Les lobbies ne sont jamais longs à s'adapter à un nouveau gouvernement. La preuve aujourd'hui même, avec deux événements totalement indépendants, mais convergents.

Maurice Levy, patron de Publicis vient de démissionner de la présidence de l'AFEP. Vous ne connaissez sans doute pas l'AFEP qui n'a pas de site internet et cultive une très grande discrétion. Il s'agit en fait de l'organe de lobbying des très grandes entreprises françaises, celles du CAC40. Un certain nombre de chargés de mission suivent tous les dossiers qui touchent de près ou de loin les grandes entreprises, et élaborent des analyses et des propositions d'amendements, en s'appuyant sur les directions juridiques des entreprises adhérentes, ce qui lui donne une force de frappe "intellectuelle" assez impressionnante. Depuis 10 ans, leur "tableau de chasse" est impressionnant, mais ils se gardent bien de s'en vanter. Inutile de vous dire que pour la Gauche, L'AFEP, c'est le diable, au même titre que l'IFRAP, Contribuables Associés au l'Institut pour la Justice. Maurice Lévy présidait l'organisme depuis 2010, mais il est beaucoup trop marqué à droite pour continuer à la présider. Il lui faut donc, rapidement, un successeur "de gauche". Plusieurs personnes ont été approchées : Un membre de la promotion "Voltaire" à l'ENA, celle de François Hollande, dans laquelle il a beaucoup pioché pour constituer sa garde rapprochée, un ancien collaborateur de Fabius à Matignon. Apparemment, c'est actuellement le directeur Général de Pernod Ricard qui tient la corde (il a été dans les cabinets ministériels de gauche). Ce n'est que le début, d'autres têtes trop marquées à droite vont tomber. Les lobbies ne font pas dans le sentiment mais cherchent avant tout l'efficacité.

Deuxième événement, une interview d'Arnaud Montebourg dans le journal Challenges, où il tire à boulets rouges sur l'ARCEP, l'autorité de régulation des télécoms. On sent à plein nez les éléments de langage d'Orange, SFR et Bouygues télécom, qui n'ont toujours pas digéré (psychologiquement et financièrement) l'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile. Pour ces opérateurs historiques, c'est l'ARCEP qui est responsable, il faut donc lui faire payer. Et ce qui est affligeant, c'est que Montebourg reprend, sans recul et sans intelligence, les éléments de langage du lobby des opérateurs historiques. Pour le lobby et son perroquet ministériel, l'ARCEP n'aurait que la concurrence pure à la bouche, et serait donc un méchant organisme libéral. Et en plus, ces méchants de l'ARCEP ont provoqué des pertes d'emplois chez les opérateurs historiques, ce qui ne peut que déplaire au ministre du Redressement Productif. Comme Montebourg ne peut pas taper sur Free, c'est l'ARCEP qui morfle. Sauf que ce cher Montebourg oublie quand même que l'arrivée de Free a provoqué une baisse sensible de la facture pour les consommateurs... Mais ça, il a l'air de s'en moquer complètement ! Ce qui compte, c'est que les industriels (dont il a la tutelle) puisse continuer à se gaver, pour créer des emplois, afin que Montebourg puisse afficher un bilan positif. De toute manière, la compétence "consommation", c'est Moscovici...

Les lobbies n'auront pas mis longtemps pour s'adapter au nouveau pouvoir et retourner comme des crêpes leurs "ministres de tutelle". Le changement, c'est pas maintenant...