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jeudi 31 mai 2012

Facebook enfume la Bourse

J'ai adoré cet article sur l'introduction de Facebook en Bourse. Un chef d'oeuvre de décryptage et d'intelligence.

En résumé, l'auteur nous explique qu'une introduction en bourse, c'est une affaire d'argent, entre la société qui met ses actions en bourse, et qui a intérêt à les vendre le plus cher possible, et les acheteurs, qui ont intérêt à les acheter le moins cher possible. Au milieu, des banquiers qui toucheront leur commission en essayant d'enfumer à la fois les vendeurs et les acheteurs, pour gagner sur les deux tableaux. En temps normal, les sociétés qui se lancent en bourse le font parce qu'elles ont besoin d'argent. C'est elles qui sont demandeuses, donc elles consentent une ristourne en lançant la souscription à un prix moindre que la "valeur réelle", en clair, celle que les gros clients sont prêts à payer. Ce n'est pas le cas de Facebook, qui ne manque pas d'argent, mais qui doit entrer en bourse car c'est obligatoire quand on commence à avoir beaucoup d'actionnaires, pour rendre le titre plus facilement liquide et donc vendable. Mark Zuckerberg a donc refusé de faire un cadeau aux investisseurs, et leur a vendu l'action très cher, empochant beaucoup d'argent au passage. Que la valeur du titre dégringole ensuite, il s'en moque, il a touché l'argent. La perte, elle est pour ceux qui ont acheté et on été assez stupides pour revendre immédiatement ou n'avaient pas les reins assez solides pour attendre un peu.

Ce qui est intéressant, c'est de voir comment les médias ont réagit. Comme des bons moutons, ils ont répété bêtement les propos des investisseurs furieux d'avoir perdu de l'argent en ayant acheté trop cher l'action Facebook. Conscient de s'être fait avoir, et ayant sans doute pris des paris spéculatifs sur un prolongement de la baisse, ils dénigrent le titre Facebook autant qu'ils le peuvent, en espérant à la fois le faire baisser pour réussir leur spéculation, et se venger de Zuckerberg qui n'a pas accepté de se faire plumer, en essayant de nuire à l'image de marque de sa société. Tous les journalistes qui comptent ont entamé en choeur le chant de l'échec. Je suis désolé, mais pour Zuckerberg et Facebook, l'introduction en bourse est un réussite, puisqu'ils ont trouvé des clients pour leur acheter les actions qu'ils vendaient, au prix où ils voulaient les vendre. Qu'elle ne soit pas une réussite pour les investisseurs, c'est une autre histoire. Pourquoi faudrait-il ne voir les choses que du point de vue de l'acheteur, pour qui une introduction réussie, c'est un titre qui prend de la valeur ?

Ce qui m'amuse aussi beaucoup, c'est cette croyance, sous-jacente dans les réactions de la presse, que le "marché" sait évaluer la valeur d'une entreprise, et que si le cours de l'action baisse, c'est que l'entreprise n'est pas bonne. Quand on regarde l'histoire boursière, ces bulles et ses Kracks, on ne peut qu'être pris d'un immense éclat de rire. Surtout quand il s'agit d'une entreprise technologique, dont le montant des "actifs" est ridiculement faible. Enfin, et last but not least, je me réjouis d'avance des ennuis que vont avoir les banques d'affaires qui ont procédé à l'introduction en bourse, à commencer par Morgan Stanley. D'habitude, elles se gavent sur les deux cotés, en prenant une bonne part de la plus-value causée par le prix sous évalué, qu'elles touchent en direct pour leur compte (parce qu'elles achètent aussi des actions qu'elles lancent...) ou sous forme de commission pour les gros clients à qui elles font faire cette si bonne affaire. Ici, elles n'ont rien gratté du coté de Facebook, qui ne leur a fait aucun cadeau, et en plus, elles ont mécontenté leurs clients, à qui elles ont fait faire une tellement mauvaise affaire, qu'elles vont sans doute se retrouver devant les tribunaux.

Je n'aime pas le modèle économique de Facebook, Zuckerberg m'indiffère, mais là, faire la nique comme ça au monde des spéculateurs, je dis chapeau !

mercredi 30 mai 2012

Fiscalité numérique

Ce matin, le club parlementaire du numérique recevait Philippe Marini, président de la commission des Finances du Sénat, sur un sujet qui lui est cher (et à nous aussi) : la fiscalité du numérique. C'est un épisode dans un très long feuilleton, qui est très loin d'être terminé. Le sénateur Marini a donné quelques éléments très intéressants sur le scénario des prochains mois.

Il compte déposer sa proposition de loi début juillet, à la reprise des travaux parlementaires. Il a donné quelques éléments sur son contenu. Il y aura un volet "impôt sur les sociétés" et un autre sur la TVA, même s'il est conscient que c'est à Bruxelles que ça se joue. Il compte repartir à l'assaut des régies publicitaires et de l'e-commerce, avec sa nouvelle idée géniale de transposer la taxe sur les surfaces commerciales au numérique. Il a lui même dit que la législation fiscale peut parfois s'apparenter à de la poésie et à de la création artistique. J'attends la "performance". Par contre, l'extension de la Taxe copie privée au Cloud ne lui semble pas très opératoire. Bien qu'intellectuellement séduit pas l'idée lancée par le Conseil national du Numérique d'un dispositif "d'établissement stable virtuel", il ne retient pas cette idée qui nécessite une adoption à l'unanimité au niveau européen. C'est bien, mais pas pour tout de suite !

Il a évoqué tout l'intérêt qui lui inspire le dispositif de régulation des jeux en ligne. C'est un signal un peu inquiétant, car ce système repose sur la possibilité de blocage des sites refusant d'entrer dans le dispositif. Jusqu'ici, le sénateur Marini n'avait pas abordé ce terrain extrêmement glissant. J'aurais bien aimé lui poser la question, mais il n'y avait guère de temps et les lobbies avaient leurs messages à faire passer. Il faudra creuser cet aspect, car l'utilisation du blocage et du filtrage d'internet à des fins de "recettes fiscales" est une idée qui peut séduire à Bercy...

Tactiquement, il a esquissé deux axes. Au niveau européen, Marini fait la tournée des parlements nationaux des gros pays, afin d'arriver à une position commune avant que le sujet ne remonte à Bruxelles et Strasbourg. L'idée est de verrouiller les choses et d'obliger le niveau européen à reprendre ce qui a été décidé par les parlements nationaux. Ce n’est pas idiot, être très amont est le seul moyen pour les parlements nationaux de conserver un peu de pouvoir et d'influence. Au niveau national, Marini a sorti une phrase assez terrible : "si je veux aboutir, je ne peux pas me permettre d'avoir le monde de la Culture contre moi". Tactiquement, c'est imparable. Pour autant, Marini n'est pas dupe. Il n'aime pas, par principe, les taxes affectées, dont raffolent les cultureux, et a pleine conscience que ce petit monde se gave d'argent public. Il a pudiquement parlé des "besoins et des habitudes de ce milieu" qui génèrent des besoin de recettes. Il les connait, ne les aiment pas particulièrement, mais devra composer avec eux. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour le monde du numérique.

Dans son propos, le sénateur Marini a montré qu'il connaissait parfaitement le sujet. Le Luxembourg et l'Irlande s'en sont pris plein la figure (à juste titre) sur leurs mécanismes de dumping fiscal. Google a eu sa part, mais gentiment. Marini n'est pas dupe du niveau des "investissements" de Google en France, mais en même temps, le libéral qu'il est ne saurait reprocher à une entreprise privée de maximiser ses profits en pratiquant l'optimisation fiscale. Là où il lui reste des progrès à faire, c'est dans la compréhension du numérique. Dans son esprit, il y a identité parfaite entre un service "IRL", dans la vie réele, et le même service rendu en ligne. Il n'a pas l'air d'avoir perçu les apports spécifiques du numérique. Il est donc toujours avec son problème d'assiette fiscale, où il se rend bien compte qu'il y a un souci, car on ne peut pas calquer les assiettes fiscales numériques sur les assiettes physiques. Mais il n'a pas encore trouvé la clé pour créer la bonne assiette fiscale pour les activités du numérique. Il ne la trouvera pas tant qu'il continuera à vouloir plaquer les vieux schémas sur le numérique, sans chercher à comprendre le fonctionnement réel des flux virtuels.

mardi 29 mai 2012

Expulsion gesticulatoire

François Hollande a décidé d'expulser l'ambassadrice de Syrie en France, en réponse au massacre de Houla. Cela relève de la gesticulation médiatique, histoire de dire que le pouvoir français ne reste pas indifférent à l'émotion causée dans sa propre population par un massacre de civils syriens. C'est trop peu, trop tard et totalement inefficace, sauf pour la communication du gouvernement en direction de ses électeurs.

Les massacres en Syrie n'ont pas commencé le week-end dernier, malheureusement. Des images de cadavres d'enfants syriens assassinés ne manquent pas. Et pourtant, c'est seulement maintenant qu'on réagit. Qu'est ce qui a bien pu provoquer cette soudaine réaction alors que sur le terrain, il n'y a pas eu d'évolution particulière ? Tout simplement la forte médiatisation de ce massacre là, et l'émotion ainsi suscitée. Que le mouvement soit concerté avec plusieurs autres pays ne change rien au problème, puisque c'est une même réponse à une même émotion. Rien n'oblige la France à s'aligner sur les autres pays quand il s'agit de mesures sans portée concrète.

La France se contente d'expulser l'ambassadrice. C'est un peu ridicule. Dans une situation pareille, vu l'obstination du pouvoir syrien, si on veut faire un vrai geste, on rompt les relations diplomatiques et on expulse toute l'ambassade de Syrie. Mais cela implique de rapatrier en France nos diplomates en poste en Syrie. D'ailleurs, on va peut être avoir à le faire, car le pouvoir syrien ne va pas manquer de réagir. Quitte à faire un geste symbolique, autant y aller franchement, vu qu'on paiera à peu près le même prix pour la demi-mesure que représente l'expulsion de l'ambassadrice. Nicolas Sarkozy avait eu le courage de rompre les relations diplomatiques avec Kadhafi et de reconnaître officiellement l'opposition. Ce geste là avait une portée plus forte et concrète.

La Syrie est un pays en guerre civile où Bachar el Assad lutte pour sa survie politique (et sa survie tout court). Quand on en est là, les codes diplomatiques ordinaires n'ont plus cours et l'expulsion de son ambassadrice en France, on s'en moque. Ça fait longtemps, si on est vraiment préoccupé par les massacres touchant la population civile, qu'il aurait fallu intervenir de manière plus musclée (envoyer des armes et un porte-avion au large de la Syrie par exemple). Mais la situation est complexe, et on peut parfaitement comprendre qu'il soit très difficile, voire impossible pour nous d'intervenir de manière efficace pour faire cesser les massacres. On n'est pas certains d'ailleurs que la chute du régime mette fin aux massacres. Ça pourrait même faire empirer la situation.

Il y a des dossiers sur lesquels on peut se retrouver impuissants. C'est frustrant, mais c'est la réalité. J'aimerais avoir des politiques qui, plutôt que de gesticuler, comme l'a fait l'ancien président, assument cette impuissance et l'expliquent au lieu de répondre par des gestes symboliques à l'émotion de la population. Ce que j'attends d'un politique, c'est que son action fasse avancer réellement le dossier dont il dit se préoccuper, et non pas seulement faire croire à ses électeurs, en période de campagne électorale, qu'il "agit" alors que l'effet concret sera epsilonnesque. Sur ce point, le changement, ce n'est pas maintenant...

lundi 28 mai 2012

Et Dieu dans tout ça ?

Le Vatican est au coeur d'un tempête, à la suite de révélations sur son fonctionnement. Un livre vient d'être publié, en italien, sur les "dossiers secrets" de Benoit XVI. Il s'agit d'un livre de journaliste, donc écrit pour être un best-seller, avec des "révélations", mais très bien documentés.

On y apprend en gros que c'est le bazar au Vatican, que Benoit XVI est complètement largué, qu'il existe des luttes de pouvoir féroces, et qu'un cardinal semble être particulièrement visé. Le majordome du pape, un très proche a été arrêté, le banquier du Vatican a été viré brutalement. On apprend que l'an dernier, un autre cardinal, qui avait remis de l'ordre dans les finances, supprimant au passage pas mal de détournements de fonds, a été "muté" car il avait dérangé trop de magouilles. Je vous passe les histoires de scandales sexuels et les dessous de la réconciliation avec les intégristes. Bref, nous sommes dans une institution de pouvoir "normale", où une bureaucratie a produit toutes les dérives habituelles, c'est à dire qu'elle a favorisé sa survie et les intérêts de ceux qui la dirigeaient.

Le souci, c'est que cette bureaucratie se présente comme étant au service de Dieu et du message de l'Evangile. Là je tousse. Je serais curieux de connaitre le nombre de personnes de ces hautes sphères du Vatican qui travaillent réellement sur l'évangélisation. Je voudrais bien savoir aussi en quoi un Etat et une telle bureaucratie sont utiles à l'oeuvre religieuse ? La Croix élude soigneusement cet aspect, qui est pourtant criant. On a vraiment envie de se demander : "et Dieu dans tout ça ?". Il est absent...

Si le Christ revenait aujourd'hui et arrivait au Vatican, comment réagirait-il ? Il mettrait sans doute tout le monde dehors, comme il l'a fait pour les marchands du Temple, qui n'étaient qu'une couche parasite de la religion, comme l'est toute cette bureaucratie vaticane. L'exemple du protestantisme montre qu'on peut très bien se passer de ça pour vivre une foi chrétienne, et qu'on s'en porte même beaucoup mieux.

vendredi 25 mai 2012

Décrets d'attribution

Les décrets d'attribution viennent de paraître au JO. Il contiennent le périmètre exact, et surtout, les moyens humains dont dispose un ministre pour mener à bien sa mission. Un ministre qui n'est pas doté de services administratifs est voué à ne faire de la comm'. Le choix des termes n'est pas anodin. Quand un ministre "a autorité", c'est qu'il est le patron de la direction concernée. S'il a autorité conjointement, c'est qu'il doit composer avec un autre ministre qui a les mêmes pouvoirs que lui sur cette administration, ce qui est potentiellement conflictuel. Un ministre peut aussi "disposer de", c'est à dire que sans être le patron de l'administration en question, il peut demander des choses qu'on ne pourra lui refuser (en principe). Son pouvoir est bien moindre. Enfin, le dernier stade, c'est "fait appel, en tant que de besoin" où il peut demander, mais pas trop quand même, et faut vraiment qu'il en ait besoin et qu'il demande gentiment.

D'abord les ministères sans surprise. Le ministère des Affaires étrangères n'a pas de décret d'attribution. Peut-être un oubli, peut être aussi qu'il n'a tout simplement pas besoin que l'on rappelle son périmètre, assez bien délimité. Pareil pour la Défense, où le décret se contente juste de dire qu'il s'occupe aussi des rapatriés. Pour l'éducation nationale, pas grand chose à dire, périmètre classique, on y trouve les administrations attendues. Pareil pour l'enseignement supérieur, où Fioraso a autorité exclusive sur les directions qu'il lui faut. Le ministère de l'Intérieur ne bouge pas, Valls aura quasiment le même périmètre que Guéant, avec notamment l'immigration. Il doit juste partager les collectivités locales avec Marylise Lebranchu. Périmètre inchangé pour la Culture et pour l'agriculture.

Le découpage de Bercy est intéressant à observer. Moscovici se taille une belle part, en fait, il a tout, sauf ce qui est donné à Montebourg, et qui est finalement assez maigre. Il n'a que le DGCIS sous son autorité exclusive. Il doit partager avec Moscovici l'autorité sur l'agence des participations de l'Etat, et vu que ça risque d'être assez conflictuel, un arrêté du Premier Ministre va préciser les contours exacts du territoire de chacun. C'est clair que si Montebourg ne dispose pas de l'agence des participations de l'Etat, il ne fera pas grand chose. Il a également autorité, au titre de l'économie numérique, sur la délégation aux usages de l'Internet, qui sera de fait, la seule administration dont disposera Fleur Pellerin. Ce n'est finalement pas bien lourd.

Le pôle social est très imbriqué, sans vrai patron, ce qui risque de poser problème. Marisol Touraine, malgré son beau titre de ministre des affaires sociales et de la Santé n'a sous sa seule autorité que les directions de la Santé et de l'Offre de soins. Dans tout ce qui relève du social, est est en autorité conjointe, avec des attributions très vagues "dans les domaines des affaires sociales, de la solidarité et de la cohésion sociale". En face d'elle, il y a quand même deux poids lourds, Michel Sapin et Pierre Moscovici. Il va falloir faire son trou et délimiter les territoires, ce qui peut être compliqué. Michel Sapin est mieux servi, car il a autorité sur la direction qui est son coeur de métier, celle du Travail, avec en prime celle des études et statistiques. Il a autorité conjointe avec la ministre de la jeunesse et des Sports sur la direction de l'Emploi et de la formation professionnelle. En fait, il est le vrai patron, à condition de s'entendre avec Valérie Fourneyron, qui est sur de tous autres domaines, pour lui laisser ce qui relève de la formation des jeunes.

Troisième pôle, l'ancien périmètre de Borloo, partagé entre Nicole Bricq et Cécile Duflot. Le rôle exact de Duflot est très précisément défini, avec un luxe de détails que l'on ne retrouve pas ailleurs. Elle sait exactement où elle peut aller et n'ira certainement pas au delà. Elle n'a sous son autorité exclusive que le secrétariat général du comité interministériel des villes. Autant dire rien du tout ! Elle a autorité conjointe avec Nicole Bricq sur la direction générale de l'aménagement, du logement et de la nature. Pour le reste, elle "dispose" ou "peut faire appel", c'est à dire n'a pas de vrai pouvoirs. Elle est complètement ficelée et neutralisée ! C'est Nicole Bricq qui est la vraie patronne de toutes les administrations qui comptent.

Comme on pouvait s'y attendre, la jolie Najat n'a qu'un ministère communicationnel. Elle "est chargée de promouvoir les mesures destinées à faire respecter les droits des femmes dans la société, à faire disparaître toute discrimination à leur égard et à accroître les garanties d'égalité dans les domaines politique, économique, professionnel, éducatif, social, sanitaire et culturel". Difficile de faire plus vague. Là où ça va devenir amusant, c'est qu'elle est aussi "chargée, par délégation du Premier ministre, de coordonner la mise en œuvre, par l'ensemble des départements ministériels, de la politique en faveur de la parité et de l'égalité entre les femmes et les hommes". Elle va donc pouvoir aller mettre son nez dans la politique de ressources humaines de ses collègues, avec l'autorité et la bénédiction de Matignon. Elle a aussi "la protection effective des femmes victimes de violence et la lutte contre le harcèlement" mais en lien avec les autres ministres concernés. Elle va donc pouvoir intervenir sur le texte de loi sur le harcèlement sexuel. Pour faire tout ça, par contre, elle n'a qu'une autorité conjointe sur la direction de la cohésion sociale, à partager avec Moscovici, Touraine et Fourneyron. Autant dire qu'elle ne va pas avoir autorité sur grand chose...

A l'inverse, le ministère de Marylise Lebranchu est intéressant. Réforme de l'Etat, décentralisation, fonction publique. Elle va s'occuper du fonctionnement de l'Etat, de la qualité du service des administrations aux usagers et de l'évaluation des politiques publiques. Elle a aussi le lourd dossier de la réforme des collectivités territoriales, que l'UMP a salopé et abandonné au milieu du gué. Pour ça, elle a des services : la DGME, la DGAFP. Il y a une belle cohérence, notamment pour mettre en oeuvre une vraie politique d'opendata !

jeudi 24 mai 2012

Copé-Fillon

La question du leadership à droite va se poser. Il y a deux prétendants, Jean-François Copé et François Fillon. Aucun autre n'est à leur niveau, c'est entre eux deux que les choses vont se jouer, c'est l'un des deux qui sera le leader de l'opposition et le candidat de la droite en 2017. Les primaires à droite, c'est maintenant...

L'avantage va indéniablement à Jean-François Copé. Il tient le parti, il tient le groupe parlementaire à l'Assemblée via son fidèle lieutenant, Christian Jacob. Il a pu développer ses réseaux et ses équipes et depuis 2007, il a pris une envergure nationale. C'est un nouveau Sarkozy. En face de lui, il y a beaucoup de gens qui ne l'aiment pas, c'est classique et logique. C'est d'ailleurs l'atout de François Fillon. Il est le seul rival possible, le seul à pouvoir agréger autour de lui ceux qui ne veulent pas de Copé. C'est plus compliqué comme position, car il va devoir mener un attelage hétéroclite, alors que Copé a une armée cohérente en ordre de bataille.

Si Fillon veut survivre, il doit frapper fort très vite. Je pense qu'il doit être candidat, personnellement, à la présidence du groupe UMP, fin juin. C'est une élection avec 250-300 électeurs (je suis optimiste, oui) sur un corps électoral où Fillon bénéficie d'une cote d'amour excellente. Il passe bien mieux que Jean-François Copé auprès des députés UMP, même si Copé y a aussi de sérieux appuis. Si Fillon prend le groupe, il bénéficiera d'abord de l'aura d'une victoire, et surtout, de moyens matériels et humains et enfin de pouvoirs pour revendiquer le rôle de leader de l'opposition. Par contre, si Copé arrive à garder le contrôle du groupe, Fillon sera isolé, sans moyens et ne tiendra pas longtemps. Les choses seront alors pliées, Copé sera le seul patron.

Personnellement, je suis partagé. Copé est un politique de très haute volée, efficace, qui sait s'entourer. Mais il ressemble trop à Nicolas Sarkozy, dans son style notamment, dans son rapport à l'argent, dans sa course à la droite dure. Autant de choses que l'on ne retrouve pas chez un Fillon, qui certes sent un peu la province, mais en même temps, apparait tellement plus "normal". Or, les français ont clairement montré qu'ils sont lassés du profil à la Sarkozy. Fillon est aussi beaucoup plus au centre que Copé. Gaulliste social à la base, il est parfaitement compatible avec mon libéralisme orléaniste, tant sur le plan des idées que des pratiques en politique.

Le fait est que les choses vont se dessiner très vite. Soit on a un patron incontesté, Copé, soit on a un duo de rivaux qui vont se tirer la bourre pendant 5 ans. Dans le premier cas, on gagne clairement en efficacité pour la reconquête du pouvoir. Mais par contre, pour la reconstruction idéologique de la droite (qui en a bien besoin), il faudra repasser. C'est dans un climat de tension et de lutte que la droite pourra se renouveler, les deux rivaux, Fillon et Copé, devant sans cesse chercher à faire la différence avec l'autre, notamment sur le terrain des idées. C'est par la "dialectique", comme diraient mes amis marxistes, que l'on fait avancer les choses. Rien de pire qu'un système figé avec un patron désigné avant même que l'on ait pu vider les sacs et purger un certain nombre de choses.

La droite a besoin d'un bol d'air, pas d'une chape de plomb. J'ai peur qu'une victoire trop rapide et définitive de Copé n'entraine une glaciation idéologique de la droite, au nom de l'efficacité et que ce qui doit sortir ne sorte pas et rester pourrir.

mercredi 23 mai 2012

Dosière, martyr de la transparence

René Dosière n'a pas été réinvesti pour les prochaines législatives par le Parti socialiste, au terme d'un vaudeville où la gêne est perceptible. Visiblement, les socialistes ne veulent plus de René Dosière, mais ne savent pas comment s'en débarrasser. Tout cela est assez pitoyable...

Disons le d'emblée, René Dosière n'est pas apprécié de ses collègues PS. Depuis 2002, il s'attaque au budget de la présidence de la République, en dénonçant l'opacité sous Chirac. Cela oblige Sarkozy à avancer et à faire évoluer significativement la transparence sur les comptes de la présidence de la République. Mais si ce n'est pas encore parfait, la sincérité des comptes de l'Elysée a considérablement progressé. Sur cette lancée, René Dosière s'est attaqué à la transparence des comptes de tous les politiques, et notamment de leurs rémunérations. Il demande ainsi la fin du cumul des mandats, la limitation, voire l'interdiction du cumul des indemnités en cas de cumul des mandats (pas idiot pour limiter le cumul des mandats). Il a irrité ses collègues socialistes, qui sont souvent de joyeux cumulards, qui renoncent à cette pratique contraints et forcés.

Et puis en décembre 2011, René Dosière a été trop loin. Il a fait un adopter à l'Assemblée nationale un amendement sur l'écrêtement, système qui permet à un député cumulard de reverser le surplus d'indemnité qu'il ne peut pas toucher personnellement (parce qu'il est plafonné) à d'autres élus de son conseil municipal. Le système est effectivement scandaleux, car il relève du clientélisme politique, au sens mafieux du terme. Mais voilà, il est bien pratique pour "tenir" son conseil municipal" et nombre de députés-maires socialistes y ont recours. René Dosière dérange donc sérieusement en dénonçant les petites magouilles de ses propres collègues...

Les parlementaires forment un groupe doté d'une culture "professionnelle", droite comme gauche, il font le même boulot et ce n'est pas parce qu'on est concurrent que l'on n'a pas, parfois, des intérêts communs. Gare au mouton noir qui s'avise de remettre en cause les règles du clan, qui divulgue les recettes et les petits trafics. C'est un traître, un renégat.

René Dosière s'est élevé, à juste titre, pour plus de transparence et d'éthique. Ses collègues, qui n'ont aucune envie de changer, lui en font payer le prix. Je souhaite vivement qu'il soit réélu et qu'il continue son travail de salubrité publique !

mardi 22 mai 2012

La comm' est dans le titre

Arnaud Montebourg est ministre du Redressement productif. Cela a fait rire tout le monde, d'autant plus qu'il y a une magnifique contrepéterie qui accentue encore le comique de ce titre incongru. Visiblement, il a un peu de mal à faire sa place. Ce matin au JO, il s'est transformé en "Ministère du Redressement progressif". Une erreur technique à n'en pas douter, mais comme les lapsus, qui en dit beaucoup...

Derrière cet aspect amusant, se trouve une vraie question : faut-il utiliser les titres des ministères comme outil de communication politique ? Tous les gouvernements sont tentés par ça, à droite comme à gauche. On a eu par exemple le ministère du Temps libre en 1981. En fait, il y a deux types. D'abord celui de l'appellation purement politique d'un grand ministère, qui se veut "allégorique" et portant un message sur le sens de la politique qui va être menée. Avec le Redressement productif, on est complètement là-dedans. L'autre type, c'est le secrétariat d'État hyper-ciblé, qui sent bon la démagogie et le caressage dans le sens du poil d'un groupe bien identifié. On a eu par exemple sous Chirac un "secrétariat d'État aux droits des victimes". En général, ces secrétariats d'État sont dénués de moyens et se contentent de faire de la comm'.

L'opération peut apporter un bénéfice, en exprimant une volonté politique, un sens de l'action. Mais c'est à haut risque, surtout pour un ministère de plein exercice. C'est particulièrement le cas pour le Redressement productif. Tout le monde sait qu'il s'agit en fait du ministère de l'Industrie, qui est connu et identifié. Un renommage peut faire un peu vain si en dessous, rien ne change. Cela met une pression assez importante pour obtenir des résultats. Le nom choisi dit beaucoup. Il implique que la France est tombée bien bas en matière industrielle, et qu'il faut "redresser". Il dit aussi que la priorité est à l'industrie "productive", c'est à dire ce que l'on appelait du temps où j'étais au lycée le "secteur secondaire" celui des biens, par rapport au "secteur tertiaire", celui des services. Stratégiquement, je ne suis pas certain que ce soit un choix judicieux d'afficher un tel volontarisme dans un secteur où la vieille Europe se fait tailler des croupières par les pays à faibles coûts de main d'oeuvre. Même si politiquement, je suis d'accord, c'est important de garder une industrie de production de biens, je suis aussi conscient que nous avons de très gros handicaps et que le volontarisme politique est largement insuffisant pour lutter contre la désindustrialisation.

Le choix du nom est délicat, toutes les entreprises vous diront qu'une marque mal choisie ou facilement détournable, c'est catastrophique. C'est malheureusement le cas ici, de façon éclatante. Montebourg va traîner cette titulature comme un boulet, un peu comme enfant de famille bourgeoise qui s'appellerait Johnny-Kévin. Je n'ose imaginer ce que cela va donner dans les réunions internationales. C'est maintenant trop tard pour changer et revenir à un intitulé plus classique, tout recul étant interprété comme un abandon des ambitions politiques.

Personnellement, je trouve contre-productif cette manière de faire de la communication politique, car un intitulé de ministère un peu bizarre n'apporte rien ou presque au regard des risques. Ce qui compte, c'est la personnalité de son titulaire, son poids politique (pour gagner les arbitrages), son périmètre exact, les moyens dont il dispose en personnels et en budgets.

lundi 21 mai 2012

Un petit tour et puis s'en va ?

Hier soir, Fleur Pellerin, ministre déléguée aux PME, à l'innovation et à l'économie numérique annonçait à la télévision que la "grande concertation" sur l'avenir d'hadopi commencerait avant l'été et serait terminée dans 6 mois. Ce matin, à la radio, Aurélie Filippetti ministre de la Culture et de la Communication annonçait qu'aucun calendrier n'était fixé.

Il n'a pas fallu attendre longtemps pour que le premier couac ait lieu entre les deux femmes, qui s'étaient déjà bien chamaillées pendant la campagne. Toujours sur le même sujet, le leadership sur les sujets "numériques" et la définition du territoire de chacun. Comme pendant la campagne, c'est Fleur Pellerin qui ouvre le feu en allant empiéter sur le terrain de sa voisine, qui lui réplique vertement. Visiblement, Fleur Pellerin n'a visiblement pas compris ce qu'est la politique et devrait se faire recadrer (si ce n'est débarquer) assez rapidement...

Premièrement, elle est techniquement en tort. Son intitulé ministériel est assez clair : elle s'occupe d'économie ! La fiscalité du numérique, le financement des star-up du numérique, c'est clairement son champ d'action. Mais Hadopi, c'est un sujet "propriété intellectuelle" et "justice", et cela relève clairement pour le premier point de la Culture et pour le second de la Chancellerie. Bercy serait éventuellement présent aux réunions interministérielles de cadrage, mais ne peut en aucun cas prétendre être leader sur ce dossier. D'ailleurs, pendant les lois Hadopi, c'est le ministère de la Culture qui était à la manoeuvre, en lien avec la justice.

Elle est aussi politiquement en tort. On peut se chamailler un territoire quand on est deux "chargées de mission" égales en rang pendant une campagne électorale. Maintenant, on a une ministre de plein exercice, avec des administrations sous ses ordres, Aurélie Filippetti, et une ministre déléguée, qui ne connaît que les dossiers que son ministre de tutelle lui confie, car c'est Montebourg qui donne des ordres aux services de Bercy dépendant de l'industrie. Je doute que Montebourg ait envie d'un choc frontal avec Filippetti, sur un sujet qui est très périphérique pour l'industrie (vue de Bercy) et surtout politiquement casse-gueule. A part s'exprimer dans les médias, Fleur Pellerin n'a pas les moyens d'exister sur cette question.

Le choix de partir à l'assaut, comme l'a fait Fleur Pellerin est risqué, très risqué. Elle va indisposer Matignon et l'Elysée, pour avoir créé l'incident et grillé la politesse à la ministre légitimement en charge du dossier, qui plus est pour annoncer un calendrier irréaliste. D'ici l'été, le gouvernement aura tout au plus la possibilité d'organiser un raoût d'inauguration, mais le vrai boulot va commencer au mieux à la rentrée. Elle va également s'attirer des inimitiées chez les industriels du divertissement, pour qui l'interlocuteur naturel est la Culture, qu'ils connaissent beaucoup mieux que Bercy. Fleur Pellerin va donc se faire des ennemis, sans forcement se faire des amis, car le monde du numérique a tout intérêt à participer "loyalement" à la concertation, tant les enjeux sont importants. On ne commence pas une telle concertation, où les lignes peuvent réellement bouger, en agressant la ministre de la Culture.

Fleur Pellerin risque fort de se retrouve seule, en rase campagne. Pour mémoire, il y aura un gouvernement "Ayrault 2" après les législatives, avec plusieurs rééquilibrages. Il y aura donc des sortants...

vendredi 18 mai 2012

Premiers pas d'un gouvernement ordinaire

Une fois passé l'annonce de la composition, voici venu le temps des premières analyses un peu poussées et de l'équilibre général et des premières annonces.

Ce gouvernement apparait assez équilibré, mais il y a quand même un gros vide, l'absence de Martine Aubry et de Ségolène Royal. Ces deux absences sont lourdes de menaces. Ségolène Royal s'étant vue promettre le perchoir, on peut penser qu'elle sera servie et donc "calmée". Croire qu'elle puisse être "achetée" avec un beau poste est une erreur d'analyse. Elle vient d'ailleurs de le prouver en attaquant Peillon, le nouveau ministre de l'éducation, sur la question des rythmes scolaires. Une fois au perchoir, quand elle se rendra compte que c'est un placard doré, et que son seul atout, c'est sa liberté de parole, elle ne va se priver, comme par exemple Philippe Séguin entre 1993 et 1997, quand il espérait pouvoir être premier ministre. Pour Martine Aubry, c'est autre chose. Elle sera certainement plus "loyale" et ne tirera pas contre son camp. Mais le seul fait qu'elle soit disponible et non engagée par la politique du gouvernement Ayrault, pour lequel elle fera probablement le service minimum, en fait un recours. Et donc un point de ralliement pour les mécontents, amers et déçus de la gauche, soit parce qu'ils n'auront pas eu la place à laquelle ils estimaient avoir droit (et il y en aura un paquet) soit qu'ils seront déçus des choix politiques, en clair pas assez à gauche.

Ce gouvernement est clairement un gouvernement "électoral". En y regardant de plus près, plein de petits signes l'indiquent. D'abord, 21 députés contre une sénatrice et 4 députés européens. Je doute fort que le groupe PS du Sénat accepte qu'un tel déséquilibre perdure. Mais vu qu'il s'agit de gagner les législatives, on peut comprendre que l'on cherche à mettre en valeur des députés, afin pour certains, de stabiliser leur siège. La phrase de Jean-Marc Ayrault sur les ministres battus qui devront quitter le gouvernement a plusieurs sens, qui ne s'excluent pas. Il indique que la légitimité, c'est l'élection, et qu'un battu n'est donc pas légitime pour exercer le pouvoir. C'est aussi un signal lancé aux électeurs dans certaines circonscriptions : vous avez votre député qui est ministre, ce serait vraiment dommage pour vous de le perdre, car avoir son député au gouvernement, c'est le jackpot assuré, le père Noël à domicile. L'exemple typique, c'est Geneviève Fioraso, élue dans une circonscription de droite, suite à une division en 2007 à droite, et la présence d'Alain Carignon au second tour. Rien ne dit qu'elle pourrait retrouver son fauteuil en l'absence d'une conjoncture particulière. Michèle Delaunay est un peu dans la même optique, même si elle a plus de chance de s'en sortir par ses propres moyens, un petit coup de pouce de ce genre peut la consolider encore un peu. Pareil pour Stéphane Le Foll, qui va enfin, peut être, pouvoir gagner aux législatives, maintenant que Fillon s'est téléporté dans les beaux quartiers parisiens. Dernier exemple, le choix de mettre au ministère de la Famille la maire du IVe arrondissement de Paris, celui où se trouve le Marais, n'est certainement pas innocent...

Comme on pouvait s'y attendre, les annonces symboliques ont fusé, celle qui ne coutent pas cher mais permettent de se faire avoir auprès de la population. C'est la baisse de 30% des salaires du président de la République et du gouvernement. On est dans le symbole à l'état pur, car ce qui compte avant tout, c'est la baisse du coût d'un ministre. Son salaire n'est qu'un des éléments de ce coût. Il faut voir si le train de vie du cabinet va baisser, si les avantages en nature seront aussi revus à la baisse, si les dépenses de communication seront contenues. Pour l'instant, on n'en sait rien, car on ne peut évaluer cela qu'après un certain laps de temps. Le gouvernement profite donc à fond de la mesure, même si après, elle peut lui revenir en boomerang dans la figure si le coût ne change pas fondamentalement. Autre annonce symbolique, la mise en place d'une charte de déontologie qui est, pour beaucoup, une reprise et une formalisation de choses qui existent déjà. Les ministres remplissent une déclaration d'intérêts depuis mars 2011. Mais là encore, ça ne coûte rien, et l'opposition ne peut pas critiquer grand chose à moins de tomber dans le procès d'intention, ce qui peut être dangereux pour eux.

Et puis il y a les couacs, les annonces qui peuvent gêner et les querelles. On nous a annoncé la parité dans le gouvernement. Elle est formellement respectée au niveau des ministres. Mais quand on regarde la composition des cabinets du président et du Premier ministre, le compte n'y est plus. Pareil pour les postes de directeur de cabinet des différents ministres, dont les noms commencent à sortir. Pourtant, l'équipe des proches conseillers du président ou du Premier ministre, ils pèsent politiquement, parfois bien plus lourd que certains sous-ministres. Autre annonce un peu gênante : Delphine Batho quitte son logement social de la ville de Paris, où elle payait 1524 euros de loyer pour un 108 m². Les locataires parisiens vont immédiatement se rendre compte du caractère très sympathique d'un tel loyer, 30% en dessous de ceux du marché libre. Quand on est député et qu'on gagne plus de 5000 euros par mois... Elle a jusqu'ici refusé de le quitter, et puis là, du jour au lendemain, elle déménage, ce qui sonne comme un aveu. Même si c'était légal, ce n'était pas très moral et ce n'était pas acceptable pour un ministre d'être en situation aussi contestable. Pour aller où, on ne le sait pas. J'espère que ce n'est pas pour un logement de fonction. Et puis il y a eu le premier couac gouvernemental. Peillon annonce le retour à la semaine de 5 jours dans le primaire (mesure sur laquelle je n'ai aucun avis). Voilà qu'il se fait tacler par Ségolène Royal, et recadrer par Jean-Marc Ayrault. Ils n'ont pas perdu de temps...

Nous avons clairement un gouvernement "normal" où les grands principes cotoient les petites astuces tactiques, où les querelles d'ego et les rivalités de pouvoir ne mettent pas longtemps à arriver sur la place public. Les directeurs de cabinets sont des clones de ceux qui viennent de partir, les annonces symboliques sont tout aussi démagogiques que celles qu'aurait pu faire un gouvernement de droite de retour au pouvoir après une cure d'opposition. Pour la méthode de gouvernement, le changement, c'est pas du tout maintenant.

jeudi 17 mai 2012

Vae Victis

Jean-Marc Ayrault a annoncé que tout ministre battu aux législatives devra quitter le gouvernement. Je comprend parfaitement cette position et je l'approuve pleinement. On ne plaisante pas avec la légitimité démocratique. Comment voulez vous qu'un candidat battu puisse encore être respecté et avoir une quelconque autorité. Aucun ministre n'est formellement obligé d'être candidat, mais s'il l'est, il doit vaincre.

J'attends de voir qui sera effectivement candidat. Najat Vallaud Belkacem a déjà jeté l'éponge à Lyon, où elle entendait se présenter dans la circonscription la plus à droite de Lyon. J'avais trouvé sa position courageuse, car elle aurait pu réclamer autre chose, de plus gagnable, vu son poids et sa visibilité politique, elle n'aurait pas eu trop de mal. Mais elle a choisi le défi, qui consiste à se prendre plusieurs vestes, puis finir par emporter un bastion de l'ennemi, à la force du poignet, sur son nom. C'est ça le vrai panache, tout comme c'est du panache d'aller se présenter contre Marine Le Pen dans sa circonscription. Un élu qui ne prend pas de risque n'a finalement pas de mérite. Elle a finalement renoncé à sa candidature aux législatives. Je trouve ça dommage, mais je comprend. Ministre et porte-parole du gouvernement, c'est un beau poste...

Cette règle me dérange quand même un peu, car il y a des ministres qui eux, ne prendront jamais le risque d'affronter l'électeur. Ils n'ont donc aucune légitimité démocratique. Or, cela semble être important aux yeux de Jean-Marc Ayrault (et en cela, je l'approuve). Il faudrait qu'il aille jusqu'au bout de la logique en indiquant clairement qu'il y a un seuil, au sein du gouvernement, qu'on ne peut franchir que si on a une légitimité démocratique forte. Cela peut être par exemple le poste de ministre de plein exercice. Qu'il y ait une certaines tolérance pour les sous-ministres, c'est admissible, il faut parfois faire prévaloir d'autres critères comme la position dans le parti, ou des compétences techniques particulières. Je comprend donc que Benoit Hamon ou Yamina Benguigui soient au gouvernement, le premier apportant une caution "gauche de la gauche" nécessaire, en l'absence de tout représentant du Front de Gauche, la seconde pouvant indéniablement incarner la francophonie.

Je note que globalement, il n'y a quand même pas beaucoup de "recalés" du suffrage universel dans les ministres ce gouvernement. Certains ont pu être battus dans leur carrière, mais ils avaient été élus avant, et avaient donc réussi à passer le test du suffrage. Il n'y a guère que Stéphane Le Foll, ainsi que Najat Vallaud-Belkacem qui n'ont pas réussi le test. Mais elle jeune et elle avait choisi la difficulté en 2007, ce qui montre qu'elle ne rechigne pas à aller au front. Le Foll n'avait pas non plus choisi la facilité face à François Fillon dans la Sarthe, donc on peut tenir le même raisonnement pour lui. Même parmi les sous-ministres, il y a assez peu de technocrates et de "société civile". Je note la présence de Yamina Benguigui, Fleur Pellerin et c'est à peu près tout. Un profil à la "Olivier Ferrand", le technocrate incapable de se faire élire, semble complètement exclu.

C''est donc un gouvernement très "politique" et c'est une très bonne chose ! Les technocrates doivent rester à leur place, dans les administrations. Les loosers n'ont pas plus leur place au gouvernement. La légitimité du politique, c'est l'élection et si on veut exercer le pouvoir, on doit passer avec succès le test du suffrage universel.

Gouvernement Ayrault

• Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

C'est tout le problème des has been de haut niveau. On n'arrive pas à s'en débarrasser et comme ils sont compétents, on se laisse attendrir et on leur donne un maroquin. Celui-là ne lui va pas trop mal pour ce poste qui nécessite une souplesse d'échine qui ne se rencontre que chez les has been de haut niveau, prêts à toutes les bassesses pour rester en vie (regardez Rocard, qui après avoir accepté d'être ambassadeur auprès des pingouins en est réduit à aller à Téhéran pour qu'on continue à parler de lui). Sauf que là, on aurait pu se rappeler que Fabius a appelé à voter non en 2005, et qu'à Bruxelles, ils ont de la mémoire. C''est le problème quand le processus de hasbeenation est déjà avancé, plus ça va, plus ils sont compromis.

• Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale

Poste mérité, on ne voit pas qui d'autre ils auraient pu mettre sans que ce soit un scandale. Reste pour ce pauvre Vincent qu'il ne pourra pas faire grand chose, car les profs sont un électorat dont le PS a trop besoin pour se permettre de les mécontenter.

• Christiane Taubira, Garde des Sceaux, ministre de la Justice

Mais qu'est ce qu'elle fout là ? Femme, PRG (minorité politique), Black (minorité ethnique). Elle fait mieux que Rachida, et en plus, au niveau caractériel, elle la vaut bien. Les magistrats ont mangé leur pain blanc avec Mercier. Cela dit, le programme de Hollande sur les questions de justice ne pourra jamais être pire que celui de Sarkozy. Donc même si Christiane est invivable, elle ne devrait pas commettre trop d'horreurs législatives. après tout, c'est ça qui compte.

• Pierre Moscovici, ministre de l'Économie, des Finances et du Commerce extérieur

Il aurait pu être Premier ministre, si la campagne n'avait pas révélé qu'il n'avait pas les épaules assez solides. Le poste est lourd, essentiel, j'ai un peu peur qu'il ne l'ait obtenu davantage sur des questions de positionnement politique et de courant que de compétence. C'est pourtant un ministère où on ne peut pas se permettre l'erreur de casting.

• Manuel Valls, ministre de l'Intérieur

On l'attendait là, on l'y trouve. Il est fait pour le poste, c'est l'élément rassurant de ce gouvernement.

• Cécile Duflot, ministre de l'Égalité des territoires et du logement

Elle en rêvait. Ministre, pas forcement de l'aménagement du territoire et du logement. Un peu craignos quand même, car je pense qu'elle n'a pas la carrure d'être ministre. Comme c'est pour un mois, ça peut passer, mais ce serait bien de l'exfiltrer vers un ministère sociétal, où elle fera potentiellement moins de dégâts.

• Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé

Comme pour Manuel Valls, un autre choix aurait été un scandale. Techniquement, parce que humainement, même son propre camp ne la supporte pas...

•Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif

Se sont-ils rendus compte du formidable potentiel comique de l'intitulé ? Pour le reste, Montebourg à l'Industrie, c'est d'une banalité... un beau gâchis que de mettre un tribun enflammé dans un poste aussi technique et surtout aussi casse-gueule. L'industrie manufacturière n'a que peu d'avenir en France, mettre une telle pression sur un thème aussi peu prometteur, ça ne peut qu'être un piège...

• Nicole Bricq, ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie

Le casting improbable. Mais qu'est ce qu'elle fout là ? Sa seule compétence, c'est les Finances. Le PS n'a d'ailleurs personne à mettre à sa place comme rapporteur général du Budget au Sénat. En plus, le périmètre du ministère, son rang protocolaire risquent de ne pas lui donner les moyens de mener à bien sa mission. Encore plus inquiétant, elle réunit entre ses mains, en plus des transports, l'environnement et l'énergie (dont le nucléaire). Elle est donc en charge de l'exploitation des centrales, et de leur sécurité. Le précédent gouvernement avait eu l'intelligence de séparer les deux fonctions, l'industrie ayant l'exploitation et l'environnement la sécurité. Par contre, l'habitat, l'équipement (les Travaux publics) lui échappent, alors que ce sont des compléments indispensables.

• Michel Sapin, ministre du Travail, de l'Emploi et du Dialogue social

Il fera bien le job.

• Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication

Attendue à ce poste, elle s'y est préparée. C'est casse-gueule, mais elle a le niveau. Plus en tout cas que ses prédécesseurs immédiats...

• Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture et de l'Agroalimentaire

Un apparatchik pour un poste d’apparatchik, où tout se joue à Bruxelles, dans des négociations marathon. J'espère qu'il comprend l'allemand et qu'il a un peu plus fréquenté Bruxelles qu'à ses débuts comme député européen. Ça sent quand même un peu la récompense accordée davantage à la fidélité qu'à la compétence.

• Geneviève Fioraso, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

Élue de Grenoble. A part ça, et le fait que ce soit une femme et qu'il en faut pour la parité, je ne vois pas trop le sens. En plus, je n'aurais pas forcément érigé ce secteur en ministère de plein exercice. Mais bon, je la connais mal, elle peut bien se débrouiller. A voir à l'usage.

• Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement

C'est surtout porte-parole. l'autre machin, c'est histoire de dire qu'elle n'est pas que porte-parole. Cela dit, elle est mignonne et elle a de l'énergie. J'ai apprécié son courage à se présenter dans une circonscription structurellement de droite, en dédaignant les sièges en or qu'elle aurait pu se faire attribuer. Un beau potentiel qui a de l'avenir.

• Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense

C'est comme Charles Hernu, il faut un type qui n'a fait que ça depuis des années, qui connait le secteur de la Défense sur le bout des doigts. Dommage que son rang protocolaire révèle que ce ministère n'est pas si important que ça...

• Marylise Lebranchu, ministre de la Réforme de l'État, de la Décentralisation et de la Fonction publique

Encore une has been qu'il fallait bien mettre quelque part pour éviter qu'elle ne mette la pagaille. Avec un peu de chance, elle sera battue aux législatives et on en parlera plus. Mais si ce n'est pas le cas, elle a du métier et fera sans doute honnêtement le job.

• Victorin Lurel, ministre des Outre-mers

Pourquoi avoir renouvelé l'erreur de mettre un ultra-marin au ministère de l'Outre-Mer ??? c'est dommage, car c'est quelqu'un qui a l'envergure pour être ministre et qui aurait pu être à un autre poste, ce nqui aurait sans doute davantage mis en valeur l'outre-mer.

• Valérie Fourneyron, ministre des Sports, de la Jeunesse, de l'Éducation populaire et de la Vie associative

Vu qu'elle ne s'est occupée que de ce sujet depuis 2007, elle connait les dossiers. Et elle ne pourra pas être pire que ceux d'avant !

• Jérôme Cahuzac, ministre délégué à l'Économie, chargé du Budget

La compétence est indéniable. Mais pourquoi donc est-il seulement ministre délégué ??? La dette et l'équilibre des finances publiques, c'est le problème numéro 1 !

• George Pau-Langevin, ministre déléguée à l'Éducation, chargée de la Réussite éducative

Elle est très bien, mais c'est quoi son job, au juste ?

• Alain Vidalies, ministre délégué auprès du premier ministre, chargé des Relations avec le Parlement

Il faut un "vieux" parlementaire pour ce poste. Mais connait-il assez le Sénat ? Parce que le problème de ce gouvernement, ça va être de tenir sa fragile majorité sénatoriale...

• Delphine Batho, ministre déléguée auprès de la Justice

A quoi sert un ministre délégué qui a le même intitulé que son ministre de tutelle ? Le cas Bockel nous a montré que c'est un placard. A moins que ce soit pour être l'oeil de Moscou qui va surveiller Taubira. Si c'est le cas, ça va chauffer. Attendons les décrets d'application pour en savoir plus, mais a priori, ça fait "ministre pour être ministre parce qu'il fallait des proches de Ségolène".

• François Lamy, ministre délégué auprès de l'Égalité des territoires, chargé de la Ville

Le bras droit de Martine. Je pense que c'est à peu près la seule raison de sa présence dans le gouvernement.

• Bernard Cazeneuve, ministre délégué auprès des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes

Spécialiste des questions de Défense. Que vient-il faire aux Affaires européennes ? En même temps, pourquoi pas.

• Michèle Delaunay, ministre délégué auprès des Affaires sociales, chargé des Personnes âgées et de la Dépendance

Elle connait le sujet, donc c'est assez logique de la retrouver là. Mais elle peut dire merci à Juppé, qui lui a gentiment servi de faire-valoir. Vu comme elle est "space" sur Twitter, gros potentiel comique, une peu à la Roselyne Bachelot, je parle et je réfléchit après.

• Sylvia Pinel, ministre déléguée au Redressement productif, chargée de l'Artisanat, du Commerce et du Tourisme

Le quota femme-PRG. A défaut d'avoir Baylet, on a sa voisine et vassale. Pas plus mauvaise qu'une autre, pour un portefeuille très secondaire.

• Benoît Hamon, ministre délégué auprès de l'Économie, chargé de l'Économie sociale et solidaire

La caution aile gauche du PS, sur un sujet aile gauche du PS. Encore un beau poste communicationnel, car sans budget, on ne fait pas grand chose, à part faire de la calinothérapie pour coopératives auto-gérées.

• Dominique Bertinotti, ministre déléguée auprès des Affaires sociales, chargée de la Famille

Connait pas.

• Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée auprès des Affaires sociales, chargée des Personnes handicapées

Connait pas non plus

• Pascal Canfin, ministre délégué auprès des Affaires étrangères, chargé du Développement

Il fallait un autre Vert. Mais ce poste va comme un gant à un Vert, et en plus, celui-là me donne assez bonne impression.

• Yamina Benguigui, ministre déléguée auprès des Affaires étrangères, chargée des Français de l'étranger et de la Francophonie

Francophonie, oui, je vois bien et je comprend, mais pourquoi français de l'étranger ? La seule "société civile", les autres sont des politiques purs.

• Frédéric Cuviller, ministre délégué auprès de l'Écologie chargé des Transports et de l'Économie maritime

Transport et Mer. Voui, pas grand chose à dire

• Fleur Pellerin, ministre déléguée auprès du Redressement productif, chargée des PME, de l'Innovation et de l'économie numérique

Ahhhh ma copine ! Je sens que je n'ai pas fini de m'amuser. Pour le bien de la France et du numérique, bien évidemment. Pas un si mauvais choix. Elle va enfin avoir le temps de se former réellement au numérique. Elle a montré qu'elle avait des capacités à encaisser et qu'elle savait bachoter et qu'elle ne rechignait pas devant le boulot. On pourra peut-être en faire quelque chose...

• Kader Arif, ministre délégué auprès de la Défense, chargé des Anciens combattants

Les seuls anciens combattants qui sont encore en état de revendiquer, ce sont les anciens d'AFN. Il pourra s'occuper à la fois des anciens combattants, des rapatriés et des harkis. Méckachéra faisait ça très bien entre 2002 et 2007.

mercredi 16 mai 2012

Ayrault premier ministre

François Hollande a finalement nommé Jean-Marc Ayrault Premier ministre. C'était attendu et la petite polémique sur sa condamnation passée n'a finalement pas joué, les considérations politiques et le "profil" d'Ayrault étant jugés plus importants que la (très petite) tache sur son CV, ses compétences étant jugées largement plus importantes. Ce choix est très parlant, à plusieurs niveaux.

Jean-Marc Ayrault a d'indéniables qualités pour être Premier Ministre. Son inexpérience des fonctions ministérielles n'est pas un problème. En tant que Premier Ministre, il doit d'abord réaliser des arbitrages, gérer les conflits et coordonner. 15 ans à la tête du groupe socialiste, ça vous apprend à gérer les conflits, et là dessus, Jean-Marc Ayrault s'est très bien débrouillé. Il a également une excellente connaissance des personnalités socialistes, et quelque part, une autorité naturelle sur ceux qui ont été députés. Enfin, ayant été président du groupe majoritaire entre 1997 et 2002, il a participé à l'exercice du pouvoir à très haut niveau sous le gouvernement Jospin, assistant aux réunions où les choses se décident vraiment. Il est également maire d'une grande ville et "patron" de l'agglomération, donc l'exercice du pouvoir exécutif, il connaît. Le reste, il apprendra, il est très loin d'être idiot.

L'autre grande qualité, aux yeux de Hollande au moins, est le relatif anonymat de Jean-Marc Ayrault auprès du grand public, et son relatif manque de charisme. C'est quelque part le clone de François Fillon. Politiquement solide, avec une bonne expérience d'élu local, très apprécié du groupe parlementaire, mais ne faisant pas d'ombre au président. Jean-Marc Ayrault, malgré toutes ses autres qualités, est terne. Cela pourrait laisser à penser que l'on en a pas fini avec l'hyperprésidence, et que si François Hollande y mettra certainement plus de formes et laissera plus de marges de manoeuvre à son premier ministre, ce dernier restera tout de même un collaborateur du président.

Comme Mitterrand en 1981, François Hollande promet le changement, mais il faudra sans doute aller voir ailleurs pour un changement institutionnel majeur. Paxatagore remarque bien que la procédure du choix du Premier ministre est éloquente : un choix discrétionnaire, secret qui doit tout à la volonté du président et rien à une quelconque accord de coalition. Le Premier ministre relève du président, pas du Parlement et si l'investiture est demandée à la nouvelle assemblée, elle sera de pure forme si la gauche l'emporte les 10 et 17 juin.

mardi 15 mai 2012

Des références qui vieillissent mal

Dans son plan comm' pour l'investiture, François Hollande a choisi de "rendre hommage" à des personnalités. En fait, il s'agit surtout pour lui d'exploiter l'image qu'on ces personnages dans la population, à l'heure actuelle, pour essayer de se draper dans leur aura. C'est le mécanisme utilisé par la publicité, où on vous met un produit, tout ce qu'il y a de plus banal, comme un savon ou un yaourt, à coté d'une jolie fille ou d'une magnifique paysage, afin d'opérer un "transfert" des qualités prêtées à la jolie fille ou au paysage, vers le produit.

François Hollande a donc choisi Marie Curie et Jules Ferry. Deux choix très dangereux car absolument pas maîtrisés. Bien évidemment, pour François Hollande, Marie Curie c'est la femme de science et de "progrès" et Jules Ferry, c'est le "père" de l'école libre et gratuite pour tous. Voilà ce qu'il considère être les "qualités" dont il entend se draper par le mécanisme du transfert. Ils correspondent à ce qu'il croit être l'image d'épinal de ces deux personnages. Malheureusement pour lui, ces deux personnes ne sont pas univoques et peuvent véhiculer d'autres images, beaucoup moins intéressantes pour François Hollande.

Commençons par le plus facile. Marie Curie, c'est la femme et la science. On pourrait penser, si on est mauvais esprit, que c'est "la femme de service" comme il y a toujours "le noir de service" dans les films américains, pour des questions quota. Marie Curie, c'est aussi la "mère" de la radioactivité et la "grand-mère" du nucléaire, finalement morte des suites d'une trop forte exposition à la radioactivité. Symbole ô combien ambivalent...

Pour Jules Ferry, c'est encore plus scabreux et glissant, car il n'est pas seulement l'homme de l'école publique. Et d'ailleurs, sur l'école publique, Victor Duruy en a fait autant, sinon plus que lui. C'est Victor Duruy qui a monté le réseau des écoles primaires, Ferry s'est contenté de rendre obligatoire et de faire prendre en charge la dépense par les fonds publics. Il a juste terminé l'oeuvre de Duruy. Surtout, Jules Ferry a également été l'homme des expéditions coloniales, notamment en Indochine, avec en plus des discours racistes et ethnocentriste qui ne passeraient plus aujourd'hui. On peut certes dire, à propos d'écrivain comme Céline qu'on aime l'oeuvre mais pas l'homme, et faire la part des choses. Mais pas quand on se place ainsi dans une opération de communication politique. Si on célèbre vraiment l'école publique, on va fleurir la tombe de Victor Duruy en plus de Jules Ferry. On ne se contente pas de Jules Ferry.

Pour moi, la principale erreur dans le choix de Jules Ferry n'est même pas là, mais dans le choix d'un leader radical de la troisième République. Jules Ferry était maire de Paris en 1870-1871, et a quitté la ville le 18 mars 1871, aux débuts de la Commune, dont il était un adversaire résolu. Ferry était un versaillais. Dans les années 1880, Jules Ferry est alors ministre de l'Instruction publique, donc en première ligne dans l'expulsion des congrégations religieuses et la fermeture de leurs écoles. Il ne faut pas oublier que le "grand service public laïc et unifié" de l'Education est un projet qui nécessitait la disparition des écoles privées. C'est aussi l'école de Jules Ferry qui a éradiqué les langues régionales, au nom d'un jacobinisme centralisateur. Il est aussi l'homme des expéditions coloniales (Tunisie, Madagascar, Tonkin...). Malgré des revers politiques et une grande impopularité, il reste un pilier du système politique et meurt président du Sénat en 1893.

En choisissant Jules Ferry, François Hollande en dit finalement beaucoup plus qu'il ne le pense. Il avoue qu'il est, au fond de lui, un radical-socialiste de la IIIeme République. Pas forcement ce qu'il y a de plus reluisant et de plus excitant, à la fois pour la droite, mais aussi la Gauche de la gauche. Un rad-soc', c'est un radis : rouge à l'extérieur, blanc à l'intérieur et toujours près de l'assiette au beurre...

samedi 12 mai 2012

L'habile candidature de Mélenchon

Jean Luc Mélenchon se présentera face à Marine Le Pen, dans le Pas-de-Calais, aux législatives. Politiquement, c'est un pari osé, mais également génial.

Le but de Mélenchon n'est pas de l'emporter. Il est déjà député européen, poste en or pour lui : la paie est bonne, il n'est pas obligé de bosser vu que les français se moquent éperdument (et ils ont bien tort) de ce qui se passe au parlement européen, et comme c'est à la proportionnelle, son statut de leader national lui assure une tête de liste, donc un siège assuré. Ce n'est pas son intérêt personnel, ni sans doute son envie, d'aller caresser l'électeur dans une circonscription, de faire les marchés et les AG d'associations où on finit en buvant un mauvais mousseux tiède. Mais politiquement, il ne peut pas rester en dehors des législatives. Il doit être candidat, pour avoir une légitimité pour s'exprimer dans les médias, pour éviter de donner l'idée qu'il déserte.

Jean-Luc Mélenchon est donc candidat pour être candidat, pas pour être élu. A partir de là, où le mettre ? Comment exploiter au mieux son punch, sa grande gueule ? En l'envoyant sur un combat symbolique. Contre Marine Le Pen, c'est parfait ! sur tous les plans.

D'abord l'affiche est fabuleuse, et sera l'un des "produits phare" de ces législatives dans la tête de gondole des journalistes. Un face-à-face Mélenchon-Le Pen, c'est du lourd, le choc des populismes, forcement, ça fait vendre. Les journalistes se sont d'ailleurs jetés dessus comme une meute de chiens sur un gros rosbif saignant. Pour un peu que les acteurs se donnent un peu de peine pour satisfaire la presse en fournissant du spectaculaire, ce sera même le fil rouge de cette campagne. Pour Marine Le Pen, c'est un vrai danger. Elle risque de ne plus pouvoir s'exprimer comme leader national d'un parti, mais d'être sans cesse ramenée à son duel personnel avec Mélenchon, les journalistes n'ayant que ça en tête. Elle pourrait être ainsi médiatiquement neutralisée, ce qui serait un coup dur pour le FN.

Deuxième avantage pour Mélenchon, il pourra dire qu'il a eu le courage d'aller au combat rapproché, et que s'il n'a pas été élu, Marine Le Pen ne l'a pas été non plus ! Il "se sera fait" Marine Le Pen, il pourra jouer celui "qui en a", qui est courageux, qui a du panache. Dans sa posture "d'opposant structurel", le Front de Gauche ne cherchant pas vraiment à exercer le pouvoir, c'est tout bénéfice. Un bon brevet d'anti-Le Pen est toujours utile, et permettra, éventuellement, de faire taire ceux qui ont tendance (pas forcement à tort) à trouver pas mal de ressemblance de style entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Troisième avantage, ça gêne quelque part le PS, car la fédération du Pas-de-Calais n'est pas très "propre". En plus, Hénin-Beaumont a l'air d'être un haut lieu de tripatouillages et de magouilles. Bref, tous les ingrédients pour dégouter l'électeur. Marine Le Pen ne s'y est pas trompée en y allant. Elle a d'ailleurs réalisé de beaux scores, sans doute en partie grâce au vote protestataire qui a de bonnes raisons d'exister dans cette région, pour de multiples raisons. Si certains électeurs de gauche se sont refusés à voter FN, même s'ils n'en pensaient pas moins sur les candidats PS, ils pourraient bien ne pas avoir les mêmes préventions contre un Mélenchon qui est un vote protestataire "acceptable". Mélenchon va donc prendre des voix à Marine Le Pen, mais également au candidat socialiste... au point d'arriver devant lui au premier tour.

Ce qui me ferait rire, c'est que Jean-Luc Mélenchon soit pris à son propre piège et soit élu député du Pas-de-Calais, en battant Marine Le Pen au deuxième tour.

vendredi 11 mai 2012

Inversion des rôles

Le Parti socialiste vient de connaitre sa première petite polémique, à propos d'une condamnation, ancienne puisqu'elle date de 1997, de Jean-Marc Ayrault. Il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour favoritisme sur des marchés publics. Cela fait un peu tâche au moment où François Hollande annonce qu'il veut un gouvernement vraiment irréprochable, et que Jean-Marc Ayrault est sur la shortlist pour Matignon...

Que l'opposition ramène sur le tapis cette vieille condamnation, c'est de bonne guerre. Après tout, c'est son rôle de chercher la petite bête, et pendant 5 ans, le PS ne s'est pas privé sur Sarkozy et son entourage. Et c'est une très bonne chose que ça se passe comme ça, car l'un des rôles de l'opposition est d'obliger la majorité à toujours être aux aguets, à ne pas se relâcher, sous peine de se prendre la sanction. Elle se doit d'être toujours au top niveau, car c'est l'intérêt du pays.

Certes, Jean-Marc Ayrault n'est pas un criminel, et ce qui a pu lui être reproché est bien davantage de la négligence qu'une participation active et consciente à des faits délictueux (c'est qu'il ressort de ses propos et explications, que je veux bien croire). Il n'empêche qu'il a quand même pris six mois avec sursis, et qu'il n'a pas fait appel. Certes, ce n'est pas deux ans avec sursis comme Chirac, qui lui, était parfaitement conscient de ce qu'il ordonnait de faire, mais quand même, ce n'est pas rien.

Ce qui est intéressant à observer est la réponse du PS et de Jean-Marc Ayrault, qui est absolument catastrophique. Ayrault commence par minimiser : "mais il n'y avait pas enrichissement personnel ni financement de parti politique". C'est ce qu'il ne faut surtout plus répondre, comme le catastrophique "mais c'est légal" qu'on nous sort encore trop souvent quand on pointe un comportement qui s'éloigne quelque peu de l'éthique et de la morale. Un juge a examiné le dossier et estimé que ça méritait six mois avec sursis. Le reste, on s'en moque, il y a eu violation de la loi avec condamnation, alors que bien souvent, des élus mis en cause s'en sortent avec des non-lieu ou des relaxes.

Le deuxième volet de la réponse, venant de Jean-Claude Mignard, est encore plus catastrophique pour le PS. Il nous dit qu'il y eu une réhabilitation légale en 2007, et donc que la loi interdit de parler de cette condamnation. Donc taisez vous, sinon, on vous traine devant les tribunaux. Monsieur Mignard joue sur le terrain juridique, alors que l'on est avant tout sur une affaire de communication. On peut avoir la loi pour soi, mais perdre politiquement si on s'avise de l'utiliser...

Que va-t-il rester dans l'esprit de la grande majorité de la population, si jamais il retiennent quelque chose : que Jean-Marc Ayrault a été condamné, il y a longtemps. Et c'est sans doute à peu près tout. Le coup a porté, son seul effet véritable serait éventuellement d'empêcher Ayrault de devenir Premier Ministre. C'est d'ailleurs sans doute le seul but de cette polémique. C'est difficile à parer, car les apparences sont contre Ayrault, et ses dénégations ne sont pas entendues, surtout quand elles ressemblent aux excuses habituellement avancées par la classe politique dans pareil cas. On se souvient du "responsable mais pas coupable" de Georgina Dufoix dans l'affaire du sang contaminé, qui bien que techniquement juste, lui a fait un tort considérable.

Si en plus le PS s'avise de faire un procès en diffamation (seule voie possible) à une personne qui aurait rappelé cette condamnation, c'est l'effet Streisand assuré ! et en plus, Ayrault n'est pas sur de gagner son procès, car la réhabilitation détruit juridiquement la condamnation en lui interdisant de produire des effets de droit (comme par exemple un refus d'embauche), elle n'efface pas le jugement. C'est l'amnistie qui interdit radicalement d'évoquer les faits amnistiés, et entraine la condamnation en diffamation, quelque soit la vérité des faits. Je ne suis pas sur du tout du sort d'un procès en diffamation pour l'évocation, dans le cadre d'une polémique politique, de faits vrais, vérifiables en consultant la minute du procès.

Etre dans la majorité, c'est servir de cible à l'opposition. Il va falloir qu'à gauche, ils se rendent compte que les rôles s'inversent, et que l'UMP a déjà pris la mesure de son nouveau rôle.

Sarkozy continue à poser des problèmes

Nicolas Sarkozy a donc choisi de rejoindre rapidement le conseil constitutionnel. 11 000 euros par mois, pour un job qu'on fait quand on a envie, en survolant les dossiers, sans que personne ne vienne vous demander quoi que ce soit, ça ne se refuse pas. Surtout quand ça se cumule avec une retraite de président de la République (autour de 6000 euros, avec quelques collaborateurs, voiture, chauffeur, déplacement en avion et en train offert) et bientôt, une retraite de parlementaire, et, last but not least, des honoraires d'avocat, qui plus est d'affaires et à l'international. Nicolas Sarkozy est financièrement à l'abri du besoin...

Le statut de membre de droit du conseil constitutionnel est une anomalie constitutionnelle, un truc que l'on pensait sans conséquence, destiné à faire plaisir à René Coty, dernier président de la IVeme République (et aussi premier président de la Veme), histoire de s'occuper une fois que le général de Gaulle aurait pris sa place. De 1962 à 2004, aucun ancien président de la République n'a siégé, au point qu'on avait presque oublié cette disposition. Et puis voilà que VGE, "libéré" de son dernier mandant (qui l'empêchait de siéger car il y a une incompatibilité) débarque en 2004 pour prendre sa place. Suivi en 2007 par Jacques Chirac.

Il a fallu trouver un mode de fonctionnement pour ces membres "un peu à part", qui n'ont pas manqué de poser de nombreux problèmes. Etant membres de droit, à vie, ils sont invirables, à moins de démissionner (et encore, le peuvent-ils ?). Ils ne sont donc tenus à aucune règle disciplinaire ou presque, ce qui permet à VGE de s'asseoir sur son devoir de réserve quand ça lui chante, c'est à dire au moins à chaque échéance électorale. On s'est retrouvé avec un Chirac renvoyé en correctionnelle, ce qui, pour un membre "ordinaire" conduisait droit à la démission. On a enfin un Chirac "intellectuellement diminué", ce qui pose la question du "à vie", quand on sait que les maisons de retraites sont malheureusement pleines de malades atteints d'Alzheimer.

Avec Nicolas Sarkozy, on risque d'avoir d'autres problèmes. S'il croit qu'il va pouvoir jouer les cadors, Debré va très vite le calmer. Les délibérations sont à huis clos, avec une assemblée de personnalité en fin de carrière, pour qui c'est le dernier poste. Ils n'attendent rien de personne, et certainement rien de Sarkozy, qui va peut se rendre compte brutalement qu'il est un has-been, qui n'impressionne personne. De toute manière, si on veut peser dans ce genre d'institution, il faut bosser. On peut être tranquille, les anciens présidents ne sont pas au Conseil constitutionnel pour bosser, et les connaissances de Nicolas Sarkozy en terme de libertés fondamentales doivent en plus être assez proches du néant.

Le problème, c'est que ce monsieur veut aussi exercer, en parallèle, son ancien métier d'avocat. Enfin, l'exercer à la Copé, en faisant de la "médiation" à 20 000 euros de l'heure, le client payant le carnet d'adresse et la notoriété. Le problème, c'est que depuis 2010, est entrée en vigueur un bout de sa réforme constitutionnelle, qui s'appelle la Question Prioritaire de Constitutionnalité. Elle permet à tout justiciable (en fait son avocat) de soulever l'inconstitutionnalité de la disposition législative qui sert de base aux poursuites pénales ou aux prétentions de la partie adverse dans un procès civil. C'est le conseil constitutionnel, in fine, qui tranche.

On peut tous comprendre, si on a un minimum d'éthique et de déontologie, qu'il peut être délicat d'être à la fois juge constitutionnel et associé dans un cabinet d'avocat susceptible de poser des QPC... Dire que l'avocat Sarkozy ne fera que de "l'international" n'a aucune importance, le problème reste entier si un autre associé, qui travaille dans le bureau d'à coté, soulève des QPC pour ses clients. Je n'imagine pas un cabinet d'avocat dire à ses clients que l'un des outils de la panoplie, qui peut s'apparenter à l'arme atomique, et bien il n'a pas droit de l'utiliser. Je suis ce client, je change d'avocat !

Même en retraite, Sarkozy continue à poser problème...

mardi 8 mai 2012

Basculer dans l'opposition

Le premier vrai moment de l'après-Sarkozy, c'était ce matin, quand François Hollande a, pour la première fois, accompli un acte avec les habits du chef de l'Etat. Dimanche soir, c'était un candidat qui fête sa victoire. Ce matin, devant la flamme du soldat inconnu, il était un homme d'Etat.

Je doute d'une victoire de la droite aux législatives, à cause des triangulaires avec le FN, qui feront probablement de gros dégâts. En plus, il serait logique que de François Hollande ait une majorité pour gouverner. Enfin, quand un nouveau gouvernement sera nommé, on aura droit à une campagne législative du PS, avec les moyens de l'Etat, c'est à dire des chefs de parti s'exprimant comme ministres, et entretenant soigneusement la confusion, tout en jurant le contraire. C'est classique, c'est le jeu, la droite a fait pareil. Même si l'UMP tient bien le choc, que François Hollande n'a pas fait un score fabuleux (alors qu'on lui promettait encore du 55-45 dans les sondages il y 10 jours) ça ne suffira sans doute pas. La droite va faire une cure d'opposition. Et la gauche va se retrouver dans la majorité...

Au bout de 10 ans dans une position, on a un lourd passif de déclarations, de postures qui sont liées, non pas au fait qu'on soit de droite ou de gauche, mais au fait qu'on soit dans la majorité ou l'opposition. Ce que fait le gouvernement est forcement mal quand on est dans l'opposition. Et puis une fois arrivé au gouvernement, on fait à peu près la même chose, ce qui offre un contraste saisissant. C'est pareil dans l'autre sens. J'attends avec gourmandise la première utilisation, par le gouvernement socialiste, du temps législatif programmé (parce que quand même, c'est bien pratique quand on est au gouvernement). Au début, ils vont essayer de faire sans ce mécanisme, mais ils ne tiendront pas longtemps. A droite aussi, on sait pondre de l'amendement au kilomètre... J'attends aussi la réaction du groupe UMP au moment où le président de séance leur annoncera qu'ils ont atteint la limite de leur temps de parole et qu'ils doivent maintenant se taire.

Chacun va devoir se déshabituer de certains comportements. C'est la gauche qui va sans doute le plus souffrir, car c'est finalement assez confortable d'être dans l'opposition. On peut ne pas bosser, il suffit de brailler sur quelques sujets hautement symboliques. Maintenant, il va falloir bosser. Pareil pour les députés, et surtout les sénateurs de gauche (pour qui c'est inédit d'être dans la majorité gouvernementale) qui vont devoir apprendre à "soutenir le gouvernement", c'est à dire avaler des couleuvres et se faire traiter comme la cinquième roue du carrosse en serrant les dents. J'imagine assez bien le choc que ça fera avec des gens comme Jean-Pierre Brard, et j'attends avec impatience de le voir bon soldat de la majorité. A droite, cela va faire tout drôle à certains de ne plus être aux manettes et de subir la loi des autres, surtout si les "nouveaux maîtres" sont dans un esprit revanchard, ou sont, tout simplement des soudards du genre "Vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires". Si par malheur Ségolène arrive au perchoir, ça risque d'être violent (mais pas que pour l'opposition).

On devrait avoir un moment de flottement au cours de l'été, et à l'automne, le personnel politique aura pris ses marques. Une fois élu, la question n'est plus tellement d'être de droite ou de gauche, mais d'être dans la majorité ou l'opposition.

dimanche 6 mai 2012

L'étrange victoire

François Hollande a gagné (comme prévu) mais c'est une bien étrange victoire. Pas d'élan réel, un score net, mais pas fabuleux, en dessous des 52%. Plus une défaite de Sarkozy et de son style qu'un rejet du bilan de son gouvernement, autant une défaite de Sarkozy qu'une victoire de François Hollande.

L'ambiance que j'ai ressenti ce soir, c'est d'abord une sidération incrédule des élus de gauche sur le plateau de Télévision. Ils avaient l'air d'avoir du mal à prendre conscience de leur victoire, tellement habitués qu'ils étaient à perdre la présidentielle, souvent cruellement comme en 2002. Il y avait aussi, dans un deuxième temps, une volonté de "renouer la chaine des temps". L'intervention de Lionel Jospin était très marquante là dessus, car on le sentait heureux et rayonnant. Il a trébuché gravement, le témoin est tombé, et voilà qu'un dauphin l'a repris. La gauche est remise sur ses pieds, a retrouvé le pouvoir, c'est la fin de la malédiction pour lui. Il n'aura pas entrainé le PS dans sa chute. C'est maintenant qu'il peut vraiment prendre sa retraite politique. Enfin, j'ai senti une gravité chez les responsables socialistes. D'abord parce qu'il reste encore des législatives à gagner (ce qui n'est pas fait) et ensuite à gouverner dans un contexte difficile. On sent une crainte d'exercer le pouvoir, qui nous ramène à cette peur de gagner, cette incrédulité devant la victoire.

Le discours de Nicolas Sarkozy a été à la hauteur, bien qu'un peu trop long. Il a reconnu la victoire de son adversaire et annoncé qu'il tournait la page. Il est parti proprement, ce qui n'est pas évident. Le discours de François Hollande a été mauvais, et inquiétant. On a entendu un discours de politique générale de premier ministre, sans souffle, sans charisme. Et puis qu'est ce que c'était long ! Les meilleurs discours sont les plus courts. Le soir de son élection, Sarkozy était au Fouquet's, le soir de son élection, Hollande était dans une petite ville de province, à prononcer un discours sans souffle. J'espère pour lui que ce n'est pas cette image qui restera dans les esprits. La comparaison ne tiendra pas par rapport aux images de la promenade de Chirac dans Paris en 1995, ou encore plus fort, le dépôt de roses de Mitterrand au Panthéon en 1981. La "Geste" d'une présidence s'écrit dès le soir du deuxième tour. Sarkozy ne l'a pas compris et c'est sans doute ça qui a provoqué sa chute. J'ai l'impression que François Hollande ne l'a pas compris non plus. Ou alors, si ce que j'ai vu ce soir, c'est de la "communication maitrisée", je crains le pire...

La France est une monarchie républicaine, qui demande un président qui incarne, qui règne. Qu'il gouverne aussi, d'accord, mais ça ne doit pas trop se voir. Mitterrand et Chirac ont été très bon à ce jeu. Sarkozy nullissime. Hollande me semble bien mal parti...

Après la presse écrite, la télé

Ce soir, je suis en mezzanine du plateau de France 2 pour leur soirée électorale. Le point de vue est intéressant, j'espère que le spectacle sera à la hauteur.

On est sur les préliminaires, avec analyse des enjeux et remplissage, en attendant 20h. On a juste les chiffres de l'abstention. Le ministère de l'Intérieur donne 71% à 17 heures, ce qui est mieux que le premier tour, mais moins bien que le second tour en 2007. apparemment, on a moins voté dans l'Est, ce qui semble un peu recouvrir les zones à fort vote FN. mais en même temps, ça vote mieux en Seine-et-Marne, où le FN a aussi fait de bons scores.

Sur twitter, on balance le résultat, avec une précision qui se rapproche sans doute du résultat final. Que de remplissage avant 20 heures ! on répète en boucle les analyses, en prenant bien garde de ne pas laisser le moindre indice laissant connaitre le nom du vainqueur. Les soirées électorales ne présentent aucun intérêt avant 20 heures. Les présentateurs ne peuvent rien dire, rien laisser filtrer.

La télévision, c'est de l'image. Comme pour l'homme qui n'a qu'un marteau et voit donc tous les problèmes comme des clous, la télévision n'envisage un évènement qu'en terme d'images. C'est pour moi très gênant, car si parfois, l'image est pertinente, ce n'est pas forcement toujours le cas. Et le pire, c'est qu'ils ne cherchent pas à capter une image spontanée, mais cherchent à la créer. Le pire du pire, c'est qu'en ces soirées électorales, ils nous montrent des images d'une grande pauvreté informationnelle. Quel intérêt de filmer la porte du bureau de François Hollande au conseil général de la Corrèze, son cortège de voiture en direction de l'aéroport. Il y a des moments où ils n'y a pas d'images intéressantes, tout simplement. Pourtant, il en faut, parce qu'il y a une machine médiatique à alimenter. D'où cette impression de vide...

Être sur le plateau TV n'offre pas tellement plus de chose que d'être devant la télévision. Le plus intéressant, c'est la coulisse, les invités qui arrivent, repartent, patientent. Ils ne font souvent que se croiser. Certains sont suivis par une autre caméra, pour d'autres images, dans une autre émission. Mais tout cela dans un relatif silence, vu qu'en plateau, ça tourne, c'est du direct.

samedi 5 mai 2012

Soirée à la télévision

Dimanche soir, grace à Erwann Gaucher, je serai dans les coulisses de la soirée électorale de France 2. Je ne sais pas ce qu'on attend de moi, mais je pourrai bloguer et Twitter. Je serai avec Jegoun, qui fera le méchant de gauche, je suis censé faire l'affreux de droite et Philippe Couve le troisième homme.

On vous donnera le ou les hastags quand on les aura choisis. Ce ne sera pas évident de tout live tweeter et live bloguer, mais je ferai sans doute des billets "à froid" le lendemain.

Je ne sais pas ce qu'on va raconter, mais Jegoun et moi, on est capable de tout. Surtout du pire...

vendredi 4 mai 2012

Les hermaphrodites du Centre

J'ai un souvenir marquant des élections législatives de 1988. Il s'agit d'une séquence du Bêbeteshow où la grenouille Kermit et le corbeau Rocroâ sont à la chasse au centriste, afin de conforter leur majorité relative à l'Assemblée nationale. Rocroâ demande alors à Kermit quel appeau utiliser pour attraper un tel gibier. Ce dernier lui répond "C'est simple, il suffit d'imiter le cri du portefeuille ministériel en rut". 24 ans plus tard, rien n'a changé...

Le problème des démocrates chrétiens, c'est qu'ils en sont encore restés au stade du MRP, qui fut un parti charnière de la IVeme république, celui qui était, quoi qu'il arrive, de toutes les majorités. Et donc toujours au gouvernement, en compagnie de leurs compagnons radicaux, dont la devise était "le coeur à gauche, le portefeuille à droite, et toujours près de l'assiette au beurre". Contrairement à ces derniers, ils n'ont jamais compris (ou jamais admis) que le système de la Veme république avait changé la donne, et que l'élection centrale, la présidentielle, imposait de fait un système bi-partisan, où on est de droite ou de gauche, sans aucun espace pour une troisième force au milieu. On peut trouver que ce n'est pas une bonne chose, mais si on veut exister politiquement et peser sur les décisions, il faut choisir son camp, et s'y tenir.

La démocratie a besoin à la fois de camps clairement définis, de positionnements clairs, mais aussi d'alternance. On est de droite ou de gauche, et on accepte le verdict des urnes qui vous met dans la majorité ou dans l'opposition. Si François Hollande est élu président dimanche prochain, il sera le président légitime, cela ne souffrira aucune contestation. Par la même occasion, je passerai de la majorité à l'opposition, et je l'accepterai (et je vais bien m'amuser). Il est sain que ce ne soit pas toujours les mêmes qui soient dans l'opposition et les mêmes qui soient dans la majorité.

Je considère donc profondément anormal l'attitude qui consiste à essayer de jouer sur les deux tableaux, en volant au secours de la victoire, dans l'espoir de rester dans la majorité. Sous la Veme république, ça ne marche pas ! Je n'arrive pas à comprendre qu'au bout de 50 ans, les démocrates-chrétiens ne l'aient toujours pas assimilé. En jouant ainsi la bascule, comme vient de la faire Bayrou en appelant à voter Hollande, une fois que la victoire ne fait plus aucun doute, les centristes ne récoltent pas grand chose. Quelques individualités, en échange d'une belle prébende, jouent le rôle d'idiots utiles, qui permettent à la nouvelle majorité de communiquer sur son ouverture, en n'ayant jamais eu le moindre début d'influence sur les choix politiques de la majorité où ils ne sont que des supplétifs, des harkis que l'on n'hésitera pas à larguer en rase campagne en cas de problème. Regarder donc le Nouveau Centre et le micro-Parti de Bockel...

A jouer à ce petit jeu du "ni droite-ni gauche" mais toujours prêt à faire le bouche-trou en échange d'un peu d'apparence de pouvoir, les centristes se discréditent et ne récoltent que le mépris, à droite comme à gauche. On s'en sert quand on en a besoin, et on les jettent comme un préservatif usagé une fois l'opération de communication politique terminée. A aucun moment ils n'ont été en mesure de faire progresser leurs idées, que ce soit en étant aux cotés d'une gauche socialiste marxisante ou d'une droite conservatrice aux relents bonapartistes. A chaque fois, les centristes en ressortent en miettes, broyés par une mécanique implacable. Ils se croient des purs, ils ne sont que des bisounours. Avoir des convictions mais ne pas se donner les moyens de les mettre en oeuvre, c'est les trahir !

Oui, j'ai voté Bayrou au premier tour, mais c'est uniquement parce que je ne voulais voter ni Sarkozy, ni Dupont-Aignan, ni (et surtout pas) Marine Le Pen, tout en ne votant pas à gauche. L'idéal aurait été un candidat libéral, clairement de droite, mais pas semi-facho. Cela fait très très longtemps qu'il n'y a pas eu de candidat avec ce positionnement (le dernier, c'était Balladur en 1995). J'ai donc fait avec ce qu'il y avait, sans me faire aucune illusion. Un vote par défaut. Le ralliement de Bayrou à Hollande ne fait que renforcer mon vote pour Sarkozy au second tour (qui fut un peu chancelant au début de la semaine dernière). Sarkozy va perdre, c'est donc sans illusion sur le résultat final que je vais voter pour lui.

Par ce vote, j'affirme clairement où je suis, dans un choix binaire. Contrairement aux centristes, je sais où j'habite, et j'aurai au moins sauvé ma dignité en acceptant le verdict des urnes. En démocratie, il faut une majorité et une opposition. Il faut aussi que les électeurs sachent clairement où chacun se situe. Il n'y a pas de place pour les hermaphrodites...

jeudi 3 mai 2012

On charge la barque

Hier soir lors du débat de second tour, Il n'y a eu qu'une seule vraie annonce, c'est à dire quelque chose d'inédit, explicite, et substantiel. C'est François Hollande qui l'a faite en annonçant vouloir que les nominations du président de la République qui doivent passer par un avis du Parlement fasse l'objet d'une véritable ratification, alors qu'actuellement, les parlementaires ne disposent que d'un droit de veto qui ne peut fonctionner qu'en cas de "révolte" de la majorité parlementaire. Actuellement, il faut un refus des 3/5eme des membres des commissions compétentes de l'Assemblée nationale et du Sénat pour que la nomination soit bloquée. Hollande propose d'inverser le mécanisme, la nomination ne pouvant être validée que si elle est approuvée par une majorité qualifiée. Il s'est un peu emmêlé les pinceaux dans les chiffres en parlant des deux tiers, mais l'annonce est explicite et d'envergure.

Si cela se fait, c'est un changement notable dans le fonctionnement des institutions. Le pouvoir du président de la République tient en partie à son très important pouvoir de nomination. On tient le pays parce qu'on tient la clé des carrières et de la distribution des prébendes. Le déclin d'un président commence lorsqu'il n'est plus en capacité d'être celui qui fera les nominations à un horizon au delà de 18 mois. Tout ceux qui cherchent les places se tourneront vers celui qu'ils estiment être celui qui détiendra ce pouvoir au moment où il en auront besoin. Ça marche partout de la même manière. De Gaulle s'était octroyé, avec l'alinéa 3 de l'article 13 de la Constitution un vaste champ de nomination, que François Mitterrand a considérablement élargi. Si une nomination doit se faire par décret, sans précision de qui prend le décret, c'est par défaut un décret du président de la République. Les nominations dont parle François Hollande ne sont évidemment pas celle-là, mais celles de l'alinéa 5 de l'article 13, certes moins nombreuses, mais prestigieuses et importantes. Il n'empêche que la concession semble de taille.

Si cette réforme se fait, l'opposition disposera d'un droit de veto sur les nominations présidentielles au titre de l'article 13 alinéa 5. Ce sera un vrai pouvoir pour l'opposition, ce sera une vraie limitation pour le pouvoir du président. Celui-ci sera obligé de négocier réellement, et d'accepter des compromis avec son opposition. Cela obligera aussi l'opposition, au moins sur ce sujet, à être responsable et à accepter des compromis. C'est là le deuxième bouleversement, sans doute aussi important que la limitation du pouvoir du président : obliger l'opposition à coopérer et discuter. Quand on sait qu'en France, nous avons une culture de l'affrontement spectaculaire (et souvent stérile) entre majorité et opposition, mais absolument pas la culture du dialogue et du compromis, je ne sais pas ce que ça va donner, mais ça fera bouger les lignes.

Mais ce n'est pas encore fait, car il faut une révision de la constitution. François Hollande ayant annoncé plusieurs réformes nécessitant une modification de la constitution, on peut penser que l'on aura droit, comme en 2008, à un paquet groupé, un vaste ensemble avec du bon et du moins bon, qui sera à prendre ou à laisser, en bloc. Il faut donc, pour rendre cette réforme séduisante, y mettre quelques beaux appâts, afin que l'opposition ne puisse pas, sans dommage politique, voter contre la réforme. Car le problème pour François Hollande est qu'il n'a pas les 3/5eme du Congrès (il faudrait qu'il ait plus de 380 députés, ce qui parait hors de portée). L'opposition peut donc bloquer cette ratification. Le seul moyen de tourner l'obstacle est de soumettre la réforme à référendum, mais là encore, c'est compliqué, car vu les délais pour mener à bien un tel chantier, on ne peut guère espérer organiser ce référendum avant le printemps 2014. Qu'en sera-t-il de la popularité de François Hollande (s'il est élu président) à ce moment là ? Les français sont très doués pour transformer un référendum en plébiscite pour ou contre le président en place...

mercredi 2 mai 2012

Des courants à l'UMP

Anticipant la défaite de Nicolas Sarkozy, et la guerre de succession qui ne manquera pas de suivre, Jean-François Copé cherche des alliés pour garder le contrôle de l'UMP. Il vient de lancer un ballon d'essai, aussitôt attrapé au vol, en direction des centristes de l'UMP, en leur promettant de pouvoir s'organiser en courant. Le contrôle du parti sera essentiel, puisque c'est tout ce qui restera à l'UMP si le PS remporte la présidentielle (quasi certain) et les législatives (probable).

La proposition est purement tactique, car je vois mal l'UMP éclater cette année. Les centristes du courant "humaniste" n'ont aucun intérêt à rejoindre le grand bazar qu'est le centre, où en plus, il n'y a plus de leader, le score de Bayrou le disqualifiant pour être à nouveau candidat. De l'autre bord, la droite populaire n'a aucun intérêt à se rapprocher "réellement" d'un FN qui n'a pas besoin d'eux, et au sein duquel il perdraient leurs mandats sans rien gagner en influence. Mis à part les radicaux valoisiens, qui vont définitivement larguer les amarres, et les inévitables réductions d'effectifs provoquées par les défaites électorales, le périmètre de l'UMP va rester globalement le même.

Quand un groupe ne peut pas ou ne veux pas de l'indépendance, mais veut quand même "exister", il reste l'autonomie. C'est ce que promet Copé pour se mettre dans la poche l'aile gauche, celle qui est la plus pressante sur le sujet. Mais en se gardant bien de préciser en quoi cette autonomie consistera. On peut penser qu'il s'agira surtout d'un "droit à la dissonance médiatique" et de quelques moyens humains et financiers en propre. Et accessoirement, quelques belles prébendes pour les "leaders" de ces courants (je crois d'ailleurs davantage à cette solution).

De toute manière, cela n'ira pas bien loin, pour l'instant, car l'organisation en courant n'est absolument pas dans l'ADN de la droite conservatrice, incarnée dans l'ancien RPR, qui a beaucoup transmis de son patrimoine génétique à l'UMP. D'ailleurs, ce sont les anciens UDF qui réclament une autonomie, pour échapper à la pesanteur du monolithisme RPR. L'UMP n'est pas du tout dotée de la culture et des outils du fonctionnement en courants. Intellectuellement, il n'y a pas ou plus de pensée autonome, au sens d'un corpus d'idées, avec des publications, de la recherche, bref, de la vie. L'UMP est un désert intellectuel, et les quelques oasis qui subsistent sont à la périphérie, dans les Think-Tanks, et encore, c'est de la recherche appliquée. La vraie pensée libérale, au sens politique, elle a quitté les sphères des partis politiques. Alors que les démocrates-chrétiens ont encore des gens comme Jean-Louis Bourlanges, les libéraux n'ont plus rien. Ils n'ont même plus les structures de base pour faire éclore quelque chose. La preuve, c'est quoi le corpus intellectuel et programmatique des "humanistes" ? Quelle capacité à produire une pensée politique digne de ce nom ? Le dernier politique de la famille libérale qui tenait intellectuellement la route, même s'il était assez "hard", c'était Alain Madelin. Pour faire vivre des courants, il faut aussi des leaders. Là encore, on va déjà voir qui survivra aux législatives, mais si les libéraux-humanistes, ça se résume au trio Raffarin-Laffineur-Novelli, on ne va pas aller bien loin !

Pour autant, cette évolution peut être le début d'une révolution politique de la droite, ou au moins du centre-droit. Faire "penser" les anciens RPR, c'est peine perdue. Mais peut-être que, par miracle, les libéraux vont s'en saisir et redevenir un élément moteur. Cela me fait penser à la décision du Régent, Philippe d'Orléans, qui pour faire casser en 1715 le testament de Louis XIV qui limitait son pouvoir, rendit le droit de remontrance aux parlementaires. Ils s'en servirent pas tout de suite, mais paralysérent par ce moyen le pouvoir royal dès les années 1740, et firent échouer les réformes fiscales, ce qui amena, avec une situation très dégradée, à la convocation des Etats-Généraux en 1788.

mardi 1 mai 2012

Twitter 466 fois

Pendant la soirée électorale du 22 avril dernier, un twitter de gauche a insulté Jean-François Copé et NKM. Grosse salope et fils de pute constituent incontestablement des injures publiques tombant sous le coup de la loi. Twitter étant un mode de communication au public, l'injure est publique, quand bien même le tweet a été retiré rapidement. La plainte est donc parfaitement justifiée.

Ce qui étonne est la demande des plaignants, qui demandent un euros de dommages et intérêts, et surtout, que l'auteur du tweet injurieux soit contraint de twitter 466 fois un message d'excuse. Cela peut paraitre ridicule et infantile, mais c'est sans doute justement ça qui fait tout l'intérêt de cette citation, qui n'est pas une condamnation. Le juge peut décider ce qu'il veut, et j'ai quelques doutes sur le fait qu'il accorde effectivement cette condamnation saugrenue. Un seul tweet d'excuse (convenablement retweeter pour mieux le faire apparaitre...) suffira, la condamnation devant être, à mon sens, symbolique. La vraie punition est dans la prise en charge par le coupable des frais de justice de ses adversaires, qui, s'ils sont vaches, vont prendre un ténor du barreau.

Cette assignation aura permis de faire le buzz, et de faire prendre conscience à certains que même dans le feu de la campagne élecvtorale, il faut faire attention à ce qu'on tweete. Un bon nombre de personnes, derrière leur écran, ne semblent pas se rendre compte que twitter n'est pas un jeu où ils sont lus par quelques copains, mais qu'ils peuvent, par le jeu des retweets, avoir potentiellement des milliers de lecteurs. Même si cela fait maintenant pas mal d'années que les blogs et d'autres outils permettent à des "citoyens de base" de s'exprimer sur internet, il reste encore du boulot pour que tous prennent la mesure de l'outil, de ce qu'il est possible de faire ou pas.

Une simple plainte pour injure, en plus parfaitement justifiée, seraient sans doute passée inaperçue. Il fallait donc charger un peu l'assignation et provoquer un buzz. Le but étant maintenant atteint, il restera au juge à prononcer la peine classique et symbolique pour ce genre d'affaire qui ne va pas chercher bien loin, avec tout au plus un tweet d'excuse. Si ça peut mettre un peu de plomb dans la cervelle des militants de tous bords (il y en a d'aussi cons à droite et à gauche), ce sera toujours ça de pris.