vendredi 27 avril 2012
Les voies de la QPC
Par Samuel, vendredi 27 avril 2012 à :: Parlement
La QPC est un mécanisme formidable, car elle fait appel à l'inventivité des juristes. Quand ils sont directement concernés, ils sont encore plus inventifs.
La loi de Finances rectificative pour 2009 a institué une nouvelle taxe de 150 euros pour les appels lorsque la constitution d'avocat est obligatoire. Officiellement, c'est pour indemniser les avoués. Comme la vignette automobile, on peut présumer sans trop se tromper que la taxe sera encore là bien longtemps après que les avoués aient été indemnisés. Cette taxe pèse, de fait sur les avocats, puisque dans la réalité, c'est eux qui feront l'avance et la répercuteront sur leur client. Ce dernier, comme pour les frais de notaires, va croire que tout ce qu'il paye à l'avocat va dans la poche de ce dernier, sans se rendre compte de ce rôle de collecteur d'impôt. Cela ne servira pas l'image des avocats, d'où un certain mécontentement de leur part et une volonté claire de faire sauter cette taxe.
Une première tentative a été faite, sur la base du droit à un recours juridictionnelle effectif. Elle a logiquement échoué, car si effectivement une barrière financière est un obstacle à la constitution d'un recours, le montant de la taxe n'a pas été considéré comme suffisamment élevé pour constituer un obstacle réel. Comme toujours, ce n'est pas tant la substance en elle-même que la dose, qui fait le poison. 150 euros, ce n'est pas assez pour constituer un obstacle au droit à un recours juridictionnel effectif.
Voilà que peu après, un autre recours, beaucoup plus malin, attaque la même disposition, mais sur une toute autre base. La taxe a été clairement instituée en vue d'indemniser les avoués. Mais elle est payable indistinctement sur l'ensemble du territoire, y compris en Alsace-Moselle, alors que dans ces trois départements, il n'y avait pas d'avoués. Les ressortissants des Cour d'Appel de Metz et de Colmar vont devoir payer une taxe pour indemniser des avoués qui n'existaient pas. Il y a donc au yeux des requérants, et surtout du Conseil d'Etat qui a transmis la QPC, une atteinte au principe d'égalité devant les charges publiques. Il fallait le trouver ce moyen, certes un peu tordu. Mais ça a marché devant le Conseil d'Etat, qui a considéré le moyen comme sérieux.
Malheureusement, tout cela devrait se terminer par un non lieu à statuer, pour une histoire toute bête de calendrier, qui s'est sans doute jouée à deux ou trois semaines près. Le Conseil d'Etat a transmis la QPC le 28 mars 2012, à un moment où le conseil constitutionnel n'avait pas encore statué sur cette taxe, ce qu'il a fait le 13 avril, en la déclarant conforme à la constitution. Et c'est là le drame, car à partir du moment où le conseil constitutionnel a déclaré conforme, dans les motifs et le dispositif (ce qui est le cas ici), il faut un changement de circonstance de droit ou de fait pour réouvrir le dossier. Malheureusement, un nouveau moyen n'est pas un changement de circonstance...
C'est d'autant plus rageant que cela s'est joué aurait pu se jouer à peu. Le conseil constitutionnel a du recevoir la QPC le 29 ou le 30 mars. Or, l'audience pour la décision du 13 avril 2012 a eu lieu le 3 avril. Trop tard pour joindre ce nouveau moyen au dossier (mais en fait, il avait été soulevé par voie d'intervention volontaire et le CC y avait répondu par le considérant 10). C'est dommage, car le conseil constitutionnel est tenu par la question posée, pas par les moyens. Il peut très bien censurer une disposition pour des raisons totalement différentes de celles soulevées par les requérants, y compris par des moyens qui n'ont pas été évoqués. Si cette QPC basée sur l'égalité devant les charges publiques était arrivée plus tôt, le fonctionnaire chargé du suivi de la question aurait pu en prendre connaissance en temps utile (deux jours avant, c'est trop tard) et qui sait, une censure demandée sur le droit à un recours effectif aurait pu être prononcée sur la base de l'égalité devant les charges publiques...