lundi 31 janvier 2011
Il faut sauver le soldat Chirac
Par Samuel, lundi 31 janvier 2011 à :: Politique
Le Journal du Dimanche s'est associé, hier, à l'équipe de défense des intérêts de Jacques Chirac avec ce magnifique publi-reportage sur son état de santé. Le but est de préparer l'opinion au fait que Jacques Chirac ne sera jamais jugé.
On insiste lourdement sur son état de santé, son déclin physique et intellectuel. Pour avoir vu de très près Jacques Chirac, la semaine dernière, je confirme que c'est un vieux monsieur de 78 ans, qui accuse son âge. Bien que parfaitement lucide et cohérent dans ses propos, il m'est apparu quelque peu désorienté par moments, comme flottant hors du temps. Il arrive à faire illusion au milieu d'une foule car les réflexes de l'animal politique sont toujours là. Une main se tend, il la saisit instinctivement avec un mot aimable. Mais ça se voit quand même qu'il a baissé. Au moment de repartir, on lui dit que Madame X veut le saluer. Apparemment, c'est une personne que Chirac est censé connaître, et pourtant, je l'ai entendu demander "mais de qui s'agit-il" sur le ton d'une personne qui se demande où elle est. C'est clair que Jacques Chirac alterne entre lucidité et absences, et qu'il fatigue assez vite.
Ce n'est pas pour autant que son procès ne peut pas se tenir. Il n'est pas obligé d'assister à toutes les audiences, et le tribunal peut aménager les interrogatoires afin qu'ils ne durent pas trop longtemps. On a bien jugé Papon a un âge plus avancé, on sait faire. S'il est capable de tenir sa place au conseil constitutionnel, de dicter ses mémoires ou de venir prendre une galette des rois à l'Assemblée nationale, il peut se rendre au palais de justice. Ces articles, bien que très documentés, sont clairement des communiqués de presse du clan Chirac pour faire passer l'idée que c'est un vieux monsieur et qu'il faut le laisser tranquille. Le juger passerait presque pour de l'acharnement.
Et bien non ! Même si les faits reprochés à Jacques Chirac ne sont pas des crimes, il a quand même trop vécu sur la bête (et il continue) pour qu'on laisse passer. Rien que pour envoyer un signal aux suivants. Jacques Chirac n'aurait sans doute pas été inquiété il y a 30 ans, mais aujourd'hui, il y a un moindre acceptation sociale pour tout ces comportements. La question des conflits d'intérêts, des "privilèges" des élus est devenue trop sensible pour qu'on laisse passer. Jacques Chirac risque au maximum une condamnation avec sursis, c'est à dire symbolique. On peut transiger sur la peine, pas sur la reconnaissance de culpabilité.
Le reste de la presse aura peut-être quelques commentaires acides sur ce publi-reportage, mais personne n'ira chercher des poux au JDD pour ce qui ressemble pourtant à une opération de communication éhontée. Après, on s'étonne que la presse française ne soit plus crédible.