Le débat autour de la taxe Tobin m'amuse beaucoup. D'abord, ça pue la démagogie électoraliste à des kilomètres ! Comme pour la TVA sociale, c'est pile maintenant, au bout de 4 ans et demi au pouvoir, qu'on se décide à le faire, et ça doit l'être dans les deux mois. Ridicule ! Sur le fond, c'est une taxe de plus, qui passera complètement à coté de son objectif. La preuve, même Maurice Levy, grand patron s'il en est, est pour. Ça veut dire qu'au Medef, ils sont déjà trouvé comment contourner le nouveau dispositif ou pire, l'exploiter au mieux de leurs intérêts.

Mais voilà, la "taxe Tobin" est devenue un totem, un symbole. Très peu de gens sont finalement capable d'expliquer de quoi il s'agit réellement, et il y en aura encore moins à comprendre exactement les mécanismes du dispositif technique que l'on va voter le mois prochain en loi de finances. Mais ils en ont entendu parler et ceux qui "font leur opinion", leurs gourous politiques, disent depuis des années que c'est bien. Donc si Sarkozy fait voter la "taxe Tobin", c'est bien, même si elle est finalement totalement ineffective, qu'elle nous aura brouillé avec les anglais qui n'en veulent pas (la finance est leur industrie nationale), avec les allemands qui nous en voudront de les avoir fâchés avec les anglais pour des raisons de démagogie électorale.

De toute manière, cette taxe ne fait que s'attaquer à un symptôme. La Finance, c'est moi, c'est vous. Quand votre banquier vous propose des produits financiers qui rapportent beaucoup, vous prenez sans vous poser de question. Et plus on vous propose un rendement élevé, plus vous êtes contents. Le souci, c'est que ces rendements, il faut les obtenir, et on arrive par la spéculation... Tant que la demande et la pression existeront pour des rendements élevés sur les produits financiers, rien ne se règlera, car les gestionnaires trouveront toujours de nouveaux systèmes pour satisfaire la demande de leurs clients. C'est leur métier, ils sont payés (et plutôt bien) pour ça.

Si on veut vraiment attaquer la spéculation, il faut commencer par demander à son banquier, celui qui vous vend des livrets, des dépôts à terme, votre assureur qui vous place de l'assurance vie, comment ils gèrent l'argent que vous leur confiez. Si on veut aller plus loin, on peut lui demander de respecter une charte éthique qui bannit certaines pratiques, unanimement considérées comme nuisibles (en se donnant les moyens de vérifier qu'il la respecte bien). Et ce banquier n'est pas vertueux, on ferme le compte et va chez un autre, qui lui est "éthique". Pour bien des français, une petite banque de détail suffit amplement pour leurs besoins : un chéquier, une carte, quelques facilités de paiement, des placements simples pour petits montants. En plus, c'est clairement l'intérêt du client que sa banque ne fasse pas n'importe quoi. Personnellement, je n'ouvrais certainement pas un compte à la Société Générale, qui semble ne pas avoir changé ses pratiques réelles depuis l'affaire Kerviel.

Il faudra aussi accepter de gagner moins avec ses placements, car on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, demander des rendements élevés sans les instruments nécessaires pour les obtenir. C'est souvent là que le problème se pose, quand chacun doit accepter un sacrifice individuel, qui le touche personnellement, pour faire avancer une grande cause collective. J'ai dans l'idée que le jeu en vaut pourtant la chandelle, car si le système financier se casse la gueule, on sait parfaitement qui va passer à la caisse...