Je suis contre la reconnaissance du vote blanc comme un "suffrage exprimé" et devant être décompté à part des bulletins nuls. Cette reconnaissance serait un dévoiement du sens du vote et une atteinte à la démocratie. Le but d'une élection est de désigner des représentants, chargés de gérer la chose publique pendant un temps donné, avec une liberté de mandat. Et puis c'est tout ! La reconnaissance du vote blanc comme suffrage exprimé viendrait affaiblir ce pilier de la démocratie.

Le but de l'élection est la désignation du représentant, et il est nécessaire de la faire "proprement", c'est à dire en ce concentrant sur cet aspect. Or, de plus en plus, on veut faire du vote autre chose que cela. On veut notamment en faire un moyen pour le citoyen de "s'exprimer" et surtout, de pouvoir se reconnaitre pleinement dans son élu. Bien évidemment, le vote est aussi un moyen pour le citoyen d'exprimer des préférences partisanes, des opinions, par le choix de la personne à qui il accorde son suffrage. Oui, il y a clairement une dimension "d'identification" dans le vote. On est rarement satisfait à 100% d'un candidat, il y a toujours des défauts sur lesquels il faut passer et l'identification est parfois assez floue, avec un choix qui peut parfois se résumer à "la peste ou le choléra". Or, le problème que je vois à la reconnaissance du vote blanc est justement de refuser de dépasser ce stade, et de faire passer en priorité l'aspect "identification", au détriment du reste.

Reconnaitre le vote blanc, c'est permettre à un électeur de dire "je ne suis satisfait d'aucun candidat" et faire que cette voix, qui ne désigne personne, puisse peser sur la désignation. J'y vois une dérive consumériste, où le citoyen voit l'élection comme un supermarché, où il faudrait qu'il trouve une offre à son goût, sinon, il n’achètera rien. C'est une attitude d'enfants gâtés, de citoyens qui ne se rendent plus compte de la chance qu'ils ont, et qui demandent de la perfection, là où ce qu'ils ont fait l'envie de bien des citoyens dans d'autres pays. Le citoyen participe à la désignation des élus, c'est à dire qu'il intervient à un moment d'un processus qui le transcende et où il n'est pas le centre, où il ne doit pas l'être.

Ce serait une erreur, car en plus de cette dérive narcissique qui entrainerait forcement des déceptions, on affaiblirait la légitimité des élus et donc la force des institutions. La légitimité d'un élu, c'est son élection. Plus elle est mauvaise et étriquée, plus sa légitimité, et donc sa marge de manœuvre politique est faible. On le voit bien quand un élu est désigné lors d'une élection où la participation est très faible. Il ne peut pas se targuer d'avoir été "investi" pour sa mission. De ce fait, il aura plus de mal à s'imposer, et pourrait chercher à recourir à d'autres moyens de légitimation de son pouvoir. Georges W Bush aurait-il déclenché la guerre en Irak s'il avait été "mieux" élu en 2000 ? A l'inverse, l'élu mal désigné peut être paralysé et finalement ne rien faire, car on lui rappelle sans cesse qu'il est à la limite de l'usurpateur.

Une élection doit se contenter de désigner un élu, et le faire en lui donnant une légitimité, au moins apparente. Si pour être légitime, un élu doit susciter la totale adhésion des citoyens, on va vers un très gros problème de fonctionnement de nos démocraties. Entre faire tourner la boutique de la "res publica" et permettre au citoyen de satisfaire son ego en jouant à "Narcisse va voter", il faut choisir. Personnellement, j'ai choisi...