Le nouveau gouvernement n'a pas mis longtemps à revenir à un fondamental de la politique française : les subventions de fonctionnement à tout-va. Le Trésor Public est pour eux un puits sans fond destiné à financer le fonctionnement. Voilà qu'arrivent un remake des emplois jeunes, et que le gouvernement va faire baisser les taxes sur l'essence. Deux gigantesques gaspillages d'argent public...

Ayrault l'a annoncé, la baisse du prix de l'essence devrait être de 2 à 4 centimes au maximum. Le consommateur ne s'en rendra pas compte, la baisse n'étant pas assez significative. Elle représentera quelques euros sur un plein, donc quasiment rien en gain de pouvoir d'achat. Et si en plus, les pétroliers se lâchent, la baisse n'aura pas lieu, et c'est Total qui se mettra l'argent dans la poche. Par contre, cela va couter très cher au trésor public. C'est d'autant plus navrant que la hausse du coût de l'énergie est structurelle et durable. Le litre d'essence à moins d'un euro, c'est fini, ça ne reviendra plus, il faut s'y faire et s'y adapter. C'est dans la parfaite continuité du plan de soutien aux constructeurs automobiles. Plutôt que de mettre un emplâtre sur une jambe de bois, mettons l'argent sur le développement de la recherche en économie d'énergie, sur les transports en commun (en Ile-de-France par exemple...), sur le co-voiturage. Le vrai sujet, et il est massif, c'est l'organisation de notre société, qui est construite sur la mobilité. Pendant longtemps, se déplacer n'a pas été un problème. On a donc séparé l'habitat et les lieux de travail, on a mis le commerce dans les périphéries de ville (où il faut aller en voiture). En Ile-de-France, ça donne un logement massivement en banlieue Est et une concentration de l'immobilier de bureau sur l'Ouest parisien. Il faut remettre le paramètre "mobilité" en avant dans les choix d'organisation de l'espace, afin de limiter les besoins de déplacement. Arrêter de vider les centre-ville par exemple ! On colmate les brèches du vieux dispositif, à fonds perdus, sans envisager le nouveau paradigme.

Pareil pour les "emplois d'avenir", dont on sait qu'ils n'ont pas d'avenir. Comment, après le fiasco des emplois jeunes, oser remettre le couvert ? Bien évidemment qu'il y a des besoins et qu'on trouvera à employer ces jeunes qui vont se précipiter sur ces postes de précaires de la fonction publique. Mais est-ce que ce qu'on va leur faire faire en vaut la peine, au regard du coût ? Si on n'a pas développé certaines activités avant, c'est parce que des arbitrages ont eu lieu, et qu'on a préféré orienter les emplois vers autre chose. Comme on peut le prévoir, ces "emplois d'avenir" vont être occupés par des jeunes diplômés, qui envisagent par ce biais d'intégrer la fonction publique, mais sans avoir à passer un concours trop difficile, voire sans concours du tout. Pas forcément les meilleurs donc, et comme tous n'y arriveront pas, forcément des déceptions et de la frustration. Bien entendu, ce seront des emplois à très faible valeur ajoutée, un peu comme les "emplois à domicile", le nouveau nom des "domestiques" d'autrefois, abondamment subventionnés eux aussi. Ce qu'il faut pourtant, ce sont de vrais emplois, où on apporte une véritable valeur ajoutée à l'économie ou à la société, où on est en CDI et pas en CDD sans avenir, condamné à la précarité et l'absence d'évolution.

Cette incapacité à cerner les vrais enjeux est affligeante. Pour l'instant, le gouvernement Ayrault se contente de mettre du baume et des pansements sur des jambes de bois, avec de l'argent public qu'il n'a pas. On déplace le problème, mais on ne le règle pas. Au moins, le gouvernement précédent avait le mérite d'avoir lancé un plan d'investissement, qui valait ce qu'il valait, mais au moins, c'était de l'investissement, pas du fonctionnement.

J'attends de voir ce que nos partenaires allemands vont dire de tout cela... Le retour sur terre risque d'être très douloureux, un peu comme le tournant de la rigueur en 1983.