. Et puis ça faisait quand même sacrément "continuité". Deux ans après, même si le discours sous-jacent n'était pas le même, on a les mêmes actions de la police, les mêmes images dans les médias, et surtout les mêmes résultats à long terme. Démanteler les camps de Roms n'est qu'un palliatif, qui permet aux voisins d'être tranquilles quelques mois, avant que les Roms ne reviennent. Pareil pour Hadopi, où en 6 mois, on est passés de l'abrogation au simple toilettage, qui risque de se limiter à la suppression de la sanction, jamais appliquée, de la coupure de l'accès à internet, et un remplacement des actuels responsables de la Hadopi, nommés par la droite, par d'autres, nommés par la gauche. Sur le fond, le discours d'Aurélie Filippetti est écrit par les lobbies de la propriété intellectuelle et ça se sent. Le débarquement de Nicole Bricq du ministère de l'écologie, sous la pression de Shell, n'est pas la meilleure manière d'être crédible sur les questions environnementales. La RGPP va être poursuivie, mais avec un autre nom, réduction des déficits oblige.

Et puis il y a enfin cette cacophonie. Il y a toujours des couacs et des rivalités au sein d'un gouvernement, toujours des ministres qui feraient mieux de la fermer plutôt que de gaffer. Il faut reconnaitre que le gouvernement Ayrault a fait très fort. Le duo Filippetti-Cahuzac est pas mal, mais Arnaud Montebourg a été fabuleux, et va sans doute continuer jusqu'à ce qu'il se fasse virer et puisse retrouver la position tribunitienne qui est la seule qui lui convienne. Mettre un imprécateur comme ministre, ce n'est pas une bonne idée. Mais il n'était pas possible de laisser Montebourg dehors (déjà qu'on a laissé Aubry et Royal à la porte...). Les Verts ont aussi participé à ce climat, avec un zeste de Mélenchon. Même si pris isolément, aucun n'a véritablement tapé plus fort que d'habitude, ils ont formé un choeur qui n'a rencontré que le vide de la communication officielle. Pendant la deuxième quinzaine d'août, on avait un couac par jour ou presque, et la presse n'ayant que ça à se mettre sous la dent, ne s'est pas privée (en plus, les disputes politiques, ça fait vendre). Quand le Premier ministre est obligé de sonner la fin de la récréation par le biais d'une intervention dans les médias, ça fait un peu tâche. Et le pire, c'est que ça continue comme avant ou presque.

La véritable rentrée, c'est maintenant, et le changement n'est toujours pas là. Tout le monde ou presque a repris le travail, on va pouvoir mobiliser, manifester ou au moins, faire du bruit. Le gouvernement aborde cette période en situation de grande fragilité. Il a déjà grillé beaucoup de cartouches, s'est collé un boulet avec la "normalitude" qui force à la lenteur et flingue toute communication percutante et voit arriver des dossiers lourds, sur lesquels la majorité est plus que divisée (Traité européen, cumul des mandats...). L'opposition n'a même pas besoin de bouger. Elle attend tranquillement et se contente de prendre ce qu'on lui donne, sans avoir besoin d'aller creuser. Je ne sais pas combien de temps le gouvernement va tenir à ce rythme...