Enfin, quelques informations commencent à filtrer sur le "programme" du Parti socialiste. Le JDD a donné quelques éléments que je vais me faire un plaisir de commenter !

Retour des emplois-jeunes, avec 300 000 créations en 2 ans. Ben ça commence bien ! Première question, avec quel argent ? Sur le fond, cette proposition me désole, car elle n'a rien d'innovant. On a déjà testé le dispositif entre 1997 et 2002, et on a constaté que c'est un emplâtre sur une jambe de bois. Ces emplois n'offrent malheureusement aucun débouché réel aux jeunes qui les occupent. On ne fait ainsi que gonfler le nombre d'emplois précaires dans la fonction publique, dont l'unique espoir est la titularisation. Et on retombe sur la question : avec quel argent ? J'aurais plutôt aimé une vaste réflexion sur le périmètre et le rôle de la fonction publique, sur la précarité au sein de la fonction publique (le ministre actuel y travaille beaucoup et nous annonce un projet de loi).

Création d'une allocation d'autonomie. Là encore, on est sur un sujet déjà labouré, où la grande question est encore et toujours : qui paye et avec quel argent ? Cela pose aussi la question de la refonte de tous les dispositifs existants, notamment le RSA. Il n'est pas envisageable de créer une nouvelle allocation, se rajoutant à celles qui existent déjà. Si effectivement, la Gauche a le courage de remettre en question l'ensemble du système d'assistanat français, ça peut être intéressant, mais pour l'instant, c'est trop vague. A creuser !

Requalification des stages en contrats de travail. Si on veut tuer les stages, c'est la meilleure solution ! Les entreprises ont besoin de ces stagiaires, main d'oeuvre peu payée et précaire, mais aussi pas formée. Si la logique du stage est respectée, c'est du gagnant-gagnant. Le souci est qu'elle n'est pas toujours respectée et que les abus sont légion. Il n'y a qu'à voir, sur twitter par exemple, tous ces titres de presse (dont certains s'affirment de gauche) qui ne proposent que des stages ! La question posée est légitime, la réponse est clairement démagogique et irréalisable.

Mise en place du CV anonyme. J'avoue ne pas avoir d'opinion tranchée sur ce sujet. Il y a du pour et du contre. Par contre, l'idée d'imposer le CV anonyme m'apparaît absurde. Il y a un moment où le recrutement se fait en face à face et où le recruteur découvre alors la personne. "l'élimination" qui se serait faite au moment de la lecture du CV se fera à l'étape suivante. Croire que l'on va pouvoir forcer des recruteurs à prendre des personnes dont ils ne veulent pas est idiot. A moins que l'on reviennent dans un système d'économie administrée...

Une grande réforme fiscale. Pourquoi pas ? Ce qui m'inquiète, c'est que l'inspirateur, c'est Piketty. Fusionner Impôt sur le Revenu et CSG, je n'ai pas creusé le sujet, mais je n'ai rien contre. Le prélèvement à la source, pareil. Il y a du pour, du contre. C'est une idée qui traîne dans les tiroirs depuis très longtemps, mais qui a du mal à percer dans un pays latin, car c'est la fin de beaucoup de possibilités de fraudes, et ça oblige à un contrôle plus poussé des flux. Je ne suis pas hostile non plus à une augmentation de la taxation des revenus de l'épargne. Il faut bien prendre l'argent où il est, et on peut penser que rogner un peu les revenus de l'épargne ne ruinera pas les rentiers. Les gens qui vivent exclusivement de revenus de l'épargne ne sont pas si nombreux. Enfin, la fin des cadeaux fiscaux de Sarkozy (notamment les baisses de TVA) est une nécessité. Leur seul effet à été d'appauvrir l'Etat, sans le moindre effet sur l'économie.

Sortie progressive du nucléaire. Je ne suis pas un fanatique de l'énergie nucléaire, mais comparée aux autres, c'est encore la moins pire. J'attends que les socialistes annoncent comment ils vont faire sans le nucléaire, combien ça va coûter en investissements, et quelle "propreté" environnementale des solutions proposées. On va bien se marrer...

TVA écomodulable. Ô la belle usine à gaz !!!! Très belle idée sur le papier, totalement irréaliste dans les faits. D'autant plus qu'il faudra sans doute un accord européen, la TVA étant devenue une compétence communautaire. Sans doute une belle promesse qui ne sera jamais tenue.

Plafonnement des salaires des dirigeants des entreprises. Mouarf !!! C'est quand même précisé "des entreprises où l'Etat est présent au capital". Ça veut dire qu'on utiliserait les leviers des pouvoirs de l'actionnaire, et non la loi. Ça me rassure un peu, mais je vois mal comment on va y arriver, car à moins d'être l'actionnaire de référence, je vois mal comment l'Etat actionnaire pourrait imposer ça à une entreprise...

On trouve aussi l'idée d'une conditionnalité des allègements de charges sociales. L'instrument servirait à favoriser l'égalité homme-femme dans les entreprises. Très belle idée, mais là encore, j'ai de gros doutes sur la faisabilité même d'une conditionnalité des allègements de charges sociales. Juridiquement, il risque d'y avoir un os (principe d'égalité devant les charges publiques...). Pourtant, cette idée est intéressante, car l'Etat fait trop de "cadeaux", c'est à dire d'aides inconditionnelles. Si ça passe les obstacles, on tiendrait là un levier intéressant pour mener des politiques publiques.

Présence des salariés dans les conseils d'administrations. L'idée n'est pas mauvaise en soi, mais pour y faire quoi ? Cela profitera surtout aux syndicats, car on peut imaginer que les administrateurs salariés seront élus par les salariés, et seront le plus souvent affiliés à un syndicat. On renforcera ainsi les syndicats, mais est-ce que les salariés y gagneront véritablement ?

Encadrement des loyers. C'est très simple ! il n'y aura plus rien à louer !! Personnellement, je suis propriétaire d'un appartement que je loue. Si cette mesure est votée, je vends tout ! C'est déjà assez problématique de louer (plein d'emmerdes, de risques d'impayés et de dégradations), si en plus ça ne paye plus, ce n'est pas la peine. Cette mesure ne réglera donc rien, puisque la source réelle du problème, c'est le manque de logements !!

Les médecins en zone rurale. L'actuel gouvernement a déjà tout essayé, l'incitation, le coercition. Rien ne marche !! Le problème est structurel, et ce n'est pas une question de manque de médecins. On en a suffisamment ! Mais ils ne veulent pas exercer (et donc vivre) en zone rurale. La solution passe par une modification radicale de l'exercice de la médecine en zone rurale. Les ruraux vont devoir se faire à l'idée que le médecin habite dans le bourg et se déplace à domicile, c'est fini ! Maintenant, les médecins ruraux exerceront dans une maison médicale, au mieux située dans le chef lieu de canton. Ce sera au malade de se déplacer, et si c'est trop grave, c'est l'ambulance et l'hospitalisation. Et encore, ce sera difficile, car la majorité des jeunes médecins sont des femmes, qui n'ont pas du tout envie d'aller en rural profond. Se pose aussi le problème des conjoints, souvent aussi qualifiés, pour qui il n'y a pas boulot dans les campagnes.

"Pacte de tranquillité et de sécurité publique" pour assurer l'indépendance de la magistrature et du parquet. Oui, et concrètement ?... sur ce sujet, c'est des moyens qui sont nécessaires. 500 postes en plus, c'est de la roupie de sansonnet ! Il faut une véritable ambition en postes, mais aussi en budgets de fonctionnement. Les besoins sont énormes. Pour le reste, s'ils en ont les moyens, les magistrats et les policiers se débrouilleront très bien tout seuls. Que le législateur aille voir ailleurs.

Sur l'éducation, c'est aussi l'indigence. Priorité sur le primaire et sur les premiers cycles de l'enseignement supérieur, c'est bien, mais pour faire quoi ? Des classes moins nombreuses en primaire, c'est certainement une très bonne chose, mais ce n'est pas non plus la recette miracle. Le vrai souci, c'est le lien entre les familles et l'institution scolaire. Tout le travail a l'école est perdu si les familles ne prennent pas le relais, et si, au moins, elles ne valorisent pas la réussite scolaire auprès des enfants. Pour le supérieur, je vois mal ce que le rétablissement de "propédeutique" apporterait. Le problème majeur, c'est que nombre d'étudiants inscrits dans les premiers cycles universitaires n'y ont pas leur place !

Création d'une banque publique d'investissement avec Oséo, la banque postale et la CdC. Que l'on rationnalise un peu les différentes politiques de soutien public à l'investissement, c'est bien. Mais qu'on se rappelle que ce n'est pas le rôle de l'Etat que d'investir dans les PME ! Je souhaite bon courage au Ministre qui aura à toucher au statut de la Caisse des dépôts et consignations. C'est mission impossible, car politiquement risqué. Pour information, la Caisse des dépôts est la seule institution financière à bénéficier de la note AAA. Perdre cet atout pour créer un improbable mécano qui ne servira pas à grand chose serait une idiotie sans nom.

Enfin, le meilleur pour la fin : un grand emprunt européen, avec une augmentation des droits de douanes. Encore faut-il que nos partenaires européens soient d'accord...