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vendredi 29 octobre 2010

Une vie après le Parlement

Depuis quelques mois, quatre sénateurs UMP renouvelables en 2011 ont quitté le Sénat. Michel Thiollière a été le premier à partir, à destination de la Commission de régulation de l'énergie, autorité administrative indépendante. Le mouvement s'est accéléré depuis un mois, avec la nomination de Christian Gaudin comme administrateur des terres australes, le départ d'Alain Lambert à la Cour des Comptes. Et voilà maintenant que Jean-Claude Etienne, sénateur de la Marne, rejoint le conseil économique et social. Tous étaient renouvelables en 2011 et n'auraient sans doute eu aucun mal à être réélus (sauf peut-être Michel Thiollière). On peut y ajouter le départ du député Pierre Cardo parti présider la nouvelle autorité de régulation du ferroviaire. Je ne sais pas trop comment analyser cela, mais il est clair qu'il se passe quelque chose.

Il semble que tous ces parlementaires aient ressenti une lassitude dans l'exercice de leurs mandats parlementaires, et/ou un sentiment d'impuissance et d'inutilité. Ils ont eu envie de réorienter leurs carrières, pendant qu'ils en avaient encore l'âge (au moins pour Thiollière, Lambert, Gaudin et Cardo). Si cela se confirme, c'est une évolution que je considère comme très positive, car j'estime qu'au bout d'un certain temps, les élus n'apportent plus rien. Tout élan, tout dynamisme s'essouffle, et une rotation aux places électives ne peut être que bonne pour la démocratie. Il y a beaucoup trop de "has been" qui encombrent les bancs du Parlement, qui ne bossent plus, mais comme ils sont sortants et habiles à flinguer les successeurs potentiels, ils sont réélus.

Certains ont protesté quand Christian Gaudin a été nommé chez les manchots, car il a un statut de préfet. C'est un peu surfait car si effectivement il est formellement dans le corps des préfets, administrateur des terres australes et antarctiques, cela n'a pas grand chose à voir avec un poste préfectoral en métropole ou dans un DOM. Les autres sont partis vers des fonctions de contrôle et de régulation. Que d'anciens parlementaires, encore dynamiques, mettent leur expérience au service de leur concitoyens dans ce genre d'activités, je considère que c'est une très bonne chose. Et contrairement à nombre de hauts fonctionnaires, leurs opinions politiques sont connues et assumées. On sait à qui on a affaire. Je n'ai jamais cru au mythe d'une haute fonction publique apolitique. Ils sont tous passés (ou presque) par des cabinets ministériels...

Je crois d'autant moins au risque de politisation que ce sont des personnes en fin de carrière, qui n'attendent plus rien. Pour des activités de contrôle et de régulation, c'est absolument indispensable. Il faudrait continuer dans cette voie, et l'ouvrir davantage encore, notamment aux élus d'opposition, qui seraient certainement beaucoup plus utiles et heureux dans une autorité de contrôle avec des vrais moyens, qu'à s'égosiller inutilement dans les travées d'un hémicycle.

jeudi 28 octobre 2010

Fromagerie

La liste des personnalités qualifiées, nommées par le gouvernement au Conseil Economique, Social et Environnemental, vient d'être publiée. Pour mémoire, ce CESE est le plus beau fromage de la République. Les membres de cette assemblée dont l'existence est prévue par la Constitution (donc pas supprimable), sont bien rémunérées et fournissent le travail qui leur plait de fournir. Certains bossent, plutôt bien d'ailleurs, d'autres n'y vont que pour toucher la paie. Les syndicats et autres organisations y ayant des sièges y envoient leurs permanents ou leurs militants méritants et un peu sur le retour, à qui on assure ainsi une confortable fin de carrière. Mais le plus gros scandale reste celui du choix des personnalités qualifiées nommées par le gouvernement. Et la fournée 2010 n'a pas dérogé à la règle.

Premier collège, les personnalités ayant une expérience dans le domaine économique. Le président de la Fédération nationale des Travaux publics, Sophie de Menthon, présidente de Ethic, la présidente de GRDF (le réseau de distribution du gaz), la présidente de la fédération des particuliers-employeurs, le producteur de films Alain Terzian, ceux là oui, je vois à peu près leur expérience du domaine économique. Par contre, trois conseillers généraux UMP (dont un des Hauts-de Seine) et une ancienne adjointe (UMP) au maire de Paris, j'ai un peu plus de difficulté. Peut-être que je me trompe et qu'effectivement, ce sont de grands experts, mais les titres sous lequel ils apparaissent ne le laisse pas deviner. Qu'il y en ait un, avec des compétences économiques, pourquoi pas, mais quatre élus ou anciens élus...

Deuxième collège, le plus "fourre-tout", le domaine social, culturel, sportif, scientifique, retraités, personnes âgées. Etrangement, c'est celui où il y a le moins de bizzareries. Mais il y en a. Le premier nom qui saute aux yeux, c'est celui de Jean-Paul Delevoye. Certes, c'est une personne fort respectable, compétente, et tout ce qu'on veut. Mais le rattachement au collège est un peu ténu, malgré le champ très large. A limite, on peut le mettre dans le social en tant que médiateur de la République, mais c'est bien tout. On trouve aussi un sénateur UMP en exercice, Jean-Claude Etienne, qui va donc devoir quitter le Sénat (c'est véritablement une épidémie...) mais comme c'est un médecin, on peut le rattacher au scientifique. Plus étrange, l'ancien maire de Pau, Yves Urieta, qui est passé du PS à "gauche moderne", le groupuscule de Bockel, où là, ça sent le recasage à plein nez. Par contre, Raymond Soubie a toute sa place dans ce collège, ainsi que Laura Flessel, championne d'escrime.

Le troisième collège "environnement et développement durable" est pas mal non plus en terme d'anomalies. Que vient faire là Hugues Gall, ancien directeur de l'Opéra de Paris, membre de l'académie des beaux Arts et directeur de la fondation Monet ? Autant, dans le deuxième collège, d'accord, mais là ! Pareil pour Claire Gibault, qui en plus d'être une "cultureuse", est aussi une ancienne députée européenne UDF. Les anciens élus et hauts fonctionnaires y pullulent : Hugues Martin, le premier adjoint d'Alain Juppé à Bordeaux, Raymond Le Bris, ancien préfet, ancien directeur de l'ENA, Ange Santini, maire de Calvi et conseiller UMP à l'Assemblée de Corse. On apprend également que Pierre Charon, conseiller à la présidence de la république, président de l'établissement public du château de Chambord est renouvelé dans ce collège. On est presque surpris de trouver dans ce collège le climatologue Jean Jouzel.

République exemplaire qu'il disait...

mercredi 27 octobre 2010

La réforme de la retraite des députés

Je vous livre les propositions du bureau de l'Assemblée nationale sur la réforme du régime de retraite des députés. Pas besoin de commentaires, même si les poujadistes de tout poil trouveront à y redire (vu qu'ils ne seront jamais satisfaits, de toute manière).

Le système actuel de double cotisation sera supprimé (actuellement, cotisation double durant 15 ans et à 1,5 sur option les cinq années suivantes).

Le service de pension-vieillesse des anciens députés deviendra un régime obligatoire calqué sur le régime de la fonction publique. Les évolutions pour le régime général et la Fonction publique seront intégrées, à savoir : Le relèvement de 60 ans à 62 ans de l’âge d’ouverture du droit à pension selon le calendrier retenu au niveau général, d’ici le 1er janvier 2018. L’allongement de la durée de cotisation requise pour obtenir une pension à taux plein (passage à 41 annuités au 1er janvier 2012, à 41,25 annuités dès 2013-2014, puis à 41,5 annuités selon le calendrier retenu au niveau général). L’alignement du taux de cotisation sur celui des salariés du secteur privé. Ce taux passera ainsi de 7,85 % à 10,55 % d’ici 2020 selon le calendrier retenu pour la Fonction publique.

Le montant des pensions-vieillesses versées aux anciens députés sera diminué de près de 8 %. Cette diminution sera à effet immédiat, dès le 1er janvier 2011, pour les nouveaux pensionnés. Pour les actuels pensionnés, sa mise en œuvre sera étalée sur deux ans.

Le taux des pensions de réversion, qui est actuellement de 2/3 de la pension, sera ramené à 60% pour le système de base et pour la couverture facultative. Ce taux de 60% est celui des régimes obligatoires de retraite complémentaire du régime général (ARRCO et AGIRC).

La pension vieillesse maximale des anciens députés ne pourra être obtenue qu’après une durée de cotisation effective égale à celle exigée dans le régime général et la fonction publique (durée de cotisation effective pour obtenir une pension vieillesse maximale actuellement de 22,5 ans qui passera à 40,5 ans, puis au-delà progressivement jusqu’à 41,5 ans).

Le montant maximum de la pension vieillesse des anciens députés, y compris les majorations pour enfants, sera plafonné, au revenu d’activité des députés. La pension du régime de base sera, comme dans la fonction publique, plafonnée à 75 % du revenu d'activité.

Lorsqu’un ancien député pensionné deviendra membre du Gouvernement, sa pension sera suspendue durant l’exercice de sa fonction ministérielle.

Il est prévu que lors d’une réunion du bureau mercredi prochain 3 novembre, après évaluation et concertation dans les groupes parlementaires, un dispositif facultatif de pension vieillesse complémentaire serait instauré à compter du début de la prochaine législature. Il serait facultatif, les députés auraient la possibilité de cotiser mais n’y seront pas obligés et limité dans le temps : l’adhésion serait ouverte aux députés pendant un maximum de deux mandats, la durée moyenne de mandat d’un député étant de 7 ans et demi. Le taux de cotisation serait d’emblée fixé à 10,55 % (comme dans le régime général). Comme dans tous les parlements comparables à l’Assemblée nationale, le dispositif vise à compenser partiellement les effets négatifs de la rupture de carrière et ses incidences sur la constitution d’une retraite, ainsi que les difficultés éventuelles pour retrouver un emploi à l’issue de leur mandat.

mardi 26 octobre 2010

Peut-on dire du bien de Pierre Laval ?

Dans un billet dont lui seul a le secret, Benjamin Lancar a eu une petite incise où il dit que Pierre Laval faisait partie d'une classe politique courageuse, et qu'il a redressé économiquement la France en 1932. Passons rapidement sur la débilité profonde de la position de Lancar, que ce soit sur le "courage" de la classe politique des années 30 (mouarf) que sur le "redressement économique" de 1932 (re-mouarf). Tout cela relève d'une ignorance crasse de l'histoire et d'une tentative pitoyable d'instrumentalisation de la Résistance pour des considérations militantes.

Ca m'a agacé que certains n'aient pas manqué de rappeler que Pierre Laval fut un chef, sinon LE chef de la collaboration avec les allemands pendant la seconde guerre mondiale. Sans que ce soit formellement écrit dans l'article, mais c'est tout comme, on en déduit de cet article du nouvelobs.fr qu'il est interdit de dire du bien de l'action politique de Pierre Laval, quelque soit la période, son action entre 1940 et 1944 ayant discrédité l'ensemble de son action politique.

Certes, je n'ai guère de sympathie pour le personnage de Pierre Laval, mais jusqu'en 1936, c'est un homme politique ordinaire, très intelligent, aussi manœuvrier et intriguant que ses collègues. Ce qui l'a fait basculer, c'est l'ostracisme qui le frappe à partir de 1936. A compter de son départ du poste de président du conseil, depuis 1936, il n'est plus rien : plus le moindre ministère, la mise à l'écart. D'où une frustration et un ressentiment qui l'on mené à la collaboration. Il y a donc deux étapes dans la carrière de Pierre Laval, et l'homme d'avant 1936 n'a pas grand chose à voir avec celui d'avant.

Cela m'énerve toujours que l'on réduise une personne à un moment précis de sa vie, en général celui où il a fauté. Je crois à la rédemption possible, comme je crois qu'une personne qui a chuté peut avoir été correcte avant. Si les opposants à Lancar n'ont à apporter en face, que des réponses du même niveau, c'est triste pour le débat démocratique. Il y a tellement de manière d'éclater la gueule de Lancar sur cet article de blog, où il enfile les erreurs d'analyses historiques...

lundi 25 octobre 2010

Blogueurs d'Etat

Un miracle vient d'avoir lieu ce week-end. Non, je ne parle pas de la mort de Georges Frêche, médicalement prévisible, mais du retour à la vie de Cacambo. Après deux ans de silence, le voilà qui sort du coma. Un blogueur qui renait de ses cendres, c'est assez rare, et quand en plus c'est un blogueur de qualité, c'est la fête !

Je souhaite vivement que ce retour ne soit pas une fausse alerte, car je continue à me sentir bien seul dans cette niche qu'est le fonctionnement de l'appareil d'Etat vu de l'intérieur. Certes, il y en a d'autres, mais pas assez, et surtout, pas assez qui parlent de la vie administrative française. On a besoin de témoignages, d'illustrations, d'informations que seuls les insiders peuvent avoir et surtout, peuvent analyser correctement. Les petites histoires au quotidien, qui montrent l'envers du décor, les mécaniques à l'oeuvre, c'est essentiel. Plus généralement, il y a un manque réel de blogs spécialisés, qui soient à la fois des blogs personnels, avec un être humain derrière qui répond, dialogue et twitte, mais aussi des blogs pointus techniquement, qui fassent référence dans leur domaine, tenus de l'intérieur. Les blogs de journalistes peuvent être excellents, mais ce n'est pas la même chose.

Je suis par exemple Silex sur les questions de propriété littéraire et artistique, J'ai été très attristé par l'arrêt brutal de Cimon qui assurait et qui était absolument seul (à ma connaissance) sur son créneau. En fait, il n'y a guère que chez les avocats et les gens de justice où on trouve quelque chose de consistant en quantité et en qualité (et en régularité). Avec Maitre Eolas, Maitre Mô et Zythom, on peut vraiment sentir comment fonctionne la machine judiciaire.

Il ne reste plus maintenant qu'à faire revenir Silas dans le jeu et à aider d'autres à se lancer pour mettre en place une vraie communauté de "blogueurs d'Etat".

vendredi 22 octobre 2010

PPL d'automne

Une nouvelle fournée de propositions de lois viennent d'être mises en ligne sur le site de l'Assemblée nationale. On voit que le travail a repris, du moins au groupe UMP, avec 38 propositions de lois, contre une pour le PS et 5 pour les GDR (communistes, Verts et Parti de Gauche).

Le groupe GDR vient d'en déposer un paquet, au titre qui fleure bon l'idéologie : "en faveur d'une fiscalité juste et efficace", "garantissant la souveraineté du peuple en matière budgétaire", "relative à l'initiative citoyenne par droit de pétition". Une journée réservée au groupe GDR est programmée pour très bientôt, il faut la remplir. A part ça, on trouve deux autres propositions de lois de ce groupe, tout aussi radicales. La première propose de nationaliser les sociétés d'autoroute et l'autre d'établir la taxe Tobin et de rétablir l'impôt de Bourse. Du communiste pur jus ! Mais il faut reconnaitre qu'il y a eu un travail d'écriture juridique qui ne se retrouve pas chez bien des propositions UMP.

Les socialistes n'en ont qu'une, mais c'est une belle ! Accorder le bénéfice de la carte du combattant pour tous ceux qui auraient fait 4 mois en Afrique du Nord, même si une partie des services a été accomplie après le 2 juillet 1962. Si cette proposition de loi est mise à l'ordre du jour (et ne doutons pas qu'elle le sera), ça va être un beau merdier pour l'UMP, car il s'agit là d'une revendication-phare des anciens combattants. Les socialistes seraient au pouvoir, ils ne déposeraient jamais un tel texte, mais étant dans l'opposition, c'est trop tentant de faire rejeter par l'UMP une demande forte d'associations très revendicatives et plutôt de droite. Va y avoir de la contorsion sur les bancs UMP pour voter contre sans fâcher les anciens combattants.

A l'UMP, on retrouve le patchwork habituel. On a les propositions de lois anecdotiques, dont certaines sont sans doute réglementaires. Elles peuvent faire sourire par leur côté hyper-pointu, comme celle de Jacques Grosperrin relative à l'extension des chèques emplois service universels au bénéfice des particuliers par le biais des syndicats de copropriétaires, ou celle de Marie-Jo Zimmermann visant à dispenser les petites communes d'Alsace-Moselle d'établir un règlement intérieur. C'est sans doute intéressant, mais on est loin des grands enjeux de la Nation. On a aussi les propositions qui sont davantage des pétitions de principe, sans la moindre portée juridique. Cette fois-ci, c'est Philippe Armand Martin qui décroche la palme avec sa proposition de loi visant à faire progresser l'idée du sport-santé dans la société française. On a aussi les propositions de loi qui fleurent bon le lobby ou la demande d'un administré. Jean-Sébastien Vialatte demande l'exonération de taxe foncière pour les écoles privées sous contrat, Alain Moyne-Bressand souhaite protéger les débiteurs en cas d'adjudication judiciaire. La plus belle de la catégorie, également victorieuse dans la catégorie "PPL anecdotique" est celle de Jean-Marie Morisset tendant à aligner les modalités de calcul et le montant de l’allocation de vétérance sur ceux de l’allocation de fidélité des sapeurs-pompiers volontaires.

Il y a enfin quelques propositions de lois qui sortent du lot. Bien évidemment, elles n'ont pas été écrites par le député qui les a déposées. Ce n'est pas dans leur capacité ni dans celle de leur staff. Elles sont en général assez longues, plutôt bien écrites, et c'est celles-là qu'on peut retrouver à l'ordre du jour. Dans ce paquet, j'en ai repéré trois. Hervé Gaymard en a déposé deux sur le livre numérique, qui viennent tout droit du lobby de l'édition, avec la bénédiction du ministère de la Culture, visant l'une à accorder la TVA à 5,5% pour le livre numérique, l'autre reprenant une PPL discutée en Sénat très prochainement. La PPL TVA livre numérique a été déposée et discutée lors de la loi de Finances, avec un long débat suivi d'un retrait de l'amendement. C'est l'occasion pour les députés liés aux lobby des industries culturelles de monter au créneau et d'expliciter leur soumission aveugle aux demandes du lobby (Bloche m'a beaucoup déçu...). L'autre proposition assez intéressante est celle de Pascal Clément sur l'arbitrage dans les différends impliquant des personnes publiques. Le sujet est intéressant, la proposition est longue et assez précise, elle pourrait être à l'ordre du jour.

jeudi 21 octobre 2010

Les groupes d'études

Le bureau de l'Assemblée nationale vient d'agréer un groupe d'études sur "la politique de prévention et de lutte contre les profanations des lieux de culte et cimetières, quelles que soient les religions". Mon premier réflexe a été de penser que franchement, les groupes d'études, ça devient vraiment n'importe quoi. D'autant plus que dans la petite lettre de recrutement que vient d'expédier Claude Bodin, président de ce groupe, il est clairement dit "les profanations visent les sites chrétiens, mais qu'on en parle uniquement quand il y a profanation d'un lieu de culte juif ou musulman". Ca fleure bon le populisme...

Mais après tout, on peut rêver et se dire que les députés vont réellement travailler. Même si le sujet est assez microscopique, il n'en est pas moins réel et surtout, sensible dans la population (du moins dans certaines franges de la population). Le travail des députés, c'est quand même d'étudier les problèmes qui préoccupent leurs concitoyens, d'évaluer l'action du gouvernement et de proposer, éventuellement, des remèdes législatifs. Vu que la plupart des groupes d'études n'ont qu'une vie végétative, au pire on aura quelques réunions et une proposition de loi.

Finalement, un groupe d'étude, c'est comme une commission, ça permet de faire croire qu'on fait quelque chose, alors qu'il n'en sortira rien. Si on pouvait agréer davantage de groupes d'études sur les questions de sécurité, de droit pénal, ça éviterait peut-être les propositions de loi à la con, rédigées sur un coin de table. Au moins, avec un groupe d'étude, on auditionne avant de proposer, on regarde ce qui existe déjà. Cela permettrait de faire l'économie de bien des propositions de loi, qui font beaucoup pour le discrédit des parlementaires.

De toute manière, les parlementaires lâchés seuls dans la nature font n'importe quoi. Un groupe d'études, c'est un moindre mal.

mardi 19 octobre 2010

Paquet télécom, ça se précise

On commence à avoir quelques précisions sur la manière dont l'Assemblée nationale va traiter la transposition du paquet télécom.

Une mission d'information s'est montée au sein de la commission des affaires économiques, codirigée par Laure de la Raudière (UMP) et Corinne Erhel (PS) sur la neutralité du net. Les auditions ont commencé, et c'est de très bon niveau, loin, très loin du pipeau de la mission d'information présidée par Jean-Luc Warsmann sur les droits de l'individu à l'heure de la révolution numérique. La commission des affaires économiques s'est saisie pour avis de l'article 11 du projet de loi (celui qui habilite le gouvernement à transposer par ordonnances) et c'est très logiquement Laure de la Raudière qui a été désignée comme rapporteure. Elle sera fin prête pour le passage en commission des affaires économiques, prévu pour le... 16 novembre. Ca va venir très vite !

On a déjà quelques informations sur les grandes lignes. Le gouvernement ne semble pas très enclin à lacher du lest sur les ordonnances coté paquet télécom. Il faudra voir ce que les parlementaires seront capables d'arracher pour le mettre directement dans la loi. Actuellement, les projets d'ordonnance qui circulent transposent a minima et collent vraiment aux textes européens. Une excellente nouvelle à signaler, les deux alinéas qui m'avaient un peu effrayés seraient davantage le fait d'un malentendu que d'une volonté maligne. Alerté par les députés, Christian Estrosi, ministre de l'Industrie (compétent sur cette question de télécoms) a accepté le principe d'une redéfinition beaucoup plus précise de ces deux habilitations, afin qu'elles ne concernent véritablement que les problèmes de "sécurité défense". Il sembleraient que ses services et ceux de la Défense ne se soient tout simplement pas rendus compte de la sensibilité extrême de ces questions et de l'inquiétude qui pouvait naître d'une habilitation aussi imprécise.

Quelques points ne sont pas encore calés. Il semblerait que la commission des affaires culturelles ait quelques velléités de s'intéresser à ce sujet, et qu'une saisine pour avis seraient peut-être éventuellement possible (notez bien l'extrême prudence). Il semblerait également que le ministère de la Culture commence à se rendre vaguement compte que cette histoire de transposition du paquet télécom pourrait impacter les industries culturelles (bien myopes, mais complètement aveugles, donc...). Autre inconnue, nous n'avons toujours pas le nom du rapporteur au fond, le texte ayant été renvoyé à la commission des affaires sociales. Pour mémoire, c'est le texte voté par la commission des affaires sociales qui servira de base aux discussions dans l'hémicycle, ce choix n'est donc pas neutre. Nous n'avons donc toujours pas la date de passage en commission des affaires sociales, et donc de passage en séance publique. L'objectif reste quand même de le voter à l'Assemblée avant la fin de l'année. Il ne faudra pas se planter, car l'urgence étant déclarée, il passe directement en commission mixte paritaire à la sortie du Sénat.

lundi 18 octobre 2010

Sauvons nos subventions

C'est la période budgétaire, et comme tous les ans, une cohorte de pleureuses se tourne vers le Parlement. Quelque soit le message et la manière dont il est marketé, le fond est toujours le même : il faut préserver notre accès à l'argent public.

Cette année, on a par exemple "sauvons les JEI". Les JEI, ce sont les "jeunes entreprises innovantes", un statut réservé aux PME et start-up qui ont beaucoup de dépense R&D, donc en principe innovantes. Elle permet, sous certaines conditions, de bénéficier d'exonérations de charges sociales pour les salaires des chercheurs. L'idée n'est pas mauvaise en soi, et favoriser l'innovation est toujours intéressant. Certains semblent craindre que l'actuel projet de loi de finance ne vienne "tuer" ce dispositif. Il est donc temps de sonner le rappel des troupes pour défendre cet "avantage acquis".

Voyons d'abord de quoi il s'agit. Le problème viendrait de l'article 78 de la loi de Finances. On y lit, dans l'exposé des motifs (un peu plus clair que le dispositif) que l'on va mettre en place des plafonnements. Un premier plafond concerne le niveau de salaire des chercheurs. L'exonération de charge ne couvrira que l'équivalent de 4,5 fois le SMIC. 4,5 fois 1343,77 €, ça donne 6046,96 €. Plutôt pas mal comme salaire, il y en a beaucoup qui ne gagnent pas ça. Autre plafonnement, celui par entreprise. A la base, c'est un dispositif pour les TPE et les start-up, c'est à dire avec le créateur de l'entreprise et deux ou trois chercheurs. Avec un plafond par entreprise de 103 860 €, nombre de strat-up restent dans les clous. Cet article veut également diminuer progressivement ces aides au fur et à mesure que l'entreprise vieillit, et donc se développe. Et c'est normal, dans JEI, il y a "jeune", et quand on est moins jeune, on passe sur d'autres dispositifs comme le crédit impôt recherche.

On resserre le dispositif pour qu'il ne touche que le coeur de cible, les start-up. Je ne vois pas où est le problème ! Mais c'est vrai que nous sommes en France, et qu'une fois un avantage accordé, tout recul est un assassinat pour celui qui perd le bénéfice de cette aide. La rengaine commence à être connue, et s'il y a vraiment un problème, il faut argumenter un peu plus, avec des vrais chiffres, des exemples concrets. Les parlementaires sont ouverts aux échanges, quand il y a du fond. Si c'est pour venir pleurer et hurler qu'on tue l'innovation en France, sans rien prouver, ce n'est pas la peine. Il n'est pas encore trop tard, puisque l'article 78, c'est de la deuxième partie et c'est discuté en commission le 26 octobre.

Ce qui m'agace le plus, c'est que cette protestation vient d'un milieu qui est souvent prompt à dénoncer l'excès de charges et d'impôts en France, parfois en termes très durs. Mais quand il s'agit d'aller traire la vache à lait, ils ne sont pas les derniers... Si la suppression d'une exonération de charges sociales risque de tuer tout un secteur économique, c'est qu'il y a un problème !

dimanche 17 octobre 2010

la retraite des députés

Le sujet des pensions de retraites de députés refait surface à l'occasion des débats sur la réforme des retraites. Les députés Verts qui, depuis le départ de Martine Billard, ne bossent pas mais font de la démagogie, n'ont pas pu s'empêcher de se faire mousser, avec une mauvaise foi confondante, sur cette question. Et le pire, c'est qu'il en a, pourtant "journalistes", pour tomber dans le panneau.

Un point, essentiel pour le raisonnement : nous sommes dans un régime de séparation des pouvoirs. Il faut donc que chaque pouvoir soit à l'abri des pressions qui pourraient être exercées par d'autres pouvoirs. Dans beaucoup de régimes, le problème vient des pressions que le pouvoir exécutif pourrait exercer sur des membres du pouvoir législatif. Il faut donc mettre les membres du parlement à l'abri de toute possibilité de pression, y compris les plus mesquines, qui sont malheureusement les plus efficaces. L'immunité parlementaire, qui interdit les poursuites pour des propos tenus dans l'hémicycle ou les mesures coercitives contre un membre du parlement sans l'autorisation de l'assemblée concernée viennent de là. Du même principe découlent que tous les aspects matériels de l'exercice du pouvoir législatif relèvent de la seule autorité des assemblées : salaire des députés, budget des assemblées... Et bien entendu, régime de retraite des parlementaires ! Toutes ces choses relèvent du pouvoir exclusif de l'autorité du bureau de l'Assemblée concernée. Je concède que les risques d'atteinte réelle à la séparation des pouvoirs sont assez faibles, en ce moment en France. Mais ce n'est pas une raison pour renoncer à ces principes, d'autant plus que nul ne sait ce que l'avenir réserve. En 1938, le risque était également faible...

Les députés Verts qui ont déposé un amendement sur le régime de retraite des députés, dans le cadre de la réforme des retraites, étaient parfaitement au courant du caractère inopérant de leur amendement. Ils le savaient d'autant plus que celui qui a défendu l'amendement, François de Rugy, est secrétaire de l'Assemblée nationale, donc membre du bureau ! Il ne pouvait donc pas ignorer que dans sa réunion du 16 juin 2010, le bureau de l'Assemblée nationale a mis en place un groupe de travail sur la réforme du régime de retraite des députés ! Ce groupe de travail devra, à l'issue de l'adoption définitive de la réforme des retraites, proposer des ajustements afin d'aligner le régime de retraite des parlementaires sur le régime général. Il est d'ores et déjà acquis que l'âge de liquidation de la pension passera à 62 ans, que le nombre d'annuités pour une retraite à taux plein augmentera et que le régime très avantageux de la double cotisation le sera beaucoup moins.

En tout état de cause, une telle réforme ne pouvait pas passer par le biais d'un amendement législatif. Cet amendement, c'est de la démagogie à l'état pur !

Que le régime de retraite des députés soit sympathique, je le concède. Qu'il doive devenir moins sympathique, pour participer aux efforts demandés aux autres, c'est une évidence. Mais avant de gueuler et de critiquer, laissons le temps aux députés de proposer, dans le calendrier qui convient, leurs propositions. Qu'il n'y ait rien sur la table maintenant, alors que la réforme n'est pas définitivement votée, c'est normal. Avant de s'aligner sur cette réforme, encore faut savoir ce qu'il y aura dedans au final. Et malheureusement, bien que votée par le parlement, le contenu exact de cette loi relève exclusivement du gouvernement, qui continue à négocier et à accorder des concessions, y compris après le passage devant les députés. La sagesse est effectivement d'attendre la promulgation du texte, de toute manière, les députés ne sont pas pressés, la réforme s'appliquera à partir de 2012 (qui va arriver vite...).

Si on veut tomber dans l'antiparlementarisme ordinaire, attendons au moins de connaitre le contenu exact des propositions de réforme du bureau de l'Assemblée. A ce jour, c'est encore trop tôt. Si, dans 6 mois, il n'y a encore rien, là d'accord, il y a un vrai problème. Mais pour l'instant, rien ne justifie, bien au contraire, de crier au loup !

jeudi 14 octobre 2010

Vers la fin de l'ISF

Un certain nombre de députés ont obtenu du gouvernement qu'il mette à l'ordre du jour, en 2011, la révision de la fiscalité du patrimoine. En clair, on va vers la suppression de l'ISF. Politiquement, ce sera un atout majeur pour Sarkozy en 2012.

Bien entendu, Sarkozy ne va pas proposer une simple suppression de l'ISF. Ce sera un paquet groupé, avec des "compensations" comme la suppression du bouclier fiscal, qui de toute manière, n'est plus utile s'il n'y a plus l'ISF, comme une augmentation de la fiscalité des revenus du patrimoine et l'instauration d'une tranche supplémentaire d'impôt sur le revenu (il faut bien compenser les pertes de recettes fiscales). Cela ne va pas être évident pour l'opposition de se positionner.

Un argument fort milite, à mon sens, pour la suppression de l'ISF. Il s'agit d'un impôt sur le stock, alors qu'une bonne fiscalité doit porter sur les flux. Quand vous regardez bien les différents impôts ou taxes, il s'agit à chaque fois ou presque de péages : la TVA, les impositions sur les revenus (que ce soit du travail, du capital...). Le problème de l'ISF, c'est qu'il taxe un stock, et que si ce stock ne génère pas de revenus suffisants pour acquitter les impôts pesant sur ce stock, il y aura appauvrissement du détenteur de ce stock. On peut, politiquement, soutenir ce type d'impôt comme étant une incitation à rendre un stock productif de revenus. Mais se pose alors le problème de la résidence principale, qui étant occupée par son propriétaire, ne génère pas de revenus. Il y a en tout cas un vrai débat de fond.

Le débat de juin 2011 ne se limitera pas à ça, et sera hautement politique. L'argument contre cette réforme affirmant que l'on allège l'impôt des "riches" va être contré par les augmentations d'autres impositions qui ne visent que les "riches". Tout va dépendre de ce que le gouvernement décidera de ce coté là. Et surtout, il y a la disparition du bouclier fiscal, symbole honni par la gauche. Là aussi, il va falloir que la gauche soit habile dans sa communication pour qu'une partie de ses troupes ne se satisfasse de cette mesure, et ayant eu un scalp, ne soit moins combative. A force d'avoir fait une fixation sur ce bouclier fiscal, pas évident de dire que sa suppression n'est qu'un nuage de fumée et que l'important se passe ailleurs.

L'important, pour gagner, c'est de mobiliser son électorat. Inutile de vous dire qu'auprès du coeur de l'électorat UMP, la suppression de l'ISF fera oublier bien des choses, et un certain nombre de grognons de 2010, iront mettre avec enthousiasme un bulletin "Sarkozy" dans l'urne en 2012.

lundi 11 octobre 2010

Bêtise idéologique

Le Sénat examine en ce moment la proposition de loi de simplification du droit. La commission s'est réunie le 6 octobre, modifiant assez largement le texte. Une discussion sur un amendement du gouvernement (qui avait donc vocation à être adopté) m'a profondément navré, tant on y sent une crispation idéologique qui tourne à la bêtise profonde.

Le gouvernement a proposé un amendement de simplification d'une disposition très technique de la loi de 1905 sur la séparation de l'église et de l'Etat. Dans cette loi, il existe un article 22 qui prévoit que les associations cultuelles peuvent constituer un fond de réserve pour les frais et l'entretien du culte. Mais ce fond ne peut jamais dépasser une somme égale à trois fois la somme moyenne dépensée pour les frais de culte pendant les cinq dernières années. Cette réserve ne peut être utilisée que pour les frais directs de culte, et pas pour autre chose. Si en 1905, on pouvait craindre l'usage que pouvait avoir l'église catholique de ses réserves financières, c'est une règle qui n'a plus lieu d'être aujourd'hui. Non seulement il n'y a plus aucun danger "politique", mais surtout, les associations cultuelles seraient, pour la plupart, bien en peine de constituer des réserves qui pourraient servir à autre chose que leurs dépenses cultuelles.

Cette règle comptable embête beaucoup les trésoriers, car elle les oblige à ne pouvoir mettre en réserve, tous les ans, que l'équivalent de trois fois leur moyenne de dépense annuelle. Il suffit qu'un legs un peu conséquent soit perçu, et il devient impossible de le mettre en réserve, en sachant qu'une association cultuelle ne peut pas verser d'argent à une association loi 1901 et qu'elle ne doit dépenser son argent qu'en vue d'opérations liées à l'exercice du culte. On se rend compte que cette règle est complètement inapplicable. Et cela inquiète les trésoriers, car depuis 2003, ils sont soumis, pour les associations qui ont plus de 153 000 euros de recettes, à une obligation de certification des comptes. Il suffit que l'expert comptable soit un petit peu pointilleux et qu'il regarde si l'article 22 de la loi de 1905 est respecté, constate que non et refuse de certifier les comptes. Le rapport Machelon, rendu en 2006, avait proposé cette petite modernisation, qui ne prête pas à conséquence et ne remet pas en question l'équilibre de la loi de 1905.

Le débat en commission fut très bref. Le rapporteur déclara : "Avis défavorable au n°299 du gouvernement car je suis hostile par principe à toute révision de la loi de 1905. C'est dangereux !" et l'amendement fut rejeté. Le rapporteur s'appelle Bernard Saugey, et c'est l'actuel président de la fraternelle des parlementaires...

vendredi 8 octobre 2010

Finesse et subtilité du CC

Le conseil constitutionnel a validé la loi sur l'interdiction du port de la Burqa. Mon ami Jules s'en agace, considérant cette décision juridiquement indigne d'une cour suprême qui se respecte. Pris au premier degré, il est vrai que cette décision est un peu surprenante et décevante. Peut-être faut-il y regarder de plus près et lire cette décision de contrôle a priori au regard des nouvelles règles de contrôle a postériori.

Nul lecteur un tant soit peu assidu de ce blog n'ignore l'existence de la Question prioritaire de constitutionnalité, qui met en place un contrôle a posteriori. Dans le cadre de cette QPC, il est nécessaire, pour sa validité, qu'elle ne porte pas sur une question déjà tranchée par le Conseil Constitutionnel. La saisine par les présidents des assemblées a sans doute, en partie pour but de couper l'herbe sous le pied à une éventuelle QPC. Pour le conseil constitutionnel, la porte est étroite. Le contrôle a priori s'exerçant immédiatement après le vote d'un texte, la pression politique et médiatique est encore forte, et il peut être très délicat pour le conseil constitutionnel de censurer, l'acte pouvant être très politique.

La solution est de rendre une décision de non censure immédiate, tout en laissant la porte ouverte à une QPC ultérieure, qui pourrait permettre une censure qui soit médiatiquement et politiquement plus acceptable, voire discrète. Il faut donc rendre une décision qui en fait, ne répond pas complètement à toutes les questions constitutionnelles que l'on pourrait soulever. En faisant une saisine blanche, c'est à dire en ne pointant pas des questions précises, les présidents des assemblées ont facilité la tâche des sages de la rue de Montpensier. Cela laisse de la marge pour attaquer cette loi sous d'autres angles que ceux évoqués dans les décisions, car toute la finesse est là. Ce n'est pas parce qu'une décision a été déclarée conforme à la constitution qu'elle est inattaquable ! Si on prend un autre biais que celui déroulé dans le décision du conseil, si on argue d'un changement de circonstance, on peut arriver à finalement faire déclarer inconstitutionnelle une disposition que tout le monde croyait gravée dans le marbre.

En fait, ce que mon ami Jules qualifie de paresse est en fait une volonté de ménager l'avenir et de laisser des angles d'attaque contre une décision qu'il ne leur est pas possible, pour des raisons plus politiques que juridiques, de censurer tout de suite.

Petite visite

Nicolas Sarkozy va aujourd'hui faire une ballade à Rome, histoire d'aller s'expliquer entre quatre yeux avec Benoit XVI. Nul doute que cette visite sera suivie d'une conférence de presse avec moult gestes de conciliation, niant qu'il y ait eu le moindre désaccord, que tout cela n'était que malentendu. On épicera tout cela de belles paroles destinées à faire ronronner le catholique de plaisir, voire même on annoncera une ou deux mesures symboliques s'il faut mettre une dose plus importante.

Si Sarkozy croit qu'il peut se rabibocher comme ça avec un électorat, il se met le doigt dans l'oeil ! Les électeurs peuvent parfois être des veaux, mais pas toujours. Les gens savent tirer un bilan d'ensemble, juger les paroles, mais aussi les actes. Et surtout, ils savent très bien mettre les deux en parallèle et mesurer la distance. C'est d'autant plus vrai chez les catholiques, qui sont une communauté plutôt "éduquée".

Entre l'électorat catholique (et chrétien en général) et Sarkozy, il y a un contentieux de plus en plus lourd, sur le fond. Certes, il y a eu du positif, avec la vraie ouverture de Sarkozy sur les questions de laïcité et de légitimité des autorités religieuses à prendre part au débat public. Les catholiques ont eu droit à leur part de "temps présidentiel", voire plus que d'autres communautés, Sarkozy n'ayant jamais rechigné à s'afficher aux cotés du pape ainsi qu'à des événements marquants pour les catholiques, autant que le permet la "tradition française". Il est aussi venu chez les protestants, qui pourtant ne sont pas numériquement très importants. Là dessus, le job est fait, on ne peut pas accuser Sarkozy de négliger les chrétiens.

Mais il y aussi du négatif, car si Sarkozy a montré qu'il prenait en compte les catholiques, il a aussi montré qu'il ne faisait pas partie de leur communauté et qu'à titre personnel, il ne partageait pas leurs valeurs. Modestie, vie régulière, pondération, respect de l'autre, c'est pas franchement ce qu'on retrouve chez Sarkozy. Le bling-bling, l'omniprésence médiatique, la volonté de cliver, tout cela heurte cet électorat catholique volontiers centriste et modéré. Certes, sur la sécurité, il a rassuré les vieux, qui sont nombreux dans l'électorat catholique, mais c'est en tant que vieux qu'ils ont apprécié cette position pas forcement en tant que catholiques. Sur des sujets sensibles, Sarkozy n'a pas toujours été attentif aux attentes, avec des annonces maladroites (diminution des avantages pour familles nombreuses) voire des décisions prenant les chrétiens à rebrousse-poils (chasse aux Roms, loi Besson sur l'immigration...).

Les catholiques ne seront donc pas dupes de la valeur des engagements de Sarkozy envers eux : des belles paroles, qui ne seront pas forcement suivies d'effets, car ne correspondant pas à des convictions profondes (sauf sur la laïcité). C'est pas une petite visite romaine qui va y changer quelque chose !

jeudi 7 octobre 2010

Course vers le précipice

L'assemblée nationale vit actuellement une petite tragi-comédie. Après l'incident de la fin prématurée des débats sur la réforme des retraites, les députés socialistes ont décidé de boycotter la séance. Cela a permis un examen rapide et sans histoire de la réforme des collectivités territoriales. Se rendant compte que ce boycott des débats ne pouvait pas durer, et rendait plutôt service à l'UMP, les responsables de l'opposition ont décidé de boycotter la conférence des présidents.

Cet organe regroupant le président de l'Assemblée, les présidents de groupes et les présidents de commissions organise les travaux parlementaires de l'Assemblée, notamment l'ordre du jour. C'est la conférence des présidents qui décide si un texte est examiné en temps programmé ou pas, et si oui, fixe le temps attribué à chaque groupe. Ce boycott était une manière pour l'opposition de "maintenir la pression" sur Bernard Accoyer, sans trop se pénaliser elle-même.

Les débats sur le projet de loi immigration ayant trainé (comme d'habitude), on s'approche du moment où il va y avoir un problème de temps. Normalement, c'est ce soir que le clash se produit, pour le PS, comme d'habitude, mais aussi pour l'UMP, ce qui sera une grande première. Mais pour une fois, il n'y avait pas volonté d'obstruction de la gauche, simplement les débats ayant porté sur des sujets très sensibles, ça a pris du temps. La logique voudrait qu'on rajoute du temps à tout le monde, pour permettre de débattre du reste du texte dans des conditions normales. C'est d'autant plus logique qu'il y a encore des sujets lourds à venir, sur lesquels il serait franchement anormal de ne pas débattre.

Mais il y a un hic. C'est la conférence des présidents qui peut décider de rajouter du temps. L'UMP indique qu'elle ouverte à cette idée, mais qu'il faut que l'opposition vienne le demander en conférence des présidents. C'est un peu comme des parents qui disent à un enfant boudeur qu'il aura ce qu'il veut, s'il arrête de bouder. Si l'opposition cède, elle perd la face. C'est donc inacceptable, et l'UMP le sait, et en joue pour essayer de faire porter le chapeau de la crise de temps à l'opposition : "il ne tenait qu'à vous d'avoir du temps supplémentaire...". L'opposition est prise au piège, car pour répondre à cela, il faut expliquer les raisons du boycott de la conférences des présidents. Pas certain du tout que ce soit médiatiquement audible. En tout cas, ce sera beaucoup moins audible que la position de l'UMP.

Au fil de la soirée, on voit le temps du groupe PS qui diminue, jusqu'à se transformer en papier à cigarette. Les députés socialistes cessent alors de s'exprimer pour ne pas épuiser le reste de leur temps et pouvoir continuer à demander des scrutins publics. C'est un moyen de retarder le déroulement des débats, car il faut 5 minutes entre l'annonce du scrutin public et le vote. En demandant les scrutins à la dernière minute, ça oblige les députés à attendre que le délai s'écoule. Ce petit jeu continue jusqu'à la levée de la séance.

La course vers le vide va donc reprendre ce jeudi matin.

mardi 5 octobre 2010

Intérim à l'Assemblée ?

Depuis l'annonce du remaniement, la presse s'en donne à coeur joie, multipliant les scénarios, distribuant les postes, listant ceux qui partent et ceux qui restent. Sauf que personne ne sait rien, pas même Sarkozy, qui n'a sans doute pas tranché entre les différentes possibilités. Que la presse examine les grands scénarios possibles, c'est dans son rôle, mais là, ça devient franchement gavant car bien des papiers n'analysent rien du tout et se contentent de rapporter ragots et bruits de couloirs, matière dans laquelle nos "journalistes politiques" excellent.

Le dernier en date, c'est dans les échos : Borloo aurait appelé des collaborateurs de Fillon pour savoir s'ils seraient prêts à rester avec lui s'il est nommé à Matignon. Et le journaliste de rajouter que, selon certains bruits, Borloo à Matignon, c'est fait, et Fillon passerait à la présidence de l'Assemblée nationale pendant qu'on exfiltrerait Accoyer dans un ministère. Qu'en disent les intéressés ? Accoyer souhaite-t-il quitter le perchoir ? Ce n'est pas vraiment ce que j'entends, bien au contraire ! Pareillement, François Fillon souhaite-t-il se retrouver dans la voie de garage de l'hôtel de Lassay, pour gérer une fin de législature. En général, quand un président de l'Assemblée part en cours de mandat, c'est un "second couteau" qui prend le relais. Une analyse de la faisabilité politique de cette partie de billard aurait pu avoir un intérêt.

C'est la même chose pour la faisabilité technique. Le problème, soulevé dans l'article, c'est le mois de décalage entre le départ de Fillon du gouvernement et son retour à l'Assemblée. L'article rapporte que la solution retenue serait l'intérim du vice-président de l'Assemblée. Ce scénario de l'intérim avait déjà été envisagé lors du départ de Jean-Louis Debré, en 2007. Il ne restait que quelques semaines avant les élections, et plus aucune séance à présider. L'option de l'intérim du premier vice-président avait été écartée, au prétexte que certains actes ne pouvant être accomplis que par le président de l'Assemblée, il fallait pourvoir au poste immédiatement. J'imagine mal qu'en pleine session, on se passe pendant un mois de président, pour attendre le retour de celui qui a été désigné pour prendre le poste. Ce serait une humiliation suprême pour l'institution, priée de tordre ses principes et son fonctionnement pour entrer dans les calculs de l'exécutif.

Je peux vous dire que ça ne se passera pas comme cela, car les plus vexés ne seront sans doute pas les députés (ils ont l'habitude...) mais les fonctionnaires de l'Assemblée, qui se veulent les gardiens de l'institution et en premier lieu de son indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Que le président donne ses ordres sur le contenu des textes qui doivent être votés, cela ne les dérangent pas, mais qu'il ne viennent pas mettre son nez dans leur domaine réservé du fonctionnement de l'Assemblée.

lundi 4 octobre 2010

Des cacahouètes pour les singes

La réforme des retraites arrive au Sénat, pour un examen qui s'annonce délicat, la majorité y étant fragile. Le gouvernement a donc gardé des biscuits pour les sénateurs, afin qu'ils aient l'illusion d'avoir obtenu quelque chose. En fait, depuis le départ, le gouvernement a décidé de ce que serait la réforme finale, les points sur lesquels il y aurait des "avancées" et même qui obtiendrait ces avancées...

C'est vraiment prendre les parlementaires pour des imbéciles !

Je sais que le Parlement est une chambre d'enregistrement et que son pouvoir ne lui permet que de modifier les textes qu'à la marge, et encore, en grognant beaucoup. Mais que le gouvernement ait la décence de ne pas montrer à ce point que les "concessions" ne sont que des cacahouètes lancées aux singes qui s'agitent dans des travées rouges ! Pourquoi, après un passage à l'Assemblée nationale, reste-t-il encore des points sur lesquels on peut améliorer le texte ? Cela voudrait dire que les députés n'ont pas bien fait leur travail ? La réponse "il fallait en laisser pour les sénateurs" est tout simplement pitoyable !

Il aurait mieux valu que le gouvernement mette tout sur la table dès le départ et fasse adopter le texte en vote bloqué. On serait arrivé au même résultat, et au moins, les parlementaires auraient gardé leur dignité et laissé à qui de droit l'entière responsabilité de la réforme.

dimanche 3 octobre 2010

Rétention de sureté pour Cantat ?

Bertrand Cantat remonte sur scène. 7 ans après le drame de Vilnius et la condamnation (purgée) qui a suivi, Bertrand Cantat reprend ses activités professionnelles. Pour moi, rien que de plus normal. Il est en règle avec la justice, il est quitte. Mais visiblement pas pour tout le monde. Dans cet article, l'auteure lit dans ce retour sur scène de Cantat une "tolérance vis-à-vis de la violence faite aux femmes". C'est typiquement la réaction de militants, pour qui les peines prononcées sur les sujets qui les intéressent sont trop douces. A l'écouter, il aurait fallu imposer une autre peine à Bertrand Cantat, celle d'interdiction de redevenir un homme public.

Compte tenu de ce qu'est devenu notre système médiatique, on pourrait craindre de voir Cantat redevenir une personne "adulée" et admirée", faisant passer par pertes et profits sa condamnation. Si le star-système veut "exploiter" au mieux l'artiste Cantat, il faut faire oublier, ou tout au moins dévaloriser la "tache" que représente cette condamnation sur sa réputation, et donc sa capacité à vendre des albums et générer des profits. Le pire serait qu'il exploite ce drame pour relancer sa carrière. Mais, en l'espèce, cette crainte m'apparaît infondée. D'abord, la famille Trintignant veille, et je doute qu'elle laisse médiatiquement passer des choses qui dévaloriseraient ou excuseraient le geste de Cantat. De plus, cette affaire ayant été suffisamment médiatisée, elle ne risque pas de retomber dans l'oubli. Le Cantat d'après ne sera jamais plus celui d'avant et quelque part, c'est ce changement qui est la meilleure garantie.

Surtout, je crois à la possibilité de la rédemption. On peut fauter, tous. On paie, c'est normal. Cantat (contrairement à Delarue qui n'en est qu'au début des emmerdes) a payé, et il a payé le juste prix, ce qui aurait été donné à un individu lambda dans la même situation. 7 ans de prison, avec libération conditionnelle a mi-peine. Cantat a d'ailleurs respecté l'obligation de ne pas s'exprimer en public sur l'affaire et a été d'une discrétion exemplaire. Pourquoi ne pas lui faire confiance pour la suite ? Pourquoi ne pas croire qu'il puisse avoir changé, qu'il puisse avoir droit à une seconde chance ?

Enfin, et là, je vais en faire hurler certains, beaucoup vont écouter Cantat pour sa musique et son talent artistique, pas pour sa personne. On sait que bien souvent, les gens de talent ne sont pas forcément des "nice guys", et certains auteurs de génie peuvent avoir été de parfaits salauds. Qui peut nier le génie littéraire de Céline ? Et pourtant, ce fut un beau collabo, qui n'a pas renié grand chose. Il faut faire confiance au public, qui sait faire la part des choses entre l'œuvre et l'homme. Chacun est assez grand pour se faire lui-même son opinion. Le problème, c'est que les militants aimeraient tant imposer leurs idées aux autres...

samedi 2 octobre 2010

La schizophrénie de la Gauche

Agnès Maillard du Monolecte est en colère. Pas une surprise ni une nouveauté me direz vous ! Mais le billet où elle annonce qu'elle n'ira pas manifester illustre parfaitement l'impasse de la gauche française. On y trouve un manifeste de la gauche radicale, où l'expression politique se résume à crier sa colère, son émotion, et surtout, son absence de toute perspective. Agnès n'est pas contente de la situation sociale, et surtout, est encore moins contente des leaders syndicaux qu'elle accuse de capituler en rase campagne face à l'ennemi, le méchant ogre capitaliste dans la gamelle duquel ils sont partis manger. Et bien entendu, dans tout ça, qui va se faire avoir ? Les "petits", le peuple, une fois de plus !

Elle n'a pas tort, car c'est le peuple qui se fait toujours avoir, et le pire, c'est que c'est structurel ! Depuis la révolution néolithique, l'homme est passé de l'état de nature à l'état de culture, avec création d'une véritable société, avec une division des tâches et surtout, hiérarchisation de la société. L'inégalité est consubstantielle à la société, et il y aura toujours une élite qui dominera un "peuple" et sera mieux lotie en tout. Cet état de fait crée une véritable tension, à la fois destructrice car génératrice de violence, mais aussi créatrice car moteurs de changements et d'évolutions. Le but d'une élite est de stabiliser son pouvoir et de figer ses positions, mais sans jamais y arriver car elle a besoin d'un minimum de consentement (ou de non-révolte) de la part de la base.

La question de l'inégalité, en général pour la refuser, taraude les hommes depuis le néolithique. Je ne vais pas faire le tour du sujet, une vie n'y suffirait pas, mais dans le lot, on trouve des choses très différentes, qui abordent le problème de leur manière, avec toujours cette lancinante question, qui n'a pas de solution, de la conciliation de l'égalité entre les hommes et de la vie en société. On peut citer la Bible, et toute la tradition chrétienne, mais aussi les utopistes socialistes, et notamment Marx, celui qui a eu la postérité la plus nombreuse. Une grande partie de la gauche française a puisé, et certains puisent encore à cette source "radicale", dont le but est de reconstruire la société, par la violence, pour que tous les hommes soient égaux. C'est beau sur le papier, dans la réalité, on a vu ce que cela a donné. Le pire ne fut pas Staline, qui maintenait une certaine égalité devant le crime et la terreur. Non, le vrai fossoyeur de l'expérience, ce fut Brejnev et sa nomenklatura bardée de privilèges, antithèse complète du rêve de Marx.

Tout cela pour vous dire que le radicalisme est une impasse, que la révolution n'apporte rien, car derrière les bouleversements et les destructions, une autre élite finit par se mettre en place, ramenant tout le monde à la case départ sur la question de l'égalité. Je n'ai jamais compris que des gens pourtant intelligents puissent se fourvoyer là dedans. Ou alors, ce n'est que de la posture, les prises de positions radicales s'accommodant très bien de l'appartenance à une certaine élite, celle de "l'intelligence", le radicalisme étant avant tout l'arme destinée à abattre l'élite concurrente, celle qui a l'argent et tout ce qui va avec. Le marasme intellectuel de la gauche française vient sans doute de là, coincée entre son appartenance de plus en plus prononcée à l'élite et son idéologie égalitariste qui présuppose qu'il faut détruire l'élite. Dur d'être schizophrène !