vendredi 31 décembre 2010
Retrait et Rebellion ?
Par Samuel, vendredi 31 décembre 2010 à :: Reflexion
Après de longs mois de silence, Narvic nous livre un très bon (et très long) billet. Je partage l'essentiel de son propos, mais je pense qu'il s'arrête juste au moment ça commençait à prendre de la profondeur et de l'intérêt.
Oui, les médias ne sont qu'une vaste opération d'abrutissement destinée à nous faire consommer toujours tant et plus. Oui, malheureusement, ils envahissent tout. Mais oui, heureusement il reste des petits foyers qui refusent ce modèle consumériste et y résistent tant bien que mal. Oui, il existe encore des espaces de liberté sur la toile, où des gens se rencontrent, se parlent, échangent dans un esprit non-mercantile. D'ailleurs, internet est pour eux qu'un outil complémentaire, bien pratique, mais dont ils pourraient se passer. Ils se font discrets (ils n'ont pas tort, pour vivre heureux, vivez cachés) car ils n'ont rien à gagner à heurter de front le système mercantile. Je les ai rencontrés aussi (kokopelli pour ceux à qui ça parle), car l'avantage de la politique, c'est qu'on voit passer tout le monde. C'est vrai que cela peut être très tentant de se retirer ainsi du bruit et de la fureur du monde. On s'aperçoit alors qu'on ne perd pas grand chose ! Mais tout cela, c'est du déjà vu, déjà connu.
Narvic voit dans cette discrétion, et dans le retrait du monde où amène cette démarche, une forme de rébellion, mais qui justement, n'est pas agressive. Juste une sortie du jeu, un vrai retrait. C'est là qu'il s'arrête, laissant sa réflexion en pendant là où ça commençait à devenir intéressant. Il mène où, ce retrait, sinon à la mort et à l'effacement ? Sortir du jeu, c'est se condamner à ne pas avoir de postérité intellectuelle, c'est accepter sa défaite. C'est aussi peut être admettre l'impossibilité à proposer autre chose que le modèle dominant. Bref, un échec sur toute la ligne. Ce défaitisme m'étonne de lui...
Dans l'histoire de l'humanité, nous avons pourtant des exemples de retrait d'un monde que l'on refuse. La Bible est l'histoire d'un refus, celui de la "société", avec la division des tâches et donc les hiérarchies sociales. C'est l'histoire d'une constante tentation d'un peuple de quitter cette tradition pour se rallier au modèle dominant, c'est aussi l'histoire de la construction d'une vision alternative réellement originale, en tout cas suffisamment solide pour traverser les siècles. Dans ce cadre, on a vu naitre des expériences de rébellion et de retrait. Un exemple, le monachisme, apparu très tôt dans le christianisme, qui est ni plus ni moins qu'un retrait du monde, physiquement et intellectuellement. Cette tradition est suffisamment riche et foisonnante (il n'y a pas que les livres canoniques, loin de là) pour en tirer des éléments utiles à d'autres expériences. Autre exemple religieux de retrait, le Bouddhisme, avec là encore un corpus très riche.
Cette voie du retrait et de la rébellion face à la société de consommation à outrance est susceptible de séduire (moi le premier), à condition d'avoir derrière une vraie réflexion, solide, structurée, offrant de bonnes raisons de choisir une autre voie. C'est du boulot, et peut-être que c'est sur ce chemin que Narvic nous amènera pour la troisième résurrection de son blog...