jeudi 30 septembre 2010
Vers l'accident industriel ?
Par Samuel, jeudi 30 septembre 2010 à :: Parlement
Le gouvernement entre dans une zone de grosses turbulences parlementaires. Les premiers trous d'air apparaissent déjà à l'Assemblée nationale, avec la rébellion de la majorité sur le projet de loi organique sur la dette sociale, et les remous autour de la loi sur l'immigration, où l'adoption de l'article sur la déchéance de nationalité a été un peu ric-rac.
Le refus de la commission des lois et de celle des affaires sociales de prolonger de 4 ans la CADES (Caisse d'amortissement de la dette sociale) est un sujet technique, mais avec un enjeu politique assez simple à comprendre. Cette CADES avait été créée par Alain Juppé en 1996, pour y loger la dette de la sécurité sociale, en y affectant des ressources (notamment le CRDS). Cette opération devait se terminer en 2009, une fois la dette apurée. Sauf que la tentation était trop grande pour les politiques de transformer cette opération temporaire en une opération permanente de fait, en continuant à y mettre les dettes de la sécurité sociale, sinon, il faut prolonger la durée de la CADES, et donc des prélèvements affectées. Cela peut se durer encore très longtemps, vu que l'on est pas près d'en finir avec le trou de la sécu. La CADES a déjà été prolongée plusieurs fois, par adjonction de dettes nouvelles, et en 2005, les députés ont accepté la prolongation, mais à condition que ce soit la dernière fois. Or, le gouvernement vient demander, une fois de plus, une prolongation. Les députés qui suivent le dossier sont devant un choix difficile : ils se couchent devant le gouvernement et avalent une ènième couleuvre, où ils refusent de voter la prolongation. Pour l'instant, ils sont sur la deuxième option, ce qui irrite beaucoup le gouvernement, au point de brandir la menace d'un éventuel recours à l'article 49.3 de la constitution, celui du passage en force. Même si des discussions de coulisses sont en cours, rien n'a encore abouti.
Le projet de loi Besson sur l'immigration est très contesté à gauche, et provoque de gros malaises au sein de l'UMP. Plusieurs députés, parfois assez inattendus, ont clairement exprimé qu'ils ne voteraient pas ce texte. Même s'ils ne sont que 5 ou 6, c'est significatif, car il y en a pas mal d'autres qui n'en pensent pas moins, mais se taisent. Ceux là ne seront pas dans l'hémicycle au moment du vote et c'est sur ça que tout va se jouer. Une trop forte "absence volontaire" de députés UMP peut entraîner un rejet du texte. Le gouvernement a connu une première alerte ce matin, avec le vote sur la disposition sur la déchéance de nationalité, adopté par 75 voix contre 57. Une petite majorité, alors que le groupe UMP avait raclé les fonds de tiroir et rameuté les troupes.
Ces deux incidents ne sont pas forcement à prendre à la légère, car ils ne sont que la partie émergée d'un iceberg de mécontentement et de nervosité des députés. Un point notable et inquiétant pour le gouvernement, c'est l'implication de leaders parlementaires dans la contestation. Sur la CADES, c'est Jean-Luc Warsmann, président de la commission des lois qui mène la fronde. Sur l'immigration, quand on regarde le résultat du vote de ce matin, on voit que Pierre Méhaignerie, président de la commission des affaires sociales et leader des centristes de l'UMP, a voté contre. On note aussi qu'André Flajolet, qui s'est pourtant exprimé contre ce texte, s'est simplement abstenu. on n'est clairement pas encore au pic du mécontentement sur ce texte.
Il est évident que l'ambiance délétère provoquée par l'approche du remaniement y est pour beaucoup. Il est franchement temps qu'il se fasse, car à ce rythme là, on va finir par avoir un très gros couac à l'Assemblée nationale. Et je ne vous parle même pas des risques de couacs au Sénat, où la situation est encore pire !