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mardi 31 mai 2011

PPL sénatoriale de campagne

On dit les sénateurs plus prudents et plus solides dans leurs propositions de loi que les députés. C'est généralement vrai (si on excepte les initiatives de farfelus comme le sénateur Masson), sauf à l'approche de la campagne des sénatoriales, où deux élus UMP ont fait très fort. Leur proposition de loi, inscrite à l'ordre du jour du 30 juin, tient du racolage le plus éhonté, accumulant toutes les tares que l'on retrouve habituellement séparément dans les PPL des députés. Rien que le titre, déjà, donne une indication très claire : "Proposition de loi visant à renforcer l'attractivité et à faciliter l'exercice du mandat local".

Une première série de mesures vise à faire supporter davantage de charges aux employeurs (du privé évidemment) : obligation de donner 5 jours de congé pour la campagne, renforcement de la publicité pour le crédit d'heure, afin d'obliger les employeurs à les donner (pourront pas dire qu'ils ne savaient pas), extension du droit à réintégration pour les élus venant du privé et perdant leur mandat. C'est bien gentil, mais ça ne va pas inciter les chefs d'entreprises à être plus compréhensifs vis à vis de leurs salariés qui auraient des velléités de se présenter à des élections. Parce que le vrai problème, souligné en creux, il est là. Ce n'est pas par ignorance que le crédit-temps pour l'exercice d'un mandat local est sous-utilisé, mais parce que l'élu-salarié n'ose pas le demander, car il sait que ça lui portera préjudice. On tourne donc en rond, sur un vrai sujet, mais où une solution semble très difficile à trouver.

Deuxième série de mesures, les gadgets qui n'ont rien à faire dans une loi, qui ne relèvent même du réglementaire. L'article 2 impose ainsi au Conseil d'Etat de rendre, tous les ans au mois de janvier, un rapport relatif aux risques et évolutions juridiques liés à l'application du droit par les collectivités locales. Comme si le Conseil d'Etat n'avaient que ça à faire ! ce genre d'étude, certes très utile aux élus locaux, relève plutôt du service juridique de l'Association des Maires de France !! Dans la même idée, l'article 3 oblige les préfectures à organiser des journées d'accueil pour les nouveaux élus. Là encore, c'est une très bonne intention, mais est-ce aux préfectures de s'en occuper ? Une fois encore, c'est plus aux associations d'élus, et notamment à l'association des maires de prendre cela en charge ! c'est incroyable que ces associations, qui ont des gros budgets, ne soient pas capable de s'en charger...

On entre ensuite dans les cadeaux, avec l'article 9 qui élargit le nombre de bénéficiaires de l'allocation de fin de mandat, ou l'article 10 qui fait passer de 18 à 12 ans la durée de mandat pour bénéficier de l'honorariat. Ça commence à couter de l'argent et ça dévalorise l'honorariat, mais ça fait plaisir, même si ça ne résout rien.

S'il n'y avait que ces trois séries de mesures, ça ferait sourire, mais il y a malheureusement deux articles qui me gênent terriblement. L'article 5 propose d'augmenter les dépenses de formation des élus locaux, et d'instituer un plancher obligatoire. Sur le papier, c'est très bien, mais quand on sait en quoi consiste la formation des élus locaux, et surtout, que c'est le moyen pour les partis politiques de remplir leurs caisses, on tousse. Ce n'est un mystère pour personne que les gros organismes de formation des élus locaux sont très liés aux partis politiques. L'ANDL est liée à l'UMP, le PS a aussi sa structure. Les formations sont certes délivrées, mais certaines sont bien light, avec des intervenants payés avec un lance-pierre (quand ils ne sont pas bénévoles parce que militants du parti), le tout facturé à des prix ahurissants aux collectivités locales. Une belle gabegie et sans doute une belle source de financement pour les partis politiques...

Mais la cerise sur le gâteau, c'est l'article 7, qui vide de son sens le délit de favoritisme en imposant à l'accusation de prouver que l'acte pouvant être qualifié de favoritisme a été commis "en connaissance de cause et avec une intention délibérée". Pas besoin de vous faire un dessin ! Le pire, ce que les sénateurs sont des habitués de la dépénalisation de ce genre de délit. Il ont adopté une autre proposition de loi, qui vide de sa substance un délit très voisin, celui de prise illégale d'intérêt. Fort heureusement, ce texte a été enterré par l'Assemblée nationale, qui ne l'a pas inscrit à l'ordre du jour et l'a dégommé en vol quand les sénateurs ont tenté de le faire passer en douce dans la PPL Warsmann de simplification du droit.

Je pense que ce texte est "trop gros" pour passer à l'Assemblée. On peut raisonnablement espérer que ce texte ne soit jamais mis à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. Le contraire serait grave un dysfonctionnement grave de notre système démocratique.

lundi 30 mai 2011

Non à la violence

La #frenchrevolution monte en puissance. Certes, c'est bien poussif et les marches de l'opéra bastille sont encore bien suffisantes pour accueillir tout le monde. Mais depuis le week-end dernier, les organisateurs se sont équipés d'une sono. C'est bien utile, parce que la circulation est quand même assez dense à cet endroit, et le week end dernier, quand j'y suis passé, il fallait être à moins de deux mètres de la personne qui parlait pour comprendre.

L'organisation commence aussi à se voir avec cette vidéo de comm', où on voit une gentille AG, dont on ne sait rien du contenu, sinon qu'elle est "démocratique" car elle n'est pas "récupérée" et tout le monde peut avoir la parole (ça doit être un beau bordel improductif...). On y voit aussi de méchants CRS, qui font leur boulot en évacuant des manifestants qui occupent illégalement la voie publique. Et au milieu de tout cela, des gens qui occupent illégalement la voie publique, en criant "non à la violence", mais refusent d'obtempérer en cherchant la confrontation. Si ce n'est pas une forme de violence, ça...

C'est clair, des professionnels de "l'organisation" s'y sont mis. Le combat médiatique commence, avec une évidente recherche de l'incident qui permettra de faire monter la sauce. Cette vidéo est absolument éclairante, puisqu'elle joue sur l'image sans donner le moindre commencement de contenu. Au fait, ils sont là pourquoi tout ces gens, que veulent-ils ? on n'en sait strictement rien. Je ne suis pas certain que ceux qui se sont fait évacuer le sachent non plus...

mercredi 25 mai 2011

Des radars à conneries à l'Assemblée ?

L'affaire de l'enlèvement des panneaux annonçant les radars automatiques tourne au vaudeville. Après avoir semblé reculer, le gouvernement fait maintenant volte-face et annonce que les députés ont mal compris, et que si on allait mettre en place une concertation pour l'enlèvement des panneaux, il n'était pas question de tout arrêter. Les députés populistes à l'origine de cette fronde sont furieux, à l'image de Yannick Favennec qui twitte : «Ça va finir par un ‘printemps des députés' si le gouvernement continue à nous prendre pour des cons». J'ai envie de lui dire que ça fait depuis son élection que le gouvernement le prend pour un con, lui et ses collègues. Et qu'au vu de cet épisode, c'est le traitement qu'ils méritent...

Sur cette affaire, les députés de la majorité ont été en dessous de tout. Sur des sujets essentiels, ils ne foutent rien, se reposent sur le rapporteur, entérinent les yeux fermés des amendements du gouvernement et du rapporteur, alors même que des centaines de millions d'euros sont parfois en jeu. On leur fait voter n'importe quoi dans des conditions ahurissantes et ils ne bronchent pas. Pas plus tard que la semaine dernière, sur la PPL dite "Fourcade, à la reprise des débats après un mois de suspension. Alors que l'on devait reprendre sur l'article 5, voilà qu'à la reprise, le ministre demande de traiter en priorité l'article 24, avec un amendement gouvernemental de trois pages qui réécrit complètement cet article que les députés découvrent en séance. C'est du foutage de gueule absolu, là oui, les députés peuvent dire qu'on les prend pour des cons ! Ils ont à peine protesté. Et c'est à chaque fois pareil, ils passent leurs temps à avaler des boas constrictor !

Avec l'enlèvement des panneaux indiquant les radars automatiques, on est sur une mesure réglementaire, qui dépend donc totalement du gouvernement. Les députés n'ont absolument aucune responsabilité dans la décision, ils n'ont même pas à la voter. Mais voilà qu'un vent de révolte se met à souffler, comme si une tentative de coup d'état avait lieu. Cela me fait vraiment pitié, mais c'est en même temps très révélateur du niveau des députés, qui n'arrivent à se mobiliser que sur des questions purement symboliques et visibles, avec la trouille de devoir subir en première ligne les usagers de route mécontents de devoir respecter les règles. Dès que l'électeur moyen n'est pas en mesure de comprendre, ils s'en foutent. Mais s'il risque de ne pas être content, aucun courage à attendre, le député de base hurlera avec les loups. C'est vrai qu'on en a reçu des courriers et des mails. Mais pas tant que ça, et on sentait l'émotion et la colère. Ca retombera et en 2012, ils auront oublié. Les électeurs ont la mémoire courte. Le risque réel pour un député est très faible. Ce n'est pas sur ça que se joueront les élections en 2012.

Le plus comique est que le fer de lance de cette révolte a été le collectif de la droite populaire, les crypto-fachos de l'UMP, toujours à réclamer plus de sanctions et de répression... sauf sur les routes ! là, d'un seul coup, il faut au contraire accorder l'impunité à ceux qui ne respectent pas les règles. J'aimerais que Jacques Myard lance un peu plus souvent son cri du coeur "arrêtez d'emmerder les français", mais sur d'autres sujets comme par exemple sur la déchéance de nationalité !

Que ces députés se fassent entuber par le gouvernement sur ce sujet me fait réellement plaisir. A double titre d'ailleurs, car je suis totalement favorable à une politique de stricte répression de la violence routière. Cela passe par une limitation des vitesses, facteur aggravant des accidents, mais aussi un abaissement du taux d'alcoolémie autorisé, une interdiction pure et simple des kits mains libres et un meilleur suivi des conducteurs ayant atteint un certain âge. Quand on voit les braillements dès qu'on ose proposer ce qui ressemble quand même à des mesurettes (on ne propose même pas de baisser les vitesses maximales autorisées...), je me dis qu'il y a du chemin à parcourir, et qu'il vaut mieux tenir les députés en dehors de tout cela !

mardi 24 mai 2011

Sarkozy sera réélu

Nicolas Sarkozy sera réélu en 2012. Les socialistes sont en train de laisser filer l'élection, avant même qu'elle ne commence. Après l'élimination de DSK, leur seule chance était un ticket Hollande-Aubry qui "tue" la primaire et mette le PS en ordre de bataille immédiatement. Pendant que Hollande chasse au centre, Aubry rabat à gauche et les militants PS s'évitent une guerre interne. Et bien non, Il semble que l'on soit parti pour un duel Aubry-Hollande, arbitré par Ségolène... Le pire scénario !

Les militants socialistes vont avoir leur guerre interne, et elle s'annonce encore plus violente, car entre les deux favoris, aucun ne se dégage véritablement, et le vainqueur sera sans doute désigné à une courte majorité, avec le soutien de la troisième. On aura donc Martine Aubry comme candidate du PS, qui battra au second tour un François Hollande pourtant arrivé en tête du premier tour. On aura la rancoeur de Hollande et de ses partisans, qui ne "rouleront" pas pour Aubry, et un attelage compliqué à gérer entre Aubry et Royal, cette dernière n'ayant rejoint la première que pour niquer le troisième. Ces trois là se haïssent, à un point tel que toute réconciliation est impossible. Des années de querelles internes qui s'enveniment laissent des traces.

Pendant ce temps, même s'il est contesté dans son camp, Sarkozy apparait comme le candidat unique derrière lequel, bon gré mal gré, la grande majorité de l'UMP se rangera. Il y aura bien une candidature centriste (Borloo ou Bayrou) qui fera un score honorable, mais pas assez pour inquiéter Sarkozy. Étrangement, Marine Le Pen ne me fait pas peur, car elle va devoir gérer une tension entre son socle protestataire et sa volonté d'intégrer le système. Son point faible est là, et pourrait lui coûter une partie des voix de ceux qui votaient pour le père, et qui retourneront dans l'absention, parce que la fille est trop "lisse".

Enfin, dernier facteur et pas des moindres, il semblerait que l'économie reparte. Quand on regarde les grandes échéances électorales, les victoires et les déculottées s'expliquent souvent par le situation économique, qui détermine l'état psychologique des français. Si jamais cela se confirme au deuxième semestre 2011 et que tous les voyants repartent au vert en 2012, c'est tout bénéfice pour Sarkozy. Si l'économie et l'emploi vont mieux, beaucoup de choses lui seront pardonnées.

lundi 23 mai 2011

Neutron constitutionnel

La loi est bavarde, je ne vous apprend rien. Les juristes ralent là-dessus, et un éminent membre de cette confrérie (qui fut législateur) Pierre Mazeaud, a même qualifié ces lois sans portée normative, de "neutron" législatif. Comme on pouvait s'y attendre, le législateur qui est aussi constituant, ne s'est pas privé lors de la révision constitutionnelle de 2008. Le texte n'ayant pas été soumis au contrôle du conseil constitutionnel (et pour cause...), ce dernier profite des QPC pour régler leur compte à quelques dispositions qui lui déplaisent.

La décision 2011-130 QPC relègue en une phrase l'article 75-1 de la Constitution au rang de "sans portée normative" : "Considérant qu'aux termes de l'article 75-1 de la Constitution : « Les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France » ; que cet article n'institue pas un droit ou une liberté que la Constitution garantit". Clair, net et sans bavure. Cela contraste avec la longueur des débats au Parlement, où les députés des régions "à langue régionales" se sont félicités qu'enfin, on allait inscrire ces langues régionales dans la Constitution. L'effet de cet article 75-1 est en pratique totalement nul, et ne peut en aucun cas servir de base à une revendication "régionale" pour imposer l'enseignement des langues régionales.

En fait, la longueur d'un débat n'a pas grand chose à voir avec l'effectivité de la mesure votée. Parfois, une disposition de très grande conséquence juridique est expédiée en 30 secondes (dans les propositions de loi de simplification du droit, par exemple) alors qu'on va déblatérer pendant une matinée sur une broutille, parfois pour finalement rejeter l'amendement. C'est le gros problème de notre manière de légiférer : on confie l'écriture d'un texte juridique à des gens pour qui la rigueur juridique est un souci très secondaire. Ce problème est accentué par le fait que le contrôleur juridique, appelé ici "conseil constitutionnel", privilégie parfois la politique au droit dans ses décisions...

samedi 21 mai 2011

#frenchrevolution

Visiblement, ça chauffe en Espagne. Il est vrai que la situation y est assez préoccupante, avec un taux de chômage des jeunes de 40%, et surtout, une récession assez forte depuis 2008, dont on ne voit pas le bout. Psychologiquement, c'est difficile à supporter pour un peuple qui a pu croire, pendant une petite dizaine d'années, qu'il était capable de devenir un "grand" économiquement, et rattraper enfin ce retard structurel sur la prospère Europe du Nord. Il n'y a pas qu'en Espagne que la crise financière a des répercutions sociales. Le mouvement en Afrique du Nord est né de là et je ne serais pas surpris que le Portugal n'entre pas non plus dans la danse.

Pour l'instant, c'est le tout début, on ne sait pas comment cela va tourner en Espagne. On ne sait pas non plus comment cela va être traité par les médias français, comment cela va être reçu par le public français. En tout cas, ça a l'air parti pour durer et provoquer des changements. Mais peut-être pas ceux que certains attendent. Un angle a été retenu par tous, c'est l'importance des réseaux sociaux dans la montée en puissance de ce mouvement. Quelle est l'exacte portée de facebook et de Twitter, qui ne sont que des instruments ? pour moi, l'essentiel, ce sont les personnes qui sont derrière les claviers et les écrans. Ce sont eux qui décident de descendre dans la rue ou pas. Cela ne semble pas avoir été compris par tous, c'était frappant quand on entendait les journalistes télé parler avec émerveillement des informations données par "Twitter", confondant allègrement le canal de diffusion avec la source de l'information. Je suis donc très curieux de la suite, de ce qui va se passer réellement, mais aussi de la manière dont cela va être vu en France. Il y aura sans doute de belles analyses rétrospectives.



Cela est-il possible en France ? C'est la grosse question, car ce qui nous intéresse, c'est ce qui se passe chez nous. Un mouvement de soutien s'est monté à Paris, avec une micro-manifestation, place de la Bastille. Sur Twitter et facebook, ça s'agite aussi, avec le hashtag #frenchrevolution. On y sent que beaucoup rêvent d'une contagion à la France, pour que eux aussi puissent avoir leur révolution, même s'ils sont bien incapables d'aller au bout. Ce culte de la "révolution", de l'émeute qui renverse le système est un tropisme de la gauche française. Ce n'est pas pour rien qu'ils encensent la Commune, dernière tentative révolutionnaire. C'est sans doute pour ça que le marxisme-léninisme et les gauchismes de tout poil ont eu tant de succès. Certains médias, notamment ceux qui ont pour lecteurs ce public "révolutionnaire" ne s'y sont pas trompés et se sont précipités, avant tous les autres, pour couvrir cet "événement". Le timing était en plus parfait, l'affaire DSK commençait à tourner en rond, faute de vraies infos. Cette "révolution espagnole" est un produit parfaitement calibré pour les médias qui ne manquera pas de plaire à un segment de clientèle.

On aura sans doute une agitation, mais surtout verbale. On va gloser, admirer, vivre par procuration cette révolution sur des thèmes qui nous parlent, menée par des gens avec qui nous avons de très fortes affinités, et surtout, qui ne fera pas de morts et ne sera pas "politiquement incorrecte". Il y aura bien quelques manifestations dites "de soutien", où les participants ont surtout dans l'idée de se montrer et de "communier" avec leurs semblables pour leur bien-être psychologique à eux. Comme pour toute manifestation de soutien... Il y aura aussi peut-être un peu de folklore : si tu n'as pas été coursé par un CRS à 20 ans, c'est que tu as raté ta jeunesse". Mais ça n'ira pas plus loin, car la France, ce n'est pas l'Espagne, et objectivement, même si tout n'est pas parfait, nous n'avons pas à nous plaindre. Nous sommes sans doute le pays qui a le mieux traversé la crise financière, l'économie est en train de repartir, et nos fondamentaux sont sains.

vendredi 20 mai 2011

La machine à perdre redémarre

Passé le moment de sidération et de stupeur après l'arrestation de DSK, les socialistes se sont vite repris. Maintenant que l'on sait que DSK n'est pas près de remettre les pieds en France et qu'il ne sera, de toute manière, pas candidat, les querelles ont repris de plus belle. On recommence à contester le principe même des primaires, leur calendrier, leur périmètre. A croire qu'il ne sert à rien de prendre des décisions sur ce sujet. Un beau désordre qui ne peut que nuire à l'image du PS.

DSK sorti du jeu, ça fait l'affaire de François Hollande, qui apparaît comme favori. Mais ça ne fait pas les affaires de tout le monde, d'où un nuage d'informations contradictoires, notamment sur la candidature éventuelle de Martine Aubry. Là encore, une belle cacophonie qui brouille le message et l'image du PS : encore en train de se chamailler.

Enfin, il semble que cet épisode ait donné des ailes à Ségolène Royal, qui pense pouvoir tirer profit de la chute de DSK. Pour une fois, elle fait preuve d'une étonnante lucidité, en appelant les socialistes à tourner immédiatement la page DSK. Objectivement, elle n'a pas tort, car le sort de DSK est totalement hors de leur contrôle et s'en occuper ne changera strictement rien. Elle se rend bien compte aussi que l'épisode est catastrophique pour le PS, et que les prises de paroles de nombre de défenseurs de DSK, prononcées sous le coup de l'émotion, sont absolument injustifiables (d'ailleurs, Jack Lang l'a compris et commence à rétropédaler). Il est plus qu'urgent d'arrêter l'hémorragie de conneries et de propos odieux. Il y aura déjà bien assez de boulot pour assumer le fait que DSK a été l'un des leurs (le reniement a ses limites). Mais allez faire comprendre ça au fan-club de DSK, encore en plein deuil, et donc totalement insensible à ces arguments "stratégiques"...

Je pense que la manière dont le PS va gérer la sortie de route de DSK aura un impact non négligeable sur la présidentielle. Pour l'instant, les socialistes sont plutôt mauvais, et si ce n'est pas irrattrapable, il est plus que temps de réagir.

mardi 17 mai 2011

Atlantico, navire amiral de la droitosphère

Le Monde vient de publier un article sur Atlantico, où je suis cité (y compris dans l'édition papier). On n'y fait dire qu'Atlantico est en train de devenir le navire amiral de la droitosphère. Cela semble avoir irrité certains, notamment sur Twitter. C'est pourtant ce qui est en train de se passer, et j'en suis très heureux (et j'y contribue modestement) !

Jusqu'ici, les gens de la droite modérée se sentaient bien seuls. C'est encore un peu le cas, mais moins grâce à Atlantico. Ce site ne se revendique pas de droite, mais à le lire, de voir qui y écrit, il n'y a pas photo. Atlantico n'est pas un site de gauche. Même si je ne suis pas d'accord avec tout ce qui est publié (loin de là même), je m'y sens chez moi. A l'inverse, j'ai beau apprécier les journalistes de Rue89, ce site, ce n'est clairement pas ma culture. C'est une question de feeling. Sur Atlantico, il y a de tout, parfois du contradictoire, mais rarement des leçons de morale et des prescriptions sur ce qu'il faut penser ou pas. On y trouve aussi de la "mauvaise foi politique" de droite, et ça m'amuse beaucoup de voir des gens de gauche attaquer là dessus, alors que sur les pure-playeurs de gauche, ce n'est pas mieux, voire pire (notamment dans les commentaires). En tout état de cause, ça tranche avec ce qui existe, et c'est une très bonne chose. Même ses concurrents le reconnaissent.

C'est encore un peu tôt, mais Atlantico peut être le lieu où se retrouvent, y compris physiquement (il n'est pas interdit d'organiser des pots pour les contributeurs, hein...), les gens de droite présents sur internet. Des blogueurs bien sur, mais pas seulement, car aujourd'hui, la présence numérique est très diverse, et surtout très éclatée. D'où l'importance d'avoir un point de ralliement qui ratisse suffisamment large, tout en étant clairement circonscrit. Atlantico, c'est la droite modérée, c'est un certain nombre d'indépendants, venant parfois de la gauche mais ne s'y sentant plus chez eux, quelques réacs aussi. Mais ce n'est pas la fachosphère, ça reste dans les limites du respectable, car c'est l'intérêt d'Atlantico, qui est un site commercial...

Oui, navire amiral est le mot juste, car la droitosphère est une flottille qui avait besoin d'un gros paquebot pour se rassembler, éventuellement s'amarrer, voire même y monter à bord car construire son propre bateau est parfois difficile et demande du temps. La prochaine étape, c'est une série de blogs "atlantico" lancés par des contributeurs qui seront devenus de plus en plus réguliers, au point de produire trop pour les capacités d'absorption d'Atlantico.

dimanche 15 mai 2011

Note éliminatoire pour DSK

DSK a craqué. Bien plus tôt que je ne le pensais, et surtout, assez stupidement. Mais en même temps, quand il s'agit des pulsions, le cerveau se déconnecte et c'est l'entre-jambe qui prend les commandes. Les pro DSK auront beau hurler au complot et à je ne sais quoi, DSK est dans les griffes de la justice américaine, il n'en sera jamais sorti pour 2012, et comme l'explique très bien mon ami Jules, il va avoir de l'occupation à monter sa défense (et bien besoin des ressources financières de son épouse). Pour moi, c'est acté définitivement, DSK est hors course pour la présidentielle.

Le grand gagnant, c'est François Hollande. Il peut aller mettre un cierge à Jean-Paul II, car cette sortie de piste de DSK ressemble pour lui à un miracle. Il est désormais seul en lice pour l'investiture socialiste à la présidentielle. On voyait clairement se dessiner que les choses allaient se jouer entre ces deux là, les seuls qui avaient les équipes pour se lancer, qui avaient bossé le sujet, monté des réseaux, préparé des idées et un semblant de programme. On m'objectera qu'il reste quelques candidats potentiels, mais ils ne font pas le poids. Martine Aubry n'a visiblement pas envie d'y aller elle-même. Son but, c'est que son camp puisse gagner. Elle va assez rapidement adouber Hollande, ce qui achèvera de régler la question des primaires, qui vont devenir une simple formalité (comme à l'UMP ou presque). Reste pour Hollande à jouer le rassembleur en intégrant les strauss-Kahniens à des conditions acceptables. Ce sera le premier test, Hollande sera-t-il capable de jouer "la clémence de Titus" ?

C'est à droite qu'on fait la gueule. On espérait bien le crash de DSK, mais pas si vite. On avait à peine commencé les premières salves, il restait plein de munitions en stock. Elles sont maintenant périmées. Et le pire, c'est qu'on n'a pas grand chose contre François Hollande, qui n'a pas un grand charisme, mais qui n'a pas de grande faiblesse non plus. Autre souci, plus grave pour l'UMP, c'est l'accélération de la campagne. Jusqu'ici, les socialistes jouaient à se regarder en chiens de faïence, provoquant une tension nerveuse. Chacun cherchait à savoir quel cheval avait ses chances, quelle écurie intégrer. L'affaire est réglée, sans qu'il y ait eu trop d'aigreurs et de trahisons, la campagne pour la primaire n'ayant pas démarré. Le PS s'épargne ainsi une séance d'écharpage interne, l'un des carburants de la machine à perdre. Deuxième souci, maintenant que Hollande à la voie libre, il va pouvoir se concentrer sur l'élection présidentielle en elle-même. Et contrairement à Sarkozy, Hollande à intérêt à commencer tôt, pour forcer le président sortant à quitter ses habits de chef de l'Etat pour revêtir ceux du candidat. Hollande ca commencer par labourer le terrain, car quoi qu'on dise, il est derrière Sarkozy en notoriété, en image. Un bon tour de France, pendant plusieurs mois, va permettre de la remettre à niveau et va installer dans l'esprit des français que la campagne a commencé. Ses équipes, plutôt que de préparer les boules puantes contre les rivaux, vont se mettre au travail. Pour l'UMP, c'est tout le calendrier de la campagne qui est à revoir, avec en prime l'adversaire le plus difficile à battre.

vendredi 13 mai 2011

De simples boules puantes pour DSK ?

DSK est actuellement dans un trou d'air médiatique. La presse est en train d'éplucher son train de vie après qu'il ait été vu montant dans une Porsche. Et on enchaine, après la villa à Marrakech, les appartements parisiens, et maintenant, les costumes sur mesure à des prix déments. Pour un homme "de gauche", donc, dans la symbolique encore largement répandue, proches des couches populaires contre les "possédants, ça fait un peu désordre. D'ailleurs, si ça ne créait aucune dissonnance, les journalistes ne s'y seraient pas intéressés !

Le fan club de DSK s'emploie à minimiser tout cela, en reprenant le vieux refrain des "boules puantes". Tout cela n'est que de la basse diffamation, indigne du débat politique-qui-doit-se-faire-sur-des-idées-et-un-programme. Le reste n'est que détail et broutilles. Et bien non ! Le système politique français est construit autour d'une fonction présidentielle très forte. On peut le déplorer (je suis le premier à le faire) mais c'est comme ça, et ça ne changera pas avant 2012, donc il faut faire avec. Le programme est une chose, mais ce sont des promesses, et on sait depuis longtemps ce qu'elles peuvent valoir. Et puis il y a l'homme (ou la femme) qui occupe la fonction, qui n'est pas tenu par son programme, qui doit faire face à des imprévus (genre une crise financière mondiale...), qui est soumis à une pression énorme, et qui ne peut donc pas se permettre un pétage de plomb ou un discrédit qui affaiblirait sa position politique et mettrait à mal le fonctionnement des institutions. L'élection présidentielle, c'est avant tout la sélection et la désignation d'une personne pour occuper une fonction double, à la fois de décision politique, mais aussi de représentation symbolique. C'est un poste très lourd et il est donc normal que le processus de recrutement soit minutieux.

DSK a tout simplement commencé à passer les premières épreuves ! On enquête sur lui, jusqu'au déshabillage complet, sur des questions parfaitement légitimes : son patrimoine, ses intérêts financiers et ceux de ses proches, sa psychologie, sa solidité nerveuse (et celle de ses équipes). Et ça va continuer, car il y a d'autres sujets à "purger" : sa pratique religieuse et ses liens avec l'Etat d'Israel, sa capacité à maîtriser ses pulsions (notamment sexuelles), sa gestion d'une institution d'envergure internationale (mieux que les promesses, un bilan...), ses choix politiques dans les décisions qu'il a pu prendre comme directeur général du FMI (à distinguer des décisions du FMI, où DSK n'est pas le seul à décider). Son fan club n'a pas fini de couiner, mais c'est pourtant indispensable que ces sujets soient traités et le soient sans complaisance.

jeudi 12 mai 2011

La simplification du droit à la moulinette du CC

Le conseil constitutionnel vient de rendre sa décision concernant la proposition de loi de simplification du droit de Jean-Luc Warsmann. Elle est assez décevante...

Bien entendu, le Conseil constitutionnel fait le ménage dans les dispositions les plus contestées (amendement "Riester", classement de l'ENA...) et encadre la possibilité de se passer du rapporteur public au sein de la juridiction administrative. Il fait également sauter quelques cavaliers, sur des bases purement formelles. Mais il faut bien dire qu'à part ça, il n'y a pas grand chose à se mettre sous la dent.

La plupart des censures sont dues à des problèmes de forme, à savoir "cavalier législatif". Cela a permis au conseil constitutionnel de ne pas répondre aux questions de fond soulevées par les sénateurs. J'aurais bien aimé qu'il se prononce sur l'argument de l'incompétence négative, et donc la répartition législatif-réglementaire concernant le classement de l'ENA et le recrutement des auditeurs du conseil d'Etat. Sur le rapporteur public devant les juridictions administratives, quelques petits verrous ont été mis, mais c'est léger. Il faudra que le décret s'appuie sur des critères objectifs (l'étude d'impact a intérêt à être solide) et évidents. Ca laisse une belle marge de manoeuvre pour plaider le vice de forme en appel, sauf si la solution était absolument courue d'avance.

Là où je suis franchement déçu, c'est sur le début, où il est question de l'ensemble de la loi et de la philosphie même de ce texte dit de "simplification". Le Conseil constitutionnel avait là une occasion en or de creuser un peu le principe d'intelligibilité de la loi et celui de sincérité des débats parlementaires. Il se contente de rappeler que ces deux principes, c'est un filet à grosses mailles, et qu'il faut franchement que ce soit gros et scandaleux démocratiquement pour qu'il y ait censure. Dans le considérant 6, le conseil valide même le principe des lois fourre-tout. C'est un vrai bordel, d'accord, mais ce n'est pas anticonstitutionnel pour autant.

Une fois de plus, le Conseil constitutionnel censure ce qui mérite effectivement d'être censuré, mais en répondant le moins possible aux arguments de fond. Comme s'il ne voulait pas donner d'éléments qui fassent jurisprudence... Exégète biblique, c'est parfois plus facile de que constitutionnaliste français.

Maitre Collard au FN

L'avocat Gilbert Collard, dont rien ne laissait penser qu'il avait des accointances bien à droite, vient officiellement d'annoncer son rapprochement avec le FN. Bien entendu, il est prudent, et dit ne pas prendre sa carte, mais se rapprocher de Marine Le Pen pour la personne. C'est subtil, mais ça peut éviter des soucis et permettre un retrait prompt si jamais ça tourne mal. Mais il a pris le risque du coming out. Dans le même temps, Marine Le Pen vire sans ménagement les fachos, semble-t-il contre l'avis d'une partie de ses cadres. Faire le salut nazi et cultiver un certain folklore n'est plus bien vu au FN, du moins chez sa patronne.

Visiblement, et ce n'est pas une surprise, Marine Le Pen met en place une rupture stratégique profonde avec la ligne suivie par son père. Alors que Jean-Marie se complaisait dans la posture du tribun qui ne veut surtout pas être en position de responsabilité, sa fille veut le pouvoir, veut peser sur les décisions, bref, veut "entrer dans le jeu", alors que son père s'y refusait absolument. C'est un pari risqué pour Marine Le Pen, car la force et la longévité de son père venait justement du fait qu'il n'avait pas intégré le système. Il se glorifiait même d'en être exclu et d'être brimé (quitte a solliciter lui-même les brimades). Cela permet de raconter n'importe quoi, de proposer des mesures irréalistes sans le moindre souci, puisqu'on ne sera pas en position de les mettre en oeuvre. Et il ne faut surtout pas l'être. C'est ce qui explique la calamiteuse campagne de deuxième tour de Jean-Marie Le Pen en 2002. Le pouvoir (sauf au sein de son parti) ne l'intéresse pas.

Sa fille, c'est différent. Elle, le pouvoir, ça l'intéresse. Elle veut peser sur la vie politique, imposer des options. En cela, elle est à la fois plus dangereuse que son père, mais également moins. Je m'explique. Elle a hérité d'un nom, qui est une véritable marque commerciale. C'est d'ailleurs le principal actif du FN, qui n'a par ailleurs pas d'argent, très peu d'élus et assez peu de cadres qui tiennent la route. Nombre d'électeurs frontistes ont fait le transfert sans aucun état d'âme et votent pour la fille, avec les motivations qu'ils avaient de voter pour le père. Marine Le Pen, pendant un certain temps, va exploiter ce vote purement protestataire pour faire avancer des idées beaucoup plus que ne le faisait son père. La pression va être beaucoup plus forte sur l'UMP. Elle va être plus dangereuse aussi par sa capacité d'attraction de la droite dure. Son relatif recentrage a déjà permis d'attirer, certes prudemment, un "gros poisson" médiatique. Ça va sans doute continuer et je ne serais pas surpris que les pizzaiolos UMP de la droite populaire n'aillent fricoter de ce coté là.

Mais le piège est contenu dans ce recentrage. Marine Le Pen a croqué dans la pomme, elle accepte, de fait, d'entrer dans le système. Au bout d'un moment, parce qu'ils sont loin d'être bêtes, une partie non négligeable de ses électeurs va s'en rendre compte et pourraient la quitter. Leur motivation, c'est l'aspect purement protestataire du FN. Ils se sentent exclus du système, méprisés et rejetés (en cela, ils n'ont pas complètement tort). Ils se sentaient représentés par le FN. Jean-Marie Le Pen était "comme eux", un réprouvé, parce qu'il disait des choses "pas correctes". Cela va disparaître avec Marine Le Pen, qui à terme, va ressembler à ces anciens du FN comme Bompard, le maire d'Orange, toujours de droite dure, mais obligé de lisser son image et de passer des compromis parce que c'est inhérent à l'exercice du pouvoir.

A terme (10 ans), Marine Le Pen sera au niveau de l'aile droite de l'UMP, en un peu plus dur peut-être. Elle aura des élus, notamment dans le Nord Pas de Calais et en PACA, qui devront prendre des positions et ne plus se contenter de la jouer protestataire irresponsable. Le piège se refermera le jour où, et ça peut venir d'un incident banal (une photo où elle monte dans une Porsche), elle donnera l'image d'être totalement intégrée dans le système, d'être une politicienne comme les autres. Son socle électoral va alors subitement s'affaisser. Elle aura intérêt à avoir fait son trou à droite, car sinon, elle va être broyée, comme l'a été Bruno Mégret et bien d'autres "transfuges" du FN avant elle.

mercredi 11 mai 2011

La PPL Wauquiez

Voici donc le texte de la proposition de loi "Wauquiez". Elle ne concerne que la première proposition, celle des 5 heures de travail social. Juridiquement, elle n'est pas bien difficile à écrire. A mettre en oeuvre, c'est autre chose. Wauquiez s'en est d'ailleurs bien rendu compte, puisqu'il propose dans un premier temps d'expérimenter auprès des départements volontaires. Encore faut-il qu'il y en ait, des volontaires, pour alourdir la charge administrative sans la moindre compensation...

Article unique

Le code de l’action sociale et des familles est modifié ainsi qu’il suit :

1° Il est ajouté à l’article L. 262-22 un alinéa ainsi rédigé :

« Il peut également, à titre exceptionnel, dispenser le bénéficiaire de l’obligation d’effectuer le service social prévu à l’article L. 262-28. Cette dispense, fondée sur des motifs médicaux, peut être temporaire ou permanente. »

2° Après le premier alinéa de l’article L. 262-28, il est inséré un alinéa ainsi rédigé :

« Il est également tenu d’effectuer un service social de cinq heures hebdomadaire pour le compte d’une collectivité territoriale, d’un organisme public ou d’une association reconnue d’utilité publique. Cette obligation n’est pas applicable aux titulaires des contrats prévus aux articles L. 5134-19-1, L. 5134-20, L. 5134-54, L. 5134-65 et L. 5134-100 du code du travail. »

3° Il est ajouté à l’article L. 262-34 une phrase ainsi rédigée :

« Ce projet précise les conditions du service social que le bénéficiaire doit accomplir. »

4° Le deuxième alinéa de l’article L. 262-35 est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Il précise les conditions du service social que le bénéficiaire doit accomplir. »

5° Le premier alinéa de l’article L. 262-36 est complété par une phrase ainsi rédigée :

« Il précise les conditions du service social que le bénéficiaire doit accomplir. »

Ces dispositions sont applicables, à titre expérimental, dans les départements volontaires, pendant une durée de trois ans à compter de la publication de la présente loi.

Six mois avant le terme de l'expérimentation prévue par la présente loi, le Gouvernement transmet au Parlement, aux fins d'évaluation, un rapport.''

Encore une belle proposition de loi "de communication" qui restera sagement au fond d'un tiroir.

mardi 10 mai 2011

Culture politique

Suis-je de droite ? Je tape régulièrement sur Sarkozy et les UMP quand ils font des conneries (et ça arrive fréquemment), je suis anti-pub viscéral, la dernière loi sur l'immigration me met très mal à l'aise, je suis pour une plus grande transparence et un renouvellement de la vie politique. Malgré tout ça et encore d'autres choses, oui, je suis de droite, car le positionnement politique, cela ne tient pas qu'aux choix en terme de politiques publiques. C'est aussi l'appartenance à une "famille" politique, avec une culture, des références. C'est même ça l'essentiel, car en terme de politiques publiques, la marge de manoeuvre des gouvernants n'est pas si immense que cela, surtout quand les deux grands partis partagent en plus la même culture visionnaire.

C'est particulièrement marquant aujourd'hui, où la gauche célèbre les 30 ans de l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République. C'est clairement un grand moment pour la famille de Gauche. Il y a comme cela des dates clés dans la mythologie politique de chaque famille. Pour la Gauche, c'est 1981, 1936, 1848. Il y a les héros, les grands personnages, qu'ils soient des vainqueurs ou des vaincus, ça ne change pas grand chose. La Commune, écrasée militairement, est un pilier de la culture politique de l'extrême gauche, tout comme 1793 et la Terreur ou 1917 et la Révolution russe. Toutes ces dates, ces lieux et ces personnages, ce n'est clairement pas ma culture. Je sais que je ne suis pas Gauche, et que je ne le serai jamais car ce ne sera jamais ma culture. Pour moi, les dates clés, c'est 1789 et certainement pas 1793, c'est 1958 et pas tellement 1945, les personnages clés, c'est de Gaulle et certainement pas Mitterrand. 1968, c'est à partir du 30 mai, et la grande manifestation sur les champs Elysée. J'aurais vécu en 1871, j'aurais certainement été versaillais.

On est élevé dans une culture politique, et même si on la rejette, on reste marqué, car c'est un vécu, c'est de l'affectif. Il suffit de lire tout ces témoignages de gens de gauche sur ce qu'ils ont fait, où ils étaient le 10 mai 1981. Les mouvements politiques se construisent et se perpétuent par ces grands moments de communion. La césure droite-gauche, elle se fait dans ces moments là, dans ce qu'on célèbre et commémore, ou pas...

lundi 9 mai 2011

Plafonner les aides sociales

La droite s'est lancée dans un concours de démagogie. C'est au tour de Laurent Wauquiez, qui se dit pourtant "social", de se lancer. Après les étrangers, c'est au tour des "assistés" d'en prendre plein la figure. En gros, il est anormal que ces fainéants touchent plus en ne faisant rien qu'un brave type qui trime pour juste le SMIC. Et on nous sort dans la foulée des mesures comme un plafonnement des aides sociales à 75% du SMIC et la très ridicule obligation, pour les titulaires du RSA, de réaliser 5 heures de service social hebdomadaire. Et parce que c'est à la mode, on finit en apothéose en proposant de ne plus faire bénéficier les étrangers de notre système de protection sociale ! Je savais Wauquiez uniquement préoccupé de sa carrière, j'en ai maintenant la confirmation. Ce type n'a aucune conviction...

Reprenons un peu les propositions. D'abord la plus facile à démonter, les 5 heures de service social pour les bénéficiaires du RSA. Déjà, il faudrait que l'administration soit en mesure de proposer quelque chose, et en quantité suffisante. J'ai quelques gros doutes sur la faisabilité, rien que du point de vue de l'offre, surtout vu la pagaille que c'est. Si on rajoute à cela que bien souvent, les titulaires du RSA sont des "abimés de la vie", bien incapables d'avoir une réelle activité, non pas qu'ils ne veulent pas, mais parce qu'ils ne peuvent pas ! Le pauvre clodo qui cuve dès 10 heures du matin au coin de la rue, qui est hébergé de temps à autre dans un centre social, que voulez vous lui demander ? La question qu'il soulève est réelle, mais beaucoup plus complexe qu'il n'y parait, et méritant bien autre chose qu'un traitement à l'emporte-pièce. Enfin, je rappelle à Monsieur Wauquiez que la création du RSA est récente, et que justement, le but était de mettre fin à l'empilement des minima sociaux ! On pourrait penser que Monsieur Wauquiez tire ici un constat d'échec du RSA...

Deuxième idée à la con, le plafonnement des aides sociales à 75% du SMIC. Là, on est sans doute parti d'une comparaison entre choux et carottes, car c'est parfaitement compréhensible qu'une famille avec enfants touche plus qu'un couple sans enfants dont l'un des deux conjoints est au SMIC. Et heureusement ! Les situations sont très différentes, il faut souvent faire du sur-mesure. Passer tout le monde sous la même toise est d'une imbécilité sans nom, surtout venant d'un crane d'oeuf à la française (normalien major à l'agrégation, major à l'ENA).

Enfin, sur la volonté d'écarter au maximum les étrangers du bénéfice des aides sociales, heureusement que Laurent Wauqiuez a bien précisé qu'il ne cherchait pas à courir après Marine Le Pen. Parce que quand même, ça y ressemble drôlement ! J'aimerais bien qu'il me dise s'il entend carrément supprimer l'AME, l'aide qui permet à tous, sans papiers compris, d'être soignés. Je signale quand même que l'AME est essentielle, pour des raisons sanitaires. Si vous voulez que des épidémies de maladies graves éclatent dans Paris et sa banlieue, du genre le Choléra ou la gale, allez-y, supprimez l'AME. Pour les autres cas, sa proposition est idiote, car là où effectivement, on pourrait trouver à redire, comme pour le regroupement familial, en général, l'étranger qui fait venir sa famille est en règle. On va donc fermer la porte de ceux qui arrivent et ne demandent qu'à bosser et contribuer, en la laissant grande ouverte aux familles, parfois très élargies, qui viennent effectivement profiter d'un système social "généreux" (ils auraient tort de se priver, d'ailleurs).

Au moins, Laurent Wauquiez assume le fait que la proposition de loi qui sera déposée est en fait écrite dans son ministère. Dès que j'ai le texte exact de cette PPL, vous aurez le droit ici à une analyse en détail.

dimanche 8 mai 2011

Coup de folie des sénateurs UMP

L'examen du projet de loi sur la psychiatrie au Sénat a donné lieu à un incident assez rare, qui risque d'avoir des conséquences politiques assez lourdes. Lors de l'examen en commission, la présidente de la commission, la centriste Muguette Dini, rapporteur du texte, a fait adopter un amendement qui supprime une mesure importante du texte. L'UMP n'ayant pas la majorité absolue au Sénat, un vote convergent de la gauche et des centristes peut faire battre le gouvernement. Ce n'est pas la première fois que ça arrive, et en général, le gouvernement n'en fait pas un drame et règle ça, soit en lâchant le morceau aux centristes, soit en faisant corriger le tir par l'Assemblée.

Mais voilà que cette fois ci, les sénateurs UMP ont choisi la méthode dure. Ils ont laissé l'examen se poursuivre, et à la fin, ont voté contre le texte, qui de ce fait, a été rejeté ! La rapporteure en a été mortifiée et a abandonné sa fonction de rapporteure (mais pas celle de présidente de commission...) qui a été reprise par un UMP. On est devant une grave crise de la coalition UMP-centristes. Les choses auraient pu se passer plus doucement, le gouvernement laissant filer provisoirement cet amendement litigieux et demandant à l'Assemblée nationale de le rétablir. Le choix de faire rejeter le texte est une attaque très directe et violente. Il est évident que les centristes ne vont pas laisser passer comme ça une telle humiliation ! Et ils en ont les moyens...

Le rejet du texte par la commission fait que c'est le texte sorti de l'Assemblée nationale qui sera examiné en séance. Si les centristes redéposent les mêmes amendements qu'en commission et que l'opposition les votent à nouveau, ils seront adoptés ! les sénateurs UMP auront ils le culot de voter contre le texte final, entrainant son rejet par le Sénat ? J'en doute un peu. Les centristes pourront alors claironner qu'ils ont remporté la bataille, ce qui sera vrai. Ils auront aussi une belle occasion de rassembler les centristes de l'Assemblée nationale pour combattre l'amendement de rétablissement que le gouvernement ne manquera pas de faire déposer. On pourrait bien avoir un épisode du style "amendement de déchéance de nationalité", où les centristes sont présents en nombre et peuvent emporter le vote.

J'attends de voir, mais cette initiative des sénateurs UMP est à mon sens une maladresse que le gouvernement va tenter de rattraper. Mais elle peut couter cher. Les reports de voix aux prochaines sénatoriales seront essentielles à droite, ce genre d'incident est du plus mauvais effet ! Dans le cadre de la présidentielle et de la volonté d'autonomisation des centristes par rapport à l'UMP, c'est leur offrir sur un plateau une occasion de se souder un peu plus par un combat commun contre l'UMP, sur une disposition en plus assez contestable.

vendredi 6 mai 2011

Conseillers en communication

Dominique Strauss-Kahn vient de commettre la première lourde erreur de communication de la campagne présidentielle. Il a été pris en photo sortant d'une Porsche, pour regagner son domicile, Place des Vosges à Paris. Toutes les objections de son fan-club n'y pourront rien, on est dans l'image et le symbole, une fois que le coup est parti, c'est fini. En plus, le coup est ici double. Il y a d'abord le domicile. La place des Vosges, c'est l'un des lieux les plus huppés de Paris. Elu à Sarcelles, certes, mais n'y habite pas. Faut pas pousser non plus ! Deuxième coup, la symbolique de la voiture. Même si pour moi, mon automobile est un objet me servant à me déplacer d'un point A vers un point B et pas plus, pour un certain nombre de français, leur bagnole, c'est un susbstitut de pénis ! On ne joue pas comme ça avec la symbolique de la voiture, surtout quand il s'agit d'une marque aussi "prestigieuse" et chargée symboliquement. En tout cas, DSK ne pourra plus se permettre d'attaquer Sarkozy sur le bling-bling !

Ce qui me frappe le plus, c'est que la responsabilité de l'erreur vient de son conseiller en communication, qui est le propriétaire de la voiture. Comment un type censé être un professionnel, rémunéré à prix d'or (il faut se la payer la Porsche) peut-il faire de pareil erreur ? Comment un candidat potentiel, vieux routier de la politique, ne tilte pas ? Comment son épouse, vieille routière des médias, ne réagit pas plus ? Soit il y a de l'incompétence, soit une forme de déconnexion des réalités qui les empêchent (politiques et conseillers) de se rendre compte de l'impact symbolique de ce genre d'image. Dans les deux cas, c'est inquiétant pour la candidature de DSK.

mercredi 4 mai 2011

Les deux visages du socialisme parisien

Le problème d'être au pouvoir, c'est qu'il faut parfois mettre en cohérence ses postures et ses actes. A Paris, les socialistes ont encore beaucoup de travail.

Cet après midi, la ville de Paris a fait évacuer par la force publique des locaux lui appartenant, au 51 avenue simon Bolivar, occupé par des sans papiers tunisiens. L'occupation n'aura guère duré et ces pauvres tunisiens n'auront pas eu droit aux visites médiatiques, comme celle dont ont pu bénéficier d'autres occupants illégaux.

L'hypocrisie de Bertrand Delanoé est encore plus flagrante quand on sait qu'il s'est précipité pour dénommer un lieu de Paris du nom du jeune tunisien à l'origine des événements qui ont amené au renversement du président Ben Ali.

Quand il s'agit de se faire valoir devant les médias, de prendre la posture, les socialistes sont très forts et n'en ratent pas une. Et puis quand ils sont aux affaires, ils font exactement ce qu'ils dénoncent chez leurs adversaires.