lundi 31 octobre 2011
Le suicide
Par Samuel, lundi 31 octobre 2011 à :: Politique
Le gouvernement grec, à bout de souffle, vient de choisir le suicide politique, en soumettant le plan d'aide à référendum. Il n'avait malheureusement pas trop le choix. Avec des émeutes qui vont crescendo, avec un risque de dérapage et de perte de contrôle de la situation dans la rue, sa majorité de 153 sièges sur 300 ne pouvait pas tenir longtemps. Quitte à retourner devant les électeurs, autant que ce soit sur la question même du problème, le plan d'austérité, plutôt que de tourner autour du pot.
Je ne parierais pas tellement sur les chances d'une victoire du oui. La situation sociale est trop dégradée. Ce référendum, il fallait le faire avant l'été, le plus tôt possible, quand il pouvait encore être gagné et donner une légitimité démocratique au gouvernement pour imposer un plan d'austérité aussi sévère. Même là, il n'est pas certain qu'il aurait pu être gagné. Une victoire du non en Grèce signifie la faillite pure et simple du pays, sa sortie de l'euro avec retour à une drachme qui vaudra à peu près autant que le dollar zimbabwéen. La situation va se régler sans doute par une émigration massive de la jeunesse grecque, qui va utiliser à fond la libre circulation des personnes au sein de l'UE. La Grève verra sans doute une montée du populisme, voire de l'extrême droite. L'église orthodoxe, déjà puissante, le sera encore plus, aidant les forces les plus conservatrices à prendre le pouvoir. En tout cas, l'avenir de la Grèce pour les 10 prochaines années n'est pas enviable.
Une telle déflagration aura des répercussions sur l'ensemble de l'Europe, dont la solidité politique m'apparait bien fragile pour encaisser le tsunami financier. Si le couple franco allemand ne tient pas, enfin, si l'Allemagne ne tient pas, on va vers une cassure de l'euro, avec d'un coté l'Allemagne et ses voisins immédiats, Autriche, Pays-Bas et pays nordiques, qui partent de leur coté avec une monnaie forte, et le reste de la zone euro qui se retrouve avec une monnaie faible. Cela n'aura pas que des désavantages dans un premier temps, car on va pouvoir régler la question de la dette par la dévaluation, qui donnera un peu d'air à notre commerce extérieur car l'Allemagne, notre grand partenaire commercial, ne sera plus dans le même euro que nous. On va pouvoir, en interne, rééquilibrer un peu les écarts entre générations grâce à l'inflation, euthanasie des rentiers (les retraités sont des rentiers...). On aura bien quelques soucis d'approvisionnements en matières premières, des difficultés pour emprunter sur les marchés financiers, mais à court terme, ça peut régler bien des problèmes sociaux. La tentation sera très grande pour des politiques trop dans l'urgence du court terme.
La facture viendra après et sera lourde. On mettra du temps à retrouver un triple A qui va sauter. On mettra du temps à faire revenir l'inflation dans sa boite. Sans les allemands et les anglais, la zone euro ne pèse économiquement pas lourd. Les moteurs de croissance, c'est l'industrie allemande, ce sont les services anglais, certainement pas la France. J'ai bien peur qu'on ne connaisse une situation économique à la japonaise, qui n'arrive pas à sortir d'une croissance très molle. Politiquement, la facture sera lourde, car ça va tanguer dans les pays du sud de l'Europe. L'Espagne, l'Italie, le Portugal risquent de connaitre les mêmes troubles politiques que la Grèce. On ne sait pas ce qui va en sortir. Ce sont nos voisins, notre partenaires au sein de l'UE, on ne peut pas être indifférents à leur évolution politique. Une montée des rancoeurs et des tensions entre nord et sud de l'Europe peuvent faire de gros dégâts. Le pire sera la rupture de l'axe franco-allemand, vrai moteur de l'Union Européenne, puisqu'ils ne seront plus dans la même Europe économique, celle qui compte. Les institutions bruxelloises vont devenir aussi impotentes que le gouvernement belge...
Plus que jamais, l'Europe se trouve à un tournant : soit l'explosion, soit la fuite en avant. Les grecs sont en train d'allumer la mèche, le compte à rebours a commencé. Les français, mais aussi les autres peuples européens sont ils prêts à accepter un saut qualitatif, à savoir passer, là maintenant tout de suite, à l'Europe fédérale ? Et sans qu'on leur demande réellement leur avis, comme d'habitude...