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lundi 31 octobre 2011

Le suicide

Le gouvernement grec, à bout de souffle, vient de choisir le suicide politique, en soumettant le plan d'aide à référendum. Il n'avait malheureusement pas trop le choix. Avec des émeutes qui vont crescendo, avec un risque de dérapage et de perte de contrôle de la situation dans la rue, sa majorité de 153 sièges sur 300 ne pouvait pas tenir longtemps. Quitte à retourner devant les électeurs, autant que ce soit sur la question même du problème, le plan d'austérité, plutôt que de tourner autour du pot.

Je ne parierais pas tellement sur les chances d'une victoire du oui. La situation sociale est trop dégradée. Ce référendum, il fallait le faire avant l'été, le plus tôt possible, quand il pouvait encore être gagné et donner une légitimité démocratique au gouvernement pour imposer un plan d'austérité aussi sévère. Même là, il n'est pas certain qu'il aurait pu être gagné. Une victoire du non en Grèce signifie la faillite pure et simple du pays, sa sortie de l'euro avec retour à une drachme qui vaudra à peu près autant que le dollar zimbabwéen. La situation va se régler sans doute par une émigration massive de la jeunesse grecque, qui va utiliser à fond la libre circulation des personnes au sein de l'UE. La Grève verra sans doute une montée du populisme, voire de l'extrême droite. L'église orthodoxe, déjà puissante, le sera encore plus, aidant les forces les plus conservatrices à prendre le pouvoir. En tout cas, l'avenir de la Grèce pour les 10 prochaines années n'est pas enviable.

Une telle déflagration aura des répercussions sur l'ensemble de l'Europe, dont la solidité politique m'apparait bien fragile pour encaisser le tsunami financier. Si le couple franco allemand ne tient pas, enfin, si l'Allemagne ne tient pas, on va vers une cassure de l'euro, avec d'un coté l'Allemagne et ses voisins immédiats, Autriche, Pays-Bas et pays nordiques, qui partent de leur coté avec une monnaie forte, et le reste de la zone euro qui se retrouve avec une monnaie faible. Cela n'aura pas que des désavantages dans un premier temps, car on va pouvoir régler la question de la dette par la dévaluation, qui donnera un peu d'air à notre commerce extérieur car l'Allemagne, notre grand partenaire commercial, ne sera plus dans le même euro que nous. On va pouvoir, en interne, rééquilibrer un peu les écarts entre générations grâce à l'inflation, euthanasie des rentiers (les retraités sont des rentiers...). On aura bien quelques soucis d'approvisionnements en matières premières, des difficultés pour emprunter sur les marchés financiers, mais à court terme, ça peut régler bien des problèmes sociaux. La tentation sera très grande pour des politiques trop dans l'urgence du court terme.

La facture viendra après et sera lourde. On mettra du temps à retrouver un triple A qui va sauter. On mettra du temps à faire revenir l'inflation dans sa boite. Sans les allemands et les anglais, la zone euro ne pèse économiquement pas lourd. Les moteurs de croissance, c'est l'industrie allemande, ce sont les services anglais, certainement pas la France. J'ai bien peur qu'on ne connaisse une situation économique à la japonaise, qui n'arrive pas à sortir d'une croissance très molle. Politiquement, la facture sera lourde, car ça va tanguer dans les pays du sud de l'Europe. L'Espagne, l'Italie, le Portugal risquent de connaitre les mêmes troubles politiques que la Grèce. On ne sait pas ce qui va en sortir. Ce sont nos voisins, notre partenaires au sein de l'UE, on ne peut pas être indifférents à leur évolution politique. Une montée des rancoeurs et des tensions entre nord et sud de l'Europe peuvent faire de gros dégâts. Le pire sera la rupture de l'axe franco-allemand, vrai moteur de l'Union Européenne, puisqu'ils ne seront plus dans la même Europe économique, celle qui compte. Les institutions bruxelloises vont devenir aussi impotentes que le gouvernement belge...

Plus que jamais, l'Europe se trouve à un tournant : soit l'explosion, soit la fuite en avant. Les grecs sont en train d'allumer la mèche, le compte à rebours a commencé. Les français, mais aussi les autres peuples européens sont ils prêts à accepter un saut qualitatif, à savoir passer, là maintenant tout de suite, à l'Europe fédérale ? Et sans qu'on leur demande réellement leur avis, comme d'habitude...

samedi 29 octobre 2011

La politique est un métier

L'élection présidentielle irlandaise est un évènement sans doute très anodin vu de France, mais elle nous a donné un exemple de retournement spectaculaire. Alors que le week-end dernier, c'est l'indépendant Sean Gallagher qui est le grand favori avec 15 points d'avance, c'est finalement Michael Higgins, 70 ans, un vétéran de la politique qui est élu.

Il y a eu lundi soir un débat télévisé, le dernier, au cours duquel Gallagher a explosé en vol. Alors qu'il avait fait toute sa campagne sur son "indépendance" vis à vis des partis, son adversaire l'a forcé à reconnaitre en direct qu'il avait fait des collectes de fonds, autrefois, pour le fianna fail, l'ancien parti au pouvoir, jugé responsable par les irlandais de l'effondrement économique du pays. Lors des sondages de sortie des urnes, 55% des sondés indiquent avoir changé d'intention de vote à l'issue de ce débat télévisé. C'est tout simplement ahurissant !

Cette volatilité politique s'explique par l'ampleur de la crise économique en Irlande, qui a cru pendant des années être sortie de la pauvreté, affichant des taux de croissance impressionnants, et se gagnant le surnom de tigre celtique. Et d'un seul coup, crise bancaire et tout s'écroule, un peu à l'islandaise, mais pas avec la même ampleur. Aux élections législatives, le parti au pouvoir se prend une raclée monumentale, sans que l'opposition qui accède au pouvoir ne soient réellement soutenue par une population dégoutée du personnel politique en place. Cela explique l'ampleur du retournement.

De nombreux indépendants se sont alors lancés pour l'élection présidentielle, poste essentiellement symbolique (mais pas dénué d'importance), car c'est l'élection idéale, uninominale, pour des "isolés". L'un d'entre eux tenait la corde, jusqu'à l'accident industriel, où ses mensonges sont apparus en direct à la télévision, trois jours avant le scrutin. Un peu comme si on avait appris, entre les deux tours de la primaire socialiste, que DSK, en tête au premier tour, était mouillé dans un réseau de proxénétisme lillois, et qu'il l'avait reconnu en direct à la télévision. Là, l'électeur se dit qu'il a eu chaud...

Finalement, c'est le vieux routier de la politique qui a décroché la place. Parce que malgré tous les défauts qu'il peut avoir, on sait où on va, il a un passé connu (a priori pas trop de cadavres dans les placards) il a une expérience du pouvoir, bref, il est en mesure de faire le job. La politique est devenue un métier. Il faut arrêter de se bercer d'illusion sur le mythe du simple citoyen qui d'un seul coup, est propulsé à la tête de l'Etat et dirige le pays comme jamais il l'a été. Quand par malheur une telle chose arrive (c'est très rare), ça se termine en général très mal.

Cet épisode montre qu'il peut se passer des choses essentielles lors d'une campagne. On a déjà eu notre lot de rebondissements, mais ça ne fait que commencer. Si une élection présidentielle peut se retourner complètement à trois jours du scrutin, on mesure bien ce que valent des sondages réalisés à six mois de l'échéance...

mardi 25 octobre 2011

Relais de lobbying

La presse spécialisée est dépendante du milieu dans lequel elle évolue. Un magazine culturel ne peut pas aller contre le milieu qu'il chronique, il se doit d'en épouser les intérêts. Sinon, il est mort, coupé de ses bases. Les inrockuptibles viennent d'en donner un exemple éclatant avec leur couverture des dispositions votées par le députés sur les finances du centre national du cinéma.

Lors de l'examen de la première partie du budget, les députés ont adopté plusieurs dispositions. La première, qui plaît au CNC, vise à colmater une brèche juridique dans laquelle Free s'était engouffré pour éviter de payer cette taxe de soutien au cinéma. L'an dernier, lors du budget, le gouvernement a mis fin à un système dérogatoire qui permettait aux FAI de bénéficier d'une TVA à 5,5% sur la part "télévision" de leur offre triple play. Désormais, c'est 19,6% pour tout. On est déjà dans une période où le gouvernement cherche à gratter sur tout, et les FAI ayant une rentabilité appréciable, ils sont une proie tentante. La riposte a été trouvée par Free, qui récupère d'une main ce qu'il est obligé de céder de l'autre. L'astuce n'aura duré qu'un temps (chez Free, ils le savaient bien, mais c'est toujours ça de pris) mais il aura quand même fallu s'y reprendre à deux fois pour que les branquignols du CNC arrivent à colmater la brèche. Une première tentative avait lamentablement échoué en juin dernier.

Par contre, une autre disposition déplait fortement au CNC. Pour comprendre, il faut expliquer la base du système. Le CNC est financé par plusieurs taxes, prélevées notamment sur les entrées dans les cinémas et sur les diffuseurs de programmes audiovisuels (chaînes de télévision et FAI). Autrefois, on appelait cela des "taxes parafiscales". elles ont été transformées en 2003 en taxes affectées, pour des raisons juridiques, la nouvelle loi organique sur les finances publiques, véritable constitution budgétaire de la France, ne les autorisant plus. Dans les faits, pas grand chose n'a changé et le CNC se retrouve être celui qui reçoit les déclarations des redevables, calcule le montant dû, assure le recouvrement et le traitement des réclamations, et dépense cet argent pour les missions qui lui étaient confiées. Résultat, le CNC était un "Etat dans l'Etat", qui donnait les chiffres qu'il voulait et n'acceptait qu'un contrôle très lointain des services fiscaux. Aucun étranger ne vient polluer ce système qualifié de "vertueux" par le député socialiste Patrick Bloche...

Les choses sont allées comme ça jusque vers 2008. A ce moment là, du fait du décollage d'internet, l'assiette de la taxe sur les FAI a beaucoup augmenté, et donc les recettes du CNC ont beaucoup augmenté. Cet organisme s'est alors retrouvé devant un problème assez sympathique. Il avait trop d'argent ! Il s'est constitué de belles réserves et a commencé à se montrer très généreux, finançant des projets de films qui, objectivement, ne méritaient pas franchement de l'être. Mais la rentabilité financière étant le cadet de ses soucis, ça passait. Rapidement, les limiers de Bercy ont flairé le magot, et en ces temps de disette financière, ont commencé à tourner autour, cherchant à mettre la main dans le panier pour en piquer un peu. Le sénateur Marini (le génial inventeur de la taxe google) s'est intéressé de près au pactole et a obligé le CNC, en 2009, à lâcher quelques dizaines de millions d'euros. Mais répéter l'opération tous les ans est compliqué, le CNC se défendant becs et ongles, avec une belle capacité de lobbying (faire pleurer les artistes, c'est imparable).

Les députés spécialistes des finances ont alors cherché la solution "définitive" et l'ont trouvée. En plus, ils ont fait d'une pierre deux coups ! Plutôt que de s'attaquer au CNC, ils ont attaqué le système à la base de son pouvoir, celui des taxes affectées. Ils ont voté un amendement du gouvernement (vous pensez bien que Bercy a rappliqué immédiatement) qui soumet l'ensemble des taxes affectées, une bonne trentaine touchant des secteurs très variés, à un plafonnement. Le mécanisme est très simple : l'organisme affectataire reste bénéficiaire des revenus de la taxe jusqu'à un montant déterminé en fonction de ses besoins, et si jamais la taxe rapporte plus, le surplus tombe dans les caisses de l'Etat ! Plutôt que de piquer dans la cagnotte du CNC, on met en place une dérivation.

Le CNC n'a pas aimé. D'abord, ça tarit son trésor de guerre à la source, de manière assez définitive. Deuxièmement, cela le met à la merci de Bercy, qui tout les ans, va fixer le plafond des recettes qui lui sont affectées, et on peut imaginer sans être grand clerc, que ce plafond ira davantage en diminuant qu'en augmentant. Enfin, cela va obliger le CNC a ouvrir complètement ses livres de comptes. Bref, il perd de fait son autonomie financière. Le drame ! Tout de suite, le ban et l'arrière ban du monde de la culture et du cinéma est rameuté, afin de hurler en chœur que l'on assassine la cinéma français. Sauf qu'avec un plafond de ressources à 705 millions d'euros, il y a quand même un peu de marge et ce n'est pas en 2012 que le CNC va crever la gueule ouverte ! Mais cela importe peu, car le CNC et donc le milieu de la Culture va devoir rendre des comptes...

On voit donc fleurir les communiqués de presse et le siège de l'Élysée est fait pour qu'on revienne sur cette disposition. Nicolas Sarkozy n'a pas résisté bien longtemps puisque dès le lundi, il a capitulé. On peut compter sur les fidèles serviteurs du lobby au Sénat (au hasard Monsieur Assouline et Madame Tasca) pour qu'un contre amendement soit adopté, cassant le système pour préserver le pouvoir du CNC.

Cela me pose quand même un souci. En mettant en place ce dispositif, les députés ont fait entrer dans le champ du contrôle parlementaire, et donc démocratique, l'affectation de pas loi d'un milliard d'euros d'argent public, qui était jusqu'ici prélevé et redistribué dans réel contrôle. Les députés spécialistes des finances publiques en auraient presque dansé de joie dans l'hémicycle. Cela faisait 15 ans qu'ils cherchaient à exercer un contrôle parlementaire sur cet argent... ils ont enfin réussi à y parvenir, les faire lâcher va être compliqué et ne se fera pas sans larmes et grincements de dents. L'examen au Sénat promet une séance dantesque, Philippe Marini, désormais président de la commission des finances, fera barrage de son corps.

Mais de cet aspect "contrôle démocratique des finances publiques", vous n'en entendrez pas parler dans la presse culturelle, qui recopie servilement les positions des lobbies du secteur. C'est dommage car c'est un aspect essentiel, fruit d'un long travail des députés qui n'ont absolument aucune intention de nuire au cinéma français et de l'égorger. Ils veulent juste contrôler, comme c'est leur rôle, l'utilisation de l'argent public prélevé sur le contribuable français.

dimanche 23 octobre 2011

Christianophobie ou catholicophobie ?

Un débat agite la blogosphère catholique, avec un billet de Koztoujours et un autre du Chafouin. Ils répondent à d'autres prises de position, notamment celle du très conservateur (c'est pour être gentil) institut Civitas qui dénonce une christianophobie. L'affaire est grave, puisque même la conférence des évêques de France s'est exprimée. Le problème, deux pièces de théâtre subventionnées, du genre truc à intellos dont même Arte ne veut pas, qui attaqueraient la figure du Christ.

Bien que chrétien moi aussi, j'ai une approche totalement différente de mes "cousins en religion" catholiques. Tout cela me laisse profondément indifférent, car je ne me sens absolument pas concerné par cette prétendue "christianophobie". Je ne crois pas du tout que ces pièces de théâtre attaquent le Christ en lui-même. Ils attaquent la manière dont certaines confessions se représentent le Christ. Bref, ils attaquent un symbole, c'est-à-dire une image, mais aussi (et c'est le plus important) les conceptions philosophiques, politiques, religieuses qui sont derrière cette image. L'exemple le plus frappant était celui de Piss Christ, cette photo d'un crucifix plongé dans de l'urine. Clairement, c'est le symbole qui est attaqué, et il visait les catholiques. Du côté des protestants réformés (chez moi, je ne parle pas pour les autres confessions protestantes) vous verrez très peu, sinon pas du tout de crucifix. Tout au plus des croix sans rien dessus. Vous ne verrez d'ailleurs pas beaucoup d'objets et de symboles, ni dans un temple, ni dans la liturgie, car le seul objet mis en valeur est la Bible (vous en trouverez une ouverte dans tous les temples) et le centre du culte est la prédication, la Parole. Certains peuvent vouloir faire de la protestantophobie, mais ils n'ont pas grand chose à quoi se raccrocher, à part le contenu de la Bible. Et là, on les attend s'ils veulent attaquer, il va falloir qu'ils viennent sur notre terrain, celui du texte et de sa compréhension. Qu'ils pissent sur une Bible ou qu'ils la brûlent nous indiffère totalement, nous n'avons pas d'objets sacrés.

Cette absence de symboles matériels s'accompagne d'une doctrine qui refuse les dogmes, et qui refuse encore plus de convertir l'autre. Nous tenons la Bible à disposition, nous échangeons avec ceux qui viennent, nous ouvrons des fenêtres à ceux qui ne connaissent rien à Dieu et à la Bible et qui, par une rencontre avec ce texte, peuvent complètement réorienter leur vie. Ou ne pas le faire. On ne leur en voudra pas car nous respectons avant tout la liberté de l'autre, surtout sa liberté de ne pas nous ressembler. Le prosélytisme est une violence, car c'est affirmer que "mes" convictions sont meilleures que celles des autres, et qu'en conséquence, les autres doivent adopter mes convictions. On trouve cela beaucoup en politique, et cela suscite des réactions parfois violentes et souvent pas fines du tout. Il en va de même en religion.

En fait, ce que les "agresseurs" attaquent, c'est la prétention de l'église catholique à détenir la Vérité et d'avoir pour mission de la faire adopter par tous. Beaucoup des prises de paroles des responsables religieux ne sont pas autre chose ! La frontière entre l'exposé de convictions et l'injonction de les prendre en compte est souvent franchie. C'est ça qui coince, car notre société n'accepte plus que des institutions, au nom d'une autorité non démocratique, prétendent imposer (ou empêcher) des lois, prétendent imposer leurs idées. Les catholiques qui brandissent comme un étendard leur catholicité sur la place publique ne font que récolter ce qu'ils sèment. Si les réactions en face sont violentes et mal vécues par les catholiques, il faudrait peut être qu'ils s'interrogent un peu sur la manière dont sont perçues les prises de position publique de l'église catholique...

Quand on descend dans l'arène, on en assume les conséquences !

jeudi 20 octobre 2011

Troisième round

J'ai déjà eu l'occasion d'en parler, mais j'en reparle ici parce que les choses se précisent, je vois arriver un troisième round du match entre le numérique et les cultureux, entre les tuyaux et les contenus. Le premier round fut la Dadvsi, le second la hadopi, le troisième sera autour de la régulation des contenus et du financement des contenus par les tuyaux (enfin ils vont essayer).

Les plus lucides (et ils sont rares) dans le milieu des producteurs de contenu (musique, audiovisuel, édition...) voyaient venir le problème que leur poserait la convergence de l'audiovisuel et de l'internet. Ils le voyaient bien, déjà, avec le piratage des séries, mais comme les choses se faisaient sur deux terminaux différents, et qu'on était dans l'illégal, ils pouvaient faire l'autruche. Avec les téléviseurs connectés, les choses changent complètement. Tout sera sur le même terminal, qui plus est le terminal familial, celui qui est encore le plus regardé, avec une facilité d'utilisation pour des publics peu familiers d'internet. Le jour où TF1 est sur la touche 1 de la zapette, et youtube sur la touche 2, tout explose pour le CSA et la production audiovisuelle française. Et ça pourrait arriver beaucoup plus vite que prévu. Deux sujets concentrent l'attention du CSA : la régulation des contenus et le financement de la production audiovisuelle par les distributeurs, actuellement les chaînes de télévision, demain les FAI et d'autres acteurs du numérique.

Sur la régulation, on va voir la protection de l'enfance érigée en totem. Si plus aucune régulation des contenus n'existe, imaginez ce sur quoi vos enfants vont tomber en regardant la télévision. En deuxième ligne, et de manière subliminale, le CSA dira aux parents que dans ce cas, ce sera à eux de "faire la régulation", sans pouvoir s'appuyer, comme maintenant, sur une signalétique CSA, finalement bien pratique comme argument d'autorité pour les parents afin d'interdire certains émissions à leurs enfants. Le but derrière est de sauver la fonction régulation, qui justifie l'existence d'une bureaucratie, et même l'existence du CSA depuis qu'il ne nomme plus le président de France télévision. Si on lui enlève même ça, il peut mettre la clé sous la porte. Une fois de plus, l'épouvantail de la pédo-pornographie et de la protection de l'enfance va être brandi.

Le financement de la création sera l'autre angle d'attaque, afin de rallier des alliés. En effet, les chaînes de télévision et le monde de l'audiovisuel en général se moquent pas mal de la régulation du CSA, voire ne seraient pas fâchés de la voir disparaître, tant elle est tatillonne. Par contre, si on touche au système de financement de la production audiovisuelle, là ils sont concernés. Et le problème est réel, car les nouveaux entrants dans la distribution ne sont pas assujettis aux obligations de financement de la production audiovisuelle, et n'entendent pas l'être. Or, rien de plus facile pour eux que d'échapper à la loi française, en se domiciliant pas plus loin qu'au Luxembourg ou en Irlande, où, par un heureux hasard, la TVA est très accueillante. En résumé, les FAI et autres acteurs numériques vont prélever de la valeur, sans verser leur écot aux cultureux, alors que les anciens acteurs vont eux, continuer à payer, avec un risque de voir leur charge augmenter (alors même que leur audience baisse), sous la pression des cultureux qui veulent que l'argent rentre, sans se préoccuper de qui paye...

Une des solutions qui se dessine est qu'un deal soit passé avec les FAI. On leur met des obligations de contributions sur leurs services gérés et en échange, on lève les obstacles pour qu'ils puissent écraser l'internet ordinaire au profit de leurs services gérés... Ceux qui ont suivi les débats sur la neutralité du Net comprennent vers où on va. Si ce scénario se réalise, l'usager-internaute-téléspectateur risque de se retrouver bien seul dans le combat face à ce monstre législatif qui se profile !

lundi 17 octobre 2011

PMF ou de Gaulle ?

Le parti socialiste est peut-être à un tournant clé de son histoire. Il vient d'accomplir un bel exploit avec la réussite de sa primaire. Réussite sur l'organisation matérielle, réussite de mobilisation interne (je n'ai pas entendu de militant socialiste dire qu'il était contre le principe de la primaire), réussite sur la mobilisation des électeurs et enfin, réussite sur le résultat, avec un vrai vainqueur, clairement légitimé par les urnes (ça change de 2008). C'est quelque part un moment de grâce pour le PS, mais il faut faire vite avant que la fenêtre de tir ne se referme.

François Hollande a maintenant une véritable légitimité à s'imposer comme le "patron" du PS. Il a pour lui la légitimité des urnes, les militants se sont ralliés à lui, son adversaire a concédé sa défaite sans faire de chichis. Il faut que François Hollande prenne le contrôle du PS, sans forcement redevenir premier secrétaire, afin que même en cas de défaite en 2012, il reste le patron et puisse préparer 2017 pendant 5 ans. C'est la condition de la victoire. Il faut qu'il prenne le contrôle du PS pour éviter que la pagaille ne revienne entre des grands barons qui, pour l'instant, font le dos rond, mais n'attendent que l'occasion de revenir à leurs petits habitudes.

Pour cela, François Hollande devra sans doute "tuer". Ségolène Royal, c'est fait, Valls ne pèse rien et est même un fidèle lieutenant. Montebourg a rallié à temps et est un allié indispensable, pour l'instant. Par contre, il va falloir s'occuper de Martine Aubry. Elle n'a rien à se reprocher, mais elle a perdu, et dans les guerres d'autrefois, il n'y a pas de place pour les vaincus, qui sont exterminés eux et leur clan. Aujourd'hui, les meurtres ne sont plus physiques, mais symboliques et politiques. François Hollande va devoir renvoyer Martine Aubry à Lille et faire en sorte qu'elle y reste. Dans la foulée, il doit aussi achever DSK, autre rival potentiel. Comme il est affaibli par les différentes affaires qui l'ont frappé, ce n'est pas trop compliqué, mais il ne faut surtout pas le laisser revenir dans le jeu. Enfin, il faut mettre Fabius au rencart, toujours pour les mêmes motifs. Je sais que ça risque de choquer certains, mais c'est à cette condition seulement que François Hollande pourra devenir le Patron, comme l'ont été avant lui François Mitterrand et Lionel Jospin. Hollande ne peut pas se permettre de laisser subsister des écuries concurrentes.

La fenêtre de tir est étroite, c'est maintenant qu'il faut frapper. Dès le moindre faux pas de sa part, dès la première faiblesse, ces rivaux relèveront la tête, agiteront leurs réseaux, et le PS risque de redevenir comme avant. Il ne faut pas se leurrer, Hollande est un leader encore fragile, sa seule carte maîtresse, ce sont ses 56% à la primaire. Il n'a pas encore acquis une légitimité que l'on ne peut avoir qu'en ayant conduit son camp à la bataille et en ayant pris le contrôle de la structure militante. On a bien vu comment Ségolène Royal, pourtant légitimée par ses 47% au second tour (score honorable) est devenue après avoir échoué, d'un cheveu, à prendre le contrôle du parti.

En politique, il faut choisir entre être Pierre Mendès-France ou Charles de Gaulle. Les deux ont eu, au début, une légitimité très forte, le premier n'a pas osé s'emparer du pouvoir. On voit comment il a fini : un feu de paille qui a certes laissé un souvenir flamboyant, mais dont l'action concrète s'est limitée à régler un conflit colonial, sans arriver à régler le problème capital, celui des institutions d'une IVe république qui ressemble un peu au PS d'aujourd'hui. Charles de Gaulle, dans la même configuration, a commencé par prendre le pouvoir et virer une partie du personnel politique de la IVe république, avant de régler l'épineuse question algérienne. La trace concrète dans l'histoire n'est pas la même...

A François Hollande de savoir qui il veut être de PMF ou de Gaulle ! C'est maintenant qu'il faut choisir.

jeudi 13 octobre 2011

Le Nouveau Centre, bantoustan de l'UMP

Cette semaine, les députés du groupe Nouveau Centre nous ont fait un caca nerveux comme seuls les centristes savent les faire. Mon fils de 4 ans fait parfois des caprices de ce genre, se focalisant brutalement sur un détail, et hurlant son insatisfaction et sa frustration de ne pas avoir eu le carré de chocolat qu'il convoitait, ou qu'on lui ait donné la main droite au lieu de la main gauche pour traverser la rue.

Nos chers députés Nouveau Centre se sont donc rebellés contre le gouvernement, ils se sont abstenus sur le très secondaire projet de loi sur la protection des consommateurs. Et pourquoi l'ont-ils fait, tout simplement parce que le gouvernement n'a pas voulu accepter un de leur amendement sur la création d'un fichier positif des crédits à la consommation. Ce texte sur la protection des consommateurs est un vaste fourre-tout, qui aborde beaucoup de domaine relevant du droit de la consommation, avec du bon et du moins bon, mais rien de spectaculaire. Aucune disposition concernant le crédit à la consommation n'y figurait, car une loi spécifique avait été votée sur le sujet en 2010, et qu'on ne pas va, à chaque loi, "refaire le match" de la précédente loi. Sur le fond, la question du fichier positif est très complexe, avec de très fortes réticences des banques, mais aussi de vraies questions de fichage de la population et de respect de la vie privée.

A l'heure où il y a tant de sujets importants, où les finances publiques sont au bord du gouffre, cet incident, qui relève du caprice de gosse frustré, serait presque comique s'il n'était pas aussi révélateur de la déchéance du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée nationale. En être réduit à s'affirmer sur des détails du niveau cloche-merle, c'est bon pour un député particulièrement investi sur le sujet, mais pour un groupe parlementaire, c'est pitoyable ! Le pire, c'est qu'ils n'arrivent même pas à obtenir satisfaction... Cela rend leur petite révolte encore plus pathétique.

Quand on voit comment les Verts arrivent, au Sénat, à obtenir 7 postes, une présidence de commission, avec seulement 10 sénateurs, on mesure la déliquescence politique des centristes, incapables en plus de s'unir, alors même qu'ils sont déjà peu nombreux. En plus de n'avoir aucun poids politique (ils viennent de le montrer) ils ne sont même plus porteurs d'une idéologie et d'une tradition de pensée identifiable. On se demande même s'ils ont encore une pensée. Quand on en est réduit à poser un ultimatum sur une question purement matérielle, en se couchant devant l'UMP sur les grandes orientations, on se demande encore à quoi sert le Nouveau Centre à l'Assemblée, sinon d'être le Bantoustan de l'UMP.

Je n'avais déjà pas beaucoup de considération pour les centristes. Depuis cet épisode, je n'en ai plus du tout. Si au bout de 4 ans d'existence, ils en sont là, je crois qu'il faut en finir, en 2012, avec le Nouveau Centre.

mercredi 12 octobre 2011

L'éthique de la dénonciation

Edouard Courtial vient d'être nommé secrétaire d'Etat aux français de l'étranger. Immédiatement, les médias signalent qu'il a été cosignataire d'une proposition de loi visant à permettre la déchéance de nationalité pour les français qui ne sont pas fiscalement domiciliés en France. Une des nombreuses propositions de loi à la con, démogagiques et mal ficelées, dont je vous fait la chronique régulièrement, en souriant un peu jaune. Ennuyé par cet "instant d'égarement", Courtial a fait retirer sa signature sur cette proposition de loi, dont il n'était pas l'auteur (c'est moins grave). Immédiatement, un blogueur hurle à la falsification et croit tenir un scandale d'Etat. Ce qui est surprenant est que Bernard Accoyer ait pris le temps de lui répondre...

Bernard Accoyer (en fait ses services) rappelle que juridiquement, il n'y a pas falsification, car un député peut toujours retirer un texte, une proposition de loi ou un amendement, avant son examen. C'est très fréquent que des amendements déposés sur un projet de loi soient retirés avant la séance. Il en va de même pour les propositions de loi et pour les cosignatures. La réponse est juridiquement exacte, mais ce n'est pas une réponse pertinente car le vrai sujet, c'est que Courtial s'est effectivement associé à cette proposition de loi et que ça fait tâche le jour où il se retrouve en charge des français de l'étranger. C'est une petite opération de nettoyage peu glorieuse. S'il n'y avait eu que ça, Bernard Accoyer ne se serait pas donné la peine de répondre. Mais le blogueur en question s'est permis de citer nommément deux fonctionnaires de l'Assemblée nationale.

Ça par contre, ce n'est pas sympa du tout ! Ces deux personnes sont des fonctionnaires, de simples secrétaires qui font ce qu'on leur demande de faire. Jamais au grand jamais, elles n'auraient pris l'initiative d'une telle opération sans un ordre express de leur hiérarchie, qui elle même a eu ses instructions de la présidence de l'Assemblée, qui a été reçue une demande du cabinet de Courtial. Que l'on mette en cause le ministre ou le président de l'Assemblée nationale, c'est tout à fait normal, c'est eux qui ont donné les ordres. Mais qu'on laisse tranquille les secrétaires ! Dans sa lettre Bernard Accoyer montre un peu les dents en demandant le retrait de l'article, sous peine d'éventuelles poursuites. Tentative classique et assez vaine, mais pas dénuée de fondement tout de même.

Bien entendu, le blogueur ne doit pas retirer son article, qui ne fait que relater des faits, certes déplaisants pour un ministre et le président de l'Assemblée nationale, mais parfaitement véridiques. Par contre, il doit, à mon avis, retirer de son article les noms des fonctionnaires de l'Assemblée, car cela leur porte préjudice et c'est franchement injuste. Il faut toujours faire attention quand on cite nommément des personnes dans un article. C'est une question d'éthique et de responsabilité !

mardi 11 octobre 2011

Montebourg, le Bayrou du PS

Dimanche dernier, Arnaud Montebourg a réalisé un score à la primaire socialiste qui le met en position "d'arbitre" du second tour. Immédiatement, j'ai pensé à François Bayrou au soir du premier tour de la présidentielle en 2007. Lui aussi était le troisième homme, lui aussi a fait 18%, lui aussi était très courtisé entre les deux tours. Et puis passé le second tour, il a sombré dans le néant...

C'est bien d'être le troisième homme, mais c'est plus ennuyeux quand seuls les deux premiers sont qualifiés, car de fait, on est sorti du jeu. On a beau faire un score honorable, cette monnaie d'échange est très difficile à faire valoir. Montebourg est actuellement dans l'euphorie de l'enthousiasme de médias qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, en le proclamant comme le vrai vainqueur du premier tour. Certes, Arnaud Montebourg a fait une belle percée, mais elle est fragile.

Il va d'abord falloir qu'il assure sa place au plan national. Si, comme il l'a annoncé, il renonce à son mandat de député en 2012, et que la droite arrive à l'emporter, ça va être chaud de continuer à exister en n'étant que président du Conseil général de Saône-et-Loire. On a bien vu, avec Ségolène Royal, qu'une baronnie locale n'apporte rien pour exister au plan national. François Hollande est député, Martine Aubry est première secrétaire du PS, c'est ça qui leur donne accès aux médias et à la scène nationale, bien plus que leurs mandats locaux qui sont des parachutes et des bases arrières pour temps difficiles.

Arnaud Montebourg risque aussi d'être mis en difficulté sur son programme. La démondialisation, la mise sous tutelle des banques et ses autres cris aux relents de grand Soir, c'est bien le temps d'une campagne, mais sur un temps plus long, il faut creuser, argumenter, étayer, proposer des mesures réalistes et applicables. Bref, bâtir un programme de gouvernement. Ça demande du temps, des moyens, des soutiens et du lourd, car il part quand même de très loin. Il lui faut des intellectuels (des vrais), des économistes, des juristes. Arnaud Montebourg en a certainement dans son entourage, mais sans doute pas assez pour aller au delà de ce qu'il a produit. J'ai un peu l'impression (et ça vaut aussi pour tous les autres candidats socialistes à la primaire), qu'Arnaud Montebourg a déjà tout donné ou presque. Il va avoir besoin de recharger ses batteries intellectuelles et programmatiques, pour faire la preuve que le concept de la démondialisation, c'est autre chose qu'une vessie qu'il a réussi à faire prendre pour une lanterne le temps d'une campagne.

Arnaud Montebourg a fait une campagne très à gauche. Une partie de ses voix à la primaire viennent notamment du Front de Gauche. Quel poids cela lui donne-t-il ? C'est bien fragile tout ça, et il n'a pu occuper le terrain que par la bonne volonté des leaders de l'ultra gauche, qu'il servait en vantant leurs positionnements radicaux. Le jour où Mélenchon va sonner la fin de la récréation, quel espace restera-t-il à Arnaud Montebourg ? Il s'est quand même un peu enfermé, et tout recentrage sera délicat à mener, car ressenti comme une trahison par certains de ses soutiens. Il les perdra sans gagner grand chose au centre gauche, le secteur étant déjà surnuméraire en leaders.

Finalement, Arnaud Montebourg ne serait-il qu'une baudruche qui se dégonflera rapidement ? C'est tout à fait possible, même fort probable...

lundi 10 octobre 2011

Huffpo à la française

Le Huffington Post débarque en France, et compte s'appuyer sur le Monde. Voilà à peu près tout ce que l'on sait. Le reste est encore très flou. Toutes les recettes qu'on nous donne (reprise d'articles du Monde, traduction depuis la version US...) ont déjà été essayées, sans que cela ne donne un résultat tonitruant. L'effet de la marque "Huffington Post" sera très faible en France, du fait d'une notoriété ne sortant pas du petit milieu de la presse écrite, et encore, de la presse en ligne pour être plus précis.

Je suis donc plus que dubitatif sur cette affaire, d'autant plus que ce ne sont pas les pure players qui manquent, mais plutôt l'argent. Si on veut s'imposer, il faut y mettre des moyens autrement plus conséquents que huit journalistes et un tour de table financier du niveau des actuels pure players ! Qu'est-ce que le Huff-Post à la française va donc apporter de différent qui puisse lui permettre de faire son trou à moyens égaux ? Je n'en ai absolument pas la moindre idée ! Mais en creusant un peu, on trouve des choses...

Je me demande si cette extension internationale n'est pas plutôt destinée à conforter le Huffington Post aux USA, en lui offrant des débouchés à l'étranger pour ses articles, en enrichissant son contenu éditorial et en faisant miroiter aux annonceurs "mondiaux" une force de frappe plus importante. Passé un certain stade de développement, un tel site se doit d'avoir des filiales à l'étranger, question de standing, mais aussi de positionnement dans le nouveau système de producteur de valeur sur internet.

Il y a de l'argent à se faire en étant un "marchand de contenus" spécialisé dans l'information. Facebook, mais aussi tous les portails ne sont que des infrastructures qu'il faut remplir. Tous ont plus ou moins compris qu'il ne faut pas se lancer dans cette activité très spécifique de la production de contenus, quand ce n'est pas son métier de base. Orange, un temps tenté de produire lui-même ses contenus s'est prudemment retiré de ce secteur, et passe désormais des partenariats avec des industriels dont c'est le métier de produire des contenus. Pour ce qui est du divertissement, les producteurs de contenus ne manquent pas, notamment à l'échelle mondiale (musique, cinéma...). Par contre, pour l'information, c'est encore très fragmenté et cela pose problème aux plate-formes US, qui veulent traiter avec un seul partenaire, qui peut fournir pour l'ensemble de la planète, du moins pour la zone occidentale. Si en plus il peut fournir cela clés en main, c'est-à-dire aux standards techniques et "culturels" du client, c'est encore mieux !

Sur ce créneau là, AOL - Huffington Post est plutôt bien placé. En excellente position aux USA, en train de recruter des sous-traitants dans les différents pays, "techniquement" bien plus compétent que les sites venus de la presse, et qui balbutient question technique (l'apport d'AOL). On peut donc penser que, dans cette opération, le Huffpost s'intéresse surtout aux articles sur la France qui viendront enrichir son offre "globale" dont l'ossature est le site US. Pour Le Monde, c'est d'abord l'occasion de sortir proprement du Post, en le transformant en un Huffington Post à la française qui n'a pas vocation à être rentable (de toute manière, ça ne sera pas plus déficitaire que l'était Le Post) . Ca fait quand même plus présentable de se dire partenaire du Huffington Post. C'est aussi un nouveau marché, à l'exportation, pour ses produits, avec un savoir-faire, la connaissance profonde du pays, que les américains ne peuvent pas avoir. L'important, c'est la reprise des articles du Monde par le Huffington Post, éventuellement retravaillés pour être "digestes" pour les autres aires culturelles, à commencer par le marché US. La version française ira comme elle ira, ça végétera sans doute, parce que de toute manière, à moins de mettre des moyens colossaux, ça ne peut que végéter. Si un énorme succès comme celui du Huffington Post avait pu avoir lieu en France, on l'aurait déjà repéré.

Ce n'est pas la rentabilité de la filiale française qui est recherchée, mais la synergie avec un groupe mondial, qui elle, sera rentable pour AOL, un groupe US. Inutile donc de s'exciter sur ce nouveau "pure player". Il vient pour prendre, pas pour donner...

dimanche 9 octobre 2011

Protection de la liberté d'expression

La cour de Cassation vient de rendre jeudi dernier un arrêt, très court, mais avec un considérant d'une portée énorme : "les abus de la liberté d’expression ne peuvent être réprimés que par la loi du 29 juillet 1881".

La Cour de Cassation vient, ni plus ni moins, de dire très clairement que les blogueurs relèvent de la loi de 1881 sur la liberté de la Presse...

Quelque part, c'est intellectuellement logique. Le blogueur est un journaliste amateur, mais un journaliste quand même. Il doit pouvoir s'exprimer, informer, en bénéficiant de la même protection que les journalistes, qui font cela à titre professionnel. Cet arrêt est d'autant plus significatif qu'il a été rendu dans un procès opposant un blogueur de gauche à un maire UMP. Dans l'arrêt, la cour de cassation relève que les écrits du blogueur sont bourrés de mauvaise foi militante, mais que ça ne change rien, il tombe sous le coup de la loi de 1881, qui ne prévoit que la diffamation ou l'injure comme limite. La Cour de Cassation n'ayant relevé aucun écrit susceptible de tomber sous le coup de ces deux incriminations, elle a cassé sans renvoi l'arrêt de la cour d'Appel qui avait condamné le blogueur sur la base de l'article 1382 du code civil.

Une bonne nouvelle en cette veille de campagnes présidentielles et législatives !

jeudi 6 octobre 2011

La mort d'une icone

Mes lecteurs fidèles le savent, je n'aime pas les icones médiatiques et les célébrations émotionnelles sur les médias. Le ramdam autour du décès de Steve Jobs ne peut donc que m'agacer. Et c'est le cas. Un homme est décédé, paix à son âme et condoléances à ses proches. Pour le reste, on est dans le storytelling sentimental et la propagande "néo-libérale" à l'état pur.

Steve Jobs est célébré dans les médias ce matin à plusieurs titres, à chaque fois en termes louangeurs et sans la moindre critique. On célèbre le chef d'entreprise, le patron qui a fait de sa boite une machine à produire du fric comme on en a rarement vu. Certes, c'est une belle "réussite", enfin du moins, quand on considère que la réussite se mesure uniquement au chiffre figurant sur le relevé bancaire. Steve Jobs n'était pas réputé pour être un patron compréhensif, humain et paternaliste. Il était au contraire un grand requin, prêt à tout pour garder ceux qu'ils considérait comme utiles, virant sans le moindre ménagement les autres. Il a mis en place une véritable dictature, avec une hypercentralisation de la décision et un culte du secret digne de la Corée du Nord. Le pire, c'est qu'il a tellement lessivé le cerveau de ses salariés qu'ils en redemandent. Personnellement, je n'aimerais pas travailler dans une entreprise qui pratique un tel management...

C'est aussi un patron qui a été un champion de l'enfumage marketing. Il a réussi à faire oublier à un grand nombre qu'il n'était qu'un simple marchand de produits informatiques. Il s'est présenté comme produisant des produits "à part", avec toutes les recettes du branding qui fait croire à des couillons mal dans leur peau qu'en achetant ses produits, ils font partie d'une élite. Quand j'achète un ordinateur, je n'achète pas un joli bibelot ou une appartenance à un groupe. Cet aspect branding m'énerve au plus haut point, tant cela relève de l'escroquerie ! Je suis désolé, mais j'ai beaucoup de mal à encenser les escrocs...

Steve Jobs a également été un innovateur. Je ne conteste pas qu'il a réalisé des avancées techniques et fait progresser l'informatique. Mais de là à dire qu'il a tout fait, il ne faut pas pousser non plus. Je ne suis pas certain que son apport personnel ait été si impressionnant que cela. Il a aussi innové sur les modèles économiques, avec un système ultra fermé, véritable piège à consommateurs. Une fois avec un produit Apple, il faut acheter chez Apple, faire réparer chez Apple. Et cracher le pognon à chaque fois. Il y a des innovations qui ne sont pas des progrès. Je considère même que le modèle économique d'Apple relève de la prédation des concurrents et du pressurage des consommateurs. Célébrer ce modèle comme une grande réussite est très révélateur des valeurs que l'on célèbre...

Steve Jobs a été une personnalité importante de l'informatique des 25 dernières années, c'est indéniable. Qu'il disparaisse alors qu'il aurait encore pu continuer, c'est dommage (quoique, si c'est pour aller dans le mauvais sens...). Mais on s'arrête là ! Ce fut aussi un autocrate, obsédé par la performance, sans humanité et appliquant comme un bon élève les règles du capitalisme et du culte de la performance. Les humanistes ne pleurent pas Steve Jobs. Il n'y a juste que les gogos qui vont déposer des fleurs devant des magasins...

mardi 4 octobre 2011

Le sang coule au Sénat

On dit qu'au Sénat, les moquettes sont rouges et épaisses afin qu'on n'entende pas les cadavres tomber et qu'on ne puisse pas voir le sang qui coule. En ce moment même, le Sénat est une véritable boucherie. Le basculement a entraîné une redistribution complète des postes (et au Sénat, il y en a...) mais comme la majorité de gauche est numériquement faible, on n'est pas à l'abri de surprises, un ou deux mécontents pouvant faire basculer le vote lors de l'élection d'un président de commission. Plusieurs fronts sont ouverts.

Jean-Pierre Bel, le nouveau président du Sénat vient de poignarder les centristes en proposant d'écarter le centriste Jean Arthuis de la présidence de la commission des finances au profit d'un UMP. Ce serait à priori la seule présidence de commission pour l'opposition. Bel ne pouvait pas mieux s'y prendre pour mettre la pagaille à droite. Les centristes doivent être fous furieux et ça doit chauffer entre Gaudin, président du groupe UMP et Zochetto, président du groupe centriste. Si l'UMP s'empare de cette présidence, cela laissera des traces durables. Deuxième sujet chaud, quel UMP mettre ? Là encore, le passage dans l'opposition laisse sur le sable un nombre important de "dignitaires" de droite, capables de tuer père et mère pour garder la voiture de fonction et une parcelle de pouvoir. Ajoutez à cela que le premier à avoir fait part de son intérêt pour cette présidence n'est autre que Philippe Marini, attirant une réplique immédiate de la gauche "pas Marini" (et ils ont bien raison !). On va sans doute assister à un combat de grands fauves autour du cadavre d'une antilope.

A Gauche, il faut organiser le partage des dépouilles. C'est plus facile car il n'y a pas de sortants et beaucoup de places à prendre. Le souci, c'est qu'il y a aussi beaucoup de candidats et qu'il n'y en aura pas pour tout le monde, même en créant deux nouvelles commissions, donc deux présidences et une flopée de vice-présidences. La gestion des scrutins sera délicate, car des frustrations peuvent se transformer en abstentions et en victoire-surprise d'un candidat de droite. Pour Jean-Pierre Bel, un flop dans une commission ferait tâche, alors qu'il a bien réussi son élection au plateau, avec deux voix de plus que sa majorité.

Toujours à gauche, il faut aussi gérer les équilibres entre groupes et sensibilités. C'est plus compliqué que répartir les places, car les Verts demandent de passer de 15 à 10 le nombre de sénateurs pour constituer un groupe parlementaire. Au regard du fonctionnement normal d'une assemblée parlementaire, un groupe à 10 parlementaires, c'est du grand n'importe quoi ! A l'Assemblée nationale, on voit la difficulté des groupes GDR et Nouveau Centre, qui n'ont qu'une vingtaine de membres, à être présents sur tous les textes. Alors à 10, c'est ubuesque, ils ne tiendront jamais. Il faut savoir qu'un groupe a un temps de parole sur tous les textes, et que ça ferait mauvais genre qu'un groupe renonce à son temps de parole avec comme excuse : "on n'a rien à dire" ou pire "aucun sénateur ne peut être présent ce jour là". Le passage à 10 sénateurs risque aussi de provoquer un éclatement à droite. Il suffit qu'un groupuscule, au hasard formé autour d'un ancien premier ministre, décide de faire une scission, il n'aurait aucun problème à trouver 9 autres sénateurs, voire plus. Le risque est d'autant plus grand au Sénat que les sénateurs sont plus indépendants des consignes partisanes.

Après cette première distribution des "grosses places", viendra le temps des petits fromages, très nombreux, qui sont à la nomination du président du Sénat dans les différentes commissions et organismes extra-parlementaires. Certains postes sont anecdotiques, d'autres sont de véritables fromages, avec budget, secrétariat et voitures de fonctions. Il va aussi falloir repartir les présidences de groupes d'études, qui permettent d'avoir une légitimité à intervenir sur un sujet, et sont donc utiles pour "exister". Si la droite laissera filer pas mal de gros postes, conséquence logique du basculement de majorité, le partage des postes de second rang risque d'être beaucoup plus disputé, avec pas mal de coups fourrés, entre droite et gauche, mais aussi au sein de chaque camp.

Mais de tout cela, vous n'en entendrez pas parler dans les médias. Qu'ils soient de droite ou de gauche, un sénateur n'aime pas la lumière, surtout sur leurs petites combines et sur la gestion du Sénat.

lundi 3 octobre 2011

Borloo renonce

Il ne s'est même pas lancé qu'il renonce déjà ! Borloo, contre toute attente, ne sera pas candidat en 2012. Ma première réaction a été déception et colère. Décidément, les centristes n'ont pas de couilles et ne savent que renoncer à se présenter. A chaque fois, que ce soit Delors ou Borloo, c'est parce que "les conditions ne sont pas réunies pour ça marche". Mais qu'aurait du dire Chirac en 1994 ? Une candidature présidentielle, ça se joue parfois pendant la campagne, dans les semaines qui précèdent le premier tour. Déception aussi, car j'aurais sans doute voté pour lui au premier tour. Vu les autres candidats potentiels, je suis encore condamné à rester à la maison au 1er tour, comme aux autres élections, mon courant de pensée n'étant pas représenté de manière sérieuse. Je ne vais quand même pas voter pour cet ectoplasme politique de Morin...

Cette annonce rebat sérieusement les cartes à droite, et semble faire les affaires de Nicolas Sarkozy, qui ne doit pas être étranger à cette décision. Aucun rival sérieux ne surgira plus au centre. La "candidature Borloo" n'ayant pas eu le temps de cristalliser, personne ou presque ne s'est officiellement lancé en sa faveur. Pas de retour en arrière peu glorieux, pas d'équipes encore en place. Le champ semble libre pour qu'il affronte tranquillement sa plus dangereuse adversaire de premier tour, Marine Le Pen. Pas sur pourtant que ce soit le bon calcul. Une partie des centristes au sens très large (moi inclus) ne voterons pas Sarkozy au premier tour. Ce sera encore plus certains et pourrait même se prolonger au second tour s'il se met à faire la course au FN. Cela pose un problème à plus long terme pour l'UMP. Si différents courants de pensée sont condamnés à devoir se taire et à voter comme un seul homme pour un candidat qui n'est rien idéologiquement pour eux, ça passe une fois, mais ça ne tient pas longtemps. En faisant renoncer Borloo, Sarkozy accroit une frustation au sein de l'aile de gauche de l'UMP qui risque de lui péter à la gueule. Il semble ne pas avoir compris le coup des cantonales et des régionales, où les électeurs de centre droit ont boudé les urnes...

Cette manoeuvre de Sarkozy, mais aussi ce manque de courage de Borloo ne font pas de bien à notre démocratie. Que l'élection décisive, celle qui emporte le reste, soit ainsi verrouillée est mauvais, car cela créé de la frustration et de l'abstention. Comme l'eau, qu'un barrage peut temporairement retenir, la frustration politique finit toujours par trouver un exutoire. Et ça fait d'autant plus mal que la frustration est forte.